L’occupation de l’Allemagne après la Seconde Guerre mondiale résulte de la volonté des Quatre Puissances d'éliminer en profondeur le régime nazi et de prévenir tout risque de résurgence du militarisme allemand. Préparé depuis 1943, le régime d'occupation mis en place après la capitulation du soumet entièrement l'Allemagne à ses occupants : l'État allemand n'existe plus et le territoire allemand est découpé en quatre zones d'occupation. Mais la mésentente entre les Alliés, les urgences humanitaire et économique, puis la guerre froide se traduisent par de nombreuses et rapides évolutions du régime d'occupation. L'occupation dans sa pleine acception prend fin en 1949 avec la renaissance de l'Allemagne via l'instauration de deux États allemands, la RFA et la RDA. Mais jusqu'à la réunification en 1990, les deux Allemagnes ne jouissent pas de leur pleine souveraineté et d'importantes forces militaires des Quatre Puissances demeurent stationnées sur leur sol.
L'occupation de l'Allemagne connaît trois phases successives. Durant la première phase, entre 1945 et 1948, les Quatre Puissances alliées exercent l'autorité suprême en Allemagne et il n'existe plus d'État allemand central. Durant la deuxième phase, entre 1949 et 1954, la rupture entre les trois puissances occidentales et l'Union soviétique aboutit à la renaissance de l'Allemagne au prix de sa division en deux États, la République démocratique allemande sur le territoire de la zone d'occupation soviétique et la République fédérale d'Allemagne sur le territoire des zones américaine, britannique et française. Les Trois Puissances occidentales adoptent un statut unique d'occupation qui octroie à la RFA une large autonomie administrative et législative. Durant la troisième phase, à partir de 1954, l'existence des deux États allemands est consolidée par leur intégration complète au sein des blocs de l'Ouest et de l'Est et leur souveraineté est restaurée, sauf sur les questions relatives à l'Allemagne dans son ensemble et à Berlin pour lesquelles les Quatre Puissances conservent leurs droits réservés.
Après 1956, si le prévaut globalement en Europe entre l'Est et l'Ouest, l'Allemagne demeure un enjeu majeur de la guerre froide. Les tensions se cristallisent autour de Berlin où la crise ouverte en 1958 se conclut par la construction du mur de Berlin en 1961. La détente s'installe au début des années 1970, et les Quatre Puissances agissant au nom de leurs droits réservés concluent en 1971 un accord définitif sur Berlin. Après la chute du mur de Berlin et des régimes communistes de l'Est, le Traité portant règlement définitif concernant l'Allemagne signé en 1990, préalablement à la réunification de l'Allemagne, est le dernier acte juridique pris par les Quatre Puissances au nom de leurs droits et responsabilités relatifs à Berlin et à l'Allemagne dans son ensemble issues des accords d'occupation de l'Allemagne de 1945. Préparation de l'occupation de l'Allemagne (1943-1945) La question allemande est centrale dans la diplomatie des Alliés à la fin de la Seconde Guerre mondiale et durant les premières années de la guerre froide. Elle recouvre plusieurs sujets. Le premier d’entre eux est l’existence même de l’Allemagne après la victoire des Alliés sur le Troisième Reich. Il s'agit pour les vainqueurs, après deux guerres mondiales, que l'Allemagne ne puisse être à nouveau à l'origine d'un conflit destructeur en Europe. Mais d'autres sujets occupent également une place importante dans les négociations : quelles frontières instaurer pour l'Allemagne et plus largement en Europe après les redécoupages opérés par les nazis et les Soviétiques, comment occuper et administrer l'Allemagne pour la démilitariser et éliminer le nazisme, quelles réparations de guerre exiger de l'Allemagne, que faire de l'industrie allemande, particulièrement de l'industrie lourde capable de produire en quantité du matériel militaire, quelles conditions de vie imposer au peuple allemand ?
