Un touraine est un vin d'appellation d'origine contrôlée produit sur une partie des départements d'Indre-et-Loire et de Loir-et-Cher. Classé appellation d'origine contrôlée par le décret du , le vignoble s'étend sur environ ( déclarés en 2022-2024) à l'intérieur des départements d'Indre-et-Loire et de Loir-et-Cher pour un total de . Il appartient à la région viticole plus vaste du vignoble de la vallée de la Loire.
L'appellation a cinq dénominations géographiques distinctes : amboise, azay-le-rideau, mesland, chenonceaux et oisly, totalisant 11 % des superficies déclarées et 9 % de la production du touraine en 2024. Anciennement dénomination géographique de l'AOC touraine, l'AOC touraine-noble-joué est une AOC à part entière depuis 2001.
Le touraine est produit en vins tranquilles blancs, rosés ou rouges (dans ce dernier cas, il peut être appelé « touraine-gamay » si le gamay en est le cépage principal), ainsi qu'en mousseux blancs ou rosés (dans la pratique, seul le blanc est produit en mousseux).
Histoire Antiquité Les origines du vignoble remontent à l’Antiquité, comme l’attestent des découvertes archéologiques, telles que celles d’atelier d’amphores sur le site de Mougon, dans la commune de CrouzillesLeturcq, Samuel, et Adrien Lammoglia. « La viticulture en Touraine (Moyen Âge-xxe siècle). Dynamiques spatiales et commerciales du vignoble », Histoire & Sociétés Rurales, vol. vol. 49, no. 2, 2018, pp. 31-75.. La présence de la viticulture en Touraine, dès le premier siècle de notre ère, est liée au processus de romanisation des campagnes gauloises.
Moyen Âge vignette|gauche|Viticulture monastique vignette|gauche|Moine goûtant son vin. Au haut Moyen Âge, le plus ancien témoignage semble être celui de Grégoire de Tours qui décrit les dégâts causés à la vigne par le mauvais temps au printemps de l'année 587. Il fait état, à plusieurs reprises, des vignes de la Basilique Saint-Martin de Tours. À cette époque, la basilique possédait la villa de Nazelles, à proximité immédiate d'Amboise, mais il n'est pas possible de savoir si elle était déjà plantée de vignesGrégoire de Tours, Histoire des Francs, édition des Belles lettres, collection « Classiques de l'Histoire », Paris, 1980.
À partir du , la plupart des monastères et abbayes qui s'échelonnent sur les rives de la Loire entreprennent la culture de la vigne, favorisée par les facilités offertes par le transport fluvial du vin. Une charte datée d'Bulletin de la Société archéologique de Touraine, T6, 1883,1884,1885, L.Péricar, Tours, 1885, Texte de la charte fait état d'un accord conclu entre les religieuses du prieuré de Moncé à Limeray et une certaine « Johanne, dame de Mont-Evran », portant notamment sur de nombreux muids de vin, ce qui confirme la présence d'une activité viticole importante au cœur du territoire de l'AOC dès cette époque. La Loire facilitait alors le transport du vin, un texte décrit un clerc de Chinon utilisant ce moyen pour acheminer son vin jusqu'à NantesIssue de La vie et les miracles de saint Mexme , cité dans Les vins de Loire, Éditions Montalba, 1979, p.31.
Période moderne On doit à la prose truculente de Rabelais la popularité des vins de Touraine, à travers l'apologie de la « dive bouteille » :
«...En la tant divine liqueur, Qui est dedans tes flancs reclose, Bacchus, qui fut d'Inde vainqueur, Tient toute vérité encloseŒuvres de Maître François Rabelais - Livre cinq - Jean de Bonnot - 1973 - extrait de la chanson de la dive bouteille - p139. Parmi les vins de Touraine, le vin d'Amboise était particulièrement apprécié par le roi Louis XI, qui publia une charte ordonnant de vendre le vin d'Amboise avant tout autre sur le marché de ToursCité par la Commanderie des Grands Vins d'Amboise sur son site officiel. Il institua par ailleurs en 1477 une donation annuelle de cent muids de ce vin aux religieux de l'église de CantorbéryJules Tardif, Archives nationales de France, 1977. C'était aussi le vin couramment servi à la table du roi François , ce qui lui aurait fait dire : Citation figurant sur la contre étiquette des vins de la Prévôté, domaine de Serge et Pascal Bonnigal
vignette| vignette| Deux facteurs essentiels furent à l'origine du développement des vins tourangeaux dans la période allant du au . Le premier fut un arrêt du parlement de Paris, en date du , interdisant aux marchands de vin parisiens de s'approvisionner à moins de vingt lieues de leur ville. La vallée de la Loire étant facilement accessible par route depuis la capitale, la demande se développa rapidement sur l'Orléanais, puis sur la Touraine. L'attrait des Hollandais pour les vins blancs du Val de Loire fut le second facteur. Pour assurer leurs importations, ils installèrent leurs courtiers dans plusieurs comptoirs du Val de Loire.
