Giambattista della PortaIl est également appelé Giovan Battista Della Porta, ou en latin : Ioannis Baptista Porta Neapolitano.(en français : Jean-Baptiste de Porta), né à Vico Equense vers 1535 et mort à Naples le , est un écrivain napolitain, polymathe, fasciné par le merveilleux, le miraculeux et les mystères naturels. Il tenta de séparer la « magie divinatoire » de la « magie naturelle » et de faire de cette dernière une discipline savante, solidement soutenue par la littérature classique et l'observation.
Il écrivit en latin plus d'une douzaine de livres sur le sujet, dans une tentative sans cesse recommencée de naturaliser le miraculeux. Comme cette entreprise très risquée empiétait sur le domaine réservé de l'Église, qui revendiquait le monopole des forces occultes, ses travaux valurent au savant quelques démêlés avec l'Inquisition.
Entreprise aussi hasardeuse sur le plan méthodologique, elle prenait pour argent comptant toute croyance aussi invraisemblable soit-elle venant des Anciens, à partir du moment qu'elle était auréolée de l'autorité de la littérature classique écrite en latin. Il se croyait alors autorisé à la généraliser en lui trouvant une justification naturaliste ou en affirmant avoir fait des expériences la validant. Après avoir chassé les démons de la magie, il s'efforcera de donner à celle-ci le visage respectable d'un savoir ancien rationnel ayant tous les aspects de la philosophie naturelle.
Toutes ses œuvres protéiformes sont des tentatives de transformer les croyances au merveilleux (qu'elles soient jugées limitrophes des superstitionsLa Contre-Réforme a mené des campagnes systématiques de réforme de la culture populaire pour en éradiquer les superstitions et ramener toutes les formes populaires de la croyance dans le carcan de l'Église. par les autorités religieuses, ou bien qu'elles relèvent de phénomènes naturels comme le magnétisme ou l'optique, ou encore de techniques artisanales) en savoirs « scientifiques » respectables. Mais sa pensée a toujours été gouvernée par les principes préscientifiques de la théorie des analogies et correspondances : le monde ne peut se comprendre qu'en dévoilant les relations secrètes, les sympathies occultes, les analogies profondes qui lient ensemble le monde des plantes, des animaux et des hommes.
Sa perpétuelle quête de faits rares et merveilleux (sinon fictifs), ne l'a pas empêché surtout à l'époque de son séjour à Venise et de ses contacts avec d'autres savants, de mener systématiquement des expériences sur des phénomènes physiques réguliers et reproductibles à volonté. Sa curiosité des phénomènes naturels surprenants l'amena à faire des observations originales et pertinentes en optique (sur les lentilles et les miroirs concaves), magnétisme (sur l'attraction de l'aimant et du fer) et sur les propriétés des métaux, entre autres. Il s'attribua cependant des inventions que les historiens actuels contestent.
Deux de ses ouvrages eurent un énorme succès aux : Magia naturalis (1558 puis 1586), De humana physiognomonia (1586). Ils furent traduits dans les grandes langues d'Europe et furent réédités jusqu'à la fin du .
Della Porta fasciné par les sciences occultes, a su chasser les démons de la pensée spéculative, sans arriver à dégager un programme de recherche permettant d'avancer dans la compréhension du monde. Sa grande érudition et ses principes explicatifs séduisants (car touchant autant l'imagination que l'intellect) ont dominé la scène de la pensée scientifique italienne. Ce, avant que Galilée ne réussisse aux environs de 1600, a dégager les traits de la nouvelle rationalité scientifique que nous connaissons dans la science physique moderne. La science moderne a pu se construire sur les phénomènes généraux, reproductibles et non pas sur le fortuit et le spectaculaire. Elle devint un savoir capable d'avoir une efficacité remarquable pour changer le monde, grâce à la rigueur austère des mathématiques. Mais au prix du renoncement au charme des doctrines anciennes qui voyaient le monde comme un système de correspondances interreliées que seule la sagacité des érudits pouvait décrypter.
