Le site des Grottes d'Azé est un lieu culturel et touristique situé sur le territoire de la commune d'Azé près de Lugny (au hameau de Rizerolles), dans le département de Saône-et-Loire, en région Bourgogne-Franche-Comté.

Ces grottes sont, avec les grottes de Blanot, les seules cavités souterraines ouvertes au public en Saône-et-Loire.

Descriptif

Les grottes d'Azé sont une appellation touristique qui intègre : une grotte préhistorique, appelée « grotte de la Balme de Rochebin » ; une grotte parcourue par une rivière souterraine, appelée « source de la Balme de Rizerolles » (rivière s'enfonçant sous la terre sur le territoire de Saint-Gengoux-de-Scissé, aux abords du hameau de La Verzée, et réapparaissant plus au sud, à Azé).

C'est un site préhistorique classé, qui couvre une période allant de deux cent cinquante mille à dix mille ans avant notre ère...

Il a été géré de 1963 à 2001 par l'association "la Société des grottes d'Azé", qui a œuvré pendant plusieurs décennies à l'ouverture du site tout en travaillant à son exploration et à l'allongement du circuit de visite.

À compter de 2001, en réponse à des difficultés croissantes rencontrées par l'association (évolution de la réglementation, renforcement des normes de sécurité, augmentation des coûts de fonctionnement...), la gestion du site a évolué. Cette année-là, la communauté de communes des coteaux de la Haute-Mouge – intercommunalité qui avait son siège à Azé – a signé un marché sans formalité préalable avec la Société des grottes d'Azé : la gestion du site incombe toujours à l'association mais, en contrepartie d'une redevance fixe et d'un pourcentage perçu sur les recettes du camping et de la piscine, et les dépenses d'investissement sont désormais prises en charge par la communauté de communesSource : Communauté de communes Mâconnais-Val de Saône, bulletin d'information intercommunale n° 5, 2003 (« Le site piscine camping d'Azé », pages 19 et 20)..

Le site est ensuite repris par le conseil général de Saône-et-Loire.

Etudes du site Le site des grottes d'Azé présente des intérêts dans diverses disciplines : la géologie, la paléontologie, l'archéologie et la biologie. Maurice Bonnefoy, un passionné de spéléologie de la région, est à l'origine de l'exploitation touristique du site, qu'il entreprit avec des moyens limités. La réalisation de travaux de désobstruction ont mené à la découverte d'une grotte paléontologique et préhistorique de première importance (dénommée « Azé 1 »). Plusieurs fouilles scientifiques ont pu y être effectuées : fouilles de la salle d'entrée (Azé 1-1) par Jean Combier, d'Azé 1-2 et d'Azé 1-3 par Alain et Jacqueline Argant, de la galerie des Aiglons par René Villeneuve puis par Lionel et Johan Barriquand (Azé 1-5 et 1-6). De multiples études ont été effectuées sur le site : étude des populations d'ours et de lions des cavernes par Alain Argant ; étude de la faune par Claude Guérin ; chronologie (U/Th) et genèse de la cavité par Yves Quinif ; tomographie électrique du karst invisible par Olivier Kaufmann ; fonctionnement actuel de la grotte (aérologie, biologie du milieu souterrain, etc.) par Lionel Barriquand ; poursuite de la désobstruction de la galerie de Chauffailles par les spéléologues des « Argilons » ; datation des différentes occupations par l'homme.

Des visites des grottes, uniquement accompagnées et commentées, sont organisées tous les jours d'avril à novembre.

Le site recèle également d'autres éléments archéologiques liées à la période gallo-romaine ou encore médiévale.

Organisation spatiale

Un site classé Les grottes s'inscrivent dans un paysage situé sur le flanc d’un coteau raide, planté d’arbres d’essences diverses, dont des cèdres de l'Atlas et des buis de très grande taille. Au pied de la grotte jaillit une source importante qui alimente le ruisseau de la Mouge. L’ensemble du petit bois est parcouru de sentiers.

