Nortel Networks ou Nortel est une ancienne entreprise du secteur des télécommunications dont le siège social se trouvait à Toronto au Canada. Jusqu'en 2009, elle fournissait du matériel, des logiciels et des services pour les réseaux de télécommunications des opérateurs et les réseaux informatiques des entreprises dans plus de 150 pays.
En , elle a entamé une importante restructuration, dont la vente de la quasi-totalité de ses actifs à Ericsson, Avaya, Ciena et Genband pendant le 2009. Les transactions sur son titre ont été suspendues en , car il valait moins de 1 USD.
Avant son dépôt de bilan en 2009, la société était cotée en Bourse à Toronto et à New York. En 2007, elle avait enregistré un chiffre d'affaires de 10,948 milliards de dollars US, ce qui la situait tous segments confondus parmi les dix premiers équipementiers à l’échelle mondialeLe classement exact au sein des dix premiers peut varier légèrement dans le temps et d’un institut à l’autre (différences de méthodologie). Selon l’IDATE News 369 du 5 avril 2006, Nortel se situait au cinquième rang mondial.. Ce chiffre d'affaires a décru à 7,62 milliards $ en 2008 puis à 2,80 milliards $ en 2009.
Nom de la société et son évolution
Les origines de la société remontent à 1895 lorsque l'opérateur Bell a créé une filiale baptisée Northern Electric and Manufacturing Company Limited pour y accueillir ses activités de fabrication d'équipements au Canada. Par la suite, sa raison sociale a changé à plusieurs reprises à la faveur de rapprochements avec d'autres entreprises, de son internationalisation et de changements dans la composition de l'actionnariat: Northern Electric Company Limited en 1914 (après la fusion avec la Imperial Wire and Cable Company) Northern Telecom en 1976 (à partir de 1971 pour certaines filiales à l'international, notamment aux États-Unis). Nortel Networks à partir d'Source: une décision de l'arbitration forum de 2002 concernant un litige opposant Nortel à un tiers relativement à la propriété d'un nom de domaine; La décision contient des détails sur l'historique du nom de la société (changement de nom après la fusion avec Bay Networks)
En 2007, selon son rapport d'activités, la société-mère s'appelle formellement Nortel Networks Corporation, ou NNC. Elle a été constituée juridiquement au Canada le . Il est parfois fait référence à Nortel Networks Limited, ou NNL, société canadienne constituée en 1914 (ex Northern Electric Company Limited), qui est sa principale filiale en exploitation. Le groupe était aussi connu sous sa marque commerciale, qui a suivi une évolution similaire et qui est simplement Nortel.
Histoire Les origines de la société : les premiers réseaux téléphoniques
L’histoire de la société prend son origine au Canada il y a plus d’un siècle après l’invention du téléphone par Alexander Graham Bell. Celui-ci dépose son brevet mais ne parvient pas à trouver d'investisseurs prêts à acheter ses droits. Avec quelques associés, il constitue la Bell Telephone Company, ancêtre de la compagnie AT&T, pour déployer et exploiter un réseau téléphonique aux États-Unis. De même, il constitue la Bell Telephone Company of Canada, filiale de la compagnie américaine et ancêtre de l'opérateur télécoms actuel Bell Canada. La société que l’on connaît aujourd’hui sous le nom de Nortel doit son existence à la législation de l’époque sur les brevets qui obligeait à fabriquer soi-même ou à faire fabriquer sur le territoire canadien tout objet protégé par des brevets. 1874 – Alexander Graham Bell expose le principe du téléphone à son père, Alexander Melville Bell, à Brantford en Ontario ; 1877 – le bureau canadien des brevets octroie un brevet d'invention pour le téléphone à Alexander Graham Bell ; l'inventeur cède 75 % des droits canadiens du brevet à son père Melville qui met sur pied la première entreprise de téléphonie canadienne ; 1879 – Comme Melville Bell veut se départir de son entreprise naissante et qu’aucune compagnie canadienne n’est intéressée par l’entreprise, Melville Bell vend son entreprise et les droits canadiens reliés au brevet d'invention du téléphone au National Bell Telephone de Boston. thumb|Charles Fleetford Sise, sa femme et son chien, à Montréal, 1884 1880 – Charles Fleetford Sise est envoyé à Montréal pour prendre la direction de la Bell Telephone Company of Canada, qui était alors une très petite entreprise. Le personnage a de