Roland Béguelin est un homme d'État suisse né le à Tramelan-Dessus (canton de Berne) et mort le à Delémont (canton du Jura). D’abord reconnu comme journaliste, écrivain et poète, il devient, dès , l’une des figures majeures de la Question jurassienne. Cofondateur du Mouvement séparatiste jurassien — rebaptisé Rassemblement jurassien en — il en assume le rôle de secrétaire général de à .

Porte-parole du séparatisme jurassien, il initie, au nom du RJ, une première initiative populaire cantonale visant à organiser une consultation sur l’autonomie du Jura. Celle-ci est soumise au vote en , mais se solde par un échec. Dans les années , Roland Béguelin engage de profondes réformes au sein du mouvement séparatiste : il restructure l'association, dynamise son organisation interne, orchestre de nombreuses manifestations et actions coup de poing, contribuant ainsi à faire reconnaître la Question jurassienne au niveau fédéral. Sous la pression croissante du mouvement, les autorités bernoises se voient contraintes d'organiser une série de votations sur l’indépendance de la région jurassienne vis-à-vis du canton de Berne.

Entre et , sept votations — connues sous le nom de plébiscite jurassien — sont organisées. Béguelin mène alors une campagne intense en faveur de la création d’une République et canton du Jura, rêvant d’unir l’ensemble du peuple jurassien au sein d’un territoire correspondant au Jura historique. Lors du premier plébiscite, le , il défend le oui, qui ouvre la voie à la fondation d’un nouveau canton. Mais lors du second, le , il soutient le non, redoutant un morcellement qui affaiblirait le projet d’unité jurassienne. Finalement, la République et canton du Jura voit le jour, mais ne regroupe que trois des sept districts historiques. Déçu, Béguelin affirme que la lutte demeure nécessaire pour « récupérer » les districts restés bernois et les rattacher au nouveau canton, poursuivant ainsi le combat pour l’unité jurassienne.

Dès , Béguelin entre officiellement en politique. Membre du Parti socialiste, il est élu député à l’Assemblée constituante jurassienne, chargée de rédiger la future Constitution du nouveau canton. Ce texte fondamental est adopté par la population jurassienne en . Le , la population suisse approuve par référendum obligatoire la création du canton du Jura. Celui-ci accède à la souveraineté au sein de la Confédération suisse le .

À cette date historique, Roland Béguelin devient le premier président du Parlement jurassien et siège comme député cantonal jusqu’en . Parallèlement à son engagement institutionnel, il reste une figure centrale et influente au sein du Rassemblement jurassien, qu’il n’abandonne jamais.

Fervent défenseur de la langue française et de la culture francophone, il cofonde en la Conférence des communautés ethniques de langue française, dont il assume le secrétariat général jusqu’en . Il exprime également un soutien actif aux mouvements séparatistes francophones, notamment au Québec, en Wallonie et en Vallée d’Aoste.

Sur le plan littéraire, Béguelin publie de nombreux poèmes, essais, nouvelles et articles, notamment dans La Revue Transjurane, qu’il relance et administre. En , il cofonde Le Jura libre, le journal officiel du Rassemblement jurassien, dont il assure la rédaction en chef de à .

Symbole de la Question jurassienne, cofondateur du Rassemblement jurassien, figure de proue du mouvement séparatiste, porte-étendard du projet indépendantiste et ardent défenseur de la francophonie, Roland Béguelin s’impose comme l’une des figures les plus marquantes de l’histoire jurassienne et suisse du . Il est unanimement considéré comme l’un des « pères » de la République et canton du Jura.

Biographie Roland Béguelin naît à Tramelan-Dessus, fils unique de Léon Béguelin (1897–1945), horloger, et de Denise Jobin (1911–1977).

Entre et , il suit sa scolarité aux écoles primaire et secondaire de Tramelan. Lors de son service militaire, il exerce comme comptable du Corps d’Armée. Il poursuit ensuite sa formation à l’École de commerce de Saint-Imier, où il obtient un diplôme de commerce le , avant d’acquérir une maturité commerciale à l’École supérieure de commerce de Neuchâtel le . Il complète son parcours universitaire à l’Université de Neuchâtel, où il décroche, le , une licence ès sciences commerciales et économiques.

Cette même année, il devient secrétaire communal à Tramelan-Dessus et adhère à la section bernoise du Parti socialiste. En , une décision du Conseil-exécutif bernois visant à imposer l’allemand dans l’administration de la commune voisine de Mont-Tramelan suscite son indignation. Redoutant une extension de cette mesure à Tramelan-Dessus, il dénonce ce qu’il considère comme une tentative de germanisation du Jura. Il amorce alors sa lutte politique en publiant le pamphlet Comment on germanise le Jura, qui marque ses débuts dans l’activisme jurassien.

Dans la foulée, il s’essaie au journalisme, collaborant à divers périodiques tels que Le Journal du Jura, Le Démocrate, Le Progrès ou encore Curieux. Passionné par la poésie et l’essai littéraire, il prend contact le avec et Roland Stähli (1917-2010) pour relancer La Revue Transjurane, en sommeil depuis six ans. Leur ambition : offrir une tribune aux auteurs jurassiens à travers la publication de poèmes, essais et romans ancrés dans la culture locale.