En fait, les Hollandais étaient essentiellement des intermédiaires qui entreposaient et revendaient les productions françaises dans le monde entier, réalisant au passage des profits substantiels. Colbert tenta de leur enlever ce monopole en créant une compagnie de commerce pour exploiter directement leur marché. En représailles, les Hollandais frappèrent d'une surtaxe considérable divers articles de nos manufactures, mais aussi les eaux-de-vie et les vinsAndré Cochut, Le ministère de Colbert, Revue des Deux Mondes, T.15, 1846 Wikisource. Les exportations s'en trouvèrent freinées et il en résulta un développement de la quantité aux dépens de la qualité. Par ailleurs, les cultures céréalières furent souvent abandonnées au profit de la culture de la vigne, même sur des terrains inappropriés.
Période contemporaine Au début du , la viticulture devint une des principales ressources économiques locale. C'était sans compter sur les ravages causés par le mildiou et le phylloxéra, fléaux qui apparurent dans la région en 1882. Les désastres furent d'autant plus considérables que les Tourangeaux commencèrent par refuser l'arrachage des vignes et essayèrent de les soigner en les traitant au sulfure de carbone, sans grands résultats. « Quant au phylloxéra, les viticulteurs ont eu le tort, au début, de ne pas engager la lutte. Le mal a pris des proportions inquiétantes. Toutefois les syndicats de défense ont réussi, sur nombre de points, à maintenir le vignoble en pleine production. Dans la Touraine, par contre, rien de semblable à cette agitation. Le rapport du préfet au conseil général d'Indre-et-Loire est muet là-dessus. L'indifférence est profonde. Le tempérament tourangeau se prête mal à ces efforts ; d'autre part, les animosités politiques font oublier les maux réels du pays. Cependant la Touraine a déjà perdu beaucoup de vigne ; sur plus d'un point on peut constater les arrachages de cepsEn fait près de la moitié des vignes seront arrachées. C'est une fortune immense qui s'en va »Ardouin Dumazet, Voyage en France, Berger-Levrault, 1910.
Après un nouvel encépagement à partir de greffes sur des plants américains, le vignoble sera reconstitué entre 1901 et 1905. Malgré cela, le déclin sera progressif, avec des crises successives provoquées par l'effondrement des cours en 1906-1907 puis par la surproduction dans les années 1922-1923. Il faudra attendre le lendemain de la Seconde Guerre mondiale pour voir la tendance s'inverser grâce à une amélioration de la qualité découlant de l'utilisation de cépages nobles et par l'attrait pour les vins effervescents de qualité, en alternative au champagne. Le développement du tourisme sera aussi déterminant pour faciliter l'écoulement des récoltes.
Le est officiellement reconnue comme une appellation d'origine contrôlée (AOC) par le décret du (ne concernant que les vins tranquilles), publié au JORF du . ; l'aire d'appellation est modifiée en , publié au JORF du ., les vins mousseux sont rajoutés en (sous l'appellation ), publié au JORF du ., l'aire est de nouveau modifiée en , publié au JORF du ., le nom est simplifié pour devenir l'AOC touraine en , publié au JORF du ., enfin l'aire est modifiée en et , publié au JORF du .. Le cahier des charges de l'appellation est modifié en , homologué par l'arrêté du publié au JORF du ., en , homologué par l'arrêté du publié au JORF du ., puis en avril, homologué par l'arrêté du publié au JORF du . et en , homologué par l'arrêté du publié au JORF du ..
