La cathédrale de Durham (en , plus connue sous le nom de ) est située dans la cité de Durham dans le comté de Durham, en Angleterre. Fondée en 1093, c'est le premier édifice anglais à avoir reçu des voûtes sur toutes ses parties, à être à la fois une abbatiale et une cathédrale, le siège d'un pèlerinage important aux reliques de saint Cuthbert et un point de défense de l'Angleterre face à l'Écosse.. Elle est inscrite avec le château de Durham au Patrimoine mondial de l'UNESCO en 1986.

Histoire Origines thumb|left|upright|Le site.

Une légende superstitieuse, dont les devises emblématiques sont à l'angle oriental de la cathédrale, attribue l'origine de Durham aux moines du diocèse de Lindisfarne fondé vers 635 par saint Aidan sur injonction de Oswald de Northumbrie. Avec les invasions vikings, ils s'enfuient et auraient suivi en 995 deux laitières à la recherche d'une vache sur ce promontoire escarpé surplombant une boucle de la Wear. Ils s'y réfugient avec les reliques de saint Cuthbert et érigent un mausolée pour leur patron. Ayant résolu de s'y fixer, ils construisent des habitations autour des saintes reliques et posent les fondements du DUN-HOLM des Saxons qui, avec le temps s'est changé en Durham..

Pendant presque quatre siècles, la petite communauté de clercs de saint Cuthbert, en dépit des invasions scandinaves, des guerres civiles, et des conquêtes anglo-saxonnes et normandes garde fidèlement la châsse du saint, essaie d'établir ses droits sur les nombreux villages et églises de ses domaines donnés par les rois et les grands propriétaires. Autour de cette communauté monastique se développe vite une agglomération avec un marché établi avant l'an 1100. Durham reçoit avant 1130 le statut juridique de bourg. Cette croissance rapide s'explique à la fois par le rôle ecclésiastique de la ville et par sa position stratégique, commandant tout le secteur oriental de la frontière avec l'Écosse..

La conquête normande thumb|upright=1.2|Vue générale du monastère.

Après la conquête normande du Nord de l'Angleterre, l'évêque qui occupe le siège de Durham est déposé en 1069. Le chapitre de Durham est réorganisé par le premier évêque nommé par Guillaume le Conquérant, Guillaume Walcher qui reconstruit de fond en comble le logis monastique. Il est assassiné dans une insurrection locale brisée par une répression sauvage conduite par l'évêque Odon de Bayeux.

Dans la tradition saxonne, l'évêque doit être un moine qui partage avec les moines l'administration du diocèse. Le deuxième évêque Guillaume de Saint-Calais ancien abbé de l'abbaye Saint-Vincent du Mans nomme le prieur de Durham archidiacre.. En 1083, il regroupe à Durham les moines bénédictins de Wearmouth et Jarrow, et construit à cette communauté élargie un réfectoire plus vaste. Parallèlement, il prend les dispositions financière pour la construction de l'église assurée par les revenus de l'évêque, les moines prenant en charge leur logis.

Les premiers évêques de Durham doivent consolider l'organisation défensive de la région et construisent une première ligne de forteresses. Ils deviennent princes-évêques de Durham et concentrent pouvoirs spirituels et séculiers. Gardiens du palatinat de Northumbrie, ils doivent protéger la frontière anglo-écossaise avec leur armée privée, ont le droit de nommer leurs hommes dans les postes supérieurs, d'appliquer les lois de leur parlement et de percevoir l'impôt.

Le monastère

thumb|upright=1.2|Plan du monastère avec la cathédrale. Le plan du monastère respecte la règle de Saint-Benoît avec l'obligation de la clôture monastique, l'organisation des bâtiments autour d'un cloître desservant le chœur eucharistique de la cathédrale, la salle capitulaire, lieu de réunion et de décision de la communauté qui se situe dans une salle qui donne sur l’ouverture du cloître monastique, pour que personne n'ignore une assemblée, des dortoirs proches du chœur pour les offices de nuit, le réfectoire…

L'aile est du cloître est la partie la plus ancienne, les moines construisant à partir du sanctuaire. Accroché sur le croisillon sud du transept, un passage du début du et voûté en berceau mène au cimetière des moines et sert aussi de parloir.

