Le prieuré de bénédictines mitigées dit le monastère de Notre-Dame-de-Bourbon d’AuzonPreuves de la maison de Polignac. est un ancien couvent de femmes situé à Auzon (Haute-Loire), dépendant du monastère Notre-Dame de la Déserte de Lyon, construit au sur le site castral d'Auzon près de l'ancienne porte de l'enceinte urbaine. Cette institution prendra rapidement le nom de Notre-Dames-Des-Bénénedictions. et Sainte-Marie de la BénédictionOraison funebre de Madame Marguerite de Quibly, abbesse du Monastere Royal de NostreDame de la Deserte de la ville de Lyon, Ordre de saint Benoist ; Prononcée dans l'Église du même Monastère le 15 Iuillet 1675, Chez Iean Grégoire, 1675.. Il est écrit que l'emplacement et les matériaux d'une construction mémorable vraisemblablement d'origine publique, furent employés pour son édification.. La documentation disponible laisse entrevoir une existence se déroulant entre deux marqueurs historiques : la Contre-Réforme catholique et la Révolution.

Contexte historique et social avant la fondation du monastère L’Auvergne sortait meurtrie des guerres de Religion qui l'avaient ravagée pendant de nombreuses années. Partout dans la région, de nombreuses églises et monastères étaient en ruines, tandis que plusieurs châteaux avaient été démolis. Auzon, sous la haute garde des Polignac et des Clermont-Chaste, qui avaient pris le parti des Royalistes, ne fut peut-être pas tout à fait épargnée. Ses seigneurs, fort occupés dans le Velay, n'ont vraisemblablement pas pu empêcher les nombreux troubles auxquels la châtellenie dut faire face durant ces temps de guerre.

Déjà sous le gouvernement de Gaspard de Montmorin-Saint-Hérem, de profondes dissensions s’étaient fait sentir au sein de l'aristocratie auvergnate. La forteresse d'Auzon fut alors occupée par les capitaines responsables de sa garde, pourtant membres de la noblesse locale, fidèle au roi. Ces derniers jouèrent un rôle ambigu dans le conflit, étant décriés en 1589 comme des pillards opportunistes, profitant du chaos ambiant pour prélever du bétail, vraisemblablement destiné à l’entretien des soldats sur ordre royal.

En 1589, cette situation s'inscrivait dans un contexte national particulièrement tendu : l'ascendant de la famille royale, issue de la maison de Bourbon, se consolidait alors que la Guerre divisait le royaume entre les partisans de Henri III, le roi légitime, et ceux de Henri de Navarre, qui se battait pour l'accession au trône. Au niveau national, les tensions étaient exacerbées par l'assassinat du Henri Ier de Guise en 1588 et la persistance de la guerre civile. Dans ce contexte de forte instabilité, l’armée royaliste cherchait à maintenir son emprise sur les régions tout en luttant contre les forces protestantes et les puissances locales rebelles. En auvergne, Jean-Louis de La Rochefoucauld, comte de Randan ouvertement pour la ligue pensant s'assurer de l'appui de la majorité des Bonnes villes d'Auvergne dans sa lutte, les convoque à Billom le ; mais les bonnes villes de Clermont, Montferrand, St-Pourçain, Issoire, Aigueperse et Auzon ne le suivent pas.

Le de la même année, Clermont-Chaste envoya 12 soldats venus du Velay, « y étant conservé en l'obéissance du roy »Mémoires de Jean Burel, bourgeois du Puy / publiés au nom de la Société académique du Puy... ; Augustin Chassaing, p. 157, pour renforcer la garnison présente (composée de soldats à pied et à cheval). Ces renforts furent équipés, entre autres, de soixante cuirasses et de deux cent cinquante arquebusesJean Torrilhon, Le Maître de Craponne : Chronique d'une famille vellave, 1980, p. 217. Il semble que l'armée stationnée au château ait été une armée royaliste en attente de sa solde militaire.

Dans un contexte de désorganisation locale, la forteresse ne fut libérée qu'après un arrangement entre Gaspard II de Montmorin-Saint-Hérem (puis, après sa mort en 1593, sa veuve Claude de Chazeron) et les capitaines occupant les lieux, qui demandèrent le paiement d'une rançon très élevée. Ce paiement, que ni les États d'Auvergne ni le roi n'avaient accepté de financer, permit finalement la restitution de la forteresse.

Afin de restaurer son autorité après les turbulences des guerres de Religion, la politique royale s'appuya sur une réorganisation en profondeur des structures de pouvoir au sein de la noblesse. Entre 1633 et 1634, une série de démilitarisations de forteresses et de châteaux, principalement royaux, fut entreprise, touchant des sites stratégiques tels qu'Usson et Nonette. Ces décisions ne répondaient pas seulement à une volonté de désarmement, mais visaient également à affirmer le contrôle de l'État central sur des régions marquées par des dissensions internes et des troubles armés.

La démilitarisation symbolisait ainsi la fin d'une époque où la noblesse exerçait une souveraineté militaire locale, au profit d'une centralisation du pouvoir. Dans ce contexte, la reconstruction des structures seigneuriales et religieuses s'avéra essentielle pour restaurer la stabilité, la sécurité et l'ordre dans des territoires profondément affectés par des années de guerre et de dévastