vignette|Reconstitution d'un homme-léopard au musée de Tervueren (1934).

Les Aniotas, anioto ou anyoto, dits aussi « hommes-léopards », sont membres d'une ou plusieurs sociétés secrètes africaines ayant une base de religiosité animiste. Elles opéraient en Afrique de l'Ouest et en Afrique centrale vers 1890 et 1935. Cette société est réputée recruter ses cadres parmi les sorciers villageois sans pour autant revêtir la structure hiérarchisée d'une secte. Ils étaient actifs autrefois au Congo belge, dans la région des Babali du Haut Aruwimi et pratiquaient l'assassinat rituel en simulant une attaque de léopard, aussi appelé panthère, dont la motivation première serait la vengeance. Dans les cultures occidentales, les représentations de la société ont été largement utilisées pour dépeindre les Africains comme barbares et non civilisésVicky van Bockhaven, Leopard-men of the Congo in literature and popular imagination (2009) Tydskrif vir Letterkunde. 46 1): 79 - 94. ISSN 0041-476X. "The Leopard Society – Africa in the mid 1900s". Archived from the original on 23 November 2010. Retrieved 3 April 2008. .

Présentation

Anyoto viendrait d’un verbe « nyoto » qui signifie griffer, mais la tradition populaire parle aussi d’une Aniota qui aurait été une instigatrice de la secte.

Lors de leur initiation, lors d’une cérémonie Mambela, les jeunes recrues, pour montrer leur détermination, devaient tuer un de leurs proches, homme, femme ou enfant, en simulant une mort due à un léopard ; ils n'entraient pas délibérément dans la confrérie mais étaient désignés par les anciens et ne pouvaient se soustraire à leurs ordres. Leur initiation commençait juste après la circoncision. Ils devaient alors abandonner leur famille et se rendre dans un endroit isolé, forêt ou îlot. Là, pendant de longs mois, le néophyte était soumis à des épreuves très pénibles et mettait sa vie en jeu. Si le candidat était blessé ou tué, nul ne s’en souciait, cela prouvait simplement qu’il n’était pas digne de devenir un homme-léopard. Si le candidat réussissait toutes les épreuves, on lui apprenait alors à imiter parfaitement les cris des félins et à se servir de ses armes d’assassin.

Les Aniotas furent aussi réputés anthropophages et, à un niveau supérieur, d'être capables de projeter leur conscience dans le corps d’un léopard, qu’il pouvait ainsi téléguider pour aller tuer quelqu’un sur le principe du loup-garou mais sans transformation corporelleAniotas et sorcellerie en Afrique, interview de Patrick Nguema Ndong par le site Afrik.

Les Anyotos étaient connus de la population qu’ils terrorisaient mais qui faisait cependant souvent appel à leurs services pour agir en tant que justiciers.

Les membres de cette société se seraient vêtus de peaux de léopard, auraient attaqué les voyageurs avec des armes acérées ressemblant à des griffes et des dents de léopard et se seraient livrés à des actes de cannibalisme. Cependant, ces affirmations ont été contestées. L'érudite Vicky van Bockhaven écrit :

Histoire

Histoire générale Connus depuis la fin du , c’est en 1919 seulement que l’administration coloniale soupçonna le mouvement aniota d’être les assassins de si nombreuses victimes apparentes de léopards.

La croyance générale étaient d'abord que les hommes-léopards adeptes de la secte, n’avaient pour cible que les Noirs hostiles à la tradition et à l’indépendance, ou trop enclins à coopérer avec les colons. Parmi les victimes, aucun Blanc n’a jamais été recensé.

Des rencontres avec des vestiges présumés des Anyotas à l'époque postcoloniale ont été décrites par Donald MacIntoshTravels in the White Man's Grave: Memoirs from West and Central Africa, Donald MacIntosh, 1998 et Beryl BellmanBeryl L. Bellman (1986). The Language of Secrecy: Symbols and Metaphors in Poro Ritual. Rutgers University Press, p. 47.

