La forêt de Tronçais est une forêt domaniale française située dans le Nord-Ouest de l'Allier. Elle est principalement constituée de chênes sessiles « conduits » en futaie.

En 2011, la forêt s'étendait sur près de , incluant classés en réserves biologiques domaniales (Nantigny et la futaie Colbert) et environ d'étangsONF (juillet 2011), La sylviculture du chêne à Tronçais La sylviculture du chêne à Tronçais (document distribué à l'occasion d'une visite lors de l’assemblée générale de la Société des amis de la forêt de Tronçais, elle a la réputation d'être la plus belle futaie de chênes d'Europe.

Elle est gérée par l'Office national des forêts.

thumb|Piste près du « Chêne carré » (décembre 2011).|219x219px

Géographie Ce massif est situé dans le département français de l'Allier. La chênaie s'étend sur les communes de Braize (776 ha), Cérilly (), Couleuvre (405 ha), Isle-et-Bardais (), Le Brethon (), Meaulne (112 ha), Saint-Bonnet-Tronçais (), Urçay (343 ha), Valigny (17 ha) et Vitray ().

Située dans la sylvoécorégion (au sens de l'IFN) « Boischaut et Champagne berrichonne »., la forêt domaniale constitue l'essentiel du massif forestier de Tronçais, qui couvre environ .

La pluviométrie est comprise entre 800 et selon l'endroitMoyennes 1961-1992 sur 3 stations.. La température moyenne est d'environ .

Le massif a une orientation générale nord-ouest. Il présente généralement des pentes faibles, à l'exception du massif de La Bouteille et des vallons formés par les principaux cours d'eau. Les altitudes s'étagent entre (au nord-ouest) et (au Bois laid).

On distingue dans le massif quatre grandes parties : l'Armenanche à l'est, la Réserve au centre, les Landes blanches au nord-ouest et la Bouteille au sud-ouest. Plusieurs enclaves y ont créé des « milieux ouverts ».

Les contours du massif (écotone/lisières) sont très découpés.

Biogéographie En termes d'écologie du paysage, et dans le cadre du SRCE qui précise régionalement la trame verte et bleue nationale, ce massif joue un rôle important de réservoir de biodiversité pour de nombreuses espèces. Ce réservoir est en outre encore relativement bien « connecté » à des structures écopaysagères de type bocage (« bocage bourbonnais » au nord, et paysage bocager agropastoral à prairies temporaires encore relativement arboré (sauf au centre et sur la frange est de la région naturelle voisine Limagne-Val d'AllierDREAL Auvergne (2013) Prédiagnostic des continuités écologiques en Bourbonnais et Basse Combraille.), ou encore à un réseau de prairies permanentes (à l'ouest).

Les autres massifs proches, plus ou moins déconnectés de la forêt de Tronçais (sauf pour les oiseaux et quelques animaux plus mobiles), sont principalement : la forêt des Colettes, au nord des gorges de Chouvigny, plus petite, mais qui s'étend quand même sur plus de et abrite quelques espèces rares ou devenues rares et dites patrimoniales comme la rosalie des Alpes, le triton crêté (espèce protégée au niveau européen) ou le sonneur à ventre jaune ; la forêt de Bagnolet ; la forêt de Messarges ; la forêt de Lespinasse ; la forêt de Gros-Bois ; la forêt de Civrais.

Cours d'eau et étangs thumb|L'étang de Pirot à l'état sauvage en forêt de Tronçais. thumb|L'étang de Pirot (décembre 2011). Outre de nombreux ruisseaux, deux rivières traversent le massif : la Marmande et la Sologne. Cinq étangs s'y trouvent : L'étang de Saint-Bonnet s'étend sur . Cet étang naturel a été agrandi à la fin du de manière à pouvoir soutenir le niveau de l'étang de Morat. Il est inscrit à l'inventaire des sites depuis le . L'étang de Tronçais s'étend sur . Situé sur le cours de la Sologne, il a été créé en 1789 pour fournir de l'énergie aux forges de Tronçais. L'étang de Morat (privé) s'étend sur . Il se situe sur le cours de la Sologne, en aval de l'étang de Tronçais. L'étang de Saloup (privé) s'étend sur . Il est situé en amont de l'étang de Tronçais. L'étang de Pirot (public) s'étend sur . Situé sur le cours de la Marmande, il a été mis en service en 1848 pour alimenter en eau le canal de Berry via l'étang de Goule. Il est profond de au pied du barrage.