Vignoble Aire d'appellation
La zone géographique de l'aire d'appellation forme un plateau faiblement ondulé situé au sud-ouest du Bassin parisien, marqué par la confluence de la Loire avec le Cher, l'Indre et la Vienne. Le vignoble, développé sur près de 100 km d'ouest en est, s’organise principalement le long des vallées, à l’exception de la Sologne viticole implantée sur un plateau entre Cher et Loire. L’altitude dépasse rarement 100 à sur les concernées : 99 dans le département d'Indre-et-Loire : Amboise, Anché, Artannes-sur-Indre, Athée-sur-Cher, Avoine, Avon-les-Roches, Azay-le-Rideau, Azay-sur-Cher, Beaumont-en-Véron, Benais, Bléré, Bossay-sur-Claise, Bourgueil, Brizay, Candes-Saint-Martin, Cangey, Chambray-lès-Tours, Chançay, Chanceaux-sur-Choisille, La Chapelle-sur-Loire, Chargé, Cheillé, Chemillé-sur-Indrois, Chenonceaux, Chinon, Chisseaux, Chouzé-sur-Loire, Cinais, Cinq-Mars-la-Pile, Civray-de-Touraine, Coteaux-sur-Loire, Couziers, Cravant-les-Côteaux, La Croix-en-Touraine, Crouzilles, Dierre, Draché, Épeigné-les-Bois, Esvres, Fondettes, Francueil, Genillé, Huismes, L'Île-Bouchard, Joué-lès-Tours, Langeais (uniquement sur l’ancien territoire communal de Langeais, devenue commune chef-lieu), Larçay, Lémeré, Lerné, Lignières-de-Touraine, Ligré, Limeray, Lussault-sur-Loire, Luynes, Luzillé, Marçay, Montlouis-sur-Loire, Montreuil-en-Touraine, Mosnes, Nazelles-Négron, Neuillé-le-Lierre, Noizay, Panzoult, Parçay-Meslay, Pocé-sur-Cisse, Pont-de-Ruan, Razines, Restigné, Reugny, Rigny-Ussé, Rivarennes, Rivière, La Roche-Clermault, Rochecorbon, Saché, Saint-Avertin, Saint-Benoît-la-Forêt, Saint-Étienne-de-Chigny, Saint-Germain-sur-Vienne, Saint-Martin-le-Beau, Saint-Nicolas-de-Bourgueil, Saint-Ouen-les-Vignes, Saint-Règle, Sainte-Maure-de-Touraine, Savigny-en-Véron, Savonnières, Sazilly, Seuilly, Souvigny-de-Touraine, Tavant, Theneuil, Thilouze, Thizay, Tours, Vallères, Véretz, Vernou-sur-Brenne, Villaines-les-Rochers et Vouvray ; ainsi que 39 dans le département de Loir-et-Cher : Angé, Blois, Chailles, Châteauvieux, Châtillon-sur-Cher, Chaumont-sur-Loire, Chémery, Chissay-en-Touraine, Choussy, Le Controis-en-Sologne (pour le territoire des communes déléguées de Contres et de Thenay), Couddes, Couffy, Faverolles-sur-Cher, Mareuil-sur-Cher, Méhers, Mesland, Meusnes, Monteaux, Monthou-sur-Bièvre, Monthou-sur-Cher, Montrichard Val de Cher, Noyers-sur-Cher, Oisly, Pontlevoy, Pouillé, Rilly-sur-Loire, Saint-Aignan, Saint-Georges-sur-Cher, Saint-Julien-de-Chédon, Saint-Romain-sur-Cher, Sassay, Seigy, Soings-en-Sologne, Thésée, Valaire, Valencisse (pour le territoire des communes déléguées de Chambon-sur-Cisse et Molineuf), Vallières-les-Grandes, Valloire-sur-Cisse (pour le territoire de la commune déléguée de Chouzy-sur-Cisse) et Veuzain-sur-Loire (pour le territoire de la commune déléguée d'Onzain).
Cinq dénominations géographiques complémentaires sont définies sur l’aire d'appellation : « Amboise » et « Mesland » au cœur du Val de Loire ; « Azay-le-Rideau » le long de la vallée de l’Indre ; « Chenonceaux » dans la vallée du Cher ; et « Oisly » sur le plateau oriental entre Loire et Cher.
Climatologie
Géologie et pédologie Les parcelles viticoles sont délimitées selon les noyaux historiques de production et se répartissent entre trois grands types de sols :
les « bournais perrucheux », dénomination locale pour des sols argileux mêlé de silex et de sables miocènes, caractéristique de certaines zones du Val de Loire ; les « aubuis », dénomination locale pour des sols argilo-calcaires ou d’argiles à silex situés sur les côtes des vallées ; et les sols graveleux reposant sur d’anciennes terrasses alluviales.
Encépagement vignette|Gamay de Touraine.