La cité-jardin de la Butte-Rouge est située à Châtenay-Malabry (Hauts-de-Seine).
Sa conception est inspirée du modèle des « garden cities » né à la fin du en Angleterre et théorisé par Howard et Unwin, qui se caractérise par une conception urbaine rigoureuse, une cité-jardin structurée autour des espaces verts et favorisant les relations de voisinage, une diversité des formes d’habitat et la présence de nombreux équipements.
Inscrite dans le mouvement de l’urbanisme social, elle fait partie des 16 cités-jardins construites par l'OPHBM du département de la Seine créé en 1916 par Henri Sellier. Elles ont été réalisées afin de répondre au besoin de desserrement de l’habitat parisien, dans le cadre d’un plan d’extension de la banlieue. On parlait alors de « Grand Paris ». Nées pour combattre l’insalubrité et la pénurie de logements, les cités-jardins ont en fait proposé un modèle de vie sociale et urbaineLes cités-jardins, un idéal à poursuivre, les cahiers de l’IAU, , avril 2013. http://www.iau-idf.fr/fileadmin/NewEtudes/Etude_885/FR_c165_web.pdf.
La cité-jardin de la Butte-Rouge se distingue parmi les autres cités-jardins franciliennes par son étendue (), son architecture moderniste, la richesse de sa composition urbaine reflet de sa construction en plusieurs phases et surtout par sa qualité paysagère. La cité-jardin de la Butte-Rouge composée de sociaux est restée, jusqu’à ce jour, fidèle à sa vocation .
L’ensemble qu’elle constitue, étudié dans l’inventaire du patrimoine des Hauts-de-Seine et labellisé patrimoine du , est reconnu comme l’emblème de la cité-jardin à la française« La Butte Rouge : Bernadette Blanchon, dans les cités-jardins d’Ile-de-France, une certaine idée du bonheur, Lieux Dits éditions, ..
Bien que demeurée intacte jusqu'au début du , la cité-jardin de la Butte-Rouge fait l'objet, depuis 2015, d'un projet de démolition, dont les plans de rénovation initialement envisagés ont été abandonnés par la mairieProjet de rénovation urbaine cité jardin de la Butte Rouge..
Historique vignette|Cité-jardin de la Butte-Rouge à Châtenay-Malabry, première tranche construite entre 1931 et 1940.
La première étude date de 1922. Alors qu'apparaissent au même moment de nombreuses cités-jardins similaires en République de Weimar, notamment celles des architectes Bruno Taut et Walter Gropius (voir les Cités du modernisme de Berlin), la construction de la cité-jardin de la Butte-Rouge n'est entamée qu'en 1931 par les architectes Joseph Bassompierre-Sewrin, Paul de Rutté et André Arfvidson, remplacé par Paul Sirvin et le paysagiste André Riousse.
Les premières quartiers achevés servent d'attraction lors de l'Exposition internationale de 1937, les visiteurs se pressant pour observer la conception de la cité-jardin et son inscription dans le paysage.La première phase de construction de la Butte-Rouge est stoppée par la guerre en 1939. Les travaux reprennent entre 1948 et 1950 pour être ensuite achevés dans les années 1960. Le changement de conception des bâtiments suit clairement le changement des périodes de construction : des groupes modestes de 2, 4 ou 6 bâtiments de 2 à 3 étages (où, derrière, s’étalent les jardins) construits dans les années 1930, on passe aux blocs plus importants (minimum de 5 étages), parfois semi-circulaires (la Demi-Lune de Sirvin) et aux barres parallèles de la période 1948-50, pour terminer avec les longues barres des années 1960.
Des tours plus grandes avaient fait partie du concept original de la Butte-Rouge. Une seulement a été construite : une tour de dix étages le long de l'avenue de la Division-Leclerc, marquant ainsi l'une des entrées de la cité jardin. C'est aussi la plus ancienne HBM de France (les habitations à bon marché sont devenues habitations à loyer modéré par la loi du ).
