La est le nom donné au contentieux opposant l'Argentine et l'Uruguay concernant la construction de deux grandes usines de production de papier sur les rives du río Uruguay, du côté uruguayen de la frontière entre les deux pays. Des associations argentines s'opposent à la construction de ces usines qu'elles jugent polluantes.

Entre et , les routes reliant les deux pays ont été bloquées à plusieurs reprises et des arbitrages internationaux ont été sollicités, donnant une dimension géopolitique au conflit. Aucun compromis n'a cependant été adopté en dépit d'une baisse palpable de la tension début , après la fin de la construction de l'une des deux usines et l'abandon de la seconde. L'Argentine possède quant à elle une vingtaine d'usines de papier. Le Mercosur, qui ne parvient pas à gérer la situation, est fragilisé par ce conflit.

Le conflit se termine avec la signature le à Montevidéo, d'un accord pour former un Comité scientifique au sein de la Commission d'Administration du fleuve Uruguay.

En , une assemblée citoyenne composée d'Argentins se mobilise et le gouvernement argentin proteste auprès de l'Uruguay après la décision de José Mujica, le président uruguyen, d'autoriser l'usine d'une multinationale finlandaise, basée à Fray Bentos, à augmenter sa production de cellulose.

thumb|upright=2.0|Vue globale de la région (cadre rouge) sur la carte d'Amérique du Sud.

Contexte thumb|upright=2.0|La région du conflit. En rouge, les deux villes frontalières particulièrement impliquées. thumb|Une affiche contre les usines de papier, dans une boutique de Gualeguaychú (Non aux papeteries, oui à la vie). Après vingt ans de développement de l'industrie forestière en Uruguay, et la signature d'un accord bilatéral de protection des investissements (2002) entre la Finlande et l'Uruguay par le gouvernement Batlle, l'entreprise espagnole ENCE reçoit en la permission du gouvernement uruguayen de construire une usine de cellulose à Fray Bentos, sur le río Uruguay qui marque la frontière entre l'Uruguay et l'Argentine. L'usine prévoit d'utiliser le procédé de blanchiment du papier ()Voir l'étude environnementale : , qui utilise du dioxyde de chlore en combinaison avec du peroxyde d'hydrogène (eau oxygénée). Inquiétés par l'implantation de ce type d'industrie jugée polluante, des groupes écologistesIl s'agit notamment du (MOVITDES). de Fray Bentos tentent d'alerter l'opinion sans succès. Ils se tournent alors vers les habitants de la ville voisine de Gualeguaychú, située à environ de Fray Bentos de l'autre côté du fleuve, en Argentine, où ils reçoivent un écho plus favorable..

Les premières manifestations ont lieu en 2003 à Gualeguaychú mais ne provoquent pas de véritable impact médiatique. En , lorsque débute la construction de l'usine d'ENCE, les manifestants de Gualeguaychú se rassemblent dans un groupe de pression qu'ils appellent « l'Assemblée environnementale de Gualeguaychú » et organisent le blocus, premier d'une longue série, du pont et de la route 136.. Cet axe routier international est très emprunté, prolongeant la route qui part du Chili et traverse le cône sud-américain jusqu'à l'océan Atlantique. C'est aussi par ce pont que passe la voie terrestre la plus courte permettant de relier Buenos Aires à Montevideo.

Par la suite, l'entreprise finlandaise Botnia annonce son intention de construire une autre usine dans la même région, à de la première. Elle en reçoit l'autorisation en . Cet investissement de Botnia en Uruguay, qui devrait se monter à 1,1 milliard de dollars, représenterait le plus grand investissement privé de l'histoire de l'Uruguay. Cependant le gouvernement Batlle accorde à Botnia (comme à ENCE) plusieurs exonérations d'impôts, relativisant ainsi les revenus directs engendrés pour le pays.. En échange de ce qui pourrait créer , Montevideo accorde ainsi aux deux entreprises une zone franche pendant une période de .

Le statut du Rio Uruguay est régi par le traité du Río Uruguay signé en par les deux pays protagonistes, qui demande aux parties d'informer l'autre en cas de projet qui affecterait le fleuve et la qualité de l'eau. La Commission d'administration du Rio Uruguay (CARU) est chargée de veiller à l'application de ce traité.

Évolution du conflit thumb|250px|Le , les présidents uruguayen et argentin s'accordent pour la création d'une commission mixte.

2005 Le , deux mois avant l'élection de Tabaré Vázquez à la présidence de l'Uruguay, entre et manifestants argentins bloquent le pont qui relie Gualeguaychú (Argentine) à Fray Bentos (Uruguay), protestant contre la construction des deux usines. Les manifestants reçoivent le soutien de Jorge Busti, gouverneur de la province argentine d'Entre Ríos. En juillet, le ministre argentin des Affaires étrangères Rafael Bielsa se déplace personnellement à Gualeguaychú pour rencontrer les manifestants de l'Assemblée environnementale de Gualeguaychú.

Une étude de l'impact de la construction des deux usines est alors menée par la Société financière internationale (SFI), et son rapport publié le indique que la qualité de l'eau et de l'air ne serait pas affectée par les projets. La SFI annonce cependant qu'elle mènera d'autres consultations pour finaliser son rapport avant de se prononcer sur le financement des projets.

Le , de nouvelles manifestations argentines ont lieu, bloquant à nouveau le pont et aussi, plus tard, un autre pont reliant Colón (Argentine) à Paysandú (Uruguay). Ces routes sont notamment empruntées par de nombreux vacanciers argentins rejoignant les plages d'Uruguay en été, qui commence en décembre sur cette partie du globe.

Dans les jours qui suivent, une escalade verbale entre les deux États transforme le contentieux en incident diplomatique : l'Uruguay accuse l'Argentine de violer les règles de libre-échange du Mercosur, demandant une intervention des autorités argentines pour rétablir la libre circulation entre les deux pays. Ignorant cet appel, l'Argentine demande l'arrêt de la construction des usines et menace de porter l'affaire en justice. Le blocus routier continue et s'étend à un troisième pont reliant les deux pays avec le soutien de mouvements écologistes, bloquant par-là même les convois d'approvisionnement en matériaux de construction à destination des deux usines, en provenance du Chili. L'Uruguay entreprend une campagne de communication notamment envers les vacanciers argentins, arguant de la conformité des deux usines incriminées aux normes écologiques.

Janvier et février 2006 Le , le gouvernement argentin annonce son intention de porter l'affaire devant la Cour internationale de justice de La Haye, accusant l'Uruguay de violer le traité régissant le statut du Rio Uruguay. L'Uruguay réplique en accusant l'Argentine d'ignorer les règles du Mercosur. Le , la commission mixte GTAN (), chargée six mois plus tôt d'évaluer l'impact environnemental des usines, ne parvient pas à rendre un rapport conjoint et chaque pays reste sur ses positions.

Des blocus continuent d'être organisés durant le mois de février, marqué par l'échec de plusieurs tentatives de médiation menées par l'évêque de Gualeguaychú Jorge Eduardo Lozano, l'archevêque de Montevideo Nicolás Cotugno ou encore le lauréat du Prix Nobel de la paix Adolfo Pérez Esquivel. Le , l'Uruguay porte plainte contre l'Argentine devant l'Organisation des États américains pour son inaction face aux blocus.

La faculté de chimie de l'université de la république (Uruguay) publie le une lettre ouverte à l'attention de la société uruguayenne. La lettre indique que le papier dérivé TCF ne peut pas être autant recyclé que le dérivé ECF, que Botnia prévoit d'utiliser. Le procédé TCF est 5 % plus coûteux et nécessite 10 % de pétrole et de bois en plus pour obtenir la même quantité de papier qu'en ECF. De plus, il relâche 10 % de plus de gaz à effet de serre. La lettre affirme que les procédés ECF et TCF sont reconnus comme étant les dans les pays développés, les émissions toxiques étant minimales comparées aux autres procédés (particulièrement pour les dioxines), les émissions de gaz dépendant plus de la gestion et des contrôles que du choix d'utiliser le procédé TCF ou ECF.