Ce caractère pittoresque a justifié que ce site soit classé : il bénéficie d'une protection, par arrêté du 10 février 1933, au titre de la loi sur « la protection des monuments naturels et des sites de caractère artistique, historique, scientifique, légendaire ou pittoresque »Source : fiche intitulée « Grotte de Rizerolles avec sa source et son bosquet » (https://piece-jointe-carto.developpement-durable.gouv.fr/REG043B/DOCS/SITES/SC_71_017_fiche.pdf).. Cette protection concerne les grottes et leurs abords aménagés au XIX siècle ainsi que la prairie qui s'étendait devant l'entrée, soit plus de 4 hectares.

Un espace d'interprétation Pour comprendre et analyser le contexte géologique, visualiser les découvertes paléontologiques et archéologiques, un espace d'interprétation est accessible gratuitement.

Un nouveau bâtiment d'accueil et une boutique Un nouveau bâtiment d'accueil de 270 m2 a été réalisé en 2020 grâce au financement du Département de Saône et Loire.

Préhistoire et Histoire

Une occupation depuis la Préhistoire L’occupation la plus ancienne de la grotte préhistorique date du paléolithique, d'après des traces laissées par des humains et d'autres animaux.

Plusieurs fouilleurs, dont André Leroy Gourhan, ont effectué des recherches à l’entrée de la grotte préhistorique mais leurs sondages infructueux les ont dissuadés de poursuivre leurs investigations. Il faut attendre les années 1950 pour que des fouilles soient entreprises du porche d’entrée jusqu’à la salle de la Rotonde. Les découvertes sont nombreuses et attestent d’une occupation dans le temps : ossements d’animaux et outils en silex de la préhistoire, vestiges gallo-romains, mur médiéval…

La fouille menée par Jean Combier entre 1966 et 1970 a mis en évidence une occupation du paléolithique inférieur datée d’environ 350 000 ans, ce qui en fait l’une des occupations humaines les plus anciennes en Bourgogne.

Un autre niveau a livré des restes d’animaux en quantité abondante, essentiellement des ossements d’ours (Ursus Deningeri), et quelques ossements de lion des cavernes (Panthera Spelaea), représenté en particulier par un superbe crâne découvert en 1985 par un jeune spéléologue dans la salle des ours (crâne rare dont il n'existait alors qu'une dizaine d'exemplaires, et qui fut aussitôt envoyé à la faculté des sciences de Lyon pour examen, avant d'être exposé dès 1986 au musée des grottes).

A 60 m de cette entrée, des griffades d’ours ont été identifiées sur les parois, et quelques mètres plus loin, la salle des ours est découverte avec ses 5 898 ossements. Des ours seraient venus dans le fond de la grotte, principalement des femelles Ursus Deningeri pour mettre bas et hiverner avec leurs oursons. Il est probable également qu’il y a 160 000 ans, un combat ait eu lieu dans la grotte entre un lion des cavernes et un ours, comme un un crâne de lion des cavernes portant l’empreinte d’une pré-molaire de lion a été trouvé à proximité d’un tibia d’ours.

Depuis l’Age du bronze

Dans la grotte Les fouilles réalisées par A. Jeannet dans la Rotonde ont permis la découverte de nombreuses poteries, d’un brassard d’archer, datant de la fin de l’Age du Bronze (environ 950 avant Jésus-Christ) qui traduirait l’existence d’un habitat ou d’une bergerie. Des objets de l’époque gallo-romaine dont une lampe en bronze ont également été mis au jour. Cette lampe à deux becs, avec anneaux de suspension en forme de tête de canard, a été datée du premier siècle après J.-C. Son étude récente, menée par C. Malagoli, montre qu’elle vient probablement de la région de Naples. Une des hypothèses pouvant expliquer sa présence dans la grotte est une utilisation cultuelle.

La datation de charbon présent dans le mortier d'un reste de mur a permis d’estimé sa datation soit de la fin de l’époque mérovingienne, soit de l’époque carolingienne. Les grottes semblent avoir été très utilisées au haut Moyen Âge.

Enfin le grand mur dont la base est toujours visible à l’entrée de la Grotte Préhistorique daterait du .

