Les Aït Waghlis (en kabyle : At Weɣlis) sont une tribu kabyle établie sur la rive gauche de la Soummam, et le versant sud du massif de l'Akfadou. Son territoire se compose des communes de Sidi Aïch, et des communes avoisinantes : Chemini, Leflaye, Souk-Oufella, Tibane et Tinebdar...
Ethnonymie
L'ethnonyme Weɣlis prend son origine dans le nom kabyle de la panthère, soit la racine berbère , et propose deux acceptations : Le nom viendrait des couleurs tachetées de la panthère, que l'on retrouvait sur les tuniques que portaient les Waghlissiens. Il ferait plutôt allusion à la bravoure du fauve, qui serait un attribut des membres de la tribu.
Cet ethnonyme pourrait provenir du nom d'un ancêtre éponyme appelé Aghilas.
Le nom de la tribu a ensuite donné naissance aux patronymes Al-Waghlissi, notamment porté par Abderrahmane El Waghlissi, et Oughlis, porté par Yasmine Oughlis..
Autres appellations
Lors de la colonisation française, la tribu prit, dans les documents et ouvrages, différentes appellations, incluant certaines dont le préfixe Aït est arabisé en Beni. On retrouve les appellations suivantes : Beni-Ourlis, Beni-Oughlis, Beni Oughlice, Beni Ouarghlis, Beni Ouglis, Beni Ouaglis, Beni Oualis, Beni Oughlice et Aith Ourlis.
Histoire Origine
Dans l'Antiquité, la tribu des Tindenses, de la confédération des Quinquégentiens, occupait le territoire des Aït Waghlis, ainsi que celui de deux autres tribus kabyles : les Fenaïa et les Aït Ameur. Cependant, on ne sait pas si les membres de la tribu descendent réellement de ceux-ci.
Selon les anciens, la tribu des Aït Weɣlis a été très tôt divisée en deux. Au Nord-est se trouvent les At Menzal (communes de Sidi Aich, Tibane, Leflaye, Tinebdar) tandis qu'au sud-ouest se situent les At Usammar (communes de Chemini et Souk Oufella). Les Aït Weɣlis Usammar auraient fait partie de la confédération des Igawawen qui rassemblait beaucoup de tribus des versants nord du Djurdjura. Les At Menzer ont fait alliance avec des tribus de la vallée de la Soummam. Cela explique les différences linguistiques entre les deux factions. Alors que les Usammar (comme ses voisins: Awzellagen, At Ziki, Aït Idjer) utilisent des explosives comme les tribus de la confédération des Igawawen (tappurt, heggi, axxam k yemɣaren, axxam-aki), les At Menzal prononcent ces phonèmes comme plus largement dans la vallée de la Soummam (tawwurt, heyyi, axxam yemɣaren, axxam-ayi)Rapport de la commission chargée de l'application du Sénatus consulte le 25 novembre 1869, présidée par M. Augeraud, colonel commandant la Subdivision de Sétif, Province de Constantine, extrait en ligne [archive]..
Préhistoire
Dans la préhistoire, la région était déjà occupée. Il existe des grottes dans la région, les plus connues étant celles de Gueldaman à Bou Hamza, Akbou dans lesquelles furent trouvés les objets suivants :
Des tessons de poteries portant des décors imprimés et incisés qui ont conservé des résidus de miel, de lait et de matières grasses. De nombreux outils lithiques et osseux Des objets fabriqués à partir d'ivoire d’éléphant, de coquilles d’œufs d’autruche, de carapace de tortue, et de coquillages marins
La présence de ces objets prouve que la région était habitée depuis au moins le
Antiquité Au , la confédération était sous domination romaine mais elle participa, pendant plusieurs siècles, à de nombreuses guerres de résistance ainsi que des razzias sous les ordres de Firmus et Gildon.
Dans cette région, de nombreuses ruines datent de l'Antiquité. Notamment, une fontaine à Leflaye, les vestiges d'une voie romaine à la sortie de cette même ville et également des pierres éparses à Tiliouacadi, attestant un centre agricole..
Moyen-âge C'est au moyen-âge que la tribu des At Waghlis fut son apparition, vers le , meme si les premières mentions de la tribu remontent aux environs de l'année 1500.