L'imposante salle capitulaire à abside, achevée sous l'évêque Geoffroy le Roux avant 1140, a été partiellement démolie en 1796 et reconstruite en 1897. Son plan, antérieur au développement en Angleterre des salles à plan central inauguré à Worcester, est classique dans les abbayes bénédictines. C'est un rectangle de x sans support intermédiaire, terminé à l'est par une abside éclairée par cinq fenêtres, voûtée par quatre ogives, décorée de chevrons retombant sur des corbeaux sculptés. Seule survit la porte ouest flanquée de baies géminées ornées de chevrons. La salle capitulaire abrite toujours les dalles funéraires des premiers évêques.

Puis, au sud de l'aile Est, un complexe de salles et d'escaliers menant jadis aux dortoirs remonte en partie à l'évêque Waucher, entre 1071 et 1080. L'aile se termine par l'hôtel du doyen qui a succédé au prieur.

Au sud du cloître et parallèle à l'église, le réfectoire, construit entre 1088 et 1091 avec des celliers en sous-sol pour le stockage du ravitaillement, est rebâti au pour y loger la bibliothèque. Une vaste cuisine sur plan central, rebâtie à la fin du et prolongeant le type de celle de Glastonbury pour l'époque romane, complète l'aile sud.

L'aile ouest comprend au rez-de-chaussée une grande salle voûtée du . Les galeries romanes du cloître ont été remplacées à la fin du } et au début . Celles du nord servaient de scriptorium et celles de l'ouest d'école monastique.

Dissolution En 1538, la tombe de Saint Cuthbert est détruite par ordre du roi Henri VIII : le monastère et ses richesses passent sous son autorité. Le , le monastère bénédictin de Durham est dissous et le dernier prieur, Hugh Witehead, devient le premier doyen du chapitre régulier de la cathédraleStranks: Durham Cathédral..

Construction de la cathédrale thumb|upright|L'accès principal par le portail nord. thumb|Détail du portail nord donnant le grain de la pierre de construction.

Dans les années qui précèdent la construction de la cathédrale de Durham, l'Angleterre a une extraordinaire activité d'architecture religieuse avec la construction des cathédrales de Canterbury par Lanfranc en 1070, puis Lincoln, Rochester, Winchester, Ely, Saint-Paul de Londres, Worcester, les abbatiales de Saint-Augustin de Canterbury, Saint-Alban, Bury-Saint-Edmunds, Gloucester, Saint-Marie d'York. Parmi ces églises, celles élevées le plus tôt sont, grâce au talent des maîtres maçons normands, les plus complets exemples du style en usage en Normandie, puis la conformité au style normand diminue. Le premier maître d'œuvre de Durham a une connaissance directe ou indirecte de l'abbaye de Jumièges. Le caractère sévèrement logique qu'il a donné à ses œuvres prouve qu'il est normand, mais il n'emploie pas le chapiteau à volute alors d'un usage général en Normandie : il se sert du chapiteau cubique inconnu de cette province. On peut penser qu'il a travaillé à quelques autres grandes églises d'Angleterre. Durham est l'exemple frappant de l'avance prise à la fin du par l'École normande ..

Après la démolition, peu après 1091, de l'église construite par l'évêque Alduin un siècle plus tôt, la cathédrale actuelle est érigée par Guillaume de Saint-Calais, deuxième évêque de Durham et proche conseiller des premiers rois normands d'Angleterre, Guillaume le Conquérant et Guillaume le Roux. Il s'était fait en Northumbrie le protagoniste d'une renaissance religieuse basée sur la fusion des races.

