Walter Benjamin (en allemand : Prononciation en haut allemand standardisé retranscrite selon la norme API. ) (nom complet : Walter Bendix Schönflies Benjamin) est un philosophe, historien de l'art, critique littéraire, critique d'art et traducteur allemand né le à Berlin (royaume de Prusse) et mort le à Portbou en Catalogne, dans l'Espagne franquiste.

Il est rattaché à l'école de Francfort. Il a notamment traduit Balzac, Baudelaire et Proust, et est l'auteur d'une œuvre hétéroclite aux confluents de la littérature, de la philosophie et des sciences sociales. Son suicide a laissé son œuvre dans l'inachèvement avec seulement deux livres publiés de son vivant, des articles et de nombreuses notes en vue de la publication d'une vaste enquête sur le Paris du .

Sa pensée a été redécouverte, étudiée et commentée à partir des années 1950, avec la publication de nombreux textes inédits et de sa correspondance. Longtemps ignoré en dehors de cercles littéraires, il a peu à peu acquis une notoriété le plaçant parmi les théoriciens majeurs du .

Biographie Enfance et jeunesse gauche|vignette|Pauline et Emil Benjamin avec leurs fils Walter et Georg (v. 1896). Walter Bendix Schönflies Benjamin naît à Berlin-Charlottenburg de parents allemands de confession juive et assimilés, Emil Benjamin (1856-1926) et Pauline (née Schoenflies). Son père était d'abord banquier à Paris, puis antiquaire et marchand d'art à Berlin : son fils héritera de son goût pour la collection. Aîné de la fratrie, Walter a également un frère, Georg (1895–1942) et une sœur, Dora (1901–1946).

Par ailleurs, Benjamin est le neveu du psychologue William Stern, ainsi que le cousin de la poétesse Gertrud Kolmar (par sa mère) et du philosophe et activiste Günther Anders, époux d'Hannah Arendt.

Il passe son enfance à Berlin — il la relatera dans les années 1930, durant son exil (Enfance berlinoise vers 1900, posthume). Pour des raisons de santé, il effectue de 1904 à 1907 un séjour à la campagne. De 1905 à 1907, il fréquente la Hermann-Lietz-Schule à Haubinda, en Thuringe, où il subit l'influence de Gustav Wyneken (1875-1964), inspirateur du mouvement républicain Freie Studentenschaft (Union des étudiants libres). Celui-ci l'incite à s'engager dans les Jugendbewegung (« mouvement de jeunesse » allemand), ce qui lui permet de rompre avec ses origines bourgeoises.

Premiers écrits et engagement vignette|Walter, étudiant à Berne (1917-1918). En 1910, il produit des articles pour Der Anfang (Le commencement), principale publication du Jugendbewegung, sous le pseudonyme d'« Ardor ».

Après le baccalauréat, en 1912, Walter Benjamin commence des études de philosophie, de philologie allemande ainsi que d'histoire de l'art à l'université de Fribourg-en-Brisgau, puis voyage en Italie, point de destination traditionnel des bacheliers allemands.

En 1914, il devient président des Freien Studentenschaften puis, en raison de désaccords, se retire des activités du groupe, y compris de la revue Der Anfang. Le suicide d'un couple d'amis le marque profondément. Il se fiance et commence la traduction des Tableaux parisiens de Charles Baudelaire, qu'il va mettre près de dix ans à terminer.

En 1915, alors que l'Allemagne est en guerre, Gustav Wyneken publie un texte encourageant la jeunesse allemande à servir sa patrie. Walter Benjamin lui écrit pour lui signifier son désaccord et rompt définitivement avec lui. Il rencontre . Il s'inscrit ensuite à l'université de Munich, où il rencontre Rainer Maria Rilke et Gershom Scholem, sans doute son premier véritable ami. En 1916, il rompt ses fiançailles pour vivre avec Dora Kellner, épouse de Max Pollack qu'elle quitte.