On trouve dans la forêt près d'une centaine de sources. Beaucoup d'entre elles (environ 80) bénéficient d'une protection maçonnée ; elles portent le nom de fonts, comme la Font Bégault à la naissance du ruisseau des Planchettes ou la Font de la Goutte d'Argent.

Géologie

La forêt est située en limite sud du Bassin parisien, sur des substrats variés (géologiquement datés du primaire au quaternaire). Toutefois, la plus grande partie de la forêt est située sur des grès ou argiles du trias.

Histoire Le terroir de Tronçais a été assez fortement occupé et exploité à l'époque gallo-romaine par des agriculteurs, forestiers et artisans du feu tels que les tuiliers et les métallurgistes, qui y ont installé plus d'une centaine de petits établissements en défrichant des clairièresVoir ci-dessous la section Sites archéologiques.. L'exploitation agricole recule au profit de la forêt à la fin de l'Antiquité.

La première mention connue du nom Tronçais remonte au , dans un document relatif au prieuré de la Bouteille.

Initialement propriété des quatorze paroisses environnantes, puis cédée en 1327 aux ducs de Bourbon, la forêt de Tronçais appartient au pouvoir central depuis 1527, date à laquelle elle fut confisquée par le pouvoir royal au Connétable de Bourbon, avec l'ensemble de ses terresUne forêt domaniale : Tronçais, A. Pees, Office national des forêts, , octobre 1967, ..

La création de la futaie de chênes de Tronçais remonte à Colbert qui en organise la délimitation et le réaménagement en 1670. Colbert, désireux de doter le royaume de France d'une marine puissante, décide de planter plus d'un million d'hectares d'arbres dont les troncs et les branches, spécialement sélectionnés, doivent fournir à l'industrie navale une matière première de grande qualité. Il fait ainsi rédiger un catalogue reproduisant les pièces spéciales, « les bois tors », dont le but est de présenter les pièces de bois particulières destinées à la charpenterie de marine. En 1679, les deux-tiers sont traités en taillis composé. L'objectif est de produire dans les délais les plus brefs du bois d'œuvre. L'éducation des baliveaux étant plus rémunératrice que celle de la futaie, le traitement en taillis composé est préféré à tout autre..

La forêt est fortement dégradée par la suite avec la création en 1788 des forges de Tronçais alimentées au charbon de bois. Les deux tiers de la forêt sont concédés à Nicolas Rambourg, maître de forges. L'exploitation produit fonte, fer et produits dérivés jusqu'en 1870, puis, comme filiale de Châtillon-Commentry, elle se spécialise jusqu'en 1932 dans la production de câbles, posés notamment dans la tour Eiffel..

Cette exploitation saigne à blanc la forêt. Joseph Louis Buffévent, inspecteur des Eaux et Forêts à Montluçon, entreprend une étude complète de la forêt dès 1832. Il décide en 1835 d'un aménagement en futaie régulière à la révolution de 140 ans, qui est adopté. La durée de la révolution est portée à 180 ans, puis 225 ans (aménagement de 1928) et, enfin, 250 ans pour l'aménagement 1976-2000. Ironie de l’histoire, la forêt n’a fourni que très peu de bois pour la marine. Trop droit et avec des croissances qui ne confèrent pas les qualités requises pour construire les navires, il fournit surtout au du bois d'ébénisterie (lambris sculptés du Louvre) et de tonnellerie. Au début du apparaît l'industrie du tranchage qui donnera au chêne de Tronçais toute sa valeur dans la tonnellerie et le parquet.