La construction de la cathédrale, dont le souci dominant est de donner à l'Angleterre conquise, et plus spécialement à ce Nord toujours indocile, l'impression que le nouvel ordre des choses est définitif et infiniment supérieur aux réalisations anglo-saxonnes, commence en 1093 et s'étend jusqu'en 1104 : avec la translation des reliques et la consécration sont réalisés le chœur, le croisillon sud du transept en entier, mais sans les voûtes, le croisillon nord jusqu'au sommet de l'étage des tribunes et deux travées de la nef. De 1104 à la dédicace de 1133, le transept est terminé, ainsi que la nef entièrement voûtée. L'avant-nef est de 1175 et les tours de l'ouest sont terminées en 1226. Le chœur est profondément remanié à l'époque gothique et la tour de la croisée du transept, endommagée par la foudre, est reconstruite entre 1470 et 1490.

En 1153, l'évêque Hugues de Puiset, apparenté à la dynastie royale, veut agrandir le chœur, mais son projet n'aboutit pas. Il construit vers 1170 à l'autre extrémité ouest de la cathédrale, dans l'espace disponible entre les tours et l'abrupt de la falaise, un narthex nommé la galilée, destiné en principe à accueillir les femmes, où l'on transfère en 1370 les reliques de Bède le Vénérable. Vers 1235, une indulgence est accordée à ceux qui contribuent à la reconstruction du chevet roman quasiment en ruine. En 1242, l'abside romane est démolie, sous la direction de Richard de Farnham, le chœur est prolongé par une travée gothique et par la chapelle des Neuf Autels qui forme presque un sanctuaire à part, où les nombreux moines prêtres peuvent célébrer l'office divin. Il offre à la cathédrale un chevet plat orné d'une rosace.

Vers 1360, on perce de grandes baies dans le croisillon nord du transept et le pignon ouest de la nef ; en 1429-1435, la galilée est restaurée ; la tour romane centrale est reconstruite de 1465 à 1490 environ, après les incendies de 1429 et 1459.

Après la dissolution du monastère en 1540 et les bénédictins remplacés par un chapitre de chanoines, les flèches couvertes de plomb sont démolies au milieu du . En 1775-1795, James Wyat entreprend une restauration générale de la cathédrale qui affecte surtout les tours ouest, le côté nord et le chevet. En 1859 a lieu une nouvelle restauration de la tour centrale et, de 1870 à 1876, la restauration générale de George Gilbert Scott affecte surtout le côté sud de la nef.

Description Plan

La cathédrale reprend le plan bénédictin à transept saillant et comme à l'abbatiale Notre-Dame de l'abbaye de Jumièges et l'architecture du le principe normand de l'alternance, le rythme d'une succession dans les colonnes de temps faibles et forts, des colonnes, puis des piliers renforcés de colonnes engagées. Trois de ces dernières montent jusqu'aux doubleaux. On note des différences par rapport au prototype normand : la partie est après la croisée du transept comporte quatre travées contre deux en Normandie et une travée complète est intercalée entre le chœur et l'abside, ce qui accroît la profondeur des absidioles.

Les voûtes d'ogives thumb|Voûtes d'ogives et décor des colonnes.

La cathédrale de Durham est considérée comme le chef-d'œuvre de l'École normande en Angleterre et c'est à ses voûtes que son majestueux intérieur doit son caractère monumental. La chronologie de ses voûtes est un élément important de l'histoire de l'édifice et est en relation avec une question plus générale: quelle part revient à l'École normande dans la solution du problème architectural consistant à couvrir de voûtes hautes une grande église pourvue de bas-côtés et d'un étage de fenêtres hautes.

Les voûtes au-dessus du chœur reconstruit au devaient être des voûtes sexpartites comme les bas-côtés du chœur mais ces voûtes comportaient des ogives pénétrantes et n'étaient donc pas de véritables voûtes d'ogives.

La première intention d'élever des voûtes hautes quadripartites semble s'être concrétisé dans le bras nord. Une grande voûte quadripartite a couvert les deux travées primitives, mais le système des voûtes juxtaposées a été repris près de la croisées du transept et dans la nef.

La première pierre de la cathédrale est posée le . Les voûtes montées avant le se sont effondrées. Le voûtement daterait de 1108-1113, ensuite, le bras nord a reçu ses voûtes et la nef seulement en 1128-1133..