En 1917, Benjamin reçoit un ordre de mobilisation, mais parvient à se procurer un certificat médical relatif à sa sciatique chronique, ce qui ajourne son incorporation. Il épouse Dora Kellner, et passe quelque temps avec elle en sanatorium à DachauWillem van Reijen et Herman van Doorn, Aufenthalte und Passagen: Leben und Werk Walter Benjamins: Eine Chronik, Suhrkamp, 2001.

Afin de terminer au mieux ses études, il part en Suisse et s'inscrit à l'université de Berne en . Il commence une thèse sur la critique d'art à l'époque romantique. En 1918, son fils Stephan Rafael nait le (mort le ) à son propos Benjamin tiendra un carnet intime jusqu'en . Il achève la rédaction de sa thèse, soutenue à l'université de Berne. Il poursuit alors ses traductions de Baudelaire en allemand.

Durant cette période suisse, il retrouve Gershom Scholem, également étudiant à Berne : ils sont très proches. Scholem tente d'intéresser Benjamin à la mystique juive, au sionisme progressiste, mais celui-ci n'est passionné que par les romantiques et les poètes allemands. Durant les deux dernières années de la guerre, le gouvernement harcèle les étudiants juifs allemands non-incorporés et déclenche contre eux une campagne antisémite. Benjamin reste alors en Suisse, explore le pays durant l'année 1918 et termine sa thèse, tout en se liant d'amitié avec des dadaïstes comme Hans Richter et Francis Picabia Walter Benjamin. Des histoires d'amitié, film documentaire de David Wittenberg, Allemagne, Arte, 2010, ..

Vers une nouvelle sociologie de l'histoire vignette| Angelus novus (1920), huile sur papier, par Paul Klee, musée d'Israël. En 1919, Benjamin rencontre Ernst Bloch à Berne, également proche des dadaïstes, qui avait fui l'Allemagne contaminée selon lui par un esprit prussien qu'il dénonçait. L'année suivante, Benjamin publie à Berne son premier essai tiré de sa thèse, Begriff der Kunstkritik in der deutschen Romantik : il reste profondément attaché à l'esprit romantique d'un Hölderlin, aux utopies venues des Lumières, et ce, sous l'influence de Bloch ; mais Scholem note que son ami donne dans le « pathos de l'espoir ».

En 1920, incapable de subvenir aux besoins de sa femme et de son fils, il emménage avec eux chez ses propres parents à Berlin. En 1921, il se sépare de son épouse, et vit entre Heidelberg et Berlin. Cette année-là, il achète à Munich le tableau de Paul Klee, Angelus novus qui restera la plupart du temps chez lui, à Berlin, jusqu'à son exil, mais de temps en temps, Benjamin part en voyage et c'est Scholem qui garde le tableau. Il rencontre Klee mais aussi Kandinsky, professeurs au Bauhaus à Weimar, et éprouve un grand enthousiasme pour la nouvelle architecture et le courant de la nouvelle objectivité.

En 1922, il cherche à obtenir une habilitation d'enseignant à l'université de Heidelberg, mais son diplôme suisse n'y est pas reconnu. Il n'est pas plus heureux dans sa tentative similaire de 1923. De plus, au même moment, son ami Scholem part à Jérusalem y enseigner la mystique juive. Benjamin rencontre alors le jeune Theodor Adorno. Il abandonne l'apprentissage de l'hébreu, au désespoir de Scholem. Il publie ensuite son deuxième essai, qui porte sur Charles Baudelaire et ses Tableaux parisiens : ce travail l'a conduit à Paris, une ville qui le passionne. Cet essai paraît grâce à l'Institut de recherche sociale, nouvellement fondé à Francfort, par et Carl Grünberg : ce lieu est l'antichambre de la future école de Francfort, avec laquelle Benjamin va collaborer jusqu'à sa mort.

Durant son premier séjour à Paris, il croise certains surréalistes : s'il connaissait déjà Picabia et Tristan Tzara, il découvre les ouvrages de Louis Aragon ; sa passion pour Paris s'en trouve renforcée. Puis, il se lie avec la photographe Germaine Krull qui lui donne ses clichés sur les passages parisiens. Benjamin commence à écrire sur ces passages, sur Paris et la mode ; s'inscrivant dans la continuité de son étude sur Baudelaire, il se demande comment et pourquoi Paris est devenue la ville de la modernité.

