L’église Sainte-Aurélie de Strasbourg est située rue Martin-Bucer dans le quartier de la Gare. C'est une église protestante luthérienne de la confession d'Augsbourg. Selon l'historiographie médiévale, il s'agirait de l'un des plus anciens sanctuaires de la ville. En 1524 Martin Bucer fit ses débuts comme prédicateur dans cette église acquise à la Réforme l'année précédente. Même s'il y subsiste quelques éléments d'architecture romane et gothique, Sainte-Aurélie est surtout remarquée pour son agencement intérieur baroque blanc et or – autel et chaire du , orgue conçu par André Silbermann en 1713 – et la nef imposante de la nouvelle église, entièrement reconstruite au . Ces atouts ont valu à l'église Sainte-Aurélie d'être classée par les Monuments historiques le . Entre 2002 et 2015, l'église et l'orgue Silbermann ont fait l'objet d'importants travaux de restaurationDirection des affaires culturelles d'Alsace, Strasbourg Sainte-Aurélie. Restauration de l'église et de l'orgue Andreas Silbermann, coll. Patrimoine restauré d'Alsace, , mai 2015, 35 p. .
Situation thumb|upright|left|Localisation de l'église sur un plan de Strasbourg (Merian, 1643), orienté sud-nord L'église Sainte-Aurélie se trouve au cœur d'un faubourg populaire désigné sous le nom de Faubourg National depuis la Révolution française, mais connu auparavant comme le Faubourg des Charrons, puis le Faubourg Blanc. C'était autrefois un quartier de maraîchers, de jardiniers et de couventsR. Recht, J.-P. Klein et G. Foessel (dir.), Connaître Strasbourg, Alsatia, 1998, 179-180.
Aujourd'hui l'église se situe un peu à l'écart des grands axes, entourée d'arbres et d'immeubles qui privent l'observateur d'une vision d'ensemble, sauf en hiver à la faveur de la chute des feuilles. Elle partage sa cour avec l'école primaire Sainte-Aurélie, la plus ancienne école publique strasbourgeoise, construite entre 1843 et 1846 par Félix Fries, sur un terrain mis à disposition par la paroisse. À l'exception des fidèles, le public ne peut donc accéder à l'église que sur rendez-vous ou, quelquefois, lors des Journées européennes du patrimoine.
Histoire Les découvertes et les interventions archéologiques menées dans le faubourg dès le concernent principalement des vestiges funéraires datant de l'Antiquité, ainsi que de la période mérovingienneFrédérique Blaizot, Pascal Flotté, Juliette Baudoux et Ghislaine Macabéo, « Évolution de la topographie funéraire du faubourg occidental de Strasbourg (Bas-Rhin) dans l’Antiquité tardive et le haut Moyen Âge », Revue archéologique de l'Est, 2005, tome 54, p. 211-248 .
La date de fondation de l'église reste incertaine. Selon le chroniqueur Koenigshoven cité par l'historien Jean-Daniel Schoepflin, sceptiqueJean-Daniel Schoepflin, L'Alsace illustrée ou son histoire sous les empereurs d'Allemagne et depuis sa réunion à la France, tome V, Villes impériales-Généalogies, 1974 ( éd. 1852), p. 51, son origine remonterait à sainte Aurélie, l'une des onze mille vierges, morte à Strasbourg. D'autres sources suggèrent une fondation de l'église primitive au , sur une crypte qui aurait renfermé le tombeau de sainte AurélieD. Toursel-Harster, J.-P. Beck et G. Bronner, Alsace. Dictionnaire des monuments historiques, La Nuée Bleue, Strasbourg, p. 453-454.
De fait elle est citée pour la première fois en 801, sous le vocable de Saint-Maurice, alors que celui de Sainte-Aurélie n'apparaît qu'en 1324. La conviction qu'il s'agit bien de la même église s'appuie sur ce passage de la charte du établissant que « le chapitre afferme au couvent de Saint-Arbogast certaines dîmes de l'église Saint-Maurice, vulgairement dite de Sainte-Aurélie » : [...] decimationes seu fructus omnes decimationum ad eos et suos successores nomine ecclesie S. Mauricii extra muros Argentinenses que ecclesia vulgariter S. Aurelie nuncupatur pertinentes [...]