Outre le changement d'architecture, la construction en elle-même a aussi évolué. Ainsi, on passe des bâtiments simples de briques et de stuc aux constructions en béton armé dans la période postérieure. À cet égard, la Butte-Rouge est un excellent reflet de l'évolution des normes de logement et des pratiques en matière sociales françaises de construction du .
La densité relativement faible et la verdure abondante combinées avec une conception particulièrement aboutie a permis d’offrir un excellent niveau d’habitabilité, de qualité et de durabilité. Ainsi, avec ces murs roses et ces toits plats la Butte-Rouge est aujourd’hui un des meilleurs exemples de cité jardin présentant un « concentré des étapes de l'architecture du logement social » de 1930 à 1965. Elle est d'ailleurs recensée au titre de l'Inventaire général du patrimoine culturel, mais elle ne bénéficie pas de régime de protection au titre des sites ou des monuments historiques..
La cité-jardin est réhabilitée de 1984 à 1995 et demeure en bon état..
Composition urbaine Les théories d'Ebenezer Howard (une communauté organisée autour d'une campagne ouverte) et de l'urbaniste Raymond Unwin ont servi d'inspiration pour offrir un cadre champêtre, structurer la composition en fonction des espaces verts dont les statuts sont clairement définis, entre espaces privés (jardins ouvriers), semi-privés et publics (places, pelouses, squares), favoriser les relations de voisinage. vignette|La cité-jardin de la Butte-Rouge, avenue Albert-Thomas, vers la fin des années 1930. La végétation n'a pas encore l'abondance qu'elle a de nos jours. vignette|Cité-jardin de la Butte-Rouge, la place François-Simiand, qui était à l'origine agrémentée d'une pièce d'eau.
Néanmoins, Henri Sellier a souhaité que le modèle d'Howard et Unwin soit adapté aux circonstances locales, à l'esprit français, à la réalité de l'agglomération parisienne, écartant l'idée d'édifier des villes nouvelles. Projets portés par des socialistes, les cités-jardins françaises comportent par ailleurs de nombreux équipements. Henri Sellier insistait aussi sur l'inscription dans le site, en tenant compte de la géomorphologie (pentes et dénivelés).
vignette|Le mail piéton Lucien-Herr avec ses escaliers dessert le cœur de la cité-jardin construite sur une butte. Sur les côtés, des venelles pittoresques conduisent à des jardins ouvriers.
alt=|vignette|De part et d'autre de ce chemin qui part du mail piéton Lucien-Herr se trouvent des jardins ouvriers.
La cité-jardin de la Butte-Rouge se distingue parmi les autres cités-jardins par la rigueur de sa composition suffisamment forte pour réguler dans le temps les différentes phases de conception et est organisée autour d'un double réseau, un réseau piéton (organisé autour du mail Lucien Herr) et une trame viaire carrossable, permettant de combiner atmosphère pittoresque et organisation classique, qui se rencontrent. Cela lui permet, malgré la générosité des espaces publics, d'échapper à une impression de monumentalité marquée.
Comme d'autres prototypes de cités-jardins, la Butte-Rouge est organisée autour de rues en méandre et d'espaces verts ouverts au public. Parfois, les bâtiments sont simplement organisés en tant que blocs indépendants le long des rues et, d'autres fois, ils forment un système plus défini de cours intérieures.
Le paysage est très verdoyant et l'ensemble de blocs simples et cubiques avec les jardins dispersés sur l'arrière des bâtiments donne un paysage tout à fait charmant. On notera en particulier les escaliers cernés de jardins, rue Lucien-Herr..
La cité-jardin de la Butte-Rouge allie enfin l'esprit des cités-jardins à une architecture moderniste dont elle est considérée comme un véritable joyau.
Paysage
Alors que les cités-jardins conçues par Howard et Unwin avaient vocation à être des centres autonomes entourés d’une ceinture agricole permettant d’assurer l’autosuffisance alimentaire de la communauté, dans le projet porté par Henri Sellier, qui s’inscrit dans un plan d’extension de la banlieue, les cités-jardins constituent un réseau. À ce réseau vert s’ajoutent les franges, qui forment une ceinture verte, non pas agricole comme les cités-jardins anglaises mais boisées. Le bois de Verrière borde aujourd’hui encore la cité-jardin de la Butte-Rouge.