Lors de cette période du Moyen-Age, la région restera indépendante et ne sera pas touchée par les conquêtes musulmanes du fait de la forte résistance. Les habitants sont alors convertis par l'intermédiaire de marabouts. À la suite de la grande révolte berbère, les Ait Waghlis resteront indépendants des Aghlabides. Il faudra attendre la formation du Califat fatimide pour que la tribu fasse de nouveau parti d'un état.
Pendant le et le , le vallée de la Soummam est sous contrôle de la dynastie kabyle des hammadides et une route, la Triq sultan, reliant l'ancienne (Kalâa des Béni Hammad) et la nouvelle (Béjaia) capitale du royaume, est construite. Cette route passe par le territoire de la tribu en longeant l'Oued Soummam et correspond aujourd'hui à la route , REPERES : l’environnement historique et social de la tribu des Ath Waghlis, .
Lors du et du , lorsque Bejaïa était alors occupée par les espagnols puis l'Empire ottoman, la région des Ait Waghlis faisait partie par intermittence des royaumes de Koukou et de Ait Abbas, REPERES : l’environnement historique et social de la tribu des Ath Waghlis..
Au , celui qui avait épousé Aicha Tazeroukt et fondé le village de Tifrit N'Aït El Hadj dans la tribu des Izeɣfawen était issu de la tribu.
À cette époque, un conflit éclata entre la tribu et les Aït Djennad après que des marchants de la tribu furent dépouillés par ceux-ci. Afin d'apaiser les tensions, Youcef Ou Kaci écrit un poème à propos de la tribu des Aït Waghlis dont les vers sont les suivants :
Ces vers furent récités par Youcef Ou Kaci sur la place du village et, lorsque celui qui avait hébergé ce dernier la veille révéla son identité, la tension monta mais l'hôte le protégea sous son burnous.
Colonisation française Lors de la campagne de colonisation française, des combats opposaient la tribu aux hommes du Maréchal Bugeaud en 1841 et certains combattants ont résisté jusqu'à se soumettre, en , au colonel Jean Thibaudinlien=https://books.openedition.org/pup/49638?lang=fr#ftn78.
En 1846, lors de la colonisation de la Kabylie, un témoignage anonyme affirme que la tribu possédait 2500 fantassins ce qui était très élevé comparé à ses voisins, les Ouzellaguen et les Illoula en possédaient respectivement 150 et 800.
Le 22 Juin 1851, les Ait Waghlis se soumettent à la France après la défaite de Bou Baghla.
En 1871, la tribu participe activement à la révolte de Mokrani contre l'occupation française.
Le , la commune mixte de Sidi Aich fut fondée puis instituée le par le gouverneur général.
En 1907, la tribu des Ait Waghlis était l'une des plus scolarisées d'Algérie avec 9 écoles et 22 classes pour habitants..
En 1909 ou 1910, l'association des Jeunes Oughlissiens fut fondée. Elle proposait notamment l'installation de lampadaires dans les rues de la tribu.
Période de l'Algérie indépendante Dans les années 1980, les lieux de la tribu, comme tout le reste de la Kabylie, participent au Printemps berbère, Printemps Berbère. En 2001, le Printemps noir surveint après l'assassinat d'un lycéen par un gendarme à Beni Douala. Les villes et villages de la tribu y participent également et de nombreux manifestants originaire de la tribu y sont tués.
Le , un musée des Aït Waghlis est inauguré.
En 2018, de nombreux lycéens de Kabylie participent à un boycott de la langue arabe. De nombreuses écritures arabes présentes sur les panneaux de signalisation sont alors effacées..
Chefs de tribu
Yanat Mohand Tayeb ben Mahfoud (1928 - ?) Chabour Mohand Seghir (1936 - 1940)
Géographie
thumb|left|Carte d'état-major de la Région de Sidi Aïch. Établie sur le versant sud du mont Akfadou, dans la chaîne du Djurdjura, la tribu des Aït Waghlis occupe le territoire inscrit dans le triangle délimité à l’ouest par la rivière Ighzer Amokrane jusqu’au col d’Akfadou (à la limite avec la tribu des Ouzellaguen), au nord par une ligne partant du col d'Akfadou le long de l’oued Remila (à la limite avec la tribu des Aït Mansour), et au sud par la rivière de la Soummam.
Le territoire de la tribu s'étend sur une vingtaine de kilomètres en longueur, de Semaoun à l'ouest à Tinabdher à l'est, et sur une dizaine de kilomètres en largeur, d'Aourir au nord à Takrietz au sud ; Ighzer n Souk délimitant la partie Ath-Sammer à l'Ouest et Ath Mzal à l'Est. Sidi-Aïch constitue un centre reliant la tribu à ses voisins du flanc méridional de la vallée : At-Yemmel Seddouk, Amalou et Imessissen.
