Jean de Beaugrand, né entre 1584 et 1588Peut-être à Mulhouse comme le suggère mais il semble qu'on le confonde à cette occasion avec son père., mort à Paris le , est un mathématicien français. Secrétaire royal, membre de l'académie de Mersenne, ami et correspondant de Hobbes, de Fermat et de Galilée, il défendit la mémoire de François Viète, dont il fut semble-t-il l'un des derniers élèves.. Ennemi de Descartes, dont il dénonça les plagiats supposés, il soutint en 1636 que les graves ne pesaient rien au centre de la Terre. Pour cela, il reçut de Descartes le surnom méprisant de « géostaticien ». Secrétaire du roi et du trésor royal chargé de signer les privilèges d'édition, Jean de Beaugrand fut l'un des membres les plus influents de l'académie de Mersenne. Toutefois, en raison de ses polémiques et de ses démêlés avec Morin et Desargues, de sa désobligeante habitude (aux dires de Blaise Pascal et Paul Tannery) de s'approprier les travaux des autres membres de l'académie, dont ceux de Fermat et de Roberval, la postérité a conservé de lui une image plutôt négative. De nombreux historiens l'ont confondu avec son père, maître écrivain de Louis XIII, dont il édita les œuvres. Aucun travail de gravure, ni d'écriture ne peut, a priori, le rattacher aux maîtres écrivains. Il lui revient en revanche d'avoir donné son nom à la cycloïdeDenis Diderot : L'encyclopédie première édition, tome 4 page 596..
Éléments biographiques
Fils du maître écrivain Jean de Beaugrand, secrétaire ordinaire de la chambre du roi (1590) et maître d'écriture du jeune Louis XIII en 1606, Jean II de Beaugrand a pour oncle Baptiste de Beaugrand, qui suit lui aussi une carrière de graveur et de maître écrivain. Viète étant mort en 1603, il est vraisemblable que le jeune Beaugrand soit resté peu de temps l'élève du fondateur de l'algèbre nouvelle. À ce titre, il serait l'un des rares élèves du mathématicien des Parthenay avec Nathanael Tarporley, Jacques Aleaume, Marin Ghetaldi et Alexander Anderson.
Découvreur de Fermat
En relation avec Mersenne, probablement dès le retour de celui-ci sur Paris, vers 1619, il prend contact avec le cercle des mathématiciens de Bordeaux, Étienne d'Espagnet, fils du président du Parlement de Bordeaux Jean d'Espagnet (un des amis de Viète), Philon et Prades, tous trois liés à Pierre de Fermat.
En 1626, il rencontre Fermat à Orléans, probablement en août. Certains auteurs ont contesté une telle rencontre. Une amitié certaine naît de leurs échanges et d'après Mahoney, Pierre de Fermat apprivoise les notations de Viète par l'entremise de Beaugrand (il en possède déjà un livre par d'Espagnet)Ce point de vue est contesté par Jean Itard, dans À propos d'un livre sur Pierre Fermat ; pour lui, Fermat n'eut pas besoin de cette initiation.. C'est au travers de leur correspondance que Fermat se rend célèbre à Paris dans le cercle des scientifiques et des philosophes regroupés autour du Père Marin Mersenne ; la petite académie qui se réunit chaque semaine à l'Hôtel des Minimes, avec Pierre Gassendi, Étienne Pascal, le père de Blaise Pascal, Monsieur de Roberval ; Pierre Petit, etc.
En 1630, Beaugrand devient le mathématicien attitré de Gaston d'Orléans, dont son oncle Baptiste de Beaugrand, était encore l'écrivain (vers 1628). Il publie une Réfutation de la fausse duplication du cube de P. Yvon sieur de la Leu.
