L'histoire du département de la Somme est liée à la Révolution française et à la création des départements en 1790. Cependant, l'histoire de ce territoire est très ancienne puisque d'importants vestiges des époques les plus anciennes de la préhistoire y ont été découverts : l'Abbevillien et l'Acheuléen tirant leurs noms de sites archéologiques du département.
vignette|Blason du département de la Somme. vignette|Abbatiale de Saint-Riquier. vignette|Mémorial de Thiepval. vignette|Château de Rambures. vignette|Église Saint-Jacques-le-Majeur-et-Saint-Jean-Baptiste de Folleville. vignette|Ancien beffroi d'Abbeville, entrée du Musée Boucher de Perthes.
Préhistoire Paléolithique vignette|redresse|gauche|Biface en silex de Saint-Acheul. C'est à Boucher de Perthes, qui dans son ouvrage paru en 1847, Antiquités celtiques et antédiluviennes que l'on doit la naissance d'une discipline nouvelle, la préhistoire. Les fouilles archéologiques entreprises au sur les terrasses alluviales et les tourbières de la vallée de la Somme ont permis de mettre au jour dans les dépôts de limon, sables et graviers des ossements d'animaux disparus (éléphants, rhinocéros…) et des silex taillés par l'homme datant de . Une régression marine liée à une période de glaciation, a laissé trace d'une station préhistorique sous-marine au large de la falaise d'Ault. La présence de l'homme est également attestée dans les vallées de l'Oise et de l'AisneRobert Fossier (sous la direction de), Histoire de la Picardie, Toulouse, Éditions Privat, 1974..
Albert Gaudry, Gabriel de Mortillet et Victor Commont comptent parmi les principaux préhistoriens ayant étudié le gisement préhistorique de Saint-Acheul à Amiens. Gabriel de Mortillet donna le nom d'Acheuléen à la civilisation du Paléolithique ancien caractérisée par les silex taillés identiques à ceux trouvés dans le quartier Saint-Acheul. Des gisements acheuléens ont été retrouvés près de la Ferme de Grâce près de Montières (quartier d'Amiens), dans plusieurs sites de la vallées de la Somme et de ses affluents ainsi que sur les plateaux limoneux des départements de l'Oise et de la Somme. On retrouve cette civilisation en Europe et en Asie. L'abbé Henri Breuil donna le nom d'Abbevilien aux plus anciens silex taillés grossièrement trouvés à Abbeville.
La présence d'hommes Homo heidelbergensis vraisemblablement, il y a , est attestée dans la Somme grâce à des fouilles archéologiques réalisées à Abbeville, Amiens (Jardin archéologique de Saint-Acheul) et à Cagny, village voisin.
Au Paléolithique moyen, entre et , l'Homme de Néandertal s'installa dans la région y apportant la civilisation dite du Moustérien. On a retrouvé des sites levaloisiens dans l'Oise (Cantigny et Bracheux), dans la Somme à Ault, Rollot et Villers-Bocage.
Vers , l'Homo sapiens arriva au Paléolithique supérieur. On a retrouvé des sites d'occupation humaine et de débitage de silex du Magdalénien et du Périgordien dans les vallées de l'Oise et de la Somme.
À Villers-Carbonnel, en 2011, fut mise au jour une statuette de femme, la Dame de Villers-Carbonnel appartenant à la civilisation du Chasséen. De même à Amiens, dans le quartier de Renancourt, a été mise au jour, en juillet 2014, dans les vestiges d'un campement, une statuette féminine aux attributs sexuels très prononcés, datant de avant notre ère. La Vénus de Renancourt, en pierre calcaire, est comparable aux 244 Vénus paléolithiques retrouvées à ce jour, en Europe et jusqu'en SibérieCourrier picard des 13 septembre et 28 novembre 2014.
Néolithique vignette|Bavelincourt, la Pierre d'Oblicamp. Au troisième millénaire avant notre ère, la sépulture mégalithique collective de La Chaussée-Tirancourt, constituée de grandes dalles de grès, accueille en plusieurs siècles d'utilisation près de 350 défunts et constitue l'un des vestiges de cette nature les plus importants d'Europe. À cette époque, la Somme est parsemée de villages réunissant au plus quelques maisons rectangulaires de bois et de terre de 10 à de long, d'une architecture simple mais efficace. Il subsiste des menhirs dans la Somme à Bavelincourt, Doingt, Eppeville.
