Wangari Muta Maathai, née Wangarĩ Muta et surnommée la femme qui plantait des arbres, née le à Ihithe (colonie du Kenya) et morte le à Nairobi (Kenya), est une biologiste, professeure d'anatomie en médecine vétérinaire, militante politique et écologiste.
Le , elle reçoit le prix Nobel de la paix pour à la suite de son engagement contre la déforestation du Kenya. Elle est la première femme africaine à recevoir cette distinction.
Biographie Wangari Maathai est élevée dans les au centre du Kenya. Ses parents, du peuple kikuyu, sont des fermiers qui luttent pour la subsistance de leur tribu. Étant l'aînée d'une famille de six enfants, elle s'occupe de la majorité des tâches ménagères. En 1948, grâce à la volonté de sa mère, Wangari Maathai entre à l'école primaire de Ihithe (), alors que très peu de filles y accèdent.
Puis elle suit des études secondaires au lycée catholique pour filles (Loreto High School) de Limuru. En 1959 elle obtient son baccalauréat et en 1960 elle obtient une bourse du Students Airlifts Programme. Cette bourse, mise en place par Tom Mboya en collaboration avec l’African-American Students Foundation, permet à des étudiants kényans de terminer leurs études dans des universités américainesEn 1960, Tom Mboya rend visite aux frères Kennedy en vue d'obtenir leur soutien pour élargir le programme Students Airlifts Programme à une plus grande partie de l'Afrique, et il y réussit. Le programme est étendu à l'Ouganda, au Tanganyika et à l'île de Zanzibar (tous deux maintenant Tanzanie), la Rhodésie du Nord (maintenant Zambie), la Rhodésie du Sud (maintenant Zimbabwe), et le Nyasaland (maintenant Malawi)..
Elle devient ainsi, en 1964, la première femme d'Afrique de l'Est à obtenir une licence en biologie puis un doctorat au à Atchison, dans le Kansas. Elle poursuit ses études à Pittsburgh en Pennsylvanie jusqu’en 1966, année où elle retourne chez elle pour une brève période, avant de s'envoler pour l'Allemagne, où elle obtient un emploi à l'université de MunichUNCCD profile of Wangari Maathai . Retrieved 10 April 2009. Elle rejoint ensuite l'Université de Nairobi pour travailler en médecine vétérinaire comme assistante de recherche auprès du Professeur Reinhold Hofmann et y obtient, en 1971, son Ph.D. (doctorat). Elle enseigne dès lors l'anatomie vétérinaire et devient par la suite doyenne de la faculté. En 2002, elle est professeure invitée au Global Institute of Sustainable Forestry de l'université Yale ().
Elle est membre honoraire du Club de Rome.
Elle meurt le à l'hôpital de Nairobi, des suites d'un cancer.. Son corps est mis dans un cercueil confectionné en bambou et en fibres de jacinthe, pour respecter la demande qu'elle avait faite à sa famille de ne pas couper d'arbre pour fabriquer son cercueil. Le jour de la cérémonie, un arbre est planté par ses enfants et petits-enfants en présence de centaines de personnes, au Uhuru Park (Parc de la Liberté en Swahili) à Nairobi. Il s'agit du parc que Wangari Maathai a sauvé de la destruction en mettant en échec un projet de gratte-ciel que le régime autoritaire de l'ancien président Daniel arap Moi voulait construire à cet endroit.
Militantisme et vie politique
Green Belt Movement Wangari Maathai fonde en 1977 le Mouvement de la ceinture verte ()., en réaction au phénomène de déforestation et d'érosion des sols, et en étroite collaboration avec les femmes des villages kényans. En effet au Kenya, ce sont les femmes qui sont chargées de collecter le bois pour alimenter le foyer et le fourrage pour les animaux. Or, avec la déforestation, ces ressources se raréfient, obligeant les femmes à parcourir des distances de plus en plus grandes. Les plantations d'arbres, véritables ceintures vertes autour des villes et des villages, ont donc pour but de répondre à ce problème quotidien des femmes kényanes.
