Le Grand Prix des États-Unis 1959 (), disputé sur le Sebring International Raceway le , est la quatre-vingt-quatrième épreuve du championnat du monde de Formule 1 courue depuis 1950 et la neuvième et dernière manche du championnat 1959.
Contexte avant la course Le championnat du monde Trois épreuves figurant initialement au calendrier 1959 ayant été annulées, les responsables de la Fédération Internationale ont partiellement compensé ces défections en acceptant la proposition américaine d'un Grand Prix à Sebring. L'ajout du Grand Prix des États-Unis comme épreuve de clôture fut officialisé après l'arrivée du Grand Prix d'Italie.
L'année a été marquée par la domination des Cooper à moteur central arrière, qui ont remporté quatre des sept manches qualificatives disputées et assuré la Coupe des constructeurs à la marque britannique. Premier pilote, l'Australien Jack Brabham a effectué un excellent début de saison qui lui a valu trois victoires (dont une hors-championnat) ; fin technicien , il s'est énormément impliqué dans le développement et la mise au point des Cooper qui, malgré leur modeste puissance, ont infligé de sévères défaites aux Ferrari (battues même dans leur fief de Monza) qui n'ont réussi à s'imposer que sur les circuits très rapides, grâce à Tony Brooks. Pratiquement écarté de la course au titre après un début d'année catastrophique, Stirling Moss a réussi un brillant retour au premier plan ; en s'imposant dans les deux dernières manches sur la très performante Cooper du Rob Walker Racing Team, il talonne désormais Brabham au classement du championnat.
Malgré des derniers résultats décevants (une troisième place et deux abandons lors des trois derniers grands prix), Brabham reste le mieux placé pour coiffer la couronne mondiale. Cependant, une victoire de Moss associée au record du tour assurerait le titre à ce dernier, quels que soient les résultats de ces adversaires. Moss peut éventuellement se contenter de la seule victoire, à condition que Brabham ne finisse pas second avec le record en poche. Il pourrait également être couronné en terminant second et recordman du tour, si l’Australien terminait derrière lui. Pour Brooks, la situation est plus critique, la victoire associée au record du tour ne lui garantissant pas le titre, car une seconde place de Brabham l’en priverait. En pratique, les adversaires de l’Australien doivent viser la victoire et le record de la piste, tandis que Brabham devra assurer une seconde place tout en tentant de réaliser le meilleur tour.
Chances des prétendants au titre - Moss est champion du monde 1959 si : Il gagne et effectue le meilleur tour. Il gagne et Brabham ne termine pas second avec le meilleur tour. Il termine second et effectue le meilleur tour, à condition que Brabham ne gagne pas. - Brooks est champion du monde 1959 si : Il gagne, effectue le meilleur tour et Brabham ne termine pas second. Il gagne, Brabham ne terminant ni second ni troisième avec meilleur tour, et Moss ne terminant pas second avec meilleur tour. - Dans tous les autres cas de figure, Brabham remporte le titre.
Le circuit thumb|left|alt=Sebring|Le circuit de Sebring, principalement utilisé pour les courses d'endurance, est tracé sur un ancien aérodrome, avec des pistes en béton.
Ancienne base d'entraînement de l'armée de l'air américaine, la piste de Sebring a été utilisée pour la première fois en course en , à l'occasion d'une épreuve d'endurance de six heures. En 1952 y sont organisées les premières 12 Heures de Sebring, dont la seconde édition constituera l'année suivante la manche inaugurale du Championnat du monde des voitures de sport, nouvellement créé.
Empruntant en majorité des pistes en béton, Sebring se caractérise par une piste très large, avec un revêtement soumettant les voitures à rude épreuve. Développant plus de huit kilomètres, son tracé anguleux comporte deux longues lignes droites (1400 et 1300 mètresRevue Auto course n°I - VOL III, Auto Course Ltd, 1953). Depuis 1958, Stirling Moss détient le record officiel de la piste, ayant tourné à plus de 150 km/h de moyenne au volant de son Aston Martin lors de la course des 12 Heures.