Cependant, le père de Benjamin a de gros problèmes financiers durant cette période d'hyperinflation, compromettant l'aide qu'il lui fournit. Walter produit des critiques d'art, mais ce sont surtout les travaux de traduction d'écrivains français qui lui permettent de vivre. Benjamin n'est pas seulement un traducteur chevronné du français (il traduit entre autres Balzac, Saint-John Perse, Paul Valéry...), il est aussi théoricien en cette matière, et, depuis 1916, travaille sur la notion de traduction. L'un de ces textes est devenu célèbre : « Die Aufgabe des Übersetzers » (La tâche du traducteur) qui servit de préface à son essai sur Baudelaire (1923).

Il suit de près la politique allemande, notant à cet égard que « l’orientation de l’Action française lui semble finalement la seule qui permette, sans s’abêtir, de scruter les détails de la politique allemandeWalter Benjamin, Correspondance avec Theodor W. Adorno, , 1910-1928, Aubier Montaigne, 1979, . ». Il reste par ailleurs très lucide sur l'évolution de la république de Weimar : il ne croit pas au réarmement pacifique de son pays, de même, il observe une remontée de l'antisémitisme (après l'assassinat de Walther Rathenau en ).

En 1924, il effectue en même temps qu'Ernst Bloch un séjour à Capri. Il y fait la connaissance et tombe amoureux d'Asja Lācis (1891-1979), communiste lettone, , elle l'initie au marxisme ; ils sont ensemble à Berlin en 1924, à Riga en 1925Préface de Gershom Sholem au Journal de Moscou. Peu après, il rencontre le théoricien marxiste hongrois Georg Lukács. En 1925, il renonce à son habilitation d'enseignant à l'université de Heidelberg.

En 1926, il séjourne en France, à Paris et dans le Var, ainsi qu'à Monaco. Il traduit Marcel Proust avec l'aide de Franz Hessel en s'attaquant aux premiers tomes dÀ la recherche du temps perduSur cette question, lire « Au pays des Kobolds » : Walter Benjamin traducteur de Marcel Proust » par Robert Kahn, dans Littérature, 1997, volume 107/3, ..

À la mort de son père en 1926, il fait un passage à Berlin, revient en France, puis part faire un séjour à Moscou du 6 décembre 1926 à fin janvier 1927 pour retrouver Asja et écrire des articles sur la situation en Russie, dont "Moscou" destiné à la revue Die Kreatur de Martin Buber. Durant ce voyage, il collectionne des livres, des objets du quotidien, des réclames, des jouets en bois. Il visite les musées, va au théâtre, rencontre les intellectuels communistes. Mais Asja est malade et liée au metteur en scène allemand Bernhard Reich, ancien directeur du Deutsches Theater de Berlin, leur liaison houleuse prend finJournal de Moscou, Walter Benjamin, Gershom Scholem (Préfacier), Jean-François Poirier (Traducteur), L'Arche éditeur, 1983, .

Quand il rentre en Allemagne, il ne parvient pas à créer une revue, faute de temps ou d'argent : elle devait s'appeler Angelus novus en hommage au tableau de Klee.

En 1927, lors d'un nouveau séjour à Paris, il termine la traduction d'''À l'ombre des jeunes filles en fleurs.

En 1928, Scholem lui propose de venir le rejoindre à Jérusalem, Scholem renouvellera sa proposition à plusieurs reprises, demandant même un visa pour son ami, mais vainement. Car Benjamin est tout entier absorbé dans la sortie de son nouvel ouvrage, Einbahnstraße (Sens unique ou Rue à sens unique) et dans les débuts d'un récit autobiographique intitulé provisoirement « Enfance berlinoise vers 1900 » qu'il va poursuivre durant dix ans. C'est également l'année où il devient ami avec Gretel Karplus, qui épouse ensuite Adorno et avec laquelle il correspondra.

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