Pedro Enríquez de Acevedo, comte de Fuentes (Zamora, - Milan, ) est un général et homme d'État espagnol. Envoyé aux Pays-Bas espagnols par en 1591, il seconda les gouverneurs Ernst von Mansfeld et Ernest d'Autriche, à la mort duquel (1595) il devint éphémère gouverneur des Pays-Bas espagnols.

De 1600 à 1610, il fut gouverneur du duché de Milan.

Biographie

Sa famille. Né à Zamora le , Pedro Enriquez de Guzmán y Toledo est le fils du quatrième comte d'Alba de Aliste, Don Diego Enríquez de Guzmán et de sa seconde épouse Doña Catalina de Toledo y Pimentel, il est issu d’une fratrie de 15 enfants.

Il est le neveu de Ferdinand Alovare de Toledo, troisième duc d’Albe et son beau-frère. Ce dernier avait épousé sa demi-sœur, Maria, Enriquez de Toledo Guzman.

Ayant atteint la quarantaine, il épouse en 1572 Doña Juana de Acevedo dont il n’aura pas de descendance. À la suite de ce mariage, Philippe II d’Espagne le qualifie dans les documents officiels comme Pedro, Enriquez de Acevedo, comte de Fuentes de Vadepero, nom qu’il adopte.

Les débuts de sa carrière militaire et diplomatique. Sans richesse et d’une noblesse de second rang, les premières années de sa vie sont mal connues. Il prend du service dans les armées du roi Philippe II. Philippe II le remarque tardivement pour sa bravoure. En 1585, à 60 ans, il est envoyé par Philippe II en mission diplomatique à Turin auprès du duc de Savoie pour obtenir son soutien à la Ligue catholique française. Il assume pour l’Espagne le commandement de la cavalerie milanaise où il sert jusqu'en 1588 sous les ordres de Don Sancho de Guevara y Padilla, gouverneur de Milan.

De retour en Espagne en 1588, le roi le charge, la même année, de superviser le marquis Álvaro de Bazán y Guzmán qui, à Lisbonne, prépare l’armada destinée à envahir l’Angleterre. Cet aiguillon ne plaît pas au marquis. En , il est nommé capitaine général du Portugal. Il défend Lisbonne contre les Anglais, avec Alonso de Bazán, frère du précédent et avec le duc d’Albe. John Norreys et Francis Drake, y sont envoyés par Elizabeth I d'Angleterre en vue d’installer Antoine de Portugal, prieur de Crato sur le trône du Portugal. Expédition Drake-Norreys. Il harcèle la progression des assaillants débarqués le à Peniche et en marche vers Lisbonne. Cette manœuvre de l’Angleterre est un échec.

Fuentes et le gouverneur des Pays-Bas, Alexandre Farnèse(1592) Ayant acquis la confiance de Philippe II, Fuentes est envoyé aux Pays-Bas. Il est chargé d’annoncer à Alexandre Farnèse sa disgrâce. Le Philippe II avise le Conseil d’Etat des Pays-Bas de l’arrivée de Fuentes et le prie de lui prêter tout son crédit. Fuentes arrive à Bruxelles le . Farnèse part en campagne militaire contre Henri IV. Il décédera à Arras le sans rencontrer Fuentes. La région est exsangue et très instable. L’armée est en manque de soldes et de moyens. Elle est prête à tout instant à se mutiner et à s’adonner au pillage. Le roi nomme, en , Fuentes capitaine général des troupes des Pays-Bas. Fuentes met de l’ordre dans le financement de l’armée épuisée notamment par le soutien financier à la Ligue. Cette mise en ordre se fait en collaboration avec Esteban de Ibarra, secrétaire royal et secrétaire du Conseil de guerre pour les affaires maritimes. Les Pays-Bas, non rebelles, sont satisfaits de la présence de Fuentes mais attendent que, conformément au traité d’Arras, soit désigné comme gouverneur un prince de sang.