Lutte jurassienne À la suite de l'« affaire Moeckli », Roland Béguelin, Daniel Charpilloz et Roger Schaffter décident de relancer le mouvement séparatiste et fondent, le , à Moutier, le deuxième Mouvement séparatiste jurassien (MSJ)défendant l’indépendance de la partie francophone du Jura vis-à-vis du canton de Berne et la création d’un nouveau canton au sein de la Confédération. Dans la foulée, la Société coopérative du Jura Libre est créée le par Roland Béguelin, Roger Schaffter et Roger Chatelain. Cette société d’édition publie leur nouveau journal de propagande séparatiste, Le Jura Libre, dont Roland Béguelin devient rédacteur en chef dès le .

Au début des années , bien que le canton de Berne reconnaisse le français comme langue officielle des districts jurassiens, qu’il reconnaisse l’existence d’un « peuple jurassien » et garantisse deux sièges au gouvernement cantonal, le MSJ considère ces réformes comme insuffisantes. Pour rassembler tous les jurassiens sous l’objectif commun de l’indépendance, Roland Béguelin lance une opération de ralliement. Avec l’aide de Roger Schaffter, il reprend la chanson populaire ajoulote La Rauracienne, en modifie les paroles et la renomme La Nouvelle Rauracienne, qui devient l’hymne des séparatistes. Le , Roland Béguelin, désireux de montrer que le MSJ est une organisation apolitique et non religieuse, décide de le renommer Rassemblement jurassien (RJ). Parallèlement, en raison de divergences d’opinions concernant la Question jurassienne, la collaboration avec Roland Stähli dans la Revue Transjurane cesse, et la publication du journal prend fin.

En , Roland Béguelin déménage à Delémont, où il devient, le , directeur et propriétaire de l’Imprimerie Boéchat S.A.. L’imprimerie, qui imprime déjà le journal Le Jura Libre depuis , lui permet de diffuser ses idées à travers diverses publications, notamment son livre Le réveil du peuple jurassien.

Le , Roland Béguelin devient secrétaire général du Rassemblement jurassien. Il utilise dès lors cette fonction pour diffuser davantage ses positions contre le Conseil-exécutif bernois. Le , sous son impulsion, le RJ décide de lancer une initiative cantonale . L'initiative est déposée le et soumise à votation populaire cantonale le . Le RJ, avec Roland Béguelin à sa tête, essuie un échec avec oui et non, soit respectivement 48,1 % et 51,9 %. Malgré cet échec, Roland Béguelin ne renonce pas. Au contraire, il devient plus déterminé et se considère comme le grand réformateur du mouvement séparatiste. Avec les autres dirigeants du RJ, il procède à une restructuration de l'association. Ils décident d’organiser davantage de manifestations et d’actions, misant résolument sur la jeunesse.

Par la suite, Roland Béguelin s'engage dans d'autres associations prônant la langue française. Il fonde, avec Roger Schaffter, en , les Éditions de la Bibliothèque jurassienne, dont le but est de diffuser la culture et l’histoire jurassienne. L'année suivante, il fonde l'association du Mouvement romand. En , il fait partie des membres fondateurs du Groupe romand, qui rejoint l'Association européenne de l’ethnie française dès Feuille d'avis de Neuchâtel, 16 juin 1960, .

Son engagement et ses positions séparatistes et pro-francophones dérangent les dirigeants du Parti socialiste de la section bernoise, qui obtiennent, par vote, son exclusion du parti le , effective le . Cependant, la section de Delémont du Parti socialiste ne met pas en œuvre cette décision. Afin de sensibiliser le reste du pays à la Question jurassienne, Roland Béguelin pousse à la création de lAssociation suisse des Amis du Jura Libre (SAJL) le . Cette association regroupe des membres non-jurassiens de l'arc lémanique et a pour but de sensibiliser les notables et intellectuels romands à la Question jurassienne par des conférences et des appels. À travers ses publications comme Le Jura des Jurassiens, Comment résoudre la Question jurassienne ou encore Berne à l'heure du choix, il diffuse également le problème jurassien en Suisse et au-delà des frontières. Il publie également des poèmes qui le font connaître en France et reçoit le Prix des Amitiés latines en , la médaille française Arts-Sciences-Lettres en et la médaille du Mérite culturel français en . Il publie huit autres ouvrages entre et .

En , il fonde, avec Pierre Fosson et Marcel Thiry, la Conférence des communautés ethniques de langue française à Genève, dont il devient le secrétaire général dès le .

En , pris entre la pression des séparatistes, des antiséparatistes et de la Confédération, le Conseil-exécutif bernois se voit contraint de soumettre au Grand Conseil bernois une disposition constitutionnelle permettant l'organisation d’un plébiscite dans le Jura. Roland Béguelin, cependant, n’ayant aucune confiance envers les autorités bernoises, annonce par la voix du RJ qu’il refuse cette proposition. Il considère que le plébiscite devrait être organisé par la Confédération et non par , c’est-à-dire le canton de Berne. Il redoute que les résultats ne servent les intérêts du Conseil-exécutif bernois, au détriment des aspirations séparatistes. De plus, il craint que cette consultation populaire ne mène à une partition du Jura, les antiséparatistes étant majoritaires dans le sud de la région, où le vote risque de pencher en faveur du statu quo.

Pourtant, le RJ revient sur sa position initiale et finit par approuver l’additif constitutionnel proposé par le Conseil-exécutif. Ce revirement s’explique par la conviction que ce plébiscite représente une opportunité historique pour le peuple jurassien d’exercer son droit à l’autodétermination, quitte à risquer la perte d’une partie du territoire ancestral :L’additif constitutionnel est soumis à votation populaire cantonale et reçoit l’approbation du corps électoral le . Publié le suivant, il définit les modalités d’un processus d’autodétermination en trois étapes, qualifié de « votation en cascade », connu sous le nom de plébiscite jurassien.