Yves Klein est un artiste français, né le à Nice et mort le à Paris.
En 1954, il se tourne définitivement vers l'art et entame son « Aventure monochrome ».
Yves Klein est notamment connu pour son bleu outremer, qu’il nommera « IKB » (International Klein Blue).
De ses monochromes, au vide, à la « technique des pinceaux vivants » ou « Anthropométrie », jusqu'à l'emploi des éléments de la nature afin de manifester leur force créatrice ou de l’or qu’il utilise comme un passage vers l’absolu, il a conçu une œuvre qui traverse les frontières de l'art conceptuel, corporel et du happening.
En 1962, quelques semaines avant sa mort, Yves Klein réalise FC1 (Feu Coloré ), une œuvre qui possède tous les éléments emblématiques de cet artiste : l'anthropométrie, la peinture de feu, le monochrome bleu (IKB, International Klein Blue, breveté en 1960) et le pigment rose.
Biographie Enfance Yves Klein naît à Nice le , dans l'appartement de ses grands-parents maternels au 15 rue Verdi. Ses parents, Fred Klein (1898-1990) et Marie Raymond (1908-1988), sont des artistes peintres qui, nomadisant entre les expositions, leur appartement de Montparnasse et leur maison de la Goulette du Haut-de-Cagnes, ne voient leur fils que durant les fins de semaine et le confient le reste du temps à sa tante Rose Raymond-Gasperini, la sœur de Marie. En 1932, Marie Raymond autorise sa sœur à scolariser Yves dans une petite école religieuse près de la rue Verdi. En 1937, mécontente de ses résultats scolaires, Rose Raymond-Gasperini le transfère à l'école Masséna. Il y reste un an : au cours de l'été 1938, ses parents emménagent à Paris au 116 de la rue d'Assas et l'inscrivent à l'École alsacienne. Mais ce nouveau cadre a un effet désastreux sur sa scolarité : il ne travaille plus, ses notes dégringolent, il change d'établissement en cours d'année avant d'en être renvoyé. Seule la déclaration de guerre de la France à l'Allemagne, le , le sauve, en quelque sorte : ses parents, ayant décidé de rester à la Goulette après y avoir passé tout l'été, le confient à nouveau à sa tante Rose qui le ré-inscrit à l'école Masséna : ses notes s'améliorent en quelques semaines. Entre 1940 et 1943, ses parents côtoient les nombreux artistes qui ont trouvé refuge sur la Côte d'Azur et se lient d'amitié avec Nicolas de Staël et Jeannine Guillou, dont le fils, Antek, devient un bon ami d'Yves. S'inspirant des huit premiers albums de Tintin qu'il connait presque par cœur, il monte à douze ans un petit théâtre d'enfants, qu'il baptise le théâtre des Gnomes et qui se produit dans la cave de la Goulette. À quinze ans, poussé par la puberté et déboussolé par la vente de la Goulette, il se rebelle, fait plusieurs fugues, mais aussi s'essaie tout seul au piano et dévore Mandrake le Magicien .
À l'automne 1943, ses parents retournent à Paris, au 116, rue d'Assas, désargentés. En 1944, Yves tente, sans grande conviction, d'intégrer l’École nationale de la marine marchande mais il est sévèrement recalé au concours en . En , il suit ses parents en Angleterre ; son père, aidé par l'encadreur Robert Savage, expose au à Saint John Woods, « Londres ». L'exposition terminée, ses parents rentrent en France mais lui décide de rester pour apprendre l'anglais : pendant trois mois, il est garçon au pair dans une famille à Sevenoaks, où il s'occupe d'un enfant handicapé. Au début de 1947, il séjourne à Amsterdam chez des amis de ses parents.
Années judo Les années 1947 et 1948 sont deux années charnières pour Yves Klein à trois titres : il découvre le judo, se fait deux nouveaux amis, Armand Fernandez et Claude Pascal, et se plonge avec ce dernier dans la mystique rosicrucienne. Cette triple influence donnera naissance au « partage du monde » de l'été 1948.