Éditeur de Viète
thumb|François Viète En 1630, Jean-Louis Vaulezard lui dédie sa traduction en français des Cinq Livres de Zététiques de ViètePour les Zététiques : voir l'article détaillé Les cinq livres de la Zététique.. Il lui écrit de façon fort louangeuse :
Voulant fait voir la lumière à ce livre et le donner au public, j'ai cru deuoir imiter ceux, qui en de pareilles occasions font élection d'un homme dont le nom, posé au frontispice de leur œuvre, les autorise: Différent néanmoins du sentiment de la plupart d'iceux, qui n'ont égard qu'à la grandeur et à la qualité relevée de celui, auquel ils dédient leurs ouurages, sans se soucier s'il est capable de juger de la valeur du présent. Et c'est cette raison qui m'a fait vous choisir parmi tant de beaux esprits dont notre France est honorée, pour vous offrir les cinq Livres des Zététiques de feu Monsieur Viète, et ce d'autant plus volontiers, que je sais combien la mémoire de ce divin personnage vous est chère.
Et il ajoute, à ce premier compliment, l'espoir de voir Jean de Beaugrand restaurer l'algèbre de VièteJean-Louis Vaulezard poursuit en effet sa dédicace ainsi : par conséquent vous n'aurez pas désagréable à en prendre la protection. Mais à qui les aurais-je pu mieux adresser qu'à vous, MONSlEUR, qui non seulement avez une connaissance très parfaite de l'analytique, mais qui encores possédez si absolument toutes les autres parties des Mathématiques, que si l'on doit espérer de voir ces belles sciences restaurées au point ou elles ont autrefois eté, on a grand sujet de croire que ce sera par votre seul moyen..
À cette époque, son protecteur Gaston d'Orléans doit s'enfuir en Lorraine puis aux Pays-Bas espagnols à la suite de ses démêlés avec Louis XIII. En 1631, Beaugrand fait publier un traité d'analyse spécieuse dans le droit fil de l'algèbre de Viète et quelques commentaires dont certains seront adoptés par Frans van Schooten dans son édition en 1646, notamment le livre Ad logisticem speciosam Notas priores qui devait suivre lIsagoge en 1591 et n'avait jamais été publié du vivant de Viète. Le , il hérite de son oncle Baptiste de Beaugrand des planches de gravures, qu'il réunit avec celles qui lui venaient de son père, et en 1633, Beaugrand fait republier cher Henry le Gras leurs volumes sous une page de titre commune avec une dédicace à Louis XIIIBerlin SB, Cambridge (MA) Harvard UL (exemplaire de présentation à Louis XIII), Marseille BM..
La commission Morin
Membre de l'académie de Mersenne, Beaugrand prend part aux rencontres chez le père minime. D'après Descartes, ils se sont retrouvés chez Mersenne dès 1634 (et aussi en 1637).
En 1634, Beaugrand est nommé par le cardinal de Richelieu dans un jury chargé d'évaluer les travaux de l'astronome-astrologue Jean-Baptiste Morin. Ce dernier se proposait de donner une mesure du temps absolu à l'aide de l'observation de la Lune (y compris en mer). Le jury comprend Étienne Pascal, Claude Mydorge, Pierre Hérigone, Boulenger et de la Porte ; Beaugrand, d'un naturel mélancolique devait y tempérer ses collègues, plus passionnés. Leur querelle avec Morin s'étale sur cinq ans, et se conclut par une condamnation très sévère des thèses de l'astronome. Cette attaque contre Morin irrite Descartes, dont ce dernier est alors l'ami déclaréLa Vie de M. Descartes/Livre 2/Chapitre 10 sur wikisource. Morin, croyant que le rapport que Beaugrand ferait de ses calculs ne pourrait que lui être favorable et lui concilier les autres commissaires, se montre grandement déçu à l'énoncé des réponses de la commission instituée par Richelieu : La science des longitudes avait-elle été démontrée par quelqu'un avant la démonstration donnée par M. Morin ? La démonstration de M. Morin est-elle bonne ? La méthode est-elle praticable sur merJean Sylvain Bailly, Victor Delpuech de Comeiras : Histoire de l'astronomie ancienne et moderne page 168-170 ? Les Tables astronomiques peuvent-elles, par cette science, être en peu de temps rendues beaucoup plus exactes que par tous les moyens précédemment employés ?
