Les rhododendrons ou azalées (Rhododendron) forment un genre de plantes à fleurs appartenant à la famille des Éricacées. À l'exception des groupes strictement tropicaux (sous-genre Vireya et section Azaleastrum), les rhododendrons sont essentiellement rustiques.
On les rencontre dans tout l'hémisphère nord, à l'exception du sous-genre Vireya, centré sur l'équateur et débordant jusqu'en Australie ( et R. viriosum). Bien adapté aux sols superficiels, pauvres et acides, il pousse en particulier dans les régions montagneuses, telles que les Alpes, les Pyrénées, le Caucase, les Carpates, les Appalaches ou l'Himalaya. Beaucoup sont originaires de Chine et du Japon, mais aussi de Laponie, Sibérie, d'Inde ou de Birmanie.
Étymologie et nomenclature
Le nom de genre Rhododendron est emprunté du grec ancien Dioscoride l’emploie au sens de « laurier-rose » (4,82)., formé de , « rose », et , « arbre », proprement , car le rhododendron est un arbre qui porte des fleurs imposantes et colorées en bout de rameaux, à l'image des rosiers.. Le nom rhododendron est attesté chez l’encyclopédiste romain Pline l'Ancien qui signalait l’existence d’un miel toxique.
En 1753, Linné crée le nouveau genre Rhododendron dans Species plantarum. qui comporte à l’époque .
Histoire Au , le philosophe botaniste Théophraste évoque des espèces lointaines qui ont été importées après les conquêtes d’Alexandre le Grand, ou qu’il a reçues d’Égypte ; il les classe en quatre groupes : les arbustes (En grec ancien : .) ; les sous-arbrisseaux (En grec ancien : .) ; les herbes (En grec ancien . c’est-à-dire les végétaux non-ligneux) ; les arbres (En grec ancien : .).
À l'époque médiévale, le rhododendron était appelé « Rosage », terme conservé jusqu'au , puisque Joseph Pitton de Tournefort introduisit en 1702 le « Rosage de la mer Noire » (R. ponticum), collecté près de Trabzon lors d'un voyage en Asie Mineure.
C'est au naturaliste Carl von Linné que l'on doit la dénomination de Rhododendron. Cependant, le véritable succès des rhododendrons a commencé avec les espèces d'origine himalayenne et chinoise (R. arboreum, R. auriculatum ou ) au milieu du .
Le père David, un missionnaire doublé d’un botaniste et zoologue émérite, passa en 1869 à Moupin (aujourd’hui Baoxing) dans le Tibet oriental, où il collecta une douzaine de beaux rhododendrons qui furent envoyés à Paris et identifiés par Adrien Franchet au Muséum national d’histoire naturelle (Plantae Davidianae.). Quelques années plus tard, le père Jean-Marie Delavay collecte à son tour pas moins de 38 espèces de rhododendrons dans le Yunnan, dont 32 espèces nouvelles, également décrites par Adrien Franchet, y compris R. delavayi qui lui est dédié.
Description
Les rhododendrons forment des arbustes étalés ou arrondis, parfois des arbres pouvant atteindre jusqu'à quinze mètres de hauteur, notamment dans l'Himalaya. Ils sont généralement sempervirents (plante qui garde ses feuilles toute l'année), bien que les azalées aient parfois des feuilles caduques (qui perd ses feuilles en hiver). Leur feuillage est vert foncé.
Ce sont des plantes extrêmement acidophiles (organismes vivant dans des environnements acides), que l'on regroupe parfois sous le terme générique de plantes de terre de bruyère. Cependant, certains rhododendrons acceptent d'être cultivés en sols neutres, voire légèrement calcaires, comme Rhododendron hirsutum.
Les fleurs, en forme de trompette évasée, peuvent être roses, blanches, rose lilas, mouchetées de pourpre, rose saumoné, carmin, jaunes, violettes, orange Les fleurs peuvent s'épanouir depuis septembre, pour les formes hâtives d'appartement, mais plus généralement de janvier - février jusqu'à la fin juillet, pour les formes les plus tardives. Les plus grandes fleurs mesurent environ de longueur et de largeur, souvent groupées en grappes terminales coniques qui peuvent compter jusqu'à , tandis que les plus petites ne dépassent pas .
