L'abbaye de l'Escaladieu était un monastère cistercien situé sur la commune de Bonnemazon, dans les Hautes-Pyrénées, en région Occitanie (France).
L'abbaye était une halte importante pour tous les pèlerins de Compostelle qui empruntaient le Chemin du Piedmont. Elle se situait en effet à proximité de la grande route traditionnelle allant du Béarn au pays de Foix par le château de Mauvezin, tout proche, et Saint-Bertrand-de-Comminges.
Étymologie Le nom de l’abbaye de l'Escaladieu vient de l'occitan Escala a Diu, du latin Scala Dei signifiant « échelle vers Dieu ».
Le nom qu'ils donnèrent à leur fondation était une invite au pèlerin : l'Escale de Dieu, la halte, le repos dans la maison de Dieu.
Histoire Vers 1130, un groupe de moines cisterciens, venant de l'abbaye de Morimond, protégés par le comte de Bigorre, s'installe en haute-vallée de Campan à Capadour, près de La Mongie, sur les pentes du Tourmalet.
Centulle II transmet à Forton de Vic un domaine à Cabadour dans la vallée de Campan, sur les conseils du comte Pierre, de la comtesse Béatrix et Guillaume, archevêque de Tarbes, ce domaine est transmis en 1136 à l'Abbaye de Morimond. Son abbé, Vaucher, y fait construire une abbaye de l'ordre de Citeaux.
En 1137, les moines ont fondé également l'abbaye de BonnefontMarie-Armand d'Avezac de Castera-Macaya, Essais historiques sur le Bigorre : accompagnés de remarques critiques, de pièces justificatives, de notices chronologiques et généalogiques, vol. 2, J.M. Dossun, 1823, .
Ne pouvant résister au rude climat, les moines et leur abbé recherchent des terres moins inhospitalières. En 1142, ils s'installent à proximité du château de Mauvezin des comtes de Bigorre, au confluent du Luz et de l'Arros, sur des terres qui leur ont été cédés par Azenarius, prieur de Sainte-Catherine de Somport. Ils fondent l'abbaye de l'Escaladieu et ils élisent comme premier abbé Bernard de la Barthe. Ils peuvent se développer grâce à l'appui de Béatrix, vicomtesse de Bigorre, et son époux, Pierre, vicomte de Marsan. Se trouvant sur une route de Saint-Jacques-de-Compostelle, l'abbaye a construit un hospice pour recevoir les pèlerins. Elle va s'enrichir.
Entre 1141 et 1172, L’Escaladieu, a fondé ou affilié huit abbayes « filles » en Espagne (Fitero, Veruela, La Oliva…), puis deux en Gascogne (Bouillas et Flaran). Elle participe, en 1274, à la fondation de la bastide de Masseube avec le vicomte d'Astarac, Bernard IV. vignette|200px|center| Carte de Cassini vers 1750. vignette|200px|center|Dessin de l'abbaye en 1827 par Paul Gelibert (1802-1882).
Sur la carte de Cassini ci-contre datant du milieu du XVIIIè siècle, l'abbaye se nomme Echelle dieu. Les lettres qui suivent AB. O. C. indiquent que c'est une abbaye de l'Ordre cistercien.
L'abbaye a été la sépulture des comtes de Bigorre entre les . Pétronille, comtesse de Bigorre, y meurt en 1251.
La puissance de l'abbaye s'établit au fil des siècles et excite bien des convoitises, en particulier pendant les guerres de Religion. Assiégée par trois fois par la troupe protestante du comte de Montgomery des destructions irréparables sont commises : le chevet de l'abbatiale, le porche (ou narthex), le bâtiment des convers.
Au , le premier étage du bâtiment des moines est rebâti selon une symétrie très classique. Le dortoir des moines a fait place, au , à des chambres à décor de stucs.
Cependant, à ce jour, trois témoins essentiels mettent encore en valeur le site initial et son riche passé.
L'abbaye est vendue comme bien national en 1793 aux sieurs Amand, Dubernet et Nairac. Elle est transformée en rendez-vous de chasse.
L'abbaye est classée au titre des monuments historiques par des arrêtés de 1938 et 1939.
