La république démocratique d'Afghanistan est le nom porté de 1978 à 1987 par l'Afghanistan, alors dirigé par le gouvernement communiste du Parti démocratique populaire d'Afghanistan (PDPA). Elle succède à la république d'Afghanistan (1973-1978) de Daoud Khan et débute par une révolution communiste suivie de répressions et d'une guerre civile qui dure jusqu'à l'effondrement du régime en 1992 et la victoire des moudjahidines. Jusqu'en 1989, le régime est dépendant de l'Union soviétique économiquement comme militairement.

De 1987 à 1992, le régime porte le nom de république d'Afghanistan.

Histoire La révolution de 1978

vignette|Deuxième drapeau, adopté en 1978. Le , Mir Akbar Khyber, membre éminent du Parti démocratique populaire d'Afghanistan (PDPA) a, dit-on, été assassiné par le gouvernement du président Mohammed Daoud Khan. Après les funérailles de Khyber, de nombreux membres du PDPA, dont Nour Mohammad Taraki, Babrak Karmal et Hafizullah Amin, sont arrêtés. Beaucoup d'officiers de l'aile militaire du PDPA, toutefois, réussissent à rester en liberté et à s'organiser.

Le , le Parti démocratique populaire d'Afghanistan, dirigé par Nour Mohammad Taraki, Babrak Karmal et Hafizullah Amin renverse le régime de Mohammad Daoud. Dans la matinée du , Mohammed Daoud et sa famille sont exécutés. Le soulèvement est connu comme la « grande révolution de Saur » (« Saur », étant le mois d'avril dans le calendrier persan). Le , Taraki devient président du conseil révolutionnaire et premier ministre. Le pays est alors rebaptisé république démocratique d'Afghanistan. Ce régime contrôlé par le PDPA se maintient, sous une forme ou une autre, jusqu'en .

Historique du coup d'État thumb|right|Le jour suivant la révolution de Saur.

La relative démocratisation de l'éducation avait permis à de nouvelles couches sociales d'accéder à l'Université, mais, contrairement à l'élite qui est sûre de trouver un emploi à la fin des études, ces nouveaux diplômés sont relégués à des emplois subalternes ou réduits au chômage. Cette dichotomie se retrouve dans l'organisation du PDPA. En effet, en 1967, deux ans après sa fondation, le PDPA se divise en plusieurs factions. Dix ans plus tard, les efforts de l'Union soviétique réunissent la faction Khalq (le Peuple) de Taraki, de culture pachtoune, et la faction Parcham (le Drapeau) de Babrak Karmal, de culture tadjike, persanophone, issue de l'élite. La faction khalqi est sectaire, partisane d'une rupture radicale, tandis que la faction parchami est plus modérée. La révolution de Saur est presque entièrement la réalisation de la faction Khalq du PDPA. Ce succès lui donne un contrôle effectif sur les forces armées, un grand avantage sur son rival Parchami. La victoire du Khalq est due en partie à une erreur de calcul de Daoud qui percevait en la faction Parcham la menace la plus grave. Les dirigeants Parcham jouissent de relations étendues parmi les hauts fonctionnaires, dans la famille royale et dans l'élite la plus privilégiée. Ces liens permettent également de suivre leurs mouvements plus facilement.

La faction Khalq, de plus, n'est pas impliquée dans le gouvernement Daoud, et a peu de liens avec l'élite de Kaboul parlant persan, et une réputation de rusticité due au recrutement des étudiants de province. La plupart d'entre eux sont Pachtounes, en particulier les Ghilzais. Ils sont peu liés avec la haute bureaucratie, et beaucoup exercent des emplois d'enseignants scolaires. L'influence Khalq à l'université de Kaboul est également limitée.

Ces nouveaux venus à Kaboul semblent mal placés pour pénétrer dans le gouvernement. En outre, ils sont conduits par l'erratique Taraki Mohammed, un poète, petit fonctionnaire et radical de notoriété publique. Persuadé que ses officiers militaires sont fiables, Daoud méjuge la diligence du lieutenant de Taraki, Hafizullah Amin, qui cherche les officiers pachtounes dissidents. Le cafouillage de l'arrestation d'Amin, qui lui permet de déclencher le coup d'État en avance sur la date prévue, suggère également la pénétration Khalq de la police de sécurité Daoud.