En république démocratique du Congo L’administration coloniale belge lutta contre cette confrérie qui risquait de déstabiliser le système mis en place des chefferies.

Dès 1921, des rapports de police avaient été rédigés sur des meurtres mystérieux perpétrés par les hommes-léopards. Après des mois d’enquête, des suspects furent arrêtés et pendus en place publique.

De 1933 à 1934, l’administration coloniale du Congo belge enquêta sur une série impressionnante de morts suspectes. Les cadavres, du moins ceux que l’on retrouvait car il y avait aussi des disparitions, présentaient tous de profondes blessures à la gorge et, sur le reste du corps, de sillons sanglants. Ces blessures donnaient à penser que le meurtre était l’œuvre d’un fauve. Les empreintes repérées au sol, autour des victimes, tendaient à corroborer cette hypothèse. Mais, un examen plus approfondi révéla bientôt que tous ces crimes avaient été perpétrés par de faux félins : les hommes-léopards. Durant ces deux années, ils atteignirent dans cette région de grandes proportions. Plusieurs centaines de corps lacérés et atrocement mutilés furent retrouvés. Les populations locales refusèrent en majorité de collaborer avec les autorités coloniales de crainte de représailles. Ces massacres auraient été liés à la rivalité entre deux populations : les Bapakombe et les Wanande, les premiers reprochant aux seconds d’envahir leur territoire.

Dans les mois qui précédèrent l’indépendance décidée du pays le mouvement reprit une ampleur inattendue, les Aniotas assassinèrent rituellement d’importants leaders nationaux.

Le mouvement n'aurait plus fait parler de lui depuis ou serait à l'état latent.

Au Liberia Lors d'une enquête de terrain menée dans les années 1960 auprès du peuple Mano, dans le centre-nord du Liberia, l'anthropologue américain James Riddell a recueilli des témoignages détaillés sur les Sociétés du Léopard et actives dans cette région, notamment auprès d'anciens membres de ces sociétés. Elles étaient composées d'hommes de différentes villes et leur objectif principal était d'organiser le commerce entre ces villes, qui étaient par ailleurs des unités politiques indépendantes. Seuls les hommes capables de mobiliser de nombreuses personnes à leur charge étaient autorisés à les rejoindre, car l'organisation du commerce, le transport et la protection des marchandises étaient des activités à forte intensité de main-d'œuvre. Ceux qui souhaitaient adhérer devaient sacrifier un membre de leur afin de prouver qu'ils disposaient de suffisamment de personnes à leur charge dont ils pouvaient offrir les services. Le prétendu attentat contre les voyageurs n'était qu'un stratagème pour dissimuler le lien entre la victime et l'homme qui avait choisi de la sacrifier. Les festins cannibales, en revanche, étaient bien réels, selon plusieurs anciens membres de la société interrogés par RiddellJames C. Riddell(1979). "The Gbannah Ma (Mano) in Two Economies". In Dorjahn, Vernon R.; Isaac, Barry L. (eds.). Essays on the Economic Anthropology of Liberia and Sierra Leone. Philadelphia: Institute for Liberian Studies, pp. 121, 129–130, 140..

Dans les années 1920, s'est entretenue avec plusieurs commissaires de district qui tentaient de poursuivre en justice les membres de la Société des Léopards impliqués dans des meurtres cannibales. Elle a noté : . Pour éviter tout soupçon, la victime choisie était généralement enlevée devant son domicile, mais Mills s'est également entretenue avec un homme qui avait été témoin de l'attaque d'une maison par un groupe de « Léopards », emportant un homme et un garçon qui dormaient là, soi-disant comme victimes pour leur prochain festin (1926). Through Liberia. London: Duckworth., pp. 118–119. .

Au Sierra Leone Lors d'un procès pénal dans les années 1900, un membre de la Société du Léopard a avoué avoir assisté au meurtre d'une jeune fille offerte par un autre membre de la société et avoir mangé sa chair. Dans ce cas, la victime était une esclave achetée, et non un parent du donneur. L'enfant a été tuée et décapitée par son propriétaire, qui a ensuite divisé le corps en quatre parties en le coupant . La chair a été cuite et mangée par les membres de la société ; certains, absents lors de la cérémonie, ont également reçu leurs parties et les ont mangées plus tardMilan Kalous (1974). Cannibals and Tongo Players of Sierra Leone. Auckland : Wright & . pp. 104–105. .