En , au retour d'Amsterdam, il retrouve à Nice sa tante Rose, désormais Raymond-Tamarasco par son second mariage. Comme il est désorienté et cherche à gagner sa vie, elle lui confie la responsabilité de la librairie qu'elle a installée pour lui dans son magasin situé au 39, rue de l'Hôtel des postes. Durant l’été, il tombe par hasard sur une annonce anodine publiée dans Nice-Matin par Raymond Roussel, directeur de l'école de judo de la police de Nice, qui informe les lecteurs que les cours de judo sont désormais ouverts aux non-policiers à compter de septembre. Instinctivement, il s'inscrit.
C'est lors de ces cours qu'il rencontre Claude Pascal et d’Armand Fernandez, le futur Arman. Yves fait ses premiers essais en peinture en découvrant celle qu'Armand pratique dans le sous-sol de la maison de son père au 13, rue Paul Déroulède.
À la fin de 1947 ou au début de 1948, dans les rayonnages de la librairie de sa tante, Yves tombe sur La Cosmogonie des Rose-Croix de Max Heindel. Le livre, très hermétique, nécessite des clefs de lecture que leur fournit Louis Cadeaux, un vieil astrologue. Yves et Claude plongent dans cette invitation au voyage et au mystère rosicrucien, et l'approfondissent en s'inscrivant aux cours par correspondance offerts par la Rosicrucian Fellowship, sise à Oceanside en Californie et dont Yves sera membre jusqu'en 1953Annette Kahn, Yves Klein, le Maître du Bleu, Stock, 2000, . La lecture des Rose-Croix et de Gaston Bachelard forgeront les bases de la pensée qui nourrira son œuvre.
Yves, Armand et Claude décident de fonder un groupe, le « Triangle ». Réunis par leur grand intérêt pour l'exercice physique, ils aspirent à « l'Aventure » du voyage, de la création, de la spiritualité. Sur la plage de Nice, les trois amis choisissent de avec les trois catégories de l'univers d'Heindel : à Armand reviennent l'animal et la terre, à Claude le végétal et les mots, à Yves le minéral et le cielBiographie d'Yves Klein, MAMAC, Nice.. Yves en tirera sa signature : . Il s'en souviendra avec émotion en 1961 en concluant son Manifeste de l'hôtel ChelseaManifeste de l'hôtel Chelsea sur ces mots : .
Attiré par le voyage, il effectue entre 1948 et 1954 plusieurs séjours à l'étranger. Le premier, entamé le en autostop au départ de Nice, lui fait découvrir l'Italie du nord au sud : Gênes, Pise, Florence, Rome, Naples, Pompéi, Reggio de Calabre, Messine, Palerme, Capri pour finir par Venise.
Après onze mois de service militaire en Allemagne, Yves Klein poursuit un rêve : . Pour ce faire, il pense qu'il doit d'abord apprendre l'anglais et à monter à cheval. Claude Pascal souhaite l'accompagner dans son voyage au Japon. La poursuite du premier objectif commence le avec leur embarquement pour l'Angleterre. Les deux amis louent une petite chambre au 69, Cromwell Road, dans le quartier londonien de South Kensington, à proximité de l'atelier d'encadrement de Robert Savage, au 65, Old Brompton Road, celui-là même qui avait aidé Fred Klein à monter son exposition de l'été 1946. Pendant quatre mois, Yves travaille chez Savage comme apprenti clandestin et apprend sur le tas la dorure à la feuille et les techniques de la peinture (l'emploi des fixatifs, des vernis, le mélange des couleurs, l'usage des pigments en poudre). C'est à cette époque qu'il aurait produit ses premiers monochromes, qu'il aurait exposés en privé, dans leur chambre de Cromwell Road. C'est aussi sans doute à Londres et à cette époque qu'il aurait imaginé la Symphonie Monoton-Silence.
Le , Yves et Claude quittent Londres pour l'Irlande à la poursuite de leur second objectif : apprendre à monter à cheval. Ce séjour de cinq mois, malgré une pluie incessante et des conditions précaires, restera un des moments les plus heureux de leur vie. Ils retrouvent la Côte d'Azur fin . Mais Claude atteint de tuberculose doit renoncer au Japon.