La floraison de la majorité des rhododendrons et azalées ne dégage que peu ou pas d'odeur. Cependant, quelques espèces (R. auriculatum, R. fortunei, R. luteum, R. nuttallii, R. viscosum) et les cultivars qui en sont issus (R. 'Mi Amor', R. 'Fragrantissimum') peuvent émettre un parfum très intense. De nombreux lépidotes ont également un feuillage parfumé.
Biotope Les rhododendrons aiment les sols acides (pH compris entre 4 et 6), frais, bien drainés, humifères, et le soleil s'ils sont bien arrosés. Les différentes espèces se sont adaptées à une grande diversité de milieux, depuis la toundra jusqu'aux jungles tropicales, en passant par les landes alpines tempérées, subtropicales ou équatoriales.
Classification Le genre Rhododendron est très diversifié. Il regroupe près de 1500 espèces dans le monde, dont huit en Europe.
Azalées ou rhododendrons ? Les azalées appartiennent toutes au genre Rhododendron.. Il s'agit par conséquent d'une classification purement horticole, azalées et rhododendrons faisant tous partie du même genre botanique. Jusqu'au début du le genre Azalea comprenait tous les rhododendrons à feuilles poilues (caduques ou persistantes), puis les deux genres ont été regroupés en 1830.
vignette|Azalée persistante R. 'Florida'
Classification horticole En horticulture les rhododendrons peuvent être divisés en différents groupes selon leur feuillage, leur floraison et leurs ancêtres:
Rhododendrons persistants – vaste groupe d’arbres et d'arbustes à feuillage persistant dont la taille varie considérablement. La plupart des fleurs de rhododendrons sont en forme d'entonnoir ou de cloche et possèdent 10 étamines. Lépidotes – arbustes généralement nains, aux feuilles écailleuses, aussi appelés "rhododendrons de rocailles", correspondant à peu près au sous-genre Rhododendron
Rhododendrons Vireya (malaisiens) – arbustes épiphytes sensibles au froid. Azalées – groupe d’arbustes aux feuilles plus petites et plus fines que celles des rhododendrons persistants. Ce sont généralement des arbustes de taille moyenne, aux fleurs plus petites en forme d’entonnoir, qui possèdent habituellement 5 étamines : Groupes d'azalées hybrides caduques : Ghent (Gandavense - azalaée gantoise) – créés en Belgique par hybridation entre les espèces nord-américaines et R. luteum. Rustica – issues des azalées de Ghent, parfumés à fleurs doubles. Mollis – créés aux Pays-Bas et en Belgique à partir de sélections de R. molle. Knap Hill – développés par Anthony Waterer à la pépinière Knap Hill, en Angleterre en hybridant les azalées de Ghent avec les Mollis. Exbury – issus des hybrides Knap Hill, développés par Lionel de Rothschild au domaine d’Exbury, en Angleterre. Ilam de Nouvelle-Zélande – issus des hybrides Knap Hill/Exbury.
Groupes d'azalées hybrides persistantes : azalées indiennes (Indica) – majoritairement d’origine belge et peu rustiques ("azalées des fleuristes"). Kaempferi – créés aux Pays-Bas. Kurume – créés au Japon. Kyushu – azalées japonaises très rustiques (jusqu’à ). Satsuki – créés au Japon, à l’origine pour le bonsaï. Oldhamii – hybrides nains créés à Exbury, en Angleterre. Vuyk (Vuykiana) – créés aux Pays-Bas. Gable – créés par Joseph B. Gable en Pennsylvanie. Glenn Dale – hybrides complexes créés aux États-Unis. Shammarello – créés dans le nord de l’Ohio. Azaléodendrons – hybrides semi-persistants issus du croisement entre des azalées caduques et des rhododendrons.