D'après Schoepflin, l'église est concédée au chapitre de Saint-Thomas par l'évêque Henri II en 1219, une concession confirmée par une bulle du pape Honorius III.
En 1471 elle est incorporée au chapitre de Saint-Thomas. Elle passe à la Réforme en 1523, en même temps que le chapitre. Après le Temple-Neuf, Saint-Thomas et Saint-Nicolas, elle devient la quatrième paroisse de la confession d'Augsbourg à Strasbourg. Son premier pasteur est Symphorien Pollion (ou Pollio), qui avait d'abord prêché le protestantisme à la cathédrale. Son successeur est Martin Bucer, élu prédicateur de « l'église des jardiniers » en 1524. vignette|gauche|Sous le siège de Strasbourg (1870) La vie des paroisses protestantes strasbourgeoises commence à être mieux connue à partir du milieu du lorsque les registres baptismaux y sont introduits. C'est ainsi que pour l'église Sainte-Aurélie ces registres sont conservés aux Archives municipales de Strasbourg depuis l'année 1550René Bornert, La réforme protestante du culte à Strasbourg au , Brill Archive, 1981, p. 534 . thumb|upright|L'église Sainte-Aurélie en 1865 Au la charpente menace de s'effondrer et la construction d'une nouvelle église s'avère nécessaire. Elle est confiée aux maîtres d'œuvre (Baumeister) Michel Hatzung et Georges Frédéric Hüttner. La première pierre est posée le , les travaux progressent assez rapidement et la nouvelle église est consacrée le . À l'exception de la sacristie de la cathédrale, plus petite, en 1744, et l'église des Récollets, détruite depuis, c'est le seul édifice cultuel important construit à Strasbourg au cours du siècle.
Pendant la Révolution française, l'église sert de magasin à fourrage. En 1805, après Austerlitz, des prisonniers et des blessés russes et autrichiens sont hébergés dans l'église qui abrite un hôpital militaire du au . La guerre franco-allemande de 1870 occasionne quelques dégâts, comme en témoignent les quelques briques bouchant des impacts d'obus sur le deuxième niveau du clocher en pierre. Plusieurs tuyaux de l'orgue conçu par André Silbermann ayant également été touchés, des réparations ont été confiées aux frères Wetzel.
Le l'église est classée par les Monuments historiques.
La nef et la toiture ont fait l'objet d'une restauration en 2008.
Architecture À l'exception du clocher, la silhouette générale de l'édifice est celle de l'église entièrement reconstruite en 1765, les volumes de la nef l'inscrivant dans la lignée des édifices baroques.
Façades left|thumb|Vue partielle de la façade upright|thumb|Cartouche gravé du portail Orientée vers l'Est, la façade principale est surmontée d'un vaste pignon à volutes revêtu d'un crépi clair, percé de quatre œils-de-bœuf et sur lequel empiète un fronton triangulaire en pierre. Celui-ci repose sur un avant-corps en grès encadré par deux hautes fenêtres pourvues d'arrière-voussures, semblables à celles des façades latérales. Tous ces éléments sont aisément reconnaissables sur la gravure de 1865 reproduite ci-dessus, à l'exception des volutes du pignon : les pans de la toiture y sont représentés droits.
Sous le fronton s'ouvre le portail principal, lui-même surmonté d'un larmier et d'une fenêtre plus petite. Le cartouche de la clé porte cette inscription gravée dans un phylactère : « ST. AURELIA MDCCLXV ». Également surmontées de linteaux en chapeau de gendarme, les portes latérales déclinent le même motif rappelant la date de construction de la nouvelle église (1765).
Clocher Situé à l'Ouest, le clocher est la partie la plus ancienne de l'édifice actuel, ses trois niveaux inférieurs, de style roman, datant du . Les façades de l'étage inférieur sont crépies, à l'exception des angles en pierre taillée. Son socle présente une moulure à boudin et gorge. À l'exception d'une arcade, il reste peu de chose de l'ancien portail Ouest, aujourd'hui pourvu d'une simple porte métallique. Séparés par des bandeaux en grès, les étages comportent de petites fenêtres, mais certaines ont été bouchées.