grandes visées pour l’expansion de la téléphonie et veut étendre les activités téléphoniques à travers tout le Canada. American Bell ne détient qu’une minorité de contrôle dans l’actionnariat de la compagnie de téléphone naissante, mais l’approvisionnement de cette dernière est alors très dépendant de productions de téléphones réalisées aux États-Unis par Charles Williams, associé de Melville Bell. Or, la législation canadienne oblige à fabriquer sur le territoire national tout objet protégé par des brevets. De plus, les importations de téléphones américains sont frappées par des droits de douane élevés. Enfin, les fabricants américains se trouvent dépassés par la demande sur leur propre marché et ont tendance à négliger leurs clients canadiens. Un quincaillier dénommé James H. Cowerd est envoyé en formation à Boston. Salarié de Williams, c’est lui qui pendant quelques mois supervisera l’assemblage sur place au Canada de quelque téléphones. Les pièces détachées sont fabriquées à Boston. 1881 – Aux États-Unis, American Bell acquiert les brevets de la société de Charles Williams et prend le contrôle du capital de Western Electric. Les deux sociétés fusionnent l’année suivante en gardant le nom de Western Electric. 1882 – Au Canada, James H.Cowerd décède de la tuberculose. L’approvisionnement de la compagnie de téléphone s’en trouve désorganisé. Charles Fleetford Sise, redoutant que sa société ne perde ses droits sur les brevets, tente de trouver un autre fournisseur local. En vain. Après quelques mois, il écrit à sa direction à Boston : « Nous ferions mieux de faire ce travail au sein de la maison. Nous avons un ou deux employés très compétents qui pourraient s’en charger ». Il loue deux étages dans un immeuble de Montréal et met sur pied un atelier chargé de fabriquer en série (et non plus seulement d’assembler) des téléphones à magnéto, dit téléphones « blake ». L’équipe, salariée par la compagnie canadienne, est encore très modeste et les pièces détachées continuent pour parties à être importées des États-Unis. Nommée Mechanical Department, cette équipe deviendra The Northern Electric and Manufacturing Company en 1895, puis sera renommée Northern Electric, Northern Telecom, Nortel Networks et finalement Nortel. 1885 – En début d’année, certains brevets de la holding américaine deviennent caducs, la compagnie n’ayant pas été en mesure de réaliser entièrement sa production sur le territoire canadien. Charles Fleetford Sise souhaite augmenter la production locale et pour cela acquiert de nouveaux locaux pour son usine, baptisée division Northern Electric and Manufacturing, qui emploie maintenant une cinquantaine de personnes. À partir de cette date, les équipements de téléphone utilisés par Bell et d’une manière générale par les compagnies de téléphone au Canada seront en grande majorité d’origine canadienne. 1888 – Relations crispées entre Western Electric et Bell Telephone. La première propose aux compagnies concurrentes de la seconde dans les provinces maritimes des équipements pour centraux importés à des prix inférieurs. Bell riposte en consultant des sociétés allemandes et anglaises pour son approvisionnement en câbles. Western Electric restreint l’accès à certains brevets que Bell cherchait à obtenir à conditions avantageuses. American Bell doit intervenir en 1892 pour trouver un accord. 1895 – Le marché national du téléphone canadien est en pleine expansion mais il n’a pas la taille suffisante pour rendre profitable une activité de production mono-produit. Bell cherche à diversifier ses revenus en fabriquant des équipements électriques et de grande consommation (radios, phonographes, bornes d’appel de la police et des pompiers…). Afin de se couvrir légalement, la société décide de filialiser la division Northern Electric and Manufacturing qui devient Northern Electric en 1895. Bell détient 93 % de cette société. 1899 – Bell rachète une entreprise de fabrication de câbles téléphoniques, cordons de téléphones et bobines électriques, dénommée Wire and Cable Company. Le développement des activités industrielles canadiennes a pour incidence de diminuer les achats de Bell auprès de la compagnie américaine Western Electric. Cette dernière obtient après de difficiles négociations de pouvoir rentrer à hauteur de 40 % dans le capital de Wire and Cable Company en 1901 et également à 40 % dans Northern Electric en 1906.