À Villers-Carbonnel (Somme) près de Péronne, en 2011, fut mise au jour, lors des fouilles archéologiques sur le chantier du canal Seine-Nord, une statuette féminine la Dame de Villers-Carbonnel appartenant à la civilisation du Chasséen. Elle a été datée du ou millénaires avant notre èreXavier Bailly et Jean-Bernard Dupont (sous la direction de), Histoire d'une ville: Amiens, Amiens, Scérén-C.R.D.P., 2013 .
Au Chalcolithique, les objets de cuivre font leur apparition dans les vallées de la Somme mais l'outillage lithique subsiste. La présence de silex blonds du Grand-Pressigny et de la roche verte de Pléven provenant du Finistère démontre la présence d'importants courants commerciaux. Ces pierres servaient à la fabrication des lames.
Âge du fer La Tène Pendant la période de La Tène, l'usage du fer se généralise, on a retrouvé des bas-fourneaux un peu partout, y compris dans des fermes isolées, .
Au avant notre ère, le territoire de l'actuel département de la Somme est occupé par un peuple gaulois, les Belges, divisé en plusieurs tribus : les Ambiens occupent les environs d'Amiens jusqu'au littoral, et les Viromanduens la partie est du département. Cette population exploite densément le territoire, avec l'implantation d'un réseau de fermes. À partir du , des oppidums sont fondés : L'Étoile, La Chaussée-Tirancourt, Méricourt-sur-Somme, etc.
Les Ambiens ont frappé des monnaies s'inspirant des statères de Tarente, en Grande Grèce, ce qui tend à prouver la prospérité de cette tribu et ses liens économiques avec la Méditerranée. Le monnayage ambien servit de modèle aux Parisii et aux BellovaquesDidier Bayard, Jean-Luc Massy, Amiens romain, Samarobriva, Ambianorum, Amiens, Revue archéologique de Picardie, 1983.
C'est aux Belges, installés sur le territoire des Armoricains vaincus, que l'on attribue l'aménagement du trophée et du sanctuaire de Ribemont-sur-Ancre (Somme) où s'entassent des milliers d'ossements humains.
Antiquité La conquête romaine Jules César passa un hiver avec ses légions sur le territoire des Ambiens dans un lieu qu'il désigne sous le nom de Samarobriva dans son ouvrage De Bello Gallico (La guerre des Gaules).
Il y explique qu'après sa première tentative de conquête de la Bretagne (l'actuelle Grande-Bretagne) il a pris ses quartiers d'hiver à Samarobriva de l'automne 54 av. J.-C. au printemps 53 av. J.-C.. Il y a convoqué deux fois un concilium Galliae (un conseil de représentants de tribus gauloises)
César établit donc un camp militaire à Samarobriva qui perdura jusqu'aux premières années du règne d'Auguste. Selon toute vraisemblance, aux abords du ou des camps successifs, se développèrent des habitats civils gaulois, des canabae, ce qui incita sûrement les Romains à établir en ces lieux la capitale de la cité des AmbiensRonald Hubscher (sous la direction de), Histoire d'Amiens, Éditions Privat, Toulouse, 1986 .
Haut Empire Le territoire de l'actuel département de la Somme fut intégré par les Romains dans la province de la Gaule belgique dont la capitale fut Durocortorum (Reims), sous le règne d'Auguste. Dans le courant du , les Romains fondèrent les premières villes, Samarobriva (Amiens) fut l'une d'entre elles qui était traversé par plusieurs voies romaines dont la plus importante la Via Agrippa de l'Océan reliait Lugdunum (Lyon) à Gesoriacum (Boulogne-sur-Mer). Il existait d'autres agglomérations secondaires comme Rodium (Roiglise ou Roye).
Bas Empire À partir du milieu du , le nord de la Gaule subit des raids de marins saxons et francs. Des invasions de Francs et d'Alamans se produisirent en 275-276. Les élites municipales délaissèrent progressivement les villes et se réfugièrent dans leur villae à la campagne. Les villes réduisirent leur taille et s'entourèrent de remparts comme à Amiens. À la charnière des les villes prirent le nom du peuple gaulois dont elles étaient le chef-lieu, ainsi Samarobriva devint Ambianorum.
