vignette|Éraste et Éromène échangeant un baiser, médaillon d'une coupe du Peintre de Briséis, musée du Louvre.

Le terme « homosexualité » datant de la deuxième moitié du Il apparaît pour la première fois sous forme imprimée en allemand (Homosexualität), en 1869, dans un pamphlet de Karl-Maria Kertbeny, puis en anglais (homosexuality) vingt ans plus tard. Halperin, 15., on s'est demandé dans quelle mesure l'opposition homosexualité/hétérosexualité peut validement être utilisée pour étudier les époques antérieures, en particulier pré-modernes comme l'Antiquité. Le courant essentialiste considère que ces deux catégories existent de manière implicite dans toutes les sociétés, alors que pour le courant constructionniste, il s'agit d'une construction culturelle occidentale qui ne peut s'appliquer qu'après le Halperin, 41..

L'approche défendue sur la base des travaux de Kenneth Dover (1920-2010) et de Michel Foucault (1926-1984) affirme que le concept d'homosexualité n'a pas de consistance concernant l'Antiquité : les relations sexuelles ne sont pas définies selon des critères biologiques (identité ou différence sexuelle des partenaires) mais selon des critères sociaux, à savoir l'adéquation entre l'usage d'autrui pour le plaisir charnel et sa place dans la structure socialeVoir en premier lieu l'ouvrage classique de Michel Foucault, Histoire de la Sexualité, volumes 2 et 3.. Cette théorie, comme son corollaire, reste contestée par d'autres chercheursEssentiellement par John Boswell, notamment dans Boswell (1994) et plus récemment par Davidson (2007)..

Pratiques homosexuelles dans les civilisations antiques Mésopotamie

Égypte antique vignette|Fresque représentant Khnoumhotep et Niânkhkhnoum. vignette|Statue égyptienne de Idet et Ruiu. Différents manuscrits ont été découverts sur des philtres d'amour destinés à capter et à faciliter l'amour entre femmes. D'autres sont des chants d'amour destinés à des partenaires de même sexeL'égyptologiste américain Greg Reeder, divers numéros de KMT, a modern journal of ancient Egypt.. Différents textes indiqueraient aussi que certains pharaons (comme Pépi II et son général « bien-aimé » qu'il allait rejoindre la nuit) entretenaient des relations particulières avec leurs chefs des armées. Dans la mythologie égyptienne, le dieu SethSur l'homosexualité de Seth : Colin Spencer, Histoire de l'homosexualité, , Pocket, 1999 ; George Hart, Mythes égyptiens, , Seuil, 1993. avait séduit son neveu Horus et l'avait attiré dans son lit pour le ridiculiser d'avoir tenu le rôle passif devant les autres dieux (les dieux comme les aristocrates se devaient d'avoir un rôle actif)Deux sources : 1° le papyrus de Lahun / Kahun (du Moyen Empire égyptien), où Seth interpelle Horus en vantant la belle croupe de ce dernier, à la suite de quoi Horus raconte à Isis que Seth veut le prendre sexuellement ; 2° l'autre papyrus annoncé seulement en 1977 et publié en 2001 (un des textes inédits, datant de la dynastie, trouvé dans l'antichambre de la pyramide de Pépi ), où Seth et Horus sont décrits en toutes lettres comme se sodomisant mutuellement.. Il est aussi fait référence à l'union homosexuelle de dieux et de déesses.

Le manque de sources et la longue période histoire de l'Égypte pharaonique rend difficile d'être catégorique. Pour certains chercheurs, il semble cependant difficile de croire que les sociétés civile et religieuse se soient accommodées de l'homosexualité masculine, car - comme le rapporte Françoise Biotti-Mache - . ; et .

