Burckhardt Christoph von Münnich (Charles de Lacretelle, Histoire de France pendant le dix-huitième siècle, . à Neuenhuntorf, Comté d'Oldenbourg – à Saint-Pétersbourg.) est un militaire et ingénieur allemand ayant servi le royaume de France, le Landgraviat de Hesse-Darmstadt puis celui de Hesse-Cassel, l'Électorat de Saxe et finalement la Russie. Son nom est russifié en Khristofor Antonovitch Minikh (Христофо́р Анто́нович Миних). Il est nommé maréchal d'armée russe et réforme les armées. Puis, il est fait comte en remerciement de ses hauts faits. Il occupe aussi le poste de Premier ministre, puis est exilé en Sibérie.
Biographie Jeunesse thumb|Blason des Münnich. Son père, Anton Günther von Münnich, est lieutenant-colonel et inspecteur-général en Frise du NordNouvelle biographie générale depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours, avec les..., Par Hoefer (Jean Chrétien Ferdinand), Firmin-Didot, . Sa famille s'est spécialisée dans l'architecture hydraulique. Son père le forme dès l'enfance. Fils de gentilhomme allemand, il est élevé parmi des membres de la noblesse danoise.
Münnich vient en France, à l'âge de seize ans, en 1699. Il est fasciné par Catinat et le maréchal de LuxembourgHistoire de France pendant le dix-huitième siècle, Par Charles de Lacretelle, . Il obtient alors une place d'ingénieur dans l'armée d'Alsace à Strasbourg.
Cependant, du fait de la Guerre de Succession d'Espagne, il repart pour l'Allemagne, où il obtient en 1701, à l'âge de dix-huit ans, une compagnie dans les troupes du landgrave de Hesse. Il combat au siège de Landau.
Son père, devenu le conseiller du duc de Frise orientale, le fait venir auprès de lui et nommer ingénieur en chef de ce pays. En 1706, il reprend du service dans l'armée du landgrave de Hesse et rejoint les troupes du prince Eugène en Italie. Burckhardt de Münnich reçoit le grade de major de la Garde à pied après avoir participé à la bataille de Castiglione et à la prise de plusieurs forteresses.
Münnich passe en Flandres, assiste à la bataille d'Audenarde et se trouve au siège des principales villes du pays. Il se distingue à la bataille de Malplaquet et est nommé lieutenant-colonel. Münnich est « laissé pour mort » et fait prisonnier à la bataille de Denain (1712). On le conduit à Cambrai, où il fait partie de ces prisonniers traités avec tant d'humanité par Fénelon. Il paie lui-même sa rançon.
En 1713, il revient dans sa patrie, où il est nommé colonel. Le landgrave de Hesse le charge du plan d'un canal, destiné à joindre la Fulda à la Weser. Il construit des écluses à Carlshaven et le canal de Grabenstein.
En 1716, Münnich entre au service de la Pologne du prince-électeur de Saxe, futur roi de Pologne, avec bientôt le grade de général-major et d'Inspecteur général des armées polonaises. Il tue en duel le colonel français Bonnefoux, comme lui au service de la Pologne. Le comte de Fleming le fait éloigner de la Pologne, par jalousie.
Au service de Pierre le Grand
En février 1721, à l'invitation de l'ambassadeur russe à Varsovie, le prince Grigori Dolgorouki, il se rend à Saint-Pétersbourg.
Münnich est employé, tout d'abord, comme ingénieur-général, en Russie. Le tsar Pierre le Grand l'emmène avec lui, pour dresser de nouveaux plans pour l'amirauté, le port de Cronstadt et les fortifications de Riga. Néanmoins, il reconstruit ses ports, ses forts, pave les rues et les routes, construit des canaux.
En 1723, Münnich reçoit la mission de continuer les travaux commencés par Pisarev, protégé du prince Menchikov. Il doit unir le grand canal du lac Ladoga, la Volochov, à la NévaNouvelle biographie générale depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours, avec les..., Par Hoefer (Jean Chrétien Ferdinand), Firmin-Didot, . Sous sa direction, les travaux avancent vite.