Elle reste en mains privées jusqu'en 1986. Propriété de l'association Rencontres de Escaladieu qui fait les premiers travaux de restauration. L'abbaye est rachetée en 1997 par le Conseil général des Hautes-Pyrénées.
Liste des abbés
1137-1158 : Bernard I de Labarthe 1158-1175 : Garcie I 1175-1222 : Guillaume 1222-1237 : Bernard II de Panasac 1237-1242 : Roger I de Mauléon 1242-1250 : Bernard III d’Asque 1250-1256 : Arnaud I Guilhem de Mauléon 1256-1268 : Bernard IV de Castelbajac 1268-1268 : Raymond I 1268-1285 : Bonel d’Orieux 1285-1293 : Auger I de Bénac 1293-1307 : Auger II de Bénac 1307-1336 : Roger II de Mauléon 1336-1338 : Auger III de Bénac 1338-1347 : Roger III de Mauléon 1347-1356 : Arnaud II de Faissan 1356-1366 : Garcie II Arnaud 1354-1373 : Arnaud III de Marrast 1373-1380 : Arnaud IV de Lordat 1380-1397 : Raymond II Arnaud de Ferra 1397-1432 : Bernard V de Montossin 1432-1455 : Arnaud V de Hachan 1455-1475 : Raymond III de Foix 1475-1476 : Richard Nantier 1477-1508 : Pierre I Jean de Marestang 1508-1513 : Thomas de Foix 1516-1523 : Gaspard de Montpezat 1523-1531 : Jean I d’Ozon 1531-1540 : Jean II de Bazillac 1541-1542 : Bernard VI de Ruthie 1542-1558 : Louis d’Anjou-Mézières 1558-1560 : Mellin de Saint-Gelais 1560-1567 : Jean III des Moustiers de Froyssac 1567-1570 : Raymond IV de Courtade 1570-1583 : Pierre II de Sibert 1583-1588 : Bertrand de La Coste 1588-1615 : Bernard VII de Bataille 1615-1616 : Jean-Michel de Saint-Sivié 1616-1656 : Bernard VIII de Sariac 1656-1672 : Bernard IX de Sariac 1673-1680 : Henri de La Mothe-Houdancourt 1680-1684 : Nicolas I du Fresnoy 1684-1688 : Nicolas II Cortan 1688-1695 : Simon de Castaing 1695-1722 : Étienne Bidal d'AsfeldIl est fils de Pierre Bidal (1612-), marchand de drap et de soie à Paris, bourgeois de Paris, banquier de la reine de Suède, résident de France pour Louis XIV à Hambourg, seigneur de Wildenburg (Willembruck en Poméranie) et Harsefeld (duché de Brême), et de Catherine Bastonneau (1620-) avec laquelle il eut six enfants :Alexis Bidal d'Asfeld (1654-1689), entre dans l'armée et combat pendant la guerre de Hollande et la guerre de la Ligue d'Augsbourg au cours de laquelle il trouve la mort. André Bidal d'Asfeld (1655-1673)Étienne Bidal d'Asfeld (?-1722) abbé de l'EscaladieuBenoit Bidal d'Asfeld (1658-1715) Jacques-Vincent Bidal d'Asfeld (1664-1745), dit l'« abbé des Tuiles » est un théologien janséniste.Claude François Bidal d'Asfeld (1665-1743), maréchal de FranceLouis Moréri : Grand Dictionnaire historique, ou Le mélange curieux de l'histoire sacrée et profane, volume 7, page 807 1722-1752 : François de Michel 1753-1791 : Marc-Alexandre de Geneste de Malromé
Source : Gallia Christiana
Architecture et dépendances Église abbatiale
Construite de 1142 à 1160, remarquable par la rigueur cistercienne et l'harmonie de ses proportions, elle a été endommagée aux (narthex et abside détruits).
Véritable centre de vie monastique, la pureté des lignes et la qualité des proportions de l'ensemble répondaient parfaitement au souci de recueillement des moines.
Son clocher octogonal date du , construit sur la tour romane au-dessus du bras sud du transept.