Les organisateurs du coup d'État ont procédé à un plan audacieux et sophistiqué. Il emploie l'effet de choc d'un assaut combiné de blindés et de l'air sur le palais Argor, le siège du gouvernement très centralisé de Daoud. L'initiative démoralise les forces fidèles ou non engagées à proximité. La prise rapide des infrastructures de télécommunications, du ministère de la Défense et d'autres centres stratégiques isole la garde du palais de Daoud qui résiste obstinément.

Le coup d'État est de loin la réalisation la plus réussie du Khalq. Tant et si bien qu'une littérature considérable s'est accumulée en faisant valoir que celui-ci doit avoir été planifié et exécuté par le KGB ou une branche spéciale de l'armée soviétique. Or, étant donné les tensions qui se sont vite instaurées entre le Khalq et des fonctionnaires soviétiques, en particulier au cours de la purge du Parcham, le contrôle soviétique sur le putsch semble peu probable, ni même sa connaissance préalable. Les allégations selon lesquelles les pilotes soviétiques auraient bombardé le palais oublient la disponibilité de pilotes chevronnés afghans. Au contraire, les responsables soviétiques et le KGB semblent avoir été pris de court par cette action soudaine, alors qu'ils considèrent l'Afghanistan comme trop insuffisamment préparé à une politique communiste. Le secrétaire d'État américain Cyrus Vance indiquera ultérieurement dans ses mémoires : « Nous n’avions aucune preuve d’une quelconque complicité soviétique dans le coup d’État.. »

Le leadership politique de la république démocratique d'Afghanistan a été affirmé dans les trois jours du coup d'État militaire. Après treize ans d'activité clandestine, les deux factions du PDPA émergent au grand public, en refusant au premier abord d'admettre leurs titres marxistes. La domination Khalq est rapidement évidente. Taraki est devenu président de la République, Premier ministre et Secrétaire général du PDPA, et Hafizullah Amin vice-Premier ministre. Le leader du Parcham, Babrak Karmal est également nommé vice-Premier ministre. Les membres du cabinet sont divisés en deux, onze d'une part et dix de l'autre, avec le Khalq dans la majorité. Ce dernier domine le censé servir d'organe dirigeant du gouvernement. En quelques semaines, des purges au Parcham commencent et vers l'été, les dirigeants soviétiques prennent conscience de la difficulté à tempérer le radicalisme de la faction Khalq.

Répressions et guerre civile

Sous la monarchie, l'espérance de vie était de 35 ans, notamment à cause de la forte mortalité infantile. L'analphabétisme touchait 90 % de la population. Le changement de régime semble dans un premier temps soutenu par le peuple afghan. Les journalistes étrangers présents à Kaboul, rapporte le New York Times, ont été surpris de constater que « presque tous les Afghans qu’ils ont interrogés ont déclaré qu'ils étaient ravis du coup d'État ». Le Washington Post rapporte que « la loyauté des Afghans envers le gouvernement peut difficilement être mise en doute ». thumb|right|Situation politique de l'Afghanistan en 1989 durant la guerre civile

Entre mille et trois mille personnes sont tuées durant le coup d'État communiste de 1978, incluant le président Mohammad Daoud Khan et dix-sept membres de sa famille. De nombreuses personnes dont beaucoup de membres de la famille royale sont incarcérées. Nour Mohammad Taraki est nommé président du et Premier ministre, tandis que Babrak Karmal, dirigeant du parti communiste Parcham (« le drapeau ») dominé par les Tadjiks, devient vice-Premier ministre et Hafizullah Amin ministre des Affaires étrangères. Les syndicats sont légalisés et les prisonniers politiques du régime précédent libérés. Le nouveau gouvernement introduit la gratuité des soins médicaux et entreprend une campagne d’alphabétisation de masse. Il proclame également l'égalité des droits pour les femmes et les minorités ethniques, ce qui n'est pas toujours suivi d'effet, notamment dans les campagnes.