Ces questions sont abordées par les dirigeants alliés durant les conférences interalliées de Téhéran (1943), de Yalta () et de Potsdam () où les « Trois grands » jettent les bases de l'organisation du monde de l'après-guerre et plus particulièrement définissent le sort de l'Allemagne après la cessation des hostilités de la Seconde Guerre mondiale.
En complément, fin 1943, les leaders délèguent à une « Commission consultative européenne » (en anglais European Advisory Commission (EAC))La « Commission Consultative européenne » (EAC) siège à Londres de à . Elle est dissoute en , après la création lors de la conférence de Potsdam, d'un « Conseil des ministres des Affaires étrangères ». la tâche d'élaborer des propositions détaillées concernant les conditions de reddition, les frontières et le statut de l'AllemagneLes travaux de l'EAC portent également sur l'Autriche, l'Italie et la Pologne.. En , un Conseil des ministres des Affaires étrangères (CMAE) est instauré en remplacement de l'EAC pour régler toutes les questions restées sans réponse à Potsdam et plus particulièrement pour établir des traités de paix entre tous les pays européens belligérants. De 1945 à 1949, six conférences d'une durée de deux à plusieurs semaines se tiennent, mais sans parvenir à un accord sur l'Allemagne et l'Autriche.
Les conditions juridiques et pratiques de la reddition puis de l'occupation de l'Allemagne sont longuement débattues par les trois Grands de 1943 à 1945. La France devient progressivement un quatrième partenaire, peu associé aux décisions initiales, mais de plein droit pour leur mise en œuvre.
Démembrement ou non de l'Allemagne Dans un premier temps, les Alliés envisagent de démembrer l’Allemagne à la fin de la guerre pour éviter tout risque de résurgence du militarisme allemand et d’un État pouvant à nouveau déstabiliser la paix en Europe.
Sur ce thème de l'existence même de l'Allemagne, viennent se greffer plusieurs questions : quelles frontières pour l’Allemagne, quelle place pour l’Allemagne dans l’Europe de l’après-guerre, quelle « autorité » allemande pour négocier le traité de paix entre l’Allemagne et les Alliés ? Longtemps, les Alliés envisagent le démembrement de l'Allemagne en plusieurs États. Cette option ne figure pas dans le communiqué final de la conférence de Téhéran, mais elle est longuement discutée par Churchill, Roosevelt et Staline le , conjointement avec la question également cruciale des futures frontières de la Pologne.
À Yalta, en , les Alliés précisent leur position commune qui figure dans le protocole des travaux signé par les ministres des Affaires étrangères, Eden, Molotov et Stettinius : .
À ce stade, il s'agit plus d'une intention que d'une décision étayée par un plan précis. En réalité, la question est débattue par les « Trois Grands » qui n'en définissent pas les modalités pratiques. Le , dans son message de victoire à la population soviétique, Staline affirme que . Il confirme le à Harry Hopkins que pour lui aucune décision définitive sur ce sujet n'a été prise à Yalta. Le sujet est définitivement enterré.
Quelques jours après la bataille de Berlin, la capitulation militaire allemande est signée les 7 et mettant fin à la Seconde Guerre mondiale en Europe. Les déclarations signées à Berlin le par les commandants en chef alliésInitialement, en 1945, le général de Lattre de Tassigny pour la France, le général Einsenhower pour les États-Unis, le maréchal Montgomery pour le Royaume-Uni et le maréchal Joukov pour l'Union soviétique. fixent définitivement le statut d'occupation de l'Allemagne. Dans le premier document, les Alliés constatent qu'il et déclarent qu'en conséquence . La déclaration précise que La deuxième déclaration indique que les quatre gouvernements alliés ont l'intention de consulter les gouvernements d'autres membres des Nations unies en ce qui concerne l'exercice de leur autorité en Allemagne..