Sa voûte en berceau brisé est soutenue par des doubleaux alternativement en pierres et briques et s'appuie sur deux gros piliers carrés marquant les travées de la nef.
Aucune décoration n'ornemente la nef mais les pierres de taille sont soigneusement agencées et la qualité de l'acoustique est remarquable. Le sol était couvert d'un étonnant carrelage de type azulejo, du . Le mur du bras nord du transept présente les traces d'une ancienne porte murée qui menait au dortoir des moines, et d'une ancienne fenêtre bouchée d'où les moines impotents pouvaient suivre les offices.
Chaque saison estivale, lors des concerts qu'elle accueille, l'exceptionnelle qualité de son acoustique ne manque pas de séduire musiciens, et spectateurs.
Salle capitulaire
Construite à la fin du , sa composition architecturale est très caractéristique du gothique méridional. En effet, sa façade est dépourvue de tout ornement et les murs proposent une alternance de pierres et de briques. Les voûtes de briques, disposées en croisée d'ogive, de construction plus tardive (1200–1225) retombent sur quatre colonnes en marbre de Campan.
Cloître thumb|alt=Cloître de l'abbaye d'Escaladieu|Cloître de l'abbaye d'Escaladieu
Il aurait été vendu en 1825. On retrouve quelques colonnes qui supportaient les voûtes le long du mur oriental.
Les bâtiments qui l'entouraient ont été remaniés au . Certains ont même été détruits (réfectoire, cuisines, bâtiment des convers).
La fontaine du cloître, située à l'angle de l'ancienne galerie, a été remaniée au .
Espaces extérieurs À l'image de l'ensemble architectural de l'abbaye de l'Escaladieu, les espaces extérieurs sont les témoins de l'élégance modeste de l'art cistercien : tandis que catalpas, buis, chênes, hêtres… plus que centenaires imposent leur charme entre pierre et brique, collines et forêts verdoyantes sur toile de fond des cimes enneigées, confèrent au lieu une ambiance feutrée que le visiteur ne manquera pas d'apprécier.
Vendue à la Révolution française comme bien national, l'abbaye devient la propriété de la famille Nayrac à laquelle succédera la famille Frossard.
En 1986, elle est vendue à l'association « Rencontres de l'Escaladieu » qui, sous l'impulsion de Jean Lemanceau, engage les premiers travaux de restauration et assure une animation des lieux. Juan Francisco Ortiz organise une série de concerts pour un festival d'été (Orchestre de Cologne, Jordi Savall, Michel Plasson…) ainsi qu'un stage de guitare en collaboration de Pedro Soler et de Javier Hinojosa.
En , elle devient propriété du Conseil départemental des Hautes-Pyrénées qui développe un programme de restauration à long terme ; ce joyau de l'architecture cistercienne entre ainsi dans le domaine public.
D'autre part, l'abbaye de l'Escaladieu devient, au travers d'un programme d'animations variées (concerts, expositions, conférences, théâtre…), un lieu culturel agréable et vivant dans lequel chacun s'attardera avec plaisir.
Localisation L'Abbaye est située sur le tracé du Chemin du piémont pyrénéen et sur le sentier de grande randonnée de pays Tour des Baronnies de Bigorre.
Galerie
Filiation et dépendances L'Escaladieu est fille de l'abbaye de Morimond
Cinéma En 2001, dans le film Le Pacte des loups, l'abbaye servit de décor au château du marquis d'Apcher.
Événements En , l'abbaye de l'Escaladieu accueille le festival des Horizons numériquesLes Horizons numériques à l'abbaye de l'Escaladieu Le programme des spectacles.
Notes et références
Voir aussi
Bibliographie Justin Cénac-Moncaut, Voyage archéologique et historique dans l'ancien comté de Bigorre, Tarbes, Paris, 1856, ,
Jacques Dubourg, Les abbayes de Midi-Pyrénées, Éditions Alan Sutton, Saint-Cyr-sur-Loire, 2009 , 135-141
Articles connexes Liste des abbayes et monastères pyrénéens José Cabanis a consacré un de ses livres à l'Escaladieu.
Liens externes
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