Lors d'un autre procès, quelques années plus tard, un homme déclara qu'un autre membre de la société avait offert sa nièce pour le sacrifice. Après que la jeune fille eut été poignardée à mort avec un grand couteau et découpée en morceaux, toute sa chair fut rôtie sur un feu ouvert et mangée par les membres de la société, y compris le témoin. Les membres les plus importants pouvaient choisir leurs morceaux préférés, tandis que les autres devaient se contenter du reste. Tout les organes comestibles furent mangé ; seuls les os et le crâne de la jeune fille, débarrassés de toute chair, furent laissés sur place une fois le festin terminé. Grâce à ce témoignage et à d'autres preuves, l'oncle de la jeune fille fut reconnu coupable de meurtre et exécuté plus tard. D'autres procès ont révélé des pratiques similaires, où des hommes offraient volontairement des personnes à leur charge, souvent des proches, pour le sacrifice et la consommation. Si tous les membres de la société semblent avoir été des hommes adultes, les victimes dévorées étaient généralement des « jeunes garçons et filles »Kenneth James Beatty (1915). Human Leopards: An Account of the Trials of Human Leopards Before the Special Commission Court, with a Note on Sierra Leone, Past and Present. London: Hugh Rees. Reprint: New York: AMS Press, 1978. ISBN 978-0-404-12006-1, pp. 31–32, 45–48, 58–60 & 120..

Confréries semblables en Afrique On parle également d'hommes-léopards, sous d'autres noms au Liberia et en Sierra Leone. Divers cultes animistes semblables peuvent être rencontrés à travers l'Afrique. Les animaux de totem sont différents : hommes-lions au Tanganyika, hommes-hyènes en Côte d'Ivoire ainsi que des hommes-chimpanzés, hommes-crocodiles, hommes-panthères, hommes-gorilles, hommes-babouins, dans quelques régions. S'inspirant des Aniotas du Congo, certains sorciers au Nigéria ont recréé l'homme-hyène, qu'on surnomme aussi Kovenkore. La structure criminelle et vengeresse de la fraternité serait par contre identique. On peut alors parler d’une confrérie initiatique existant dans un grand nombre de tribus vivant entre le Congo et la Guinée.

Chez les Bamilékés, populations d'origine soudano-bantoue établies dans les régions montagneuses du Cameroun, on nomme "Foufou" une organisation clandestine de bourreaux, toujours masqués et chargés à la nuit tombée des exécutions à mortMinute, Hors série , Hommes-Léopards et Hommes-Panthères, par Michel Toda, .

Au Les sectes des hommes-léopards et hommes-panthères subsistent dans certains districts du Cameroun et des états limitrophes comme le Nigeria et le Congo.

Analyses et hypothèses Les hommes-léopards étaient intimement liés à l'association initiatique du mambela. Les chefs ou sorciers choisissaient parmi eux les futurs hommes-léopards ou anioto, qu'ils formaient au combat. Le secret total et la solidarité absolue entre initiés du même groupe a certainement favorisé la naissance de l'aniotisme au sein du mambela. Mais la mise en place des structures coloniales a effrité les pouvoirs des chefs ethniques, politiques et judiciaires des grands initiés détenteurs de ces pouvoirs. Ceci peut avoir conduit les chefs à ériger en système le meurtre rituel, seul moyen de restaurer par la crainte le pouvoir vacillant de leurs dirigeants traditionnels. Ce qui expliquerait qu'au moment de l'indépendance, ces mêmes pouvoirs se soient attaqués aux leaders africains qui allaient prendre la place de l'administration coloniale, d'autres évoquent que leurs membres avaient fini par collaborer avec le colonialisme belge, voire tiraient de ce régime une garantie de pérennité de leur pouvoir.