Babrak Karmal avait soutenu le coup d'État de Daoud en 1973. En 1977, le Parcham se joint au Khalq (« le peuple »), autre faction communiste née dans les années 1960, mais formée essentiellement de Pachtounes. Petit à petit, Karmal et les autres membres du Parcham sont exilés et le , Hafizullah Amin devint Premier ministre avec Taraki dans le rôle de second. L'épuration est sanglante. Des milliers de communistes du Parcham sont tués ou emprisonnés. Pendant ce temps, la révolte gagne le pays. La première révolte a lieu dans la province de Kunar dans le Nouristan en 1978. Avant l'arrivée des Soviétiques, ont déjà rejoint le Pakistan (dont les Kirghizes du Wakhan) et , l'Iran. L'enlèvement et la mort de ambassadeur des États-Unis, Adolph Dubs, le ruine totalement les relations afghano-américaines..

En , Taraki est tué par Amin, qui prend tous les pouvoirs, ce qui va à l'encontre des plans des Soviétiques, qui décident d'envahir l'Afghanistan le et remettent Babrak Karmal au pouvoir. Hafizullah Amin est tué par les spetsnaz dans les brefs combats pour la prise du pouvoir à Kaboul. Le régime communiste afghan doit affronter les assauts des Moudjahidines, ce qui le conduit à faire appel à l'aide de l'Union soviétique en . Le , le président américain Jimmy Carter autorise un programme d’action secrète de 500 millions de dollars pour renverser le gouvernement afghan. La CIA baptise ce programme du nom de code opération Cyclone. La guerre de 1979 à 1989 aboutit finalement au retrait soviétique, sans que la pérennité du régime afghan ait été garantie. La république démocratique d'Afghanistan parvient encore à résister trois ans aux Moudjahidines avant de tomber en 1992. vignette|Dernier drapeau, adopté en 1987.

Politique Liste des présidents de la république démocratique d'Afghanistan

Nour Mohammad Taraki ( – ) ; Hafizullah Amin ( – ) ; Babrak Karmal ( – ) ; Mohammad Chamkani ( – ) ; Mohammad Najibullah ( – ).

Éducation et droits des femmes Le gouvernement entreprend de réformer ou d'abolir certaines pratiques traditionnelles de natures féodales : les mariages forcés et la dot sont interdits, l'âge minimum légal pour le mariage est rehaussé et l'école est rendue obligatoire pour les filles.. Les femmes obtiennent par ailleurs le droit de ne pas porter le voile, de circuler librement et de conduire. Un projet de légalisation du divorce est rédigé mais n'est finalement pas instauré pour ne pas encourager les insurrections conservatrices. Très optimistes, les dirigeants communistes envisageaient d’éliminer l’analphabétisme en cinq ans. En 1988, les femmes représentaient 40 % des médecins et 60 % des enseignants à l'université de Kaboul.

Religion Les trois premiers décrets pris par le au printemps 1978, commencent tous par la basmala. Cette formule islamique est néanmoins absente des cinq décrets suivants, qui comportent souvent des injonctions contraire au droit musulman.

L'Afghanistan restant un pays très religieux, le premier dirigeant communiste afghan, Nour Mohammad Taraki, alcoolique et réputé athée, n'est pas en mesure de mener une campagne de propagande ouvertement islamophobe. Sur les conseils du diplomate soviétique , lui et son Premier ministre Hafizullah Amin commencent à assister à la prière obligatoire du joumou'ah pour s'attirer les faveurs de la population musulmane. Au printemps 1979, Taraki déclare à l'hebdomadaire allemand Die Zeit : . À la mi-, Taraki obtient de la Jamiat-ul-Ulema Afghanistan un avis juridique (fatwa) sur mesure, déclarant légal et obligatoire le meurtre de ceux qui se soulèvent contre son autorité.