Comme la cité-jardin du Plessis-Robinson - aujourd’hui en grande partie démolie-, la cité-jardin de Châtenay-Malabry est implantée sur un ancien parc royal et le vallon d’un ancien ru. La phase ultérieure est construite sur le plateau.
La topographie ainsi que les éléments paysagers préexistants ont été préservés par le paysagiste André Riousse., attentif à l'histoire locale, qui a choisi d'exploiter les perspectives existantes et conserver les arbres de l'ancien parc du château qui existait autrefois. Il s'agit de la première cité-jardin qui a bénéficié de l'intervention d'un paysagiste.
Les habitants sont aussi les acteurs du paysage qu'ils contribuent à faire vivre, à diversifier et enrichir, en exploitant les jardins ouvriers mais aussi et surtout, chose singulière, en entretenant eux-mêmes les parcelles bordant les immeubles. Les rues hiérarchisées sont bordées de trottoirs qui définissent le lien et la distance entre les immeubles. vignette|Cité jardin de la Butte-Rouge : haies délimitant des résidences perméables, dont les immeubles sont implantés le long de trottoirs et de pelouses qui les mettent en lien. Les immeubles sont séparés des trottoirs par un gazon et une bande de terre, dont le terreau est retourné deux fois par an par l’office qui la met à la disposition des habitants. Ceux-ci l'entretiennent à unique fin d'agrément..
vignette|Cité jardin de la Butte-Rouge, allée Francis-de-Pressensé, parcelles de terre au pied des immeubles, cultivées par les locataires.
Alors que les métropoles contemporaines comme Paris développent la végétalisation par les habitants, celle-ci existe dans la cité-jardin de la Butte-Rouge depuis de nombreuses décennies, et sans nécessiter un cadre de formalisation comme les permis de végétaliser. L'entretien par les habitants contribue à la diversité du paysage : ici des rosiers, ailleurs des graminées, ou des buis, ou des fleurs à bulbes; à un autre endroit des hortensias, cultures en pleine terre la plupart du temps, mais aussi parfois dans des pots en terre cuite posés sur le sol, renforçant l'impression de soin.
La richesse arboricole participe aussi de la beauté de la cité-jardin, comme le souhaitait Henri Sellier. Parmi les arbres, on trouve des essences forestières (chênes, hêtres) dans la continuité de la forêt de Verrière, essences des parcs préexistants (séquoias, cèdres) et enfin des espèces rustiques choisies par Riousse : platanes, marronniers, tilleuls, acacias, peupliers, souvent issus de la pépinière de l'office départemental. Quant aux fruitiers et arbres exotiques, ils ont été introduits par les habitants.
vignette|Jardins ouvriers cultivés (potagers) par des habitants le long de l'allée de la Châtaigneraie. vignette|Jardin ouvrier rue Benoît-Malon.
La cité-jardin aujourd'hui
La cité-jardin est reconnue pour ses qualités urbaines, paysagères et architecturales. Sa composition urbaine d'origine et ses immeubles emblématiques de l'architecture moderniste sont restés intacts à ce jour.
En plus des appartements, la Butte-Rouge comprend quelques magasins, écoles et d'autres services de communauté (mairie annexe, maison de la culture et de la jeunesse, bibliothèque municipale, maison de la Justice, Office HLM…).
Des valeurs d'usage s'y sont créées et développées comme l'avaient imaginé ses concepteurs. Le soin qui a entouré la conception de la cité-jardin dans ses moindres détails ainsi que les réflexions sur les échelles des îlots et des immeubles et le traitement des limites et transitions contribuent au sentiment d'appropriation et au respect des habitants. La cité-jardin ne porte les marques d'aucune incivilité, et ne subit d'autre malveillance que celle du temps et depuis quelques années du manque d'entretien.
Elle regroupe répartis sur et accueille le quart de la population de Châtenay-Malabry.