A l’extérieur Entre 150 av. et 50 ap. J.-C. les gaulois ou les gallo-romains aménagent la résurgence de la rivière avec un barrage constitué de bois et d’argile. L’eau est captée et transportée à l’aide de tuyaux creusés dans des troncs d’arbre. Les vestiges d’un ancien bâtiment datant probablement de cette époque ont été découverts à proximité, ainsi que de nombreux vestiges au voisinage et dans la résurgence. L’hypothèse d’un culte des eaux dans cette fontaine de la Balme a été avancée.

Les mérovingiens, entre 650 et 680 après Jésus-Christ, ont enterré leurs morts sous un murger de grande taille dont une extrémité se trouvait à l’emplacement de l’entrée supérieure de la Rivière Souterraine.

L'exploration spéléologique

En 1954, un petit groupe de passionnés d'Azé, au cours de fouilles laborieuses, commence la mise au jour de nombreux vestiges des époques paléolithiques, néolithiques et gallo-romaines. Antérieurement, l’entrée de la grotte avait vu se succéder un certain nombre de fouilleurs en quête de sites préhistoriques, en particulier Gabriel Jeanton, Joseph Mazenot et Lucien Mayet dans les années qui suivirent la Première Guerre mondialeTrio de savants qui, à l'été 1919, pour le compte de la société savante de Tournus, avaient réalisé des fouilles sur le territoire de la commune de Lugny, à la grotte de Macheron. Source : Frédéric Lafarge, « La grotte de Macheron, à Lugny », revue Images de Saône-et-Loire , juin 2024, pages 11 à 13. et André Leroi-Gourhan en 1948.

En 1950, Roger Dravet, assisté de Georges Gaillard, débute les fouilles sous le porche. En 1954, il est rejoint par Raymond Morel. De 1950 à 1962, l'équipe fouille la grotte, de l'entrée jusqu’à la Rotonde, faisant des découvertes nombreuses : ossements d’ours, de cerf élaphe et de renne, silex remontant à la période magdalénienne, vestiges gallo-romains, mur médiéval... En 1962, Raymond Morel est rejoint par Maurice Bonnefoy, qui vient de contribuer à l'aménagement de la grotte de Blanot.

Au printemps 1963, après des mois d'efforts, les spéléologues parviennent à déboucher le fond de la caverne, portant le développement des galeries de 75 à 265 mètres, en découvrant au passage une série de gravures schématiques magdaléniennes. Dans la foulée, les hommes-grenouilles du Sub-Aquatique Mâconnais remontent dans les eaux de la source, suivis en août et septembre par des spéléologues. Le 15 septembre, ces explorations dans les galeries noyées permettent la découverte archéologique de deux vastes galeries accolées, un lac et des salles se développant sur une longueur de 750 mètresArticle de M. Bonnefoy paru dans La Saône-et-Loire : la Bourgogne-du-Sud, guide officiel du groupement des syndicats d'initiative de Saône-et-Loire (édité sous le patronage des chambres de commerce et d'industrie de Mâcon-Charolles-Tournus), Éditions Larrieu-Bonnel, Toulouse, 1968 (pages 38 et 39).

En 1966, trois ans après l'ouverture au public des grottes (5 juin 1963), le travail se poursuivant, le site préhistorique d'Azé avait un développement total de .

Les grottes, gérées par la Société des grottes d'Azé (fondée en 1964 et présidée par Raymond Morel puis par Maurice Bonnefoy), ne cesseront de bénéficier d'aménagements, pour faciliter leur visite, sous l'égide de cette association qui fut présidée dans les années 80, après Maurice Bonnefoy, par Daniel Bonnefoy, fils de l'inventeur du site préhistorique.

Le 14 janvier 1967, Raymond Morel et Maurice Bonnefoy découvrent la salle de la Quenouille (à l'extrémité sud de la salle des Ours), qui est rendue visible par les visiteurs en 1972. 2 929 wagonnets de sédiments ont été retirés de la grotte.

1978 : une galerie de 220 mètres est mise au jour (galerie à laquelle s'ajouteront 80 mètres supplémentaires en 1991).

En 1985, la fréquentation des grottes s'éleva à 26 000 visiteurs. Elle dépassa les 29 000 visiteurs en 1989.