Les arènes de Lutèce, construites au , sont un amphithéâtre gallo-romain situé à Paris. Il s'agit d'un complexe hybride, de type « amphithéâtre à scène » ou encore « amphithéâtre-théâtre », comportant à la fois une scène pour les représentations théâtrales et une arène pour les combats de gladiateurs et autres jeux de l'amphithéâtre.
Redécouvertes au après des siècles d'oubli, elles sont aujourd'hui un lieu public qui accueille parfois sur sa grande scène centrale des représentations théâtrales et des concerts, quand elle n‘est pas le terrain d'ultimate des élèves du lycée Saint-Louis ou des amateurs de pétanque.
Situation et accès Le site est situé et accessible par les rues Monge, de Navarre et des Arènes.
Les arènes de Lutèce sont desservies par le métro aux stations Place Monge (ligne 7), et Jussieu (lignes 7 et 10).
Elles sont aujourd'hui accessibles à travers l'immeuble du 49, rue Monge , par la rue des Arènes et le square Capitan. Elles sont ouvertes tous les jours de à pendant l'hiver et pendant l'été.
Origine Ces arènes ont vraisemblablement été construites dans la période du Haut-Empire, c'est-à-dire entre la fin du et le début du .
Il s'agit d'un monument original, composé d'éléments mélangés de l'Empire romain, de la gallo-romaine par sa structure et grecque par sa forme, à l'arène dissymétrique, semblable à celles d'Afrique romaine, au front de scène calqué sur les édifices micrasiatiques.
Description Les gradins Jean Camille et Jules Formigé (1918) ont pensé que l'édifice pouvait accueillir dans ses gradins, ses vomitoires, ses précinctions et ses escaliers ; à partir des places des gradins des arènes de Nîmes et de l'amphithéâtre des Trois Gaules de Lyon, Camille Jullian (1922) calcule ce nombre à précisément ..
Les espaces de spectacle Il serait en Gaule un prototype de théâtre associant dès sa construction une scène à une arène.. En effet, d'autres amphithéâtres pouvaient déjà accueillir les deux types de spectacle, comme celui de Cherchell, dans l'actuelle Algérie, érigé dans les années 25 à 15 , modifié à la fin du par un creusement et un élargissement de l' sans sacrifier sa première fonction, théâtrale.
La scène La scène de théâtre, dressée sur le podium, mesure de longueur.
L'arène La piste centrale, de forme elliptique, possède un grand axe de et un petit axe de .
Géoarchéologie
Contexte topographique gauche|vignette|Plan d'altitude des plus hautes buttes de Paris. L'édifice est construit sur la montagne Sainte-Geneviève, à proximité de la confluence de la Seine et de la Bièvre ; ce sont d'ailleurs sur ses flancs que la cité antique de Lutèce est implantée à partir du .
Cette montagne est une formation de calcaire lutétien culminant à l'angle de la rue de l'Estrapade et de la rue des Fossés-Saint-Jacques. Bien que ce calcaire soit d'une constitution grossière, il est employé pour édifier la cité romaine ; ses carrières se situant en rive gauche de la Bièvre, à l'est et au sud de la colline, elles sont aux portes de la ville antique.
La colline culmine à d'altitude, son sommet est constitué d'un plateau dont la hauteur oscille entre et . Il s'étend du creux du Val-de-Grâce au sud, vers les jardins du Luxembourg à l'ouest, et à l'est dans la vallée de la Bièvre et le marais du boulevard Saint-Germain au nord.
Contexte d'occupation durant le Haut-Empire droite|vignette|Maquette de Lutèce présentée au plus fort de son développement urbain à la fin du Haut-Empire (Laurent Renou, 1984).|250x250px La colline Sainte-Geneviève est le site d'accueil de l' romaine, c'est-à-dire le site d'implantation des édifices politiques, religieux, spectaculaires et judiciaires, liés à l'administration des Parisii et de leur territoire. C'est sur sa pente nord, la plus abrupte, que seront érigés les édifices monumentaux de la cité.