Fuentes et le gouverneur des Pays-Bas, Pierre-Ernest Mansfeld (1593) Le roi désigne Pierre-Ernest Mansfeld pour assurer la fonction de gouverneur provisoire des Pays-Bas jusqu’au moment où il fixera son choix sur un gouverneur effectif. Fuentes, au nom du roi, confirme Mansfeld dans cette fonction par une déclaration devant le Conseil d’État des Pays-Bas du . Agé, malade, Mansfeld n’apprécie guère d’être flanqué d’un mentor comme Fuentes. Tous deux se querellent sans cesse sur la politique à suivre. Le grand âge de Mansfeld et la crainte de le voir mourir avant de désigner le gouverneur en titre poussent le roi à fournir le à Fuentes une patente en blanc où, en cas de décès, il inscrira son nom comme gouverneur provisoire. Le , le roi délivre à Fuentes des lettres patentes le nommant « capitaine général des troupes de toutes les nations », l’invitant de n’en faire usage qu’à bon escient. Le même jour il avise Mansfeld qu’il a pour tâche de rester à Bruxelles pour gérer les affaires courantes tandis que Fuentes partira en campagne . Mais Mansfeld désobéit au roi. Il considère que son mandat de gouverneur lui confère personnellement le droit de conduire les campagnes militaires . La présence de Fuentes et d’Ibarra au gouvernement a pour conséquence, dans un premier temps, d’écarter du gouvernement tout autre conseiller que les conseillers espagnols. Ceci est contraire au traité d'Arras de 1579 qui lie la réconciliation des provinces du sud avec Philippe II. Ce traité implique : (i) le commandement militaire à la noblesse locale, (ii) des conseillers choisis parmi les locaux et parmi les catholiques, (iii) le départ des troupes espagnoles, (iv) un gouvernement confié à un prince de sang. Emule du duc d’Albe, Fuentes tente de reprendre l’armée en main. Le il publie une ordonnance militaire drastique : elle interdit l'échange de prisonniers contre prisonniers ou rançon et ordonne que tous les prisonniers ennemis soient immédiatement pendus. À défaut d’appliquer cette ordonnance, les responsables subiront le même sort . Les armées des provinces rebelles du prince Maurice de Nassau répliquent à cette ordonnance par une politique identique vis-à-vis de l’ennemi. L’ordonnance suscite le désarroi et des troubles dans les armées espagnoles et se révèle dans les faits, inapplicable. Ce radicalisme rend toutes négociations avec les États rebelles vaines. Fuentes n’envisage de rétablir l’autorité du roi que par la guerre, mais il manque d’argent.

Fuentes et le gouverneur des Pays-Bas, l’archiduc Ernest d’Autriche (1593-1595) Début , le roi décide de désigner Ernest d’Autriche, gouverneur effectif des Pays-Bas . Le roi charge Fuentes de réformer l’armée avant l’arrivée de l’archiduc. Il y a trop d’officiers pour le nombre de soldats dont les unités ont été décimées et certains officiers cumulent des charges et leur solde sans les assumer réellement . L’archiduc Ernest d'Autriche arrive à Bruxelles le . Il est accueilli avec enthousiasme par une population pleine d’espoir. Âgé, malade, atteint de goutte, prodigue, désordonné, Pierre Ernest d’Autriche  n’est pas à la hauteur de sa tâche. Il est influençable ; il n’a ni l’expérience de la guerre ni les conditions physiques pour la faire et il est si inexpérimenté qu’il faut constamment le seconder . Ernest d’Autriche se voit imposer par le roi la tutelle d’Esteban de Ibarra comme secrétaire . Ernest d’Autriche manifeste une certaine sympathie pour Fuentes. Il le nomme, en , commandant des armées de France . Il espère que cette nomination mettra fin aux rivalités entre les Mansfeld et Fuentes . Fuentes hésite d'accepter cette charge . Il est chargé d’attaquer Cambrai mais les moyens manquent . Il attaquera d’abord Castelet . Fuentes subordonne le commandement à l’obtention du titre de capitaine général ne relevant que du roi seul , formule inacceptable pour l’archiduc . Henri IV, sacré roi depuis , menace d’attaquer les villes d’Artois à moins qu’elles ne se débarrassent des soldats espagnols . La guerre sera déclarée en . En , l’état de santé d’Ernest d’Autriche décline. Malgré sa préférence pour Mansfeld expérimenté dans la fonction, l’archiduc désigne Fuentes pour assurer en cas de son propre décès le gouvernement général en attendant une décision du roi . Il arrête son choix après avoir entendu les propos d’Ibarra faisant valoir le grand âge de Mansfeld. Fuentes le conforte dans cette décision en présentant la patente du roi vierge établie peu de temps après l’entrée en fonction de Mansfeld et accompagnée du courrier du roi invitant Fuentes à la compléter de son nom en cas de décès de Mansfeld. L’archiduc décède à Bruxelles le .

Fuentes gouverneur intérimaire des Pays-Bas (1595)