De l'époque médiévale ne subsistent que les parties basses de la tourSuzanne Braun, « L'église Sainte-Aurélie », in Églises de Strasbourg (photographies de Jacques Hampé, préface de Victor Beyer), Oberlin, Strasbourg, 2002, , où se trouve la sacristie, au Sud. Celle-ci renferme un placard qui utilise une niche creusée dans l'épaisseur du mur et dont la vieille porte comporte trois serrures. La sacristie est décorée de portraits de pasteurs peints à l'huile.
Au la tour fut surélevée d'un niveau pour y installer un beffroi doté de hautes fenêtres gothiques et dont le toit à quatre pans est couronné par un coq.
Celui-ci abrite la plus ancienne cloche datée de Strasbourg (1410), qui traversa la période révolutionnaire sans dommages. Elle pèse entre 24 et 25 ZentnerEn allemand, Zentner se traduit aujourd'hui par « quintal » (), mais autrefois, notamment en Alsace et dans les pays germaniques, il correspondait plutôt à un poids de – soit environ – et porte l'inscription latine suivante : ++IhVS+XPS+MARIA+MATHEVS+MARCVS+LVCAS+JOAS+ANNO+DNI+M+CCCC+X+FVSA+EST+HAEC+CANPANATraduction : « Jésus Christ, Marie, Mathieu, Marc, Luc, Jean ; cette cloche fut fondue en l'an de grâce 1410 »
Cette cloche n'était pas unique, des documents attestant l'existence de quatre cloches en 1754.
thumb|upright|Horloge de Jean-Baptiste Schwilgué (1845) En 1794, au moment de la Terreur, le clocher fut un instant menacé de démolition, au même titre que les autres clochers de la ville, et pour commencer – dans un premier projet – l'élégante flèche ajourée de la cathédrale Notre-Dame. En effet, le Jacobin Antoine Teterel, originaire de Lyon, y voyait une insulte au principe d'Égalité cher à la Révolution et une motion avait été déposée dans ce sens, qui ne fut pas suivie d'effet.
Une dizaine d'années après la consécration de la nouvelle église, en 1776, une nouvelle horloge avait été installée par Joh. Philipp Maybaum père et fils, mais l'horloge actuelle est celle construite en 1845 par Jean-Baptiste Schwilgué, alors au faîte de sa gloire après sa réalisation de la troisième horloge astronomique de la cathédrale Notre-Dame de Strasbourg. Elle a été restaurée au début des années 2000 et c'est aujourd'hui la dernière horloge de clocher de Schwilgué encore en état de marche à Strasbourg.
Agencement intérieur Dimensions Les dimensions de l’intérieur de l’église sont les suivantesL’église Sainte-Aurélie de Strasbourg, brochure éditée par la paroisse longueur : largeur : hauteur :
Autel et chaire à prêcher Les archives de la paroisse révèlent que d'importants travaux de rénovation sont entrepris entre 1668 et 1671. Les murs extérieurs et intérieurs sont blanchis en 1668, et un menuisier nommé Hans Jakob Wildmann touche 42 florins en 1669 pour la fabrication de l'autel, alors que le tourneur sur bois Leonhard Zippel réalise gracieusement les colonnettes l'entourant. En 1670 le même Hans Jakob Wildmann reçoit 60 florins pour la réalisation de la chaire, tandis que le sculpteur sur bois Mathis Preis obtient pour son travail – qui inclut le pélican situé sous la cuve – une somme de 82 florins et 5 schillings.
Peints en blanc et or, l'autel et la chaire proviennent donc de l'ancienne église. En 1865, à l'occasion de la célébration du centenaire de l'inauguration de l'église, l'autel et la chaire sont entièrement repeints.
Tous deux sont classés au titre d'objet par les Monuments historiques le .
D'importants travaux de restauration sont menés à partir du début des années 2000 jusqu'en 2014. En même temps la configuration de l'espace est modifiée, notamment pour permettre la tenue d'événements culturels. Désormais mobile, l'autel ne se trouve plus nécessairement sous la chaire.
Autel L'autel rectangulaire baroque qui « tient à la fois de la table à quatre pieds et de l'autel-armoire. », est doté de 16 colonnettes tournées. Sa face principale est décorée d'un crucifix et de têtes d'angelots, dont la restauration a montré la qualité de la polychromie d'origine.