Nérée et Achillée sont deux martyrs mis à mort durant la Persécution de Dioclétien de la Rome antique. Giovanni Battista De Rossi les a appelés « la principale gloire du cimetière de Domitilla », l'endroit où l'on vénérait leur tombeauBulletin d'archéologie chrétienne de M. le commandeur J.-B. De' Rossi (édition française), Belley 1874, p. 9.

Premier document Saint Damase, pape de 366 à 384, a mis sur le tombeau de Nérée et Achillée une inscription dont deux fragments importants ont été trouvés in situ par Giovanni Battista De Rossi en 1874Bulletin d'archéologie chrétienne 1874, p. 20.

Le texte complet était conservé, avec une indication de son emplacement et de l'identité des deux martyrs, dans divers manuscrits du L. Richardson, A New Topographical Dictionary of Ancient Rome (JHU Press 1992 ), p. xxi qui en contenaient des copies faites au Rebecca Leigh Littlechilds, The epitaphs of Damasus and the transferable value of persecution for the Christian community of Rome in the fourth century A.D. (University of Saskatchewan 2008), p. 80. Un exemple est un manuscrit de EinsiedelnEinsiedeln, Stiftsbibliothek qui, dans une section intitulée Inscriptiones Urbis Romae, déclare que cette inscription se trouvait « in sepulchro Nerei et Achillei » et qu'elle faisait référence à « Nereus et Achilleus martyres »Einsiedeln, Stiftsbibliothek, Codex 326(1076), pp. 77r-77v Bulletin d'archéologie chrétienne 1874, p. 21.

La première publication, par Jean Gruter (1560–1627), du texte conservé dans ces manuscrits antiques a été basée sur un seul manuscrit de Heidelberg, qui n'indiquait pas les noms des martyrs. Mais Jean Mabillon (1632–1707) a pu le publier dans la forme qu'elle a dans un manuscrit de Einsiedeln, avec le titre « Nereus et Achilleus martyres » et l'indication de la provenance : « in sepulcro Nerei et Achillei via Appia » (comme à l'époque, la via Ardeatina partait de la via Appia, elle fut souvent confondue avec la via Appia elle-même). On a relevé le texte plus tard avec le même titre dans deux autres manuscrits, respectivement de Klosterneuburg et de Gottwick, qui le mettaient entre autres inscriptions de la via ArdeatinaBulletin d’archéologie chrétienne 1874, . La découverte par De Rossi de l'original de l'inscription a révélé de manière encore plus évidente qui étaient les martyrs loués dans le texte.

Texte de l'inscription de DamaseDennis Trout, Damasus of Rome: The Epigraphic Poetry (Oxford University Press 2015 ), p. 98Tyler Lansford, The Latin Inscriptions of Rome: A Walking Guide (Johns Hopkins University Press 2011 ), section 6.9Bulletin d'archéologie chrétienne de M. le commandeur J.-B. De' Rossi (édition française), Belley 1874, p. 20Shakspear Wood, "Discovery of the Basilica of Santa Petronilla" dans Good Words (Alexander Strahan and Company, 1874), p. 734De Rossi, "Inscriptiones christianae", II, 31 thumb|160px|Saint Damase

Voici une traduction en français :

Selon De Rossi, le dernier vers de ce texte, dont la pensée et les expressions rappellent celles d'une autre inscription damasienne concernant la conversion de saint Paul, célèbre comme un miracle éclatant de la puissance du Christ la conversion de Nérée et Achillée, qui devaient être des militaires des cohortes prétoriennesBulletin d'archéologie chrétienne de M. le commandeur J.-B. De' Rossi (édition française), Belley 1874, pp. 23–24.