À l'époque, Maathai commence par planter sept arbres le jour de la Terre, en l'honneur des femmes engagées dans le mouvement environnementaliste kényan. Les femmes sont ensuite placées au centre du processus, et le sont encore de nos jours en 2024, restant responsables de la gestion de leurs plantations. Ce mouvement a permis de planter plus de cinquante millions d'arbres.
Maathai est parfois affectueusement surnommée (). Elle est active aussi bien dans le domaine de l'environnement que dans celui des droits des femmes.
Engagement humanitaire En 1970, Wangari Maathai milite dans la Croix Rouge du Kenya, dont elle devient la directrice en 1973 ayant comme mission d'aider les personnes en difficultés.
Engagement politique
Poussée pour la démocratie (Push for democracy) (1992-2002)
« Lors des premières élections multipartites du Kenya, en 1992, Maathai s'efforça d'unir l'opposition et d'obtenir des élections équitables. Le FORD s'était divisé en FORD-Kenya et FORD-Asili ; l'ancien vice-président Mwai Kibaki avait quitté la KANU et formé le Parti démocrate. Maathai et beaucoup d'autres estimaient qu'une opposition aussi fracturée conduirait la KANU à conserver le contrôle du pays, ils formèrent donc le "Middle Ground Group" pour tenter d'unir l'opposition. Maathai fut choisie pour en être la présidente. Lors de cette élection, Maathai et des membres de l'opposition partageant ses vues formèrent le Mouvement pour des élections libres et équitables. Malgré leurs efforts, l'opposition ne s'unit pas et la KANU utilisa l'intimidation et les médias d'État pour remporter l'élection, conservant le contrôle du Parlement.
L'année suivante, des affrontements ethniques éclatèrent dans tout le Kenya. Maathai estima qu'ils étaient incités par le gouvernement, qui avait averti des conséquences désastreuses du multipartisme. Maathai se rendit avec des amis et la presse dans les zones de violence pour les encourager à cesser les combats. Avec le Green Belt Movement, elle planta des "arbres de la paix", mais ses actions furent rapidement combattues par le gouvernement. Les zones de conflit furent qualifiées de "zones interdites" et, en février 1993, le président affirma que Maathai avait orchestré la distribution de tracts incitant les Kikuyus à attaquer les Kalenjins. Après l'enlèvement de son ami et soutien, le Dr Makanga, Maathai choisit de se cacher. Pendant sa clandestinité, elle fut invitée à une réunion à Tokyo de Green Cross International, une organisation environnementale récemment fondée par l'ex-dirigeant soviétique Mikhaïl Gorbatchev. Lorsque Maathai répondit qu'elle ne pouvait pas y assister car elle ne pensait pas que le gouvernement lui permettrait de quitter le pays et qu'elle était en fuite, Gorbatchev fit pression sur le gouvernement kenyan pour qu'il l'autorise à voyager librement. Le président Arap Moi nia avoir limité ses déplacements et elle fut autorisée à quitter le pays, bien que trop tard pour la réunion de Tokyo.
En 1977, elle devient membre du Maendeleo Ya Wanawake Organization (Conseil national des femmes du Kenya).
En 1997, les deuxièmes élections multipartites sont marquées par des violences ethniques. Maathai avait déposé sa candidature pour la présidence du Kenya mais son propre parti l'avait retirée avant même de lui en parler, et elle échoue aussi à se faire élire au Parlement. Sous la présidence de Daniel arap Moi, elle est emprisonnée plusieurs fois (notamment, en 1991, où elle est libérée sous caution grâce au soutien d'Amnesty International) et violemment attaquée pour avoir demandé des élections multipartites, la fin de la corruption et de la politique tribale.