En 1964, les archéologuesThomas A. Dowson, "Archaeologists, Feminists, and Queers: sexual politics in the construction of the past". In, Pamela L. Geller, Miranda K. Stockett, Feminist Anthropology: Past, Present, and Future, . University of Pennsylvania Press 2006, . découvrent sur le site funéraire de Saqqara une tombe de deux hommes serviteurs royaux, Khnoumhotep et Niânkhkhnoum, présentés parfois comme des amants ou des frères (reste à faire l'étude génétique), ayant cohabité dans leur vie antérieure avec leurs familles respectives. Dans la tombe se trouve une fresque les représentant dans une scène intimiste et tendre durant leur vie. Khnoumhotep et Niânkhkhnoum, sont souvent proposés comme modèle controversé de couple dans l'iconographie homosexuelle. Néanmoins la tombe porte l'épitaphe suivante : « Khnoumhotep et Niânkhkhnoum ont vécu ensemble et se sont aimés avec passion »Deux ouvrages écrits par Ruth Schumann-Anthelme, professeur à l'école du Louvre et chercheur au CNRS : 1° Les secrets d'Hathor : amour, érotisme et sexualité dans l'Égypte pharaonique, éditions du Rocher, 1999 ; 2° Dictionnaire illustré des dieux de l'Égypte, éditions du Rocher, 2003.. Parallèlement à cela, le Livre des morts contient des formules sans équivoques. Lorsqu'un homme ou une femme se présente pour la pesée de son cœur, le défunt ou la défunte .

Les civilisations du Proche-Orient

Sumer, Assyrie, Babylone, Mésopotamie, etc La liberté sexuelle semble quasiment sans limite dans le Proche-orient antique. Seule la violence ne semble pas acceptée dans la société. Françoise Biotti-Mache rapporte que . Les textes assyriens relateraient une forme de prostitution sacrée masculine pratiquée dans le cadre du culte de la déesse Ishtar représentée parfois en hermaphrodite.

Israël antique Les peuples ayant précédé Israël semblent avoir pratiqué la prostitution féminine et masculine rituelle au service de Baal ou Ba'al (hébreu : בָּעַל, Báʿal, qui signifie seigneur) et d'Astarté ou Ashtarot (עשתרת) en hébreu, et la Bible condamne les pratiques idolâtresJuges, 2, 11-13.. Babylone est qualifiée de « prostituée ». Sous le règne de Roboam, fils de Salomon, les textes rapportent que la prostitution masculine était officielle dans le paysPatrick Banon, Tabous et interdits, Acte Sud..

La condamnation du Lévitique ne semble concerner que les relations entre hommes et aucune mention n'est faite aux femmesLévitique, 20, 13 (traduction L. Segond) : "Si un homme couche avec un homme comme on couche avec une femme, ils ont fait tous deux une chose abominable. En dehors de cette source unique, la Bible (Ancien Testament) n’aborde jamais la question des rapports homosexuels. Selon John Boswell, l'hostilité et les préjugés du judaïsme face aux pratiques liées à l'homosexualité pourraient s'expliquer par leur lien avec des rituels liés au paganisme et la prostitution sacréeJohn Boswell, Christianisme, tolérance sociale et homosexualité, Gallimard, 1985, page 140. Pour d'autres, le lien entre zoroastrisme (religion perse) et la rédaction de l'Ancien testament, tous les deux situés vers les et , pourrait expliquer les condamnations des pratiques homosexuelles par le peuple juif, le premier influençant le second. Une autre hypothèse voudrait l'Ancien testament condamne ces pratiques car au moment de sa rédaction, le peuple juifs vit des moments difficiles, dont la déportation à Babylone. Chaque vie juive compterait afin d'assurer la pérennité du peuple, l'homosexualité devenant source d'inquiétude. Cette hypothèse peut expliquer pourquoi l'homosexualité féminine n'est pas condamnée ().

Néanmoins les textes bibliques évoquent aussi la tendre amitié qui unit le deuxième roi d'Israël David à Jonathan (en hébreu : יְהוֹנָתָן / יוֹנָתָן « celui que Dieu a donné ») fils de Saul : « Or il advint que l'âme de Jonathan se lia à l'âme de David et que Jonathan l'aima comme lui-même »Samuel I, 18, 1. Après la mort de ce dernier au combat, David se plaint : « Je suis en détresse à cause de toi, mon frère Jonathan, tu m'étais très cher, ton amour était pour moi plus merveilleux que l'amour des femmes »Samuel I, 1, 19-27.