Biographie
Giambattista Della Porta est né en 1535 dans une famille de l'aristocratie de Naples. Son père Nardo Antonio Della Porta, un gentilhomme très fortuné, possédait des terres et des bateaux. Sa mère d'origine calabraise, était une Spadafora, une sœur du savant Adriano Guglielmo Spadafora, qui deviendra conservateur des archives de Naples en 1536 et guidera le jeune Giambattista dans ses études.
Formation de gentilhomme cultivé La branche napolitaine des Della Porta avait trois domiciles : une maison en ville, via Toledo près de la Piazza Carità, une villa à Due Porte, un hameau dans les collines au nord-ouest de Naples et une belle villa à Vico Equense. Il reçut avec ses deux frères, une éducation classique par des précepteurs particuliers. Sa formation consista en l'étude des lettres classiques, de la philosophie et des sciences naturelles, sans négliger la musique, la danse, l'équitation, et la gymnastique. Mais il n'alla pas à l'université (d'ailleurs l'université de Naples ne fut fondée officiellement qu'en 1581) et resta toujours éloigné des cercles académiques. Son jeune frère Giovan Ferrante faisait une collection de cristaux et de spécimens géologiques. Le plus âgé Giovan Vincenzo était un amateur d'antiquités, de statues et de médailles. Ce frère aîné qu'il adorait et l'oncle maternel Adriano Spadafora, lui servirent l'un comme l'autre de tuteur dans ses études. La maison familiale napolitaine était fréquentée par des philosophes, mathématiciens, poètes et musiciens, formant une véritable académie.
Dans ses œuvres Giambattista Della Porta a laissé des informations contradictoires sur sa date de naissance ou les dates de rédaction de ses œuvres. Suivant Louise Clubb, ce n'était pas par une volonté de tromper mais par un désir de soigner son image et de se protéger. Il adorait faire mystère de nombre de choses le concernant, et s'intéressait à des sujets parfois à la limite de ce que tolérait l'Inquisition.
D'après son premier biographe Pompeo Sarnelli, dès sa jeunesse, Giambattista aurait composé des discours en latin et en langue vernaculaire, et aurait excellé en « philosophie naturelle ». Sa curiosité d'esprit insatiable pour tous les mystères s'est traduite au cours de sa vie par la publication d'ouvrages sur la magie naturelle, sur l'alchimie, l'astrologie, la physiognomie, la cryptographie, l'agriculture, l'art de mémoire, l'optique, la pneumatique et la géométrie.
Il fut aussi un auteur dramatique accompli. Il commença à écrire des pièces de théâtre dans sa jeunesse et les comédies qu'il publia plus tard étaient des révisions des pièces qu'il jouait avec ses amis et sa famille. Cela lui valut la réputation d'une grande précocité littéraire. Sa première comédie ‘'L'Olimpia fut publiée en 1589 mais fut composée i suoi primi anni (dans ses premières années) suivant l'éditeur Pompeo Barbarito. La date la plus ancienne de composition pourrait être 1550 ; c'est-à-dire à l'âge de quinze-seize ans. Au cours de sa vie, il écrivit 3 tragédies, 29 comédies et une tragi-comédie, dont seulement 2 tragédies, 14 comédies et la tragi-comédie ont survécu.
