La sous-alimentation (ou sous-nutrition) est un état de manque important de nourriture caractérisé par un apport alimentaire insuffisant pour combler les dépenses énergétiques journalières d'un individu et entraînant des carences nutritionnelles. Chez l'être humain, la sous-nutrition prolongée entraîne des dommages irréversibles aux organes et, finalement, la mort.
Il convient de distinguer la sous-nutrition de la malnutrition, qui associe également une forte dimension qualitative.
D'après l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), plus de meurent chaque jour de sous-nutrition ce qui en fait la première cause de mortalité dans le monde, et plus de sont chroniquement sous-nutries, principalement dans les pays en développement. Selon le rapport 2019 de l'ONU/FAO sur la sécurité alimentaire mondiale, le nombre de personnes sous-alimentées dans le monde augmente à nouveau depuis 2015Editorial de la revue Nature du 14 janvier 2020 : Imagine a world without hunger, then make it happen with systems thinking ; Feeding the world involves tackling all aspects of the food system ; le Programme alimentaire mondial (PAM) a mis en ligne une carte mondiale interactive de la faim dans le mondeCarte interactive de la faim dans le monde, sur la sécurité alimentaire dans plus de 90 pays, avec prévisions pour les endroits où les données sont limitées (cadre : campagne visant à éliminer la faim d’ici 2030)..
Signes et symptômes Les individus sous-alimentés perdent une grande partie de leur graisse ainsi que de la masse musculaire, le corps utilisant ces tissus pour produire de l'énergie par catabolisme, ce qui permet aux fonctions vitales de rester actives (le système nerveux et les muscles du cœur, notamment). Le catabolisme ne se déclenche que si les sources d'énergie entrant dans le corps sont épuisées.
Les carences en vitamines sont aussi une conséquence habituelle de la sous-nutrition, entraînant l'anémie, le béribéri, la pellagre et le scorbut. Ces maladies peuvent elles-mêmes causer des diarrhées, des exanthèmes, des œdèmes et des insuffisances cardiaques. Les individus sous-alimentés deviennent irritables, dépressifs, fatigués et souffrent de léthargie, ce qui peut mener à l'inanition.
Causes Les causes de la faim dans le monde sont multiples et interdépendantes. De façon pragmatique, elles peuvent être regroupées en deux types d’inaccessibilité à l’alimentation : l’inaccessibilité économique, quand la nourriture est disponible mais trop chère pour que la population puisse l’acheter et l’inaccessibilité physique ou géographique, quand la nourriture n’est simplement pas disponibleAllWeWish.org, les causes de la faim dans le monde, consulté le 22/09/2011.
Ces deux types d’inaccessibilités trouvent leurs causes dans différents facteurs.
Inaccessibilité économique Dans un système de libre marché, les prix sont définis par l’offre et la demande. Quand les prix des denrées alimentaires flambent, les populations des pays les plus pauvres, qui dépensent près de 70 % de leur budget dans l'alimentation« Price Volatility in agricultural Markets », Policy Brief, FAO, december 2010, disponible en ligne, perdent l'accès à la nourriture.
La croissance démographique et la croissance des niveaux de vie dans les pays en développement font inéluctablement pression sur la « demande alimentaire ». La croissance des niveaux de vie en Chine ou en Inde permet à ceux qui la vivent d’abord de manger à leur faim puis de passer à un régime plus carnivore et l’élevage est une activité très consommatrice de céréales« Perspectives du marché de la viande en Chine 2011-2015 », Ministère canadien de l'agriculture, Service d'exportation agroalimentaire, juillet 2010. Selon les sources, il faudrait jusqu’à de céréales pour produire un kilogramme de viande de bœuf« Frères humains, devenez végétariens », Doan Bui, Le Nouvel Observateur, 05/2008.
Deux facteurs supplémentaires participent à la pression sur la demande alimentaire : la demande en biocarburants et la spéculation. Avec l’augmentation des prix du pétrole, la production de biocarburants gagne en rentabilité et devient plus attractive pour les investisseurs. Pour se développer, elle a besoin de matières premières végétales qu’elle trouve également sur le marché alimentaire.. D’après Nicolas Sarkozy« Présentation de la présidence française du G20 et du G8 » (Conférence de presse), Nicolas Sarkozy, 24/01/2011 mais aussi Jean Ziegler« Ne parler que du climat est une hypocrisie totale », Jean Ziegler et Cathy Ceïbe, l’Humanité, 26/07/2011, la spéculation sur le marché des denrées alimentaires est la raison pouvant justifier la flambée des prix connue en 2008.
Un dernier facteur doit sans doute être pris en considération lorsque la demande alimentaire est évoquée. Il s’agit du gaspillage. En effet, s’il n’entraîne pas une augmentation de la demande dans le temps, il vient néanmoins gonfler celle-ci et fait donc pression sur les prix. D'après le Programme des Nations unies pour l'environnement« Une révolution verte pour nourrir le monde », Programme des Nations Unies pour l'Environnement, 17/02/2009, la moitié de la production alimentaire mondiale n'est pas consommée.
L’évolution du prix du pétrole influence l’offre alimentaire. En effet, dans un système d’agriculture industrielle, cette augmentation entraîne celle les coûts de production à travers le coût des engrais et des pesticides. Enfin, dans un système mondialisé, elle a également un impact sur le coût du transport« La Hausse des Prix Alimentaires, Causes et conséquences », OCDE.