Classification botanique
Les sous-genres selon Chamberlain (1996) : Azaleastrum Candidastrum Hymenanthes Mumeazalea Pentanthera Rhododendron Therorhodion Tsutsusi vignette|Le thé du Labrador, R. groenlandicum (anciennement Ledum groenlandicum) vignette|R. multiflorum var. longicalyx (anciennement placé dans le genre Menziesia) est aujourd'hui considéré comme une azalée caduque de la section Sciadorhodion La classification phylogénétique a entrainé la fusion des genres Ledum et Menziesia dans le genre Rhododendron, ce qui a entrainé une nouvelle façon d'envisager les relations entre les différentes espèces du genre, avec plusieurs modèles en concurrence. Cette classification n'est pas encore consolidée, mais voici la version en vigueur depuis 2023 :
Quelques espèces et variétés
les variétés hâtives avec une floraison début février à fin avril les variétés de mi-saison avec une floraison au mois de mai les variétés tardives avec une floraison fin mai à août
Les rhododendrons hybrides à grandes fleurs sont des arbustes pouvant en général atteindre , mais avec une croissance assez lente. Les rhododendrons nains (généralement lépidotes) ne dépassent pas de hauteur, et sont des plantes idéales pour la rocaille en raison de leurs origines alpines ou boréales.
Les rhododendrons dits "géants" sont des arbres pouvant atteindre de hauteur. On les trouve principalement dans les pays himalayens : Népal, Sikkim, Bhoutan et Inde. Au Népal les arbres sont de très grande hauteur : jusqu'à chez Rhododendron arboreum (dont la forme rouge est la fleur nationale du Népal). La chaîne himalayenne et les régions voisines sont connues pour l'extraordinaire richesse de leur flore en rhododendrons.
La péninsule indo-malaise et la Nouvelle-Guinée hébergent quant à elles plus de trois cents espèces tropicales (sous-genre Vireya), dont de nombreuses épiphytes.
Le Rhododendron simsii est connu sous le nom d'azalée des fleuristes. Il est originaire de Chine et de la péninsule indochinoise. Peu rustique, c'est une espèce d'appartement, avec une floraison de septembre à mai.
Liste d'espèces non exhaustive Rhododendron albrechtii Rhododendron canadense Rhododendron caucasicum Rhododendron dilatatum Rhododendron ferrugineum Rhododendron hirsutum Rhododendron hongkongense Rhododendron kanehirai Rhododendron keysii Rhododendron luteum Rhododendron mucronulatum Rhododendron ponticum Rhododendron quinquefolium Rhododendron simiarum Rhododendron tomentosum
Toxicité vignette|Boutons de Rhododendron catawbiense.
Selon certaines sourcesGuide des plantes toxiques., le miel provenant des fleurs de certains rhododendrons d'origine asiatique provoquerait des troubles intestinaux et mentaux. En effet, la plante renferme dans ses feuilles un glucoside fortement émétique.
Ainsi Xénophon (430-355 ) décrivait dans l'Anabase, , 20. le comportement bizarre de soldats grecs, les Dix Mille, ayant raflé le miel d'un village entouré de rhododendrons. Tous ceux qui en mangèrent perdirent la raison, vomirent, eurent la diarrhée et perdirent leurs forces. Ceux qui en avaient peu mangé furent simplement ivres. Personne ne mourut cependant : au bout de vingt-quatre heures, les Grecs retrouvèrent la raison, et quatre jours plus tard ils tinrent à nouveau debout.
Quatre siècles plus tard, la même mésaventure est arrivée aux armées de Pompée : Pline l'AncienVoir aussi : Histoire naturelle, , Du miel vénéneux… et suiv. signale que des troupes ont été victimes d'un miel qui rend fou.
Au , un botaniste français, Joseph Pitton de Tournefort, signale cette particularitéRelation d’un voyage au Levant, 1717, et suiv.) en ligne sur GALLICA..
Le rhododendron concerné était Rhododendron ponticum, ou peut-être Rhododendron luteum (= Azalea pontica). Plus tard, il a été reconnu que le miel issu de cette azalée avait des effets légèrement hallucinogènes et laxatifs. Le Rhododendron ponticum à l'origine des troubles digestifs renferme de l'andromédotoxine (alcool diterpénique), le rhododendron des Alpes (Rhododendron ferrugineum) de l'arbutine, de l'aricoline et de la rhodoxanthine. Ces deux rhododendrons sont considérés comme des plantes de toxicité moyenne, qui provoquent des vomissements, des troubles digestifs divers, des troubles nerveux, respiratoires et cardiovasculaires.
Culture vignette|Rhododendron × ponticum.