Le , la réponse des six commissaires est entièrement négative. Jean-Baptiste Morin en rend responsable Pierre HérigonePierre Bayle, Eusèbe Renaudot, Anthelme Tricaud, Pierre Desmaizeaux : Dictionnaire historique et critique de Pierre Bayle page 537 et Jean de BeaugrandJean Baptiste Joseph Delambre : Histoire de l'astronomie moderne, Volume 2 chez V. Courcier, 1821 pages 249,252 mais après la mort de Richelieu, Jean-Baptiste Morin, qui était un des tenants du géocentrisme et avait mis l'astrologie en vogue à la courPierre Bayle, Eusèbe Renaudot, Pierre Desmaizeaux, Anthelme Tricaud : Dictionnaire historique et critique de Pierre Bayle page 668, fut amplement dédommagé de son échec par les largesses de Jules Mazarin, selon Paul TanneryCharles Adams et Paul Tannery, Œuvres de Descartes, 1897, Paris, L. Cerf, page 291..
Le Jean de Beaugrand est reçu secrétaire du roi en remplacement de Gédéon Tallemant, un cousin de Gédéon Tallemant des RéauxAbraham Tesserau, Histoire chronologique de la Grande chancellerie de France, Paris, 1676, p. 360.
Un voyageur et un passeur
En 1635, Beaugrand est nommé secrétaire royal sous les ordres du chancelier Séguier qui est le bras droit de Richelieu pour tout ce qui concerne la police, la justice et plus généralement l'administration du royaume. Puis Beaugrand voyage quelque temps en Angleterre. Il rencontre Thomas Hobbes à plusieurs reprises. À partir de 1635 Beaugrand voyage en Italie, avec l'ambassadeur BellièvreArmand Jean du Plessis Richelieu : Mémoires du cardinal de Richelieu, sur le règne de Louis XIII page 397Bibliothèque nationale : Catalogue des manuscrits de la collection des cinq cents de Colbert; (1908). Il y rencontre les mathématiciens Cavalieri, le à Bologne, Benedetto Castelli à Rome et Galilée, près de Florence, à qui il fait connaître les travaux de Pierre de Fermat. Il demeurera en correspondance avec eux après 1636.
Une lettre de Bonaventura Cavalieri témoigne de ce rôle de passeur que se donnait Beaugrand:
thumb|Benedetto Castelli.
Dans leur correspondance, Beaugrand et Fermat évoquent leurs sujets de recherche, la variation des graves (poids), l'arithmétique, le tracé des tangentes, que Beaugrand communique par la suite à Thomas Hobbes ou à Cavalieri. Ces échanges ont quelquefois valu au secrétaire royal la réputation de s'approprier un peu trop aisément les découvertes d'autrui. Vingt ans après la mort de Beaugrand, Blaise Pascal l'accuse en effet, dans son histoire de la roulette, d'avoir communiqué les inventions de Roberval et de Fermat sans mentionner explicitement leur auteur et en laissant penser à Bonaventura Cavalieri que ces inventions pouvaient venir de luiDominique Descotes : Blaise Pascal, littérature et géométrie in Centre d'études sur les réformes, l'humanisme et l'âge classique ; l'affirmation de Pascal ne semble pas fermement étayée, des lettres de l'abbé CastelliPierre De Fermat : Varia opera mathematica D. Petri de Fermat, senatoris tolosani page 205 et de Cavalieri laissant entendre au contraire que Beaugrand leur avait fait connaître Fermat ou, tout au moins, que ce dernier ne leur était pas inconnu.
De même, en compulsant les échanges de Beaugrand et de Thomas Hobbes, Mahonay a pu penser que Beaugrand s'y donnait pour l'auteur des méthodes du toulousain Fermat mais cette indélicatesse a été récemment contestéeThomas Hobbes, Noel Malcolm : The Correspondence: 1622-1659 Volume I Oxford University Press, 1994 page 47 (non letters) et113 Thomas Hobbes,Noel Malcolm : The Correspondence: Volume II: 1660-1679 publié en 1997 par Oxford University Press .
La géostatique
De la variation du poids des graves.