En cette même année 1550, Della Porta assure avoir publié la première éditionDans la préface de la traduction anglaise publiée en 1669 à Londres, l'auteur indique « Si ce travail réalisé dans ma jeunesse, alors que j'avais à peine quinze ans, a été reçu si favorablement qu'il fut traduit en de si nombreuses langues, comme l'italien, le français, l'espagnol et l'arabe…» de Magia naturalis (La Magie naturelle, en quatre livres, écrits en latin), une encyclopédie de savoirs populaires, sur les choses occultes et insolites. Mais en l'absence d'édition confirmant cette affirmation, il est tentant de supposer qu'il s'efforçait de se faire passer pour un enfant prodige, ou bien qu'il cherchait des excuses à des erreurs de jeunesse concernant certaines assertions sur la magie qui avaient attiré l'attention pointilleuse de l'Inquisition. Mais même si la première édition de Magia naturalis eut lieu en 1558, dans sa vingt-troisième année donc, il est probable que dès l'adolescence, il avait commencé à transcrire sa collection de « secrets et miracles de la nature » (comme l'indique le sous-titre de l'édition française) et à faire des expériences avec des produits chimiques, des herbes médicinales et des aimants. L'ouvrage eut plus de vingt éditions en latin et fut par la suite traduit en français, italien, anglais, allemand et néerlandais.
Sa formation dans le milieu raffiné de l'aristocratie napolitaine, sans les contraintes de la rigueur académique, favorisa l'approche de dilettante « expérimentateur » qu'il adopta pour révéler toutes les merveilles cachées du monde. Un de ses tuteurs, nommé Giovan Abioso da Bagnola, assurait qu'il fallait se détourner des livres anciens et « chasser les nouveaux secrets de la nature ». Il invitait à étudier le comportement animal pour apprendre comment agir directement sur les forces primordiales de la nature afin de les mettre au bénéfice de l'homme.
Della Porta prétendait pouvoir soumettre à l'« expérience » et à l'analyse rationnelle toutes les coïncidences étranges observées qu'il généralisait allègrement en corrélations voire en relations causales. Plutôt que de s'en remettre à des êtres ou des pouvoirs surnaturels, il cherchait à étudier tous les phénomènes surprenants et merveilleux sans à priori et à leur trouver des causes naturelles. Il croyait fermement qu'il y a dans la nature de multiples secrets à la portée de la sagacité humaine, à condition de savoir en lire les signes. Mais sa méthode « expérimentale » était si fruste, qu'il n'était pas à l'abri de la plus grande crédulité. Car il ne distinguait pas clairement l'histoire, de l'expérience. Comme beaucoup de ses contemprains, ce qu'il avait lu dans chez les Anciens, comme Pline, valait autant que ce qu'il avait vu de ses yeux.
Mais de nos jours, la justification par des arguments d'autorité ou par des causes naturelles ad hoc ne suffit plus à transformer des croyances en savoirs scientifiques. Galilée montrera un peu plus tard comment les hypothèses explicatives peuvent être évaluées par des expériences habilement montées.
Influence de Ruscelli Dans la tendre enfance de Della Porta, l'écrivain Girolamo Ruscelli (1500-1566), un autre chasseur de secrets, était encore à Naples où il avait fondé lAccademia Segreta dans le but d'enquêter sur ces opérations mystérieuses de la nature. Même si Della Porta était encore trop jeune pour avoir participé aux réunions de l'académie, il avait dû entendre parler des sujets qui y étaient débattus et il a dû s'en inspirer dans le groupe de réflexion qu'il créa et dans son ouvrage Magia naturalis.
Della Porta choisit un nom proche pour sa société savante: Accademia dei Secreti (Académie des Secrets). Elle se réunissait chez lui à Naples, à la suite du départ de Ruscelli pour Venise et à la dissolution de l'''Accademia Segreta. Il était demandé à chaque membre d'apporter de nouveaux secrets de la nature. Il est probable que ses anciens professeurs d'alchimie, de physique et de médecine étaient membres de l'académie. Il avait aussi embauché des jardiniers-greffeurs, un distillateur et un herboriste. Les recettes secrètes étaient expérimentées et enregistrées, si elles s'avéraient. Il reprenait ainsi la démarche expérimentale ouverte de Ruscelli qui défendait l'idée de discuter des recettes secrètes dans une société savante, d'effectuer des essais et de les livrer à la connaissance de tous par des publications.