Monoplaces en lice Ferrari Dino 246 "Usine" thumb|left|La Ferrari Dino 246 dispose de 300 chevaux. La Scuderia Ferrari a engagé quatre Dino 246, monoplaces de conception classiques pesant environ 600 kg et motorisées par un puissant V6 de 2474 cm3 à double allumage, alimenté par trois carburateurs double corps, capable de délivrer 300 chevaux à 9000 tr/min. Toujours en lice pour le titre mondial, Tony Brooks est épaulé par Phil Hill, Cliff Allison et Wolfgang von Trips, ce dernier remplaçant Dan Gurney qui a quitté l'écurie italienne après s'être engagé au sein de l'équipe BRM pour la saison 1960.
Cooper T51 "Usine" thumb|upright|right|Grâce à leur boîte 5, les Cooper T51 de Rob Walker surclassent les versions usine. John Cooper engage deux T51 à moteur central arrière pour Jack Brabham, qui vise le championnat du monde, et Bruce McLaren. Particulièrement agiles, ces voitures ne pèsent que 485 kg et leur 4 cylindres Coventry Climax FPF, bien que de puissance modeste (239 chevaux à ), dispose d'une excellente plage d'utilisation. Malgré l'utilisation d'une rustique boîte de vitesses d'origine Citroën à seulement quatre rapports, c'est seulement sur les très longues lignes droites que leur moindre vitesse de pointe constitue un handicap face aux Ferrari.
Cooper T51 "Rob Walker Racing Team" Fer de lance de l'équipe de Rob Walker, Stirling Moss possède également une chance de décrocher le titre de champion du monde. Il dispose d'une monture identique à celle de Brabham, son principal rival, à l'exception de la boîte de vitesses, Cooper fournissant les châssis mais pas les transmissions ; depuis le début de saison, l'équipe utilise une boîte cinq vitesses réalisée par Colotti, la voiture s'avérant ainsi plus performante que les versions d'usine, au prix d'une fiabilité qui, bien qu'améliorée en cours d'année, reste vulnérable. Maurice Trintignant dispose d'un modèle identique à celui de son chef de file, les deux voitures étant préparées par le réputé mécanicien Alf Francis.
Cooper privées En l'absence d'Aston Martin, Roy Salvadori pilote l'ancienne T45 de l'équipe High Efficiency Motors à moteur quatre cylindres Maserati, tandis que les Américains Harry Schell (Écurie Bleue) et George Constantine (engagement privé) disposent de T51 plus récentes, à moteur Climax FPF. Les organisateurs ayant accepté la participation de formules 2, l'Argentin Alejandro de Tomaso est au volant d'une T43 à moteur 1500 cm3 OSCA.
Lotus 16 "Usine" Colin Chapman a conçu les monoplaces les plus légères du plateau (450 kg) mais malgré un rapport poids/puissance extrêmement favorable les Type 16 à moteur Climax FPF n'ont jamais brillé sur circuit, péchant par leur tenue de route délicate et leur fragilité. L'usine a engagé deux voitures pour Innes Ireland et Alan Stacey, ce dernier remplaçant Graham Hill qui comme Gurney vient de signer un contrat chez BRM.
thumb|upright=0.9|right|alt=Connaught|La Connaught à moteur Alta. Connaught C L'Américain Bob Said s'aligne sur une Connaught Type C à moteur quatre cylindres Alta, engagée par Paul Emery.
Maserati 250F Malgré leur conception datant de 1953, les vénérables 250F à moteur six cylindres sont encore appréciées des pilotes privés. Phil Cade et Ettore Chimeri ont engagé leurs voitures personnelles, mais seul le premier a fait le déplacement à Sebring.
Tec-Mec F415 Transfuge de Maserati, Valerio Colotti avait conçu une évolution de la 250F, avec châssis tubulaire plus petit, roues arrière indépendantes et freins à disque, et utilisant le même moteur. Ayant quitté le constructeur italien, il a commencé à réaliser son projet avec le soutien du pilote Giorgio Scarlatti, mais faute de moyens ce dernier s'est désengagé, remplacé par l'Américain Gordon Pennington. Initialement prévue pour 1958, la Tec-Mec F415 vient seulement d'être achevée et va faire sa première apparition en course aux mains du jeune Brésilien Fritz d'Orey.
Porsche RSK Harry Blanchard a engagé sa Porsche 718 RSK personnelle, une voiture de sport également admise en catégorie formule 2.
Kurtis Kraft Midget Vainqueur des 500 miles d'Indianapolis sur un Roadster Kurtis Kraft, Rodger Ward s'aligne à Sebring sur une Midget de la marque, à moteur quatre cylindres Offenhauser de 1700 cm3. Cette voiture est équipée d'une boîte à deux vitesses et d'un différentiel à deux rapports. Les freins sont actionnés par un levier manuel.
Coureurs inscrits + Liste des pilotes inscrits Pilote Écurie Constructeur Modèle Moteur Pneumatiques 1 Rodger Ward Leader Cards Inc Kurtis Kraft Kurtis Kraft Midget Offenhauser L4 2 Tony Brooks Scuderia Ferrari Ferrari Ferrari Dino 246 Ferrari V6 3 Cliff Allison Scuderia Ferrari Ferrari Ferrari Dino 246 Ferrari V6 4 Wolfgang von Trips Scuderia Ferrari Ferrari Ferrari Dino 246 Ferrari V6 5 Phil Hill Scuderia Ferrari Ferrari Ferrari Dino 246 Ferrari V6 6 Maurice Trintignant Rob Walker Racing Team Cooper Cooper T51 Coventry Climax L4 7 Stirling Moss Rob Walker Racing Team Cooper Cooper T51 Coventry Climax L4 8 Jack Brabham Cooper Car Company Cooper Cooper T51 Coventry Climax L4 9 Bruce McLaren Cooper Car Company Cooper Cooper T51 Coventry Climax L4 10 Innes Ireland Team Lotus Lotus Lotus 16 Coventry Climax L4 11 Alan Stacey Team Lotus Lotus Lotus 16 Coventry Climax L4 12 Roy Salvadori High Efficiency Motors Cooper Cooper T45 Maserati L4 14 Alejandro de Tomaso OSCA Automobili Cooper Cooper T43 O.S.C.A. L4 15 Fritz d'Orey Camoradi International Tec Mec Tec Mec F415 Maserati L6 16 George Constantine Mike Taylor Cooper Cooper T51 Coventry Climax L4 17 Harry Blanchard Blanchard Automobile Co Porsche Porsche RSK Porsche F4 18 Bob Said Paul Emery Connaught Cars Connaught Connaught C Alta L4 19 Harry Schell Écurie Bleue Cooper Cooper T51 Coventry Climax L4 21 Ettore Chimeri Privé Maserati Maserati 250F Maserati L6 22 Phil Cade Privé Maserati Maserati 250F Maserati L6
Qualifications Les essais qualificatifs se déroulent les vendredi et samedi précédant la course. Disputant régulièrement les 12 Heures de Sebring depuis 1954, Stirling Moss est le plus expérimenté sur cette piste et s'y montre d'emblée extrêmement rapide, tirant la quintessence de sa Cooper à boîte cinq vitesses. Il achève la première journée d'essais avec un tour à plus de 167 km/h de moyenne, reléguant le meilleur de ses adversaires, Tony Brooks sur Ferrari, à près de six secondes ! Le lendemain, Jack Brabham réalise une belle progression, le pilote officiel Cooper s'avérant le plus rapide de cette seconde session, échouant cependant à trois secondes du temps réalisé la veille par Moss. L'Australien décroche ainsi une place en première ligne entre ses deux rivaux pour le titre, Brooks conservant le troisième temps, les organisateurs n’ayant pas tenu compte du temps qu’Harry Schell a réalisé en prenant un raccourci dans une zone délimitée par des cônes ! Malgré des passages spectaculaires en courbe, Rodger Ward, brillant vainqueur des 500 miles d'Indianapolis quelques mois plus tôt, est relégué en fond de grille, à plus de quarante secondes des meilleurs, sa Midget étant totalement inadaptée aux courses de vitesse.