De Rossi reconnaît le contraste existant entre l'inscription de Damase et les Actes des saints Nérée et Achillée, « la légende accepté par Adon et propagée après dans les autres martyrologes » (y inclus le Martyrologe romain avant la révision de l'an 2001), document qui présente les deux saints non pas comme soldats mais comme eunuchi (eunuques). cubicularii (valets de chambre).. de Flavia Domitilla, et il n'ignore pas les nombreuses censures dirigées déjà en 1874 contre cette légende, mais il accepte ce qu'elle dit de l'identité et les principales dates chronologiques des deux saints. En conséquence, il suppose qu'ils ont abandonné la profession militaire vers la fin du règne de Néron (54–68) et qu'ils ont été tués après avoir accompagné leur maîtresse en exil dans l'an 95. Les historiens plus récents rejettent l'historicité de la légende et considèrent probable que les deux soldats martyrs ont été mis à mort durant la persécution de Dioclétien, d'abord dirigée contre les chrétiens dans l'armée (295–298) et ensuite contre l'Église chrétienne comme telle (à partir de 303)"Nereus and Achilleus (Saints)" dans Brill Online Reference WorksRebecca Lee Littlechilds, "The epitaphs of Damasus and the transferable value of persecution for the Christian community at Rome in the fourth-century AD", p. 1.William WHC Frend, Martyrdom and Persecution in the Early Church: A Study of Conflict from the Maccabees to Donatus (Wipf and Stock 2014 ), p. 525.

Actes des saints Nérée et Achillée thumb|200px|Sainte Domitille avec saints Nérée et Achille, huile de Niccolò Pomarancio (1598-99) pour l'église Santi Nereo e Achilleo, à Rome. La légende tardive () présente ces deux saints non pas comme des soldats mais comme eunuques valets de chambre. Ce document, les Actes des saints Nérée et Achillée, sans aucune valeur historiquePhilippe Pergola dit : « La narration est romancée à un point tel qu'il est impossible de lui donner une valeur historique sûre pour toutes les informations qui ne soient déjà vérifiés par ailleurs. Les éléments neufs de ce texte sont pour la plupart contradictoires ou invraisemblables, aussi bien en ce qui concerne Flavia Domitilla que les autres personnages, connus par ailleurs grâce à des documents plus sûrs » (Philippe Pergola, "La condamnation des Flaviens chrétiens sous Domitien : Persécution religieuse ou répression à caractère politique ?" dans Mélanges de l'École française à Rome, année 1978, volume 90, numéro 1, p. 411)., les décrit comme au service de la noble dame Flavia Domitilla, représentée initialement comme nièce de l'empereur Domitien (81–96) mais après comme nièce d'un consul Clemens, généralement identifié comme Titus Flavius Clemens, mari d'une nièce du même empereur, appelée elle aussi Flavia Domitilla.

Dans cette légende, Nérée et Achillée convainquent leur maîtresse, qui est sur le point de se marier, que la virginité est préférable. Le fiancé, qui est ainsi rejeté, obtient de l'empereur un ordre qu'elle soit reléguée sur une île. Là, les deux eunuques, qui l'accompagnent dans son exil, débattent avec deux disciples de Simon le Magicien. Ramenés sur le continent parce qu'ils continuent à confirmer Domitilla dans son refus du fiancé, ils sont décapités à Terracina. Dans la forme d'une lettre, les Actes rapportent une information d'un disciple des deux saints qui a porté leur corps de Terracina à Rome et les a ensevelis « dans le domaine de Domitilla dans la crypte d'une carrière… sur la Via Ardeatina à un mille et demi de la muraille de la ville, près de la tombe dans laquelle avait été enterrée Pétronille, fille de l'apôtre Pierre »Dennis Trout, "From the elogia of Damasus to the Acta of the gesta martyrum: restaging Roman history" dans Brita Alroth et Charlotte Scheffer, Attitudes towards the Past in Antiquity Creating Identities (Stockholm University 2014 ), p. 314 ; .

Selon Dennis Trout, l'inclusion de ces détails avait pour but de lier l'histoire avec des martyrs enterrés dans les tombes voisines, d'augmenter la confiance des lecteurs dans l'exhortation des Actes à la chasteté et de valider la légitimité du tombeau des martyrs, point d'arrêt, comme la sépulture de Pétronille, pour les visiteurs aux catacombes de Domitilla.

Cette légende est plus tardive que le texte damasien gravé il y a, au moins, un siècle avant dans le marbre, et qui est le premier témoignage du martyre de Nérée et Achillée, comme confirment Dennis Trout, J.H. CrehanJ.H. Crehan, "Nereus et Acilleus, natione Germani?" dans The Journal of Theological Studies, vol. 37, no. 147 (juillet 1936), p. 254, Everett FergusonEverett Ferguson, Encyclopedia of Early Christianity (Routledge 2013 ) et Johann Peter Kirsch..