Si la plupart des monuments lutéciens sont construits au plus proche du , l'axe principal autour duquel Lutèce est érigée, les arènes sont construites hors de ses murs, ce qu'une absence de niveau et de vestiges entre le monument et les limites de la cité du Haut-Empire confirment. Néanmoins, disposer des arènes en dehors de la ville reste une norme dans les villes de l'Empire. Leur construction, à mi-hauteur de la colline, rend l'ensemble monumental visible d'une bonne partie de la vallée de la Seine et dans la région parisienne.
Historique Des utilisations multiples De par sa disposition, il semble que ce monument soit le prototype d'un édifice mixte, servant à la fois d'amphithéâtre et d'arène. À cause de fouilles trop anciennes, à l'absence de stratigraphie et du peu de sources archéologiques, il n'est pas possible de dater avec assurance la durée d'occupation du monument.
Plusieurs hypothèses suggèrent que le site a cessé d'être occupé, voire a commencé à être démantelé, à partir du , entre 308 et 360, au moment de la construction de l'enceinte du Bas-Empire, sur l'île de la Cité.
Des sépultures découvertes entre 1870 et 1915 font état de 22 squelettes humains adultes (hommes et femmes) et un de camélidé qu'une absence d'analyses stratigraphiques ne permet pas de dater avec précision. En l'attente d'analyse sur les ossements conservés et leurs moulage, une monnaie de Gratien retrouvée dans un remblai fournit un élément de datation antérieur à son règne, soit la période 375 à 385, montrant un déclassement du site amorcé dès le .
Plusieurs indices relevés sur le monument permettent de constater qu'il a été remanié à plusieurs époques et sur plusieurs de ses secteurs. Selon Alfred Fierro (1996), Chilpéric , roi des Francs, aurait fait réparer l'édifice en 577 pour pouvoir y donner des spectacles. Guy Le Coz considère que cette affirmation est basée sur une lecture allusive de l'. Par ailleurs, il estime qu'il faudrait découvrir davantage d'artefacts mérovingiens sur le site avant de conclure à un réemploi du lieu — dans ses fonctions de spectacle — à l'époque médiévale.Il note une seconde allusion, toujours infondée, au sujet d'un cirque qui aurait été édifié à l'actuel emplacement de l'Institut du monde arabe.Didier Busson, dans l', admet qu'il est contestable de parler de rénovation mérovingienne.
À sa disparition vignette|Le site des arènes de Lutèce en 1615, représentées sur le plan de Mérian. Les arènes ne sont alors pas répertoriées. Grégoire de Tours ayant seulement affirmé l'édification plutôt que la rénovation de cirques à Paris, c'est au Moyen Âge tardif que deux auteurs rendent véritablement compte de ruines de cirque ou d'arènes dans le quartier Saint-Victor.
Le premier est un poème en latin écrit par Alexandre Neckam. Cet abbé anglais qui a enseigné à Paris à partir de l'année décrit .. Le second est un acte de 1284 rapporté par Boulay qui parle d'un lieu-dit « les Arènes » devant Saint-Victor..
Les arènes sont alors ensevelies et leur emplacement exact reste ignoré. Le site aura été peu à peu effacé, en particulier par les terres de remblai lors du creusement des fossés de l'enceinte de Philippe Auguste à partir de la fin du . À l'époque moderne, Adrien de Valois publie un texte en 1675 qui mentionne l'amphithéâtre.
Les fouilles de Vacquer (1870) et Capitan (1915)
Dans le cadre des grands travaux d'aménagement du plan Haussmann, le percement de la rue Monge, entre et , met au jour à de profondeur les premiers vestiges de la supérieure. Ils seront détruits. Toutefois, le site ne sera véritablement reconnu qu'au moment où la Compagnie générale des omnibus, voulant construire un dépôt de tramway, révèle des éléments du couloir rayonnant, du couloir de service et de la scène.