Les « Trois Grands » se retrouvent à Potsdam du au , où ils ne font que peu de progrès sur la définition d'une vision commune du futur de l'Allemagne. L'article I du protocole final établit un « Conseil des ministres des Affaires étrangères » (CMAE) appelé à se réunir trois ou quatre fois par an en vue d'élaborer les traités de paix définitifs avec l'Allemagne et les autres belligérants européens. L'article II reprend les dispositions figurant dans les déclarations du auxquelles il apporte des précisions sur la dénazification et la gouvernance politique de l'Allemagne, placée sous l'autorité des Alliés et privée de gouvernement central, dont et où . En matière économique, selon les termes de l'article III, la transformation de l'Allemagne en un pays purement agricole, un temps considérée, est définitivement abandonnée, , et l'industrie sera sévèrement contrôlée afin d'empêcher toute production utile à une économie de guerre. Les questions relatives aux réparations et aux marines de guerre et marchande allemandes ont occupé une grande place durant la conférence et font l'objet spécifiquement des articles IV et V du protocole.
Malgré l’instauration de deux États allemands en 1949, le noyau dur des accords de Potsdam, que constitue l'autorité suprême des Alliés sur l'Allemagne et le découpage du pays et de Berlin en quatre zones, demeurera la pierre angulaire des relations diplomatiques entre les quatre puissances jusqu’à la fin de la guerre froide. Le traité portant règlement définitif concernant l'Allemagne de 1990 et la réunification allemande la même année y mettront fin.
Frontières de l'Allemagne et zones d'occupation vignette|droite|upright=1.0|Positions effectives des troupes d'occupation en (avant l'application des accords de Yalta) : la zone violette correspond à celle occupée par les Alliés occidentaux qui est ensuite évacuée au profit des Soviétiques (déjà présents dans la zone marquée ici en rouge), afin que ceux-ci puissent en contrepartie céder aux Occidentaux les secteurs convenus de Berlin-Ouest. Le second sujet clé est celui des frontières allemandes et de l’occupation du pays par les Alliés, dont le principe n'est pas débattu, mais dont les modalités sont en revanche un enjeu important à court et moyen terme. Les travaux de la Commission consultative européenne (EAC) aboutissent le à un premier protocole d'accord entre les « Trois grands » relativement aux zones d'occupation en Allemagne et à l'administration du Grand Berlin. Ce protocole stipule que Les frontières au sont celles de l'Allemagne avant les premières annexions hitlériennes..
Ce protocole est modifié le . Invitée à participer aux travaux de l'EAC, la France y siège à partir du . Faisant suite à la décision des « Trois Grands » lors de la conférence de Yalta en de donner à la France une zone d'occupation prise sur celles des États-Unis et du Royaume-Uni, l'EAC en définit les limites dans un accord signé par les quatre parties le .
La question des frontières de la Pologne est intimement liée à celles de l'Allemagne. Elle occupe une place considérable dans les séances plénières entre les trois dirigeants à Yalta comme à Potsdam. Staline veut à tout prix « déplacer » vers l'ouest la Pologne et que l'URSSEn pratique, les territoires annexés se trouvent inclus pour Kaliningrad et sa région dans la RSS de Russie, et pour le reste dans les RSS de Biélorussie et d’Ukraine. bénéficie d'un accès aux eaux libres de la Baltique. Un accord est trouvé à Potsdam qui écorne fortement la référence aux frontières du . L'article V entérine le fait que ; ces territoires, détachés de la Prusse-Orientale, bordés par la Baltique, vont former l'oblast de Kaliningrad au sein de la Russie, avec laquelle ils ne sont pas contigus. Concernant la Pologne, l'accord se fait à Yalta pour que sa frontière Est suive la ligne Curzon à quelques modifications mineures près, puis se fait à Potsdam pour que sa frontière Ouest suive la ligne Oder-Neisse, située très à l'intérieur des frontières allemandes de 1937.
L'Allemagne occupée (1945-1948)