Martyrologes vignette|Nérée et Achillée dans La Légende dorée (1497).

Nérée et Achillée sont mentionnés dans les listes des martyrs romains du et dans le Martyrologe hiéronymien, le Sacramentaire gélasien et dans les itinéraires utilisés par les pèlerins du aux sépulcres des martyrs à Rome..

Dans le les martyrologes commencent pour la première fois à les associer avec Flavia Domitilla comme dans la légende : le Adon de Vienne les appelle eunuques à elle (qui fuerunt eunuchi beatae Flaviae Domitillae).Jean Éracle, Une grande dame de l'ancienne Rome: Flavia Domitilla, petite fille de Vespasien dans Échos de Saint-Maurice, 1964, tome 62, p. 130. De Rossi observe que « la légende (fut) acceptée par Adon et propagée depuis dans les autres martyrologes »"Découverte de la basilique de sainte Pétronille, et du tombeau des martyrs Nérée et Achillée, au cimetière de Domitille" dans Bulletin d'archéologie chrétienne de M. le commandeur J.B. de'Rossi (Belley 1874) La mention par Adon a été copié par le Martyrologe d'Usuard et de ceci par le Martyrologe romain. Ainsi Henri Quentin dit d'Adon : « Presque partout où la tradition des martyrologes a causé aux historiens de graves embarras, nous avons retrouvé la main de cet auteur ... Adon a donc exercé sur le développement de la littérature martyrologique la plus regrettable influence »Henri Quentin, Les martyrologes historiques du Moyen-Âge (Paris 1908), p. 687.

Avant la révision de 2001, le Martyrologe romain disait que Nérée et Achillée « souffrirent d'abord un long exil dans l'île de Pontia avec la vierge sainte Flavia Domitilla, dont ils étaient eunuques ; ensuite ils subirent une cruelle flagellation, après laquelle le consulaire Memmius Rufus tenta vainement, par les tourments du chevalet et du feu, de les contraindre à sacrifier ; et parce qu'ils disaient que, ayant été baptisés par le bienheureux Pierre l'Apôtre, ils ne pouvaient en aucune manière offrir de l'encens aux idoles, il leur fit trancher la tête »Martyrologium Romanum: ad nouam kalendarij rationem, et ecclesiasticae historiae veritatem restitutum (Domenico Basa, Rome, 1583), p. 80 (12 mai).

Dans la préparation de l'édition 2001 du Martyrologe romain on a voulu « soumettre au jugement de la discipline historique et traiter avec plus de diligence que dans le passé les noms et les éloges des saints inscrits dans le Martyrologe »Décret Victoriam paschalem Christi du 29 juin 2001, pp. 5–6 du Martyrologe romain 2001 ; traduction italienne Ainsi cette édition ne prête aucune attention aux Actes des saints Nérée et Achillée et fournit sur ces martyrs des informations basées uniquement sur l'inscription en marbre de Damase :

Basilique des saints Nérée et Achillée vignette|Basilique des saints Nérée et Achillée dans les catacombes de Domitilla. En 1874, Giovanni Battista De Rossi a mis au jour dans les Catacombes de Domitilla une basilique semi-souterraine, munie de trois nefs, une abside et un narthex, consacrée aux saints Nérée et AchilléeBull. arch. crist., 1874, ; 1875, ; 1878, ; 1879, ..

Cette basilique semi-souterraine a été précédées par deux antérieures phases structurelles hypogées, qui n'ont pas fait l'objet de fouilles jusqu'à présent.

La date de la basilique est contestée. Pergola (1982) l'attribue au pape Damase ; De Rossi (1874) et Marucchi (1914) au même mais après la mort de Damase ; Krautheimer (1967) et Tolotti (1985) la situent vers 600Louis Reekmans, "Recherches récentes" dans Mathijs Lamberigts, Peter van Deun, Martyrium in multidisciplinary perspective (Leuven University Press 1995), pp. 61-64. Dans le on constate un consensus croissant sur une datation du ou plus tardDennis Trout, Damasus of Rome: The Epigraphic Poetry (Oxford University Press 2015 ), p. 99.