L'empereur, malade, va jusqu'à dire : « J'espère que les travaux de Münnich me guérirontBiographie universelle, ancienne et moderne, ou, Histoire par ordre alphabétique de la vie... Par Joseph Fr. Michaud, Louis Gabriel Michaud, », mais il meurt en 1725. Catherine, son épouse, devient impératrice.
Au service de Catherine
thumb|left|En 1727, Münnich reconstruit la forteresse Pierre-et-Paul, en pierre.
Münnich sait se maintenir en crédit, malgré la haine de Menchikov, favori de l'impératrice. Avec l'aide de , il termine le canal le . La navigation peut y être ouverte, au grand désespoir du prince Menchikov.
Dans le même temps, Münnich reconstruit la forteresse Pierre-et-Paul, en pierre. Il participe à la reconstruction de Kronstadt et fait les plans pour renforcer et moderniser les fortifications de Vyborg et Schlüsselbourg. Pour le récompenser, il est nommé général de corps d'armée en 1727. Il n'a que quarante-quatre ans.
Catherine décède en 1727. Pierre II devient empereur, le . Trop jeune pour diriger personnellement le gouvernement, il laisse le pouvoir passer aux mains de la famille Dolgoroukov qui prend le contre-pied de la politique menée par Pierre le Grand. Pierre II passe, quant à lui, sous l'autorité de Menchikov.
Au service de Pierre II
gouverneur du duché d'IngrieLa région de la capitale., de la CarélieRégion de Mourmansk. et de la Finlande, en 1728. Il est aussi nommé général en chef et fait comte russe et décoré de l'ordre de Saint-Alexandre Nevski.
Le comte Burckhardt de Münnich, se remarie le à Saint-Pétersbourg, avec Barbara Éléonore de Maltzahn (1691-1774), gouvernante de la grande-duchesse Élisabeth, future impératriceUniversitätsbibliothek Düsseldorf - Geschichte des Geschlechts von Maltzan und Maltzahn - Berthold Schmidt - 4 Bände, Schleiz 1907, 1913, 1920, 1926.. Il était veuf de Christiane Lucretia et avait plusieurs enfants, dont Louise (1713-1775), Ernst de Munnich (1707-1788) et Sophie.
Dans le même temps, de 1728 à 1729, le comte MinikhSon nom russifié. (ou Münnich) compile la collection héraldique de Russie qui sera approuvée en 1730 par l'impératrice Anne, car entre-temps Pierre II meurt de la petite vérole le et la duchesse de Courlande est devenue l'impératrice Anne.
Réforme de l'armée russe
L'impératrice le nomme feld-maréchal le et le place à la tête de l'administration militaire. Le comte Burckhardt de Münnich commence à réformer l'armée pour la mettre au niveau des autres pays européens. Le comte et Biron, jaloux l'un de l'autre, mais rapprochés par la politique, se partagent l'autorité pendant ce règneCharles de Lacretelle, Histoire de France pendant le dix-huitième siècle, ..
En 1731, il est ministre d'État. En outre, il est, l'année suivante, maréchal et président du Collège militaire.
Le comte a réorganisé l'armée nationale russe. Sur son initiative la Garde impériale devient une unité d'élite de . Il crée deux régiments : un régiment d'infanterie, le régiment Izmaïlovski, nommé d'après un village proche de Moscou, où se trouve le manoir familial de l'impératrice, et un régiment de cavalerie, le régiment des dragons de la Garde de Menchikov, très vite renommé régiment des Gardes du Corps à cheval ; cette dernière unité était destinée à rassembler tous les anciens officiers de la Garde à cheval de Pierre le Grand, qui ne remplissaient jusqu'alors, et de manière temporaire, que des fonctions honorifiques. Ils portent des cuirasses. De plus, il forme des unités d'ingénieurs ; son école du corps d'infanterie des cadets gentilshommes ouverte à quatre ou cinq cents jeunes nobles ou fils de notables va fournir pendant presque deux siècles les futures générations d'officiers supérieurs des armées russes. Les exercices physiques et militaires et l'étude des langues étrangères, de l'art de la guerre et de la science sont une nouveauté en Russie. Enfin, Münnich modifie, toujours en 1732, le système du recrutement en Russie. Une recrue pour 350 paysans avec possibilité de rachat.