Début de la christianisation En mai 346, à Ambianorum (Amiens), un légionnaire romain, Martin, partagea, aux portes de la ville, son manteau avec un pauvre, puis se convertit au christianisme. La région fut évangélisée à cette période et la tradition chrétienne fait de Firmin d'Amiens, Fuscien, Victoric d'Amiens et Gentien de Sains-en-Amiénois (Somme) auraient été les premiers propagateurs de la foi nouvelle. Le premier évêque d'Amiens dont l'existence est historiquement attesté, en 346, fut Euloge.
Anarchie militaire du En 350, un général romain d'origine barbare, Magnence, né à Amiens en 303, se souleva contre les fils de Constantin, Constant et . Proclamé Auguste par la troupe, il fut reconnu empereur par la plupart des provinces occidentales de l'empire. Il créa à Amiens un atelier monétaire. Battu militairement, Magnence mourut à Lyon en 353.
En 367, s'installa à Amiens et y fit acclamer Auguste, son fils Gratien.
Les invasions barbares Le territoire des Ambiens fut envahi par des peuples germaniques dont les Francs.
Moyen Âge Tout le territoire de l'actuel département eut à souffrir de la guerre de Cent Ans. En 1346, le Ponthieu vit l'affrontement terrible et lourd de conséquences de la Bataille de Crécy. En 1430, Jeanne d'Arc, prisonnière, passa notamment par Lucheux, Le Crotoy et Saint-Valery-sur-Somme.
Haut Moyen Âge Période mérovingienne Clovis fit de Soissons la capitale du Regnum francorum, avant de l'installer à Paris. La ville fut, par la suite, capitale du royaume de Neustrie.
Au furent fondées les premières abbayes sous l'impulsion du monachisme irlandais : Abbaye de Saint-Valery-sur-Somme, Abbaye de Saint-Riquier, Abbaye de Corbie, abbaye de Forest-Montiers, Abbaye de Saint-Fuscien, Abbaye du Mont Saint-Quentin…
En juin 687, se déroula, près de Péronne (Somme), la Bataille de Tertry qui vit la victoire de Pépin de Herstal, roi d'Austrasie, sur la Neustrie. Selon l'historien Ferdinand Lot, cette bataille marqua un tournant dans le conflit qui opposait la Neustrie à l'Austrasie. La victoire changea de camp, depuis Tertry, l'Austrasie ne fut plus jamais vaincue. La victoire de Pépin de Herstal prépara l'avènement des Carolingiens.
Période carolingienne vignette|Enluminure du Psautier de Corbie (). En 752, Pépin le Bref fut proclamé et sacré roi à Soissons. Charlemagne fut sacré roi des Francs à Noyon en 768. Sous Charlemagne, les abbayes devinrent un lieu de contrôle du territoire, de diffusion du christianisme et de diffusion de la culture latine. C'est à l'Abbaye de Corbie que fut, pour partie, mise au point l'écriture minuscule caroline.
Au les invasions vikings ravagèrent les abbayes et les villes de la région comme à Saint-Riquier en 845 et 881. Le 3 août 881, Les rois et remportèrent une importante victoire sur les Vikings à la bataille de Saucourt-en-Vimeu.
Au , l'affaiblissement du pouvoir royal entraîna la révolte des barons mécontents. En 920, lors d'une assemblée à Soissons les barons détrônèrent le roi Charles le Simple. En 923, Herbert II de Vermandois captura Charles le Simple et le retint prisonnier à Château-Thierry puis à Péronne jusqu'à sa mort en 929. Il s'en servit comme moyen de pression vis-à-vis du roi obtenant l’archevêché de Reims pour son fils Hugues.
À la mort du roi , le fils de Charles le Simple, , lui succéda, il ne possédait guère comme territoire que les comtés de Laon et de Soissons. Il put se maintenir sur le trône et le transmettre à son fils grâce au soutien de la puissante Maison de Vermandois.
Moyen Âge classique La féodalité