L'épidémiologie du suicide est une branche de l'épidémiologie qui vise à connaître la répartition et les déterminants du suicide dans les populations dans le but de mettre en place des moyens de prévention. Les chiffres et les taux de suicide varient significativement en fonction des régions du monde, du sexe, des âges, ainsi qu'en fonction de facteurs religieux et culturels. Globalement, le nombre de suicides et les taux de suicide (nombre de suicide pour ) sont en augmentation dans le monde.

Statistiques mondiales + Nombre de suicidespour personnes par an Tableau de l'OMS (décembre 2005).. Statistiques de l'OMS (06-06-2006). :RangPaysAnnéeHommesFemmesTotal1. Lituanie200568.112.938.62. Biélorussie200363.310.335.13. Russie200461.610.734.34. Kazakhstan200351.08.929.25. Slovénie200345.012.028.16. Hongrie200344.912.027.77. Lettonie200442.98.524.38. Japon200435.612.824.09. Ukraine200443.07.323.810. Sri Lanka1996??21.6

Méthodes de recueil des données vignette|Nombre de morts par suicide sur habitants en 2004. L'épidémiologie du suicide est une discipline de l'épidémiologie qui vise à connaître l'étude de la répartition et des déterminants du suicide dans les populations.

L'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) recueille les données sur la mortalité annuelle transmises par chaque état membre. Depuis 1950, les suicides sont reportés par certains états (11 états en 1950, 74 au maximum en 1985). La plupart des pays de la région Afrique (définie par l'OMS) ne rapportent pas leurs données. Les régions Sud-Est Asie et Méditerranée orientale (telles que définies par l'OMS) rapportent très peu leurs données. Les informations sont irrégulières dans les régions du Pacifique occidental et des pays d'Amérique Latine. C'est surtout des pays européens que les données sont envoyées le plus régulièrement.Bertolote, José Manoel, and Alexandra Fleischmann. "A global perspective in the epidemiology of suicide." Suicidologi 7.2 (2002).. Les chiffres de l'OMS correspondent aux statistiques telles que communiquées sur les certificats de décès et sont certainement sous-estimées.

Même lorsque les données sont disponibles, les statistiques sur les suicides (tentatives de suicide et décès résultant de suicide) souffrent de biais qui varient selon les époques, régions et paysJougla, E., Pequignot, F., Chappert, J. L., Rossollin, F., Le Toullec, A., & Pavillon, G. (2002). La qualité des données de mortalité sur le suicide. Revue d'épidémiologie et de santé publique, 50(1), 49-62.. Des raisons multiples peuvent inciter à cacher le fait qu'une personne se soit suicidée. Des spécialistes tentent d'évaluer ces biais pour obtenir de meilleures évaluations par l'étude des systèmes de certification des décès par suicide, de la fréquence et qualité des enquêtes médico-légales et autopsies demandées dans les cas douteux. Les chiffres peuvent alors être corrigés (estimations) et des études statistiques faites la base de ces estimations.

Tendances générales Dans le monde, personnes se sont suicidées en 2000, soit 14,5 morts pour habitants (un mort toutes les 40 secondesSource OMS.). Les tentatives de suicide sont beaucoup plus fréquentes et sont estimées à 10 à 20 fois plus nombreuses que les suicides..

Si le nombre de suicides augmente à l'échelle mondiale, le phénomène n'est pas dû uniquement à l'augmentation du nombre de personnes sur la planète, mais également à l'augmentation des taux de suicide. Globalement, les taux de suicide, estimé en nombre de décès pour ont augmenté entre 1950 (date des premières estimations de l'OMS) et le début des années 2000.

Différences femmes-hommes Actuellement, les taux de suicide des hommes et des femmes sont dans la plupart des pays du globe fortement divergents ; ainsi, la population masculine a, de manière récurrente, des taux de suicide beaucoup plus élevés dans la plupart des pays.