Après trois mois de « bataille », et malgré l'engouement pour cette découverte, la société de transport est autorisée à raser cette partie de l'édifice présente sur sa parcelle, ce qu'elle finit par faire. Théodore Vacquer évincé, une partie du et l'entrée nord sont épargnés et réenfouis. En , la Société centrale des architectes commande le creusement de huit puits de recherche dans la parcelle voisine pour compléter les fouilles.
En , un nouveau projet de percement de rue met au jour la partie sud du site ; Vacquer est une fois de plus écarté. Dans le même temps, un comité des Arènes se crée dans le but de préserver les vestiges restants ; elle nomme Henri Martin à sa présidence. Avec le soutien de l'Académie des inscriptions et belles-lettres et de Victor Hugo, le conseil municipal de Paris vote le 30 juillet 1883 la conservation du site à 36 voix contre 23..
La ville renonce à percer la nouvelle rue, vote l'acquisition du terrain et conserve les derniers vestiges mis au jour ; ils sont classés à la liste des monuments historiques depuis ..
La création du square alt=Reconstitution fantasmée du plan des arènes par J. C. Formigé (1914-1916)|vignette|Tentative de reconstitution du plan des arènes imaginée par Jean Camille Formigé (dessin, entre 1914 et 1916). La mise en valeur d'une première partie du site intervient en , sous la direction de l'architecte M. du Seigneur : c'est le square des Arènes.
Pour mettre en valeur la seconde moitié du lieu, celle fouillée en 1870, la ville de Paris rachète à la Compagnie générale des omnibus sa parcelle rue Monge, entre et . La municipalité met ainsi la main sur la dernière partie des vestiges reconnus, même si les immeubles construits du côté de la rue Monge ne permettent pas de compléter la cavea. Elle confie cette entreprise de « restauration » à Julien Formigé, qui place les vestiges sous la surveillance de Louis Capitan et Charles Magne.
Au début du , l'essentiel de la superstructure a disparu, les gradins que l'on voit aujourd'hui ont été ajoutés par les urbanistes chargés de l'aménagement du square. Seuls restaient une partie des fondations de la scène, des murs des paliers et des couloirs, ainsi que la base de certaines élévations du mur elliptique et celle des grands couloirs latéraux.
Cette restauration a été critiquée parce qu'elle a servi à reconstruire une arène plutôt qu'à consolider les vestiges qui avaient été conservés et qui, bien que visibles, ne sont depuis plus discernables des éléments contemporains créés par Formigé. Les vestiges s'ouvrent depuis sur un square paysagé, baptisé du nom de Louis Capitan.
Période contemporaine Depuis le , le site est réutilisé comme lieu de spectacle.
En effet, les arènes accueillent régulièrement des compétitions de basketball, comme la finale du championnat de France de basketball du en présence du président de la République Gaston Doumergue. Le , l'équipe de France dispute son premier match officiel dans l'hexagone devant puis y joue régulièrement jusqu'au . Les rencontres amateurs cessent en 1959..
Une démonstration de corrida s'y déroule le .. Près de cent ans plus tard, le , le torero nîmois El Rafi, de passage dans la ville, y réalise une démonstration de toreo de salon..
Les Bretons de Paris y ont organisé, pendant de nombreuses années, plusieurs ébauches de la fête de la Bretagne, de même qu'un pardon de la Saint Yves où se sont rassemblées environ entre les années 1960 et 1970. La procession menée par une « duchesse Anne à cheval » partait des arènes pour aller à Notre-Dame, Saint-Gervais-Saint-Protais ou Saint-Germain-l'Auxerrois.
Des musiciens ont également l'opportunité de pouvoir s'y produire, comme à l'occasion de la Fête de la musique ou lors du festival Les nuits des arènes.
Au quotidien, les arènes sont le terrain de jeu de footballeurs en herbe et des joueurs de pétanque. Elles accueillent plusieurs fois par an de petits festivals de quartier., des représentations théâtrales et des concerts. Sur les gradins et les bancs qui l’entourent, on vient également s'asseoir pour une pause déjeuner ou y réviser si l’on est étudiant.