Lors des élections de 1997, Maathai souhaita à nouveau unir l'opposition. En novembre, à moins de deux mois du scrutin, elle décida de se présenter au Parlement et à la présidence en tant que candidate du Parti libéral. Ses intentions furent largement remises en question dans la presse ; beaucoup estimaient qu'elle devait se contenter de gérer le Green Belt Movement et rester à l'écart de la politique. Le jour du scrutin, une rumeur selon laquelle Maathai s'était retirée de l'élection et avait soutenu un autre candidat fut imprimée dans les médias. Maathai recueillit peu de voix et perdit l'élection.
À l'été 1998, Maathai apprit un projet gouvernemental visant à privatiser de vastes étendues de terres publiques dans la forêt de Karura, à la périphérie de Nairobi, pour les donner à des partisans politiques. Le 8 janvier 1999, un groupe de manifestants, dont Maathai, six députés de l'opposition, des journalistes, des observateurs internationaux et des membres du Green Belt, retournèrent dans la forêt pour planter un arbre en signe de protestation. L'entrée de la forêt était gardée par un grand groupe d'hommes. Lorsqu'elle tenta de planter un arbre dans une zone désignée pour être défrichée pour un terrain de golf, le groupe fut attaqué. De nombreux manifestants furent blessés, dont Maathai, quatre députés, certains journalistes et des écologistes allemands. Lorsqu'elle signala l'agression à la police, celle-ci refusa de retourner avec elle dans la forêt pour arrêter ses agresseurs. Cependant, l'attaque avait été filmée par les soutiens de Maathai, et l'événement provoqua une indignation internationale. Des manifestations étudiantes éclatèrent dans tout Nairobi, et certains de ces groupes furent violemment dispersés par la police. Les protestations continuèrent jusqu'au 16 août 1999, date à laquelle le président annonça l'interdiction de toute attribution de terres publiques.
En 2001, le gouvernement prévit à nouveau de prendre des terres forestières publiques pour les donner à ses partisans. Alors qu'elle protestait contre cela et recueillait des signatures pour une pétition, le 7 mars 2001, dans le village de Wang'uru, près du mont Kenya, Maathai fut de nouveau arrêtée. Le lendemain, suite aux protestations internationales et populaires contre son arrestation, elle fut libérée sans inculpation. Le 7 juillet 2001, peu après avoir planté des arbres à Freedom Corner à Uhuru Park pour commémorer le Saba Saba Day, Maathai fut de nouveau arrêtée. Plus tard dans la soirée, elle fut de nouveau libérée sans inculpation. En janvier 2002, Maathai retourna à l'enseignement en tant que Dorothy McCluskey Visiting Fellow for Conservation à la Yale School of Forestry and Environmental Studies. Elle y resta jusqu'en juin 2002, enseignant un cours sur le développement durable axé sur le travail du Green Belt Movement. »
Renommée internationale En octobre 1989, Maathai apprit l'existence d'un projet de construction du complexe Kenya Times Media Trust, un immeuble de 60 étages à Uhuru Park. Le complexe devait abriter le siège de la KANU, du journal Kenya Times, un centre commercial, des bureaux, un auditorium, des galeries, des centres commerciaux et un parking de 2 000 places. Le projet prévoyait également une grande statue du président Daniel Arap Moi. Maathai écrivit de nombreuses lettres de protestation, notamment au Kenya Times, au cabinet du Président, à la commission municipale de Nairobi, au commissaire provincial, au ministre de l'Environnement et des Ressources naturelles, aux directeurs exécutifs du PNUE et du Centre de liaison pour l'environnement international, au directeur exécutif de l'UNESCO, au ministère des Travaux publics et au secrétaire permanent du département de la sécurité internationale et de l'administration. Elle écrivit également à Sir John Johnson, le haut-commissaire britannique à Nairobi, l'incitant à intervenir auprès de Robert Maxwell, un actionnaire majeur du projet, assimilant la construction d'une tour à Uhuru Park à une telle construction à Hyde Park ou Central Park, et soutenant que cela était intolérable.