En outre, il fait venir des officiers étrangers et augmente les soldes. Münnich crée douze régiments de cuirassiers et des unités de hussards. Le prince Eugène approuve ses réformes.
Voltaire nous dit à propos de la Russie vers 1730 que :
La guerre de Succession de Pologne
thumb|left|En 1735, Münnich place le prince Poniatowski sur le trône de Pologne.
La tsarine Anne le nomme ministre de la Guerre et membre du Conseil privé de l'impératrice, surnommé le parti des Allemands. Le comte Osterman et Biron, les favoris, l'éloignent de la cour en 1733 et lui confient la guerre de Succession de Pologne. Bühren, qui francise son nom en Biron, s'entoure lui-même pourtant de ministres et généraux allemands, dont le but essentiel est de s'enrichir. Ensemble, ils inaugurent en Russie un régime de terreur, favorisent la délation, déboussolent le pays. On appelle cette époque la bironovchtchinaLe gâchis à la Bühren..
Arrivé au front, Münnich chasse Stanislas Leszczynski de Pologne (1734). En 1735, Münnich prend Dantzig. Osterman et Biron critiquent la durée du siège, mais Münnich est en infériorité numérique. De plus, il n'a presque pas d'artillerie à sa disposition. Le comte de Münnich enseigne aux Russes l'art de conduire des sièges comme Pierre le Grand leur avait appris à gagner des bataillesHistoire de France pendant le dix-huitième siècle, Par Charles de Lacretelle, et il réussit à priver les Polonais du secours de la mer.
Münnich fait payer aux habitants de Dantzig leur dévouement à la cause de Stanislas. Il place le prince Poniatowski sur le trône de Pologne.
Guerre russo-turque (1735-1739)
La tsarine, excitée par le comte de Münnich et par plusieurs autres étrangers, résolut de réparer, par la guerre contre les Ottomans, des siècles de revers militaires et de pertes de territoiresHistoire de France pendant le dix-huitième siècle, Par Charles de Lacretelle, ..
Münnich entame cette guerre à l'automne 1735. Le , au début de la campagne, il combat Tatars de Crimée, armés par les Ottomans. Il ne parvient pas à soumettre la Sublime Porte, mais il porte ses armes jusqu'à la forteresse d'Azov qu'il prend en octobre 1736. Puis, il libère la Crimée du joug ottoman avec seulement . transportent le ravitaillement et les munitions dans ces contrées désertiques. Des bandes armées tartares les attaquent sans cesse. Ils inventent les bataillons progressant en formation carréeBiographie universelle, ancienne et moderne, ou Histoire par ordre alphabétique de la vie..., Par Joseph Fr. Michaud, Louis Gabriel Michaud, ..
Au bout de l'isthme qui joint la Crimée au continent, les armées de Münnich se retrouvent en face d'un profond fossé protégé par six tours et la forteresse de Perekop. En deux jours il franchit le fossé, et met en déroute Tartares. Il prend Perekop le ,
Ses généraux lui conseillent de bâtir un camp retranché et de se préparer aux attaques des Ottomans et des Tartares, mais Münnich décide d'attaquer et, malgré l'échec d'un de ses généraux et l'insubordination d'autres généraux, il prend Kozlov et peut ravitailler ses troupes affamées, et les payer, grâce à un riche butin.
Le , Münnich pénètre dans le camp des Tartares à la tête d'un bataillon de la Garde impériale et les met en déroute. Il prend Bakhtchissaraï et d'autres villes-forteresses. À cause de l'insubordination de ses troupes et d'une grave épidémie, il doit se replier sur la Russie.
Münnich y est accueilli en héros, mais il ne pense qu'à retourner sur les bords de la Mer Noire mener une guerre à outrance contre les Turcs. Il refuse d'envoyer un corps auxiliaire à la Hongrie qui vient d'entrer en guerre et c'est avec qu'il passe le Dniepr, le . Il encercle et prend Otchakov. L'explosion de la poudrière provoque la mort de Turcs.
Münnich refuse une paix séparée avec les Turcs. En 1738, il avance au-delà du Boug et arrive au bord du Dniestr avec . Il reçoit l'ordre de prendre Khotin, malgré un ennemi supérieur en nombre, fortement retranché et des troupes très fatiguées. La peste décime ses troupes. Son armée doit retourner en Russie.