Le , Yves Klein part étudier l'espagnol à Madrid où il s'inscrit dans un club de judo. Il remplace un moniteur et remplit dès lors cette fonction régulièrement en devenant très proche du directeur de l'école, Fernando Franco de Sarabia, dont le père est éditeur. Après seulement cinq années de pratique du judo, Yves Klein, qui rêvait d’en faire son métier, décide d’aller se perfectionner au Japon. En novembre, il entreprend les démarches, prend deux heures de cours de japonais par semaine et parvient à maitriser environ trois cents kanji.
Le , Klein embarque à Marseille sur le paquebot La Marseillaise et arrive à Yokohama le . Il est hébergé dans la banlieue de Tokyo par Takachiyo Uemura, un critique d'art japonais, ami de sa mère. Il partage ses journées entre la pratique du judo au Kodokan, et les cours sur les arts qu'il donne à l'Institut franco-japonais. Il y organise l'exposition des œuvres de ses parents, Marie Raymond et Fred Klein, du 20 au , puis celle de sa mère, seule, au Musée d’Art Moderne de Kamakura, et celle de son père, seul, en novembre au Musée d'art Bridgestone de Tokyo. C'est également en 1953 que se tient la première exposition du Groupe de Discussion d'Art Contemporain, dans l'atelier de Jirō Yoshihara du quartier de Shibuya à Tokyo, avec certains de ses étudiants dont Shōzō Shimamoto, qui constitue les prémices du mouvement Gutai. Dans son manifeste de l'art Gutai de , Yoshihara précise ainsi que les principes de ce mouvement, précurseur de la performance artistique, ont en réalité été posés trois ans plus tôt. Atsuko Tanaka, également membre du groupe Gutai, exposera des draps monochromes en 1955. Au début des années 1960, il fera connaître les artistes de Gutai à ses amis du Groupe ZERO qui exposeront avec eux en Europe.
Après quinze mois de travail assidu, le , il reçoit de maître Shigenori Tashiro, , le quatrième dan. Le , il quitte le Japon, débarque à Marseille le et arrive à Paris le 7 avec l'intention d'y ouvrir sa propre salle de judo. Le judo aurait pu être sa voie car il y consacre une grande partie de son temps. Mais la Fédération française de judo lui réserve un accueil glacial et ne reconnaît pas son dan obtenu à l'étranger, ce qui lui interdit d'enseigner officiellement. Dépité, il passe la frontière, accompagné de Claude Pascal, pour prendre le poste de conseiller technique de la Fédération espagnole de judo et enseigner au Bushido Kwaï de son ami Fernando Franco de Sarabia. Le , il publie Les fondements du judo, un ouvrage écrit avec maître Igor Correa Luna qui présente les six katas du judo. De retour à Paris en , il y poursuit sa passion du judo, d'une part en l'enseignant, entre et 1959, à l'American Students' and Artists' Center au 261, boulevard Raspail, d'autre part en ouvrant sa propre école de judo, fin , au 104, boulevard de Clichy, dans un atelier où Fernand Léger avait dirigé une école de peinture - il la décore de monochromes mais doit la fermer à l'été 1956 en raison de difficultés financières. Ainsi se clôt le chapitre judo de sa vie.
Peintures monochromes
La première apparition publique des œuvres de Klein est la publication du livre d'artiste « Yves Peintures » paru le , suivi de Haguenault Peintures, une copie du précédent. Ces deux recueils sont édités par l’atelier de gravure de Fernando Franco de Sarabia, à Jaén. Parodiant un catalogue traditionnel, le livre présente une série d'intenses monochromes en relation avec diverses villes où Klein a vécu les années précédentes. La préface de Yves Peintures est composée de lignes noires à la place du texte. Les dix planches en couleurs sont constituées de rectangles unicolores découpés dans du papier, datés et accompagnés de dimensions en millimètres. Chaque planche indique un lieu différent de création : Madrid, Nice, Tokyo, Londres, Paris.