L’offre alimentaire, et le libre marché, est également faussé par la concurrence déloyale que se livrent les différents États« Les causes de la faim : Examen des crises alimentaires qui secouent l’Afrique », Document d’information Oxfam, juillet 2006 : Les subventions, comme celles octroyées dans le cadre de la Politique agricole commune, en sont un exemple, elles permettent aux agriculteurs qui en profitent de pratiquer le dumping sur les marchés extérieurs. D’autres moyens existent pour fausser la concurrence : quota, droits de douane ou règles sanitaires…
Inaccessibilité physique L’inaccessibilité physique (ou géographique) est due en partie au phénomène d’urbanisation vécu par les pays du Sud depuis quelques décennies. La FAO note d’ailleurs que les populations rurales souffrent globalement moins de la faim car elles ont encore accès à un terrain pour produire l’essentiel de leur alimentation.. Cette urbanisation est due à la pauvreté des campagnes mais elle est aussi parfois entraînée par les politiques d’expropriation menées par certains États dans le but de revendre les terres à de grands groupes industriels ou à des fonds spéculatifs (Hedge funds)« En pleine famine, l’Éthiopie vend ses terres fertiles à des multinationales », PIAB, RTBF, 31/07/2011.
L’inaccessibilité physique est également due au manque de rendement agricole et aux mauvaises infrastructures du Sud. Des capacités de stockage défaillantes entraînent une détérioration des récoltes. Les voies de transports insuffisantes rendent difficiles l’approvisionnement et le déploiement de l’aide d’urgence en cas de famine. En outre, les retards d’irrigation dans les pays pauvres, gardent leurs productions agricoles dépendantes à 95 % des pluies"L’eau pour l’alimentation. L’eau pour la vie.", International Water Management Institute, traduit par le Bureau Régional de la FAO pour l’Afrique.. L’outillage rudimentaire des populations rurales pèse sur leurs récoltes au niveau local mais a aussi un impact sur l’offre agricole mondiale.
Guerre et problèmes climatiques La guerre et les guerres civiles ainsi que les problèmes climatiques (sécheresses, inondations…) ont une influence sur la sous-alimentation à de nombreux niveaux.
Les conflits entraînent souvent la déportation des populations. Ils empêchent donc la culture des champs mais aussi l’utilisation des récoltes. S’ils ne détruisent pas les infrastructures, ils empêchent, en rendant dangereuse, leur utilisation. Il en va de même pour les problèmes climatiques.
Conséquences Physiologie right|thumb|300px|Prisonniers affamés du camp de concentration d'Ebensee.
La dénutrition (état résultant de la sous-nutrition) peut avoir des effets allant jusqu'à la mort : sensation impérieuse de faim et de soif ; hypoglycémie, avec notamment des vertiges et une sensation de faiblesse (asthénie) ; perte de masse corporelle (« poids »), amaigrissement ; déshydratation (apport d'eau insuffisant).
Le corps humain dispose de réserves d'énergie sous forme de glucides et de lipides. Les glucides sont utilisés pour le fonctionnement des organes et les lipides sont transformés en glucides pour être mis à disposition des organes. Ce phénomène provoque la maigreur et la perte de masse corporelle.
Lorsque les réserves en lipides sont toutes consommées, le corps commence à dégrader les protides (protéines) et notamment les cellules des muscles. Pour les dénutritions sévères, il y a donc une perte de masse musculaire. Lorsque les muscles abdominaux ne peuvent plus supporter le poids des viscères, cela provoque un gonflement du ventre, associé à l'ascite, due à la fuite d'eau du secteur vasculaire vers la cavité péritonéale consécutive au manque de protéines dans le sang.
Lorsque la sous-nutrition se produit au stade de l'enfance, elle a des effets graves sur la croissance du cerveau humain et nuit de façon parfois irréversible à ses capacités.
D'autres effets incluent : Baisse du métabolisme de base Hausse de la cétogenèse, apparition des corps cétoniques. Baisse des stéroïdes sexuels, et de l'attirance sexuelle ; aménorrhée et baisse de la production de spermatozoïdes. Lanugo (croissance de duvet isolé). Constipation et problèmes gastro-intestinaux. Troubles du sommeil. Faiblesse musculaire. Hypothermie. Modifications dans les hormones régulant l'appétit et la satiété. Croissance retardée. Inanition et mort.
L'état des petits enfants maigres à gros ventre est décrit sous le nom de Kwashiorkor.
Psychologie En plus de ses effets physiologiques, la sous-alimentation a des effets psychologiques non négligeables, confirmés par plusieurs études.. L'étude la plus riche dans ce domaine est la Minnesota Starvation-Rehabilitation Experiment, effectuée entre 1944 et 1946, à laquelle prirent part 32 objecteurs de conscience âgés de 20 à 33 ans. Ils furent soumis à trois phases : douze semaines de contrôle, vingt-quatre semaines de « malnutrition » (semistarvation) et douze semaines de rétablissement. Pendant la période contrôle, les sujets recevaient un apport de calories par jour, réduites à calories pendant la deuxième phase, puis ramenées à un niveau normal pendant la période de rétablissement. Pendant la deuxième phase, la nourriture était similaire à celle consommée en Europe pendant les famines..