L’âge industriel : augmentation de la télédensité au Canada + Pénétration du téléphone en 1914L’Empire invisible, volume I, de 1846 à 1956. Auteur : Jean-Guy Rens. Publié aux Presses de l’Université du Québec, . Pays Abonnés Tél. / 100 hab. 9 542 0009,7 % 500 0006,5 % 233 0004,1 % 97 0002,5 % 1 428 0002,1 % 65 0000,9 % 330 0000,8 %
Durant la période précédente, le système téléphonique est rudimentaire. Les capitaux sont rares. Le téléphone est un phénomène urbain, réservé surtout aux entreprises, aux administrations et à une certaine élite. Durant la période qui commence, le téléphone atteint la maturité (automatisation des centraux, progrès dans les techniques de transmissions sur les longues distances) et devient un service public de plus en plus accessible. 1905 – Premiers centraux téléphoniques privés pour les entreprises, ancêtres des PABX, fabriqués par Northern Electric (modèles 101 et 102). 1910 – Northern Electric commence à déposer en son nom tous les brevets canadiens de Western Electric relatifs à la fabrication. 1911 – Western Electric, qui est alors le principal constructeur de matériel téléphonique dans le monde, obtient de pouvoir faire passer sa participation dans Wire and Cable Company à 42 % et dans Northern Electric à 45 %. 1914 – Wire and Cable Company est rebaptisée Imperial Wire and Cable Company en 1911, puis fusionne en 1914 avec Northern Electric. De 1914 à 1957, Western Electric détient 44 % de participation dans le nouvel ensemble qui conserve le nom de Northern Electric. Construction d’une nouvelle usine à Montréal, une ville industrielle dans la ville, qui regroupe toutes les activités de production de Northern Electric jusque dans les années 1950, avec plus de à son apogée. 1916 – Les moyens de production de Northern Electric sont mis au service de l’effort de guerre. L’usine de Montréal fabrique du matériel d’armement, des lampes de signalisation, des périscopes, des émetteurs-récepteurs. 1920 – Northern Electric rachète la Canadian Automatic Electric, une entreprise pionnière dans le développement de centraux automatiques 1929 – Krach boursier à Wall Street, marquant le début de la Grande Dépression des années 1930. La perte de confiance due à la crise boursière affecte la consommation et la production industrielle, entraînant le chômage et la ruine pour de nombreuses familles. Au Canada, certaines compagnies de téléphone comme Bell tentent dans un premier temps de maintenir leurs investissements, mais, très vite, elles doivent elles aussi couper le service aux abonnés, couper les budgets et licencier. Alors que le nombre de lignes téléphoniques ne cessait de croître durant les années d’après guerre, il recule de près de 15 %. Le chiffre d‘affaires de Northern Electric s’effondre, passant de 34 millions de dollars en 1930 à 8,2 millions en 1933. La charge de l’entreprise représente à peine 13 % de sa capacité de production. Le nombre de salariés passe de 6.100 à 2.400 durant la même période. Les salariés non affectés connaissent le chômage partiel avec parfois seulement deux jours de travail payés par semaine.