Des pratiques homosexuelles semblent bien avoir existé comme le rapporte l'historien Juif Flavius Josèphe en parlant des religieux Zélotes (en grec ancien : ; קנאים ou Qiniim en hébreu) révolutionnaires lors de la résistance désespérée de Jérusalem assiégée par les Romains :

Empire perse Dans l'Empire perse, les pratiques homosexuelles sont largement attestées, surtout entre un homme adulte et un eunuque. Quinte-Curce indique ainsi qu'ils sont « habitués, eux aussi, à servir de femmes. »Quinte-Curce, Histoire d'Alexandre le Grand, VI, 6, 8. On connaît en particulier les amours des Grands Rois et de leurs eunuques favoris : ainsi de Darius III et du jeune Bagoas, qui sera également l'amant d'Alexandre le GrandQuinte-Curce, VI, 5, 22., ou d'Artaxerxès II et du jeune Tiridatès, XII, 1.. Alexandre le Grand est également lié à Héphaestion, général macédonien, décrit comme son amant.

Les Grecs considéraient également que leurs ennemis perses, ou d'autres peuplades de l'Est, auxquelles ils s'opposaient militairement, partageaient un mode de vie bisexuel Robert Cowley, Bar, Noel Geoffrey Parke, The Reader's companion to military history, .

Grèce antique vignette|Amphore grecque, scène amoureuse, Musée de Munich.

Homosexualité masculine La distinction entre homosexualité et hétérosexualité n'est pas théorisée dans la Grèce antique. Plutarque dit : . Les hommes prennent exemple sur les dieux : AP I, 65, traduction (anglais) de William Roger Paton..

La vision de l'homosexualité différait d'une cité à l'autre. À Athènes durant l'époque classique, les relations homosexuelles étaient encadrées : l'homme le plus âgé devait jouer le rôle de l'actif et le plus jeune celui du passif. En revanche, les sources attestent d'une acceptation générale des relations homosexuelles à Sparte, à Corinthe ou en Crète, y compris entre hommes du même âge. La pédérastie était souvent pratiquée en parallèleHierzu grundlegend: Paul Cartledge: The Politics of Spartan Pederasty. In: Andreas Karsten Siems (Hg.): Sexualität und Erotik in der Antike (Wege der Forschung, Bd. 605), 2. Auflage. Darmstadt 1994, S. 385–416.. Selon l'historien allemand Wolfgang Schuler, les relations homosexuelles étaient "constitutives des sociétés spartiate et crétoise"Wolfgang Schuller: Griechische Geschichte. 5. Auflage. Munich 2002, S. 80.. Des vases représentant un homme mûr pénétré par un plus jeune ont été retrouvés. Cette vision de l'homosexualité masculine différait donc de celle de l'Athènes de l'époque classiqueM. Kilmer: Painters and Pederasts: Ancient Art, Sexuality, and Social History. In: M. Golden, P. Toohey: Inventing Ancient Culture. London / New York 1997, S. 36–49, .

Selon le psychanalyste Georges Devreux, la société grecque antique, profondément homophobe, ne tolérait pas que l'on s'écarte du cycle éromène (eromenos), éraste (erastes), époux et père de famille : les hommes efféminés ou les « coureurs de garçons » étaient méprisésGeorges Devereux, La pseudo homosexualité grecque et le "miracle grec, Ethnopsychiatrica, II, 2, 1979, pp. 211-241 (lire en ligne sur le site du Centre Georges Devereux). Au contraire, selon l'historien Bernard Sergent, l'homosexualité constitue un comportement social auquel se livrent « les meilleurs et les plus puissants » dans une civilisation où « l'attirance pour un sexe n'est nullement exclusive de l'attirance pour l'autre chez les mêmes personnes ». Selon l'essayiste Frédéric Martel, l'homosexualité entre deux adultes était très rare, et non acceptée socialement ; l'amour des hommes ne détournait, ni ne devait détourner, de l'amour des femmesFrédéric Martel, Homosexualité, Encyclopædia Universalis (lire en ligne), consulté le 2 février 2013.

Les règles régissant les relations homosexuelles étaient alors strictes : s'il était tout normal pour un homme de déclarer publiquement son amour à un beau jeune homme, il était en revanche jugé inapproprié pour un homme plus âgé de trouver attirant un autre homme mûrBrisson 2007, p. 57. L'homme mûr devait tenir le rôle actif durant la relation sexuelle ; en prenant de l'âge, le jeune homme se devait de ne plus tenir le rôle passif dans une relation homosexuelleBrisson 2007, p. 58.