La Chine est, en 1999, le pays où le taux de suicide des femmes est le plus élevé et un des rares pays au monde à avoir un taux de suicide des femmes plus élevé que celui des hommes avec des taux de 14,8 pour les femmes et de 13,0 pour les hommes. La Corée du Sud arrive en deuxième position en ce qui concerne le rapport femmes-hommes des taux de suicide (en 2006), présente des taux respectifs de 14,1 pour les femmes et 29,6 pour les hommes.

Différences selon l'orientation sexuelle À la fin du plusieurs études épidémiologiques nord-américaines ont mis en évidence des taux de suicide de 6 à 16 fois plus élevés chez les personnes d'orientation homosexuelle ou bisexuelle que parmi les autres suicidants..... La première étude épidémiologique française réalisée en 2003, en collaboration avec l'INSERM, par Marc Shelly, David Moreau et Pascale Tubert-Bitter« Le suicide révèle la souffrance singulière des jeunes homosexuels » Le Monde, 10 septembre 2005. réplique les observations américaines.

Une autre étude épidémiologique réalisée en 2006 par Marc Shelly montre que, conformément à une enquête nord-américaine de grande envergure, l'abus sexuel dans l'enfance concerne 20 % des hommes homosexuels ou bisexuels masculins (contre 4 % des hétérosexuels), et que les hommes homosexuels ou bisexuels qui ont été victimes d'abus sexuel précoce (avant la puberté) font quatre fois plus de tentatives de suicide que ceux qui n'ont pas été victimes d'abus. Le Monde du 28 décembre 2006..

Une recherche universitaire menée en 2009 par Jean-Michel Pugnière, psychologue, auprès de 920 jeunes de 18-24 ans, met en évidence une relation entre homophobie verbale en milieu scolaire et suicide des jeunes hommes..

Différences selon les âges Si les taux de suicide sont bien différents entre femmes et hommes, les taux de suicide sont également significativement différents en fonction des groupes d'âges.

Des suicides peuvent être rencontrés à tout âge mais les taux de suicide varient beaucoup en fonction des âges. Ces variations dépendent des régions, des périodes observées et varient également selon les hommes et les femmes. Globalement, les taux de suicides augmentent avec l'âge..

Isolement social De hauts niveaux de cohésion sociale et nationale réduiraient les taux de suicide. Les niveaux de suicide sont plus élevés chez les personnes à la retraite, au chômage, divorcées, sans enfants, citadines, vivant seules. Les taux augmentent dans les périodes d'incertitude économique (bien que la pauvreté ne soit pas une cause directe). La plupart des suicidés souffrent de désordres psychologiques. La dépression est une cause fréquente. Des maladies physiques graves ou des infirmités peuvent aussi favoriser les suicides.

Phénomènes de contagion Enfin, le taux de suicide peut aussi être influencé par le tapage médiatique fait autour du suicide de célébrités, voire par le suicide fictif d'un personnage dans un drame populaire (« l'effet Werther », expression du sociologue David Phillips en référence au livre Les Souffrances du jeune Werther de Johann Wolfgang von Goethe).

Différences selon les régions du monde vignette|400px|Taux de suicide par paysSource : OMS.. Les taux de suicide les plus élevés par région (telles que définies par l'OMS) sont trouvés en Europe ainsi que dans des pays sans relations culturelles ni géographiques avec cette région, comme Cuba et le Sri Lanka. Curieusement, après l'Europe, les pays ayant de forts taux de suicide sont des îles.

Les régions du monde ayant les taux de suicide les plus bas sont les régions de culture islamique de l'est de la Méditerranée ainsi que des régions de l'Asie centrale anciens états de l'U.R.S.S.

Europe vignette|Gaulois Ludovisi, détailMarbre, copie romaine d'un original hellénistique provenant d'un monument bâti par Attale de Pergame pour commémorer sa victoire sur les Gaulois, vers 220 av. J.-C..

En 2006, le pays européen le plus touché par le suicide est la Lituanie.

Belgique En Belgique, suicides sont recensés tous les ans, ce qui représente la première cause « externe » de mortalité. Le royaume se situe, avec la Finlande, la France et le Danemark, bien au-dessus de la moyenne mondiale estimée à 14,5 pour habitantsCommission provinciale de prévention du suicide à Liège en Belgique..