Mars 2006 thumb|200px|none|Route 136 (en rouge - le tracé vert correspond à l'ancienne route).thumb|200px|none|Route 135 (en rouge). thumb|right|350px|Le Rio Uruguay et le pont General Artigas (route 135), également bloqué lors de certaines manifestations. Les présidents argentin et uruguayen Néstor Kirchner et Tabaré Vázquez profitent le de l'inauguration de la nouvelle présidence chilienne, après l'élection de Michelle Bachelet, pour discuter de l'affaire qui oppose les deux pays. Ils demandent alors aux protagonistes de geler leurs actions, c'est-à-dire côté argentin de lever les blocus routiers et côté uruguayen d'arrêter la construction des usines le temps de trouver un accord. Deux autres rencontres sont alors prévues, à Anchorena (Uruguay) puis à Mar del Plata (Argentine). Dans les jours qui suivent, le président uruguayen est durement critiqué par l'opposition dans son pays qui l'accuse d'avoir cédé aux pressions argentines. Il se rétracte alors publiquement, déclarant que l'Uruguay . L'Assemblée environnementale de Gualeguaychú décide de poursuivre les barrages routiers. Le , une manifestation en Uruguay rassemble près de participants à Fray Bentos, en faveur de l'installation des deux usines. Les manifestants tiennent à défendre leurs droits et la souveraineté de leur pays.

L'Assemblée de Gualeguaychú se réunit à nouveau le , et vote la levée du blocus sur la route 136 et le pont , qui durait depuis 45 jours. Sept jours plus tard, le gouvernement uruguayen décide également de geler la construction des usines pour amorcer les discussions. À Colón (Argentine) cependant, d'autres manifestants regroupés dans l' bloquent toujours la route 135 et le pont du , au nord de Gualeguaychú.

Le , l'entreprise finlandaise Botnia annonce la suspension de la construction de son usine pour 90 jours, . À ce stade, 45 % du projet de construction est achevé, l'usine n'ayant pas encore commencé son activité. La nouvelle de cette suspension inquiète les actionnaires européens. L'espagnol ENCE, dont la construction de l'usine n'a pas encore débuté, suspend également son projet.

Peu de temps après, le médiateur de la Banque mondiale, Meg Taylor, affirme que l'enquête précédemment menée par la SFI était incomplète et manquait de rigueur. Ses conclusions sont rendues au gouvernement d'Entre Ríos puis au président Kirchner pour être analysées lors de la prochaine rencontre présidentielle à Colonia (Uruguay).

Le , Botnia annonce qu'elle reconsidère sa position et que les travaux de construction vont finalement se poursuivre après 10 jours de suspension et non 90. Cette annonce entraîne l'annulation de la rencontre de Colonia. Le , l'Assemblée de Gualeguaychú vote la reprise des blocus sur la route 136.

Avril 2006 À la suite de ces événements, les relations entre l'Uruguay et l'Argentine se tendent encore. Des responsables de l'Église catholique tentent de faciliter le dialogue. Les gouvernements de Finlande et d'Espagne refusent d'intervenir dans les affaires de Botnia et d'ENCE. La ministre finlandaise Paula Lehtomäki annule une visite en Argentine, prétendant qu'elle n'y serait pas la bienvenue, et affirmant que ce conflit devait se régler entre l'Argentine, l'Uruguay et les deux entreprises concernées.

L'Uruguay menace alors d'avoir recours à l'OMC puisque les blocus et ne sont pas interdits par les autorités argentines, causant un manque à gagner que l'Uruguay estime à 400 millions de dollars. L'Uruguay menace aussi de porter l'affaire devant la CIJ, affirmant que les blocus sont une violation des droits de l'homme empêchant la libre circulation des personnes et des biens.