Relief et hydrographie
La superficie de l'ensemble des communes constituant le territoire de la tribu est égale à 92.. Le territoire de la tribu contient le lac d'Agoulmim n'Iker, une partie de l'Asif n Assemam, une partie de la forêt de Yakouren et du massif de l'Akfadou. L'altitude minimale est de 81 m, le long de l'Asif n Assemam et l'altitude maximale y est de m dans la massif de l'Akfadou.
Démographie
+Évolution de la population Année Habitants Année Habitants 1851 .1966 - 1870 .1977 1873 .1987 1879 .1998 1907 2008 1909 .2017 . 1930 .2022 -1950
Au cours du , le territoire des Aït Waghlis a connu des flux migratoires importants vers la région de la Mitidja. Aux alentours de 1930, on estime que waghlissis on migrés vers la Mitidja, lors de la période de récolte. Cela correspond à 1 adulte sur 3. Dans les années 50, les migrants originaires de la tribu correspondait à 63% de la population active masculine, sois 2 adultes en âge de travailler sur 3 (15.7% de la population totale). La guerre d'indépendance a accéléré l'exode rurale, du à la destruction de nombreux villages. Jusqu'aux années 60, 10 à personnes quittèrent le territoire des Aït Waghlis pour aller vivre à Alger ou Béjaïa. De nombreux autres migrèrent vers Sidi-AïchFontaine. 1986, p. 765-766..
Localités
Le territoire de la tribu est réparti sur six communes relevant de deux daïras de la wilaya de Béjaïa : Daïra de Chemini : communes de Chemini, Tibane et Souk-Oufella. Daïra de Sidi-Aïch : communes de Sidi Aïch, Leflaye et Tinebdar.
+ Villages de la tribu par fraction et par communeAssameur (Usamar)Aït Mzal (At Mzal)CheminiSouk OufellaSidi AichLeflayeTibaneTinabdher Agueni Aït Chemini Aït Ouragh Aït Soula Aït Zadi Bouchachiou Boumlal Djenane Ihaddaden Ilmaten Imaliouène Laazib Mellah Larbaa Louta Semaoun Sidi Hadj Hassiène Sidi Yahia Taghrast Taguemount Takourabt Tazroutz Tidjounane Tighilt Tihouna Takhlijt Tissira Aourir Ayaten Bajou Berkouk Iabdounène Laazib Aballache Laazib Aït Touati Takrietz Taourirt Tasga Tiliouacadi Zountar Ighzer N'Chebib Remila Aït Daoud Akasise El Madi Izghad Maakal Aït Chetla Aït Oubelaïd Ighil Idek Maksene Maxen Mezgoug Takerabt Takourabt Taourirt Tizi Laraïf Tighilt Taouraght Aghalad Laalam Aïchouchène Birmatou Chebirdou Igoudien Iguer Amar Irouflène Lazib N'Ait Atmane Lazib N'Ait Touati Tadoukant Tala Ouzrou Tala Tagout Tighouzratine Tighzert Tigzirt
Toponymie Les localités de la tribu ont en majorité des noms locaux, bien que certaines d'entre elles ont subi une influence étrangère puisque l'on retrouve quelques toponymes arabes, seuls ou mélangés à des toponymes locaux.
Nous pouvons également noter la présence forte de toponymes faisant référence à des entités naturelles tels que Tizi qui signifie col, Tala qui signifie source ou fontaine ou encore Ighil/Tighilt qui signifie terrain gras.
Nous retrouvons aussi des noms faisant référence à des hommes, avec l'utilisation de la particule kabyle Aϊt signifiant « gens de, descendants de, ceux de, fils de, la tribu de,… etc. » suivi d'un prénom (Cemini, Sula, Chetla,...).
Enfin, d'autres toponymes se référent à des lieux. C'est notamment le cas des toponymes qui possèdent le mot kabyle εzib signifiant « ferme, maison isolée à la compagne »...
Culture Langue
thumb|right|200px|Dialectes du Kabyle.
Les Ait Waghlis parlent exclusivement le kabyle. Le dialecte parlé sur leur territoire est le dialecte kabyle oriental central, également parlé par les Ait Aidel et At Khiar.
La variante locale des Aït Waghlis est appelé Taweɣlist.