En 2017, selon les chiffres de l'OCDE, le taux de suicide pour habitants en Belgique est de 15,9.

France

Selon le rapport sur le suicide de l'OMS en 2017, la France est classée au rang sur 170 pays. La France a un taux moyen de suicides de 12,3 pour habitants, plus élevé que celui de l'Espagne, de l'Italie, de l'Allemagne, du Royaume-Uni et de la Suisse. Le taux de suicide chez les hommes français est de 19 sur , soit trois fois le taux pour les femmes, qui est à 6 pour , selon ce même rapport..

Royaume-Uni vignette|250px|Tentative de suicide de William Wynne Ryland, 1793. Selon le rapport sur le suicide de l'OMS en 2017, le Royaume-Uni a un taux de suicide de 7,4 pour habitants (11,7 chez les hommes et 3,2 chez les femmes).

Une étude épidémiologique montre, depuis les années 2000, une tendance d'évolution des suicides. Au début des années 1980, les vétérinaires, professionnels du paramédical et médical, pharmaciens, agents de sécurité, policiers ou paysans, sont les métiers les plus touchés. L'explication serait la solitude de l’exercice professionnel ou « l’accès facilité » aux armes, aux médicaments. Depuis les années 2000, le suicide est de moins en moins lié à la profession, mais de plus en plus au niveau social..

En 2017, selon les chiffres de l'OCDE, le taux de suicide pour habitants au Royaume-Uni est de 7,3.

Suisse ; les suicides assistés ne sont pas compris dans ce nombre (environ 250). C'est la cause de décès la plus importante chez les hommes de 15 à 44 ans. Environ 800 hommes et 300 femmes se suicident chaque année, ce qui représente trois décès par jour, soit un taux de suicide de 12,5 pour habitants.

En 2017, selon les chiffres de l'OCDE, le taux de suicide pour habitants en Suisse est de 11,2, soit moins qu'au Canada (11,8), Australie (11,9) Autriche (12,4), France (13,1), Japon (15,2), Belgique (15,9), mais plus qu'en Italie (5,7), Espagne (6,8), Royaume-Uni (7,3), Allemagne (10,2) et Suède (11,1)Taux de suicide, data.oecd.org.

Asie Chine La Chine est un des rares pays au monde où les femmes se suicident plus que les hommes.

Japon

Le Japon avait l'un des plus forts taux de suicide du monde industrialisé (26 pour habitants en 2009).. Cependant, en 2006, le taux de suicide japonais était de 23,6 sur habitants et devancé par des pays d'Europe de l'Est, comme la Lituanie (38,8) ou la Russie (32,3) par exemple.. Le Japon était alors au mondial.. De nos jours le taux de suicide japonais n'est plus aussi élevé qu'au cours des années 2000, le dernier rapport de l'OMS datant de 2015 nous donne le chiffre de 19,7 sur 100 000 habitants.

Les suicides ont atteint le nombre record de en 2003 ( % par rapport à 2002)AFP, 22 novembre 2004., contre en 2007 ( %), en 2008 ( %)., en 2009 ( %)., en 2011 ( %)« suicides en 2011 au Japon, le chiffre le plus bas depuis 14 ans » Aujourd'hui le Japon, le 11 janvier 2012., et seulement en 2012 ( %)« Japon: repli du nombre de suicides » Le Figaro, le 17 janvier 2013.. Selon les chiffres de la police nationale, trois quarts des suicidés en 2007 étaient des hommes, et 60 % étaient sans emploi, alors que le taux de suicide des séniors était en forte augmentation. Selon le gouvernement, seuls 81 suicides en 2007 étaient dus au surmenage ou au stress (karō-jisatsu), qui entrainent plus généralement le karōshi, mort naturelle par sur-travail.. Cependant, la police nationale a comptabilisé en 2007 provoqués par des problèmes au travail.. En 2009, se sont suicidées à la suite d'une dépression (21 %), à la suite de difficultés de la vie quotidienne (5 %) et à cause de la perte de leur travail (3 %).