À la Libération, la forêt de Tronçais abrite le très controversé centre de séjour surveillé de Tronçais, où ont été internés. les habitants de la région de Montluçon suspectés de collaboration.. Des atrocités, nourries par un besoin de vengeance, y ont été commises d'août à ..

Lors d'une cérémonie officielle présidée par Christian Dubreuil, directeur général de l'ONF., le , la forêt de Tronçais devient la huitième forêt domaniale de France et la première d'Auvergne, à recevoir le label ..

Le même jour, une grève des gardes forestiers de l'ONF est lancée pour protester contre la demande de rentabilité des forêts que fait l'État français dans une démarche plus globale de mise en concurrence, craignant une surexploitation de celles-ci. Ce changement de politique de la gestion des forêts a commencé en 2000, à la suite de la tempête de 1999 provoquée par les cyclones extratropicaux Lothar du et Martin des 27 et , pendant lesquels de nombreux arbres sont tombés, et à la suite desquels l'État a poussé à couper davantage de bois pour le revendre et ainsi rentabiliser les forêts. On peut rappeler à cet égard que la filière bois française, de la forêt jusqu'à ses utilisations finales (bois de charpente, papier, meubles) reste depuis des dizaines d'années déficitaire de plusieurs milliards d'euros. Philippe Canal, porte parole du syndicat Snupfen, rappelle alors que, depuis sa création en 1964, l'ONF a pour but principal la gestion durable des forêts..

En , la forêt de Tronçais est le point de ralliement d'agents de l'ONF parcourant à pied le trajet qui les mène de la forêt dont ils ont la gestion, comme Mulhouse, Valence, Perpignan ou Strasbourg, à celle-ci. Ces agents désirent ainsi une nouvelle fois protester contre la demande de rentabilité de la gestion de la forêt que fait l'État français..

Qualité du bois Le chêne de Tronçais est particulièrement réputé pour sa qualité, notamment pour faire des tonneaux destinés à l'élevage du vin et des spiritueux. Cela est lié à plusieurs éléments, qu'on retrouve dans d'autres forêts domaniales du bassin ligérien : On y trouve peu de nœuds : l'ancienneté de la gestion en futaie régulière permet d'avoir des arbres élancés et élagués naturellement. Ses accroissements sont fins et réguliers : le déficit hydrique estival et, dans une moindre mesure, la densité des peuplements le font pousser lentement. Ce « grain fin » est recherché par les tonneliers. La qualité du cru : le bois a une couleur rosée et une composition chimique appréciées.

thumb|Chêne de Pirot à la lumière du soir en forêt de Tronçais.

Gestion sylvicole et aménagement thumb|350px|Répartition des classes d'âges en 2001. La forêt domaniale est divisée en 442 parcelles. Elle est gérée avec le chêne sessile comme essence principale sur 95 % de la surface, et le pin (sylvestre ou laricio) sur 5 %, là où les sols sont plus pauvres. Le hêtre et le charme sont présents en accompagnement du chêne. On trouve également de l'alisier torminal et du merisier.

En 2001, les classes d'âge des parcelles de chêne étaient globalement équilibrées, avec toutefois un léger « défaut » (de classes d'âge) entre 50 et 100 ans (dû à des régénérations insuffisantes dans la première moitié du ), compensé par un excès de parcelles de 125 à 200 ans (régénérations entre 1800 et 1875 des parcelles mises en réserve par la réformation de 1670).

L’aménagement forestier en cours est validé pour la période 2001-2025, comprenant en particulier une liste des parcelles à couper et régénérer et des « coupes d'améliorations ».

Les objectifs sylvicoles sont : ha de futaie régulière de chênes à 250 et 300 ans ; ha de futaie régulière de chênes à 200 ans ; 570 ha de futaie régulière de pins à 100 ans ; 50 ha (secs ou humides) en gestion extensive.

Au début du , en France métropolitaine, c'est la seule forêt et chênaie publique où la surface à régénérer est calculée sur un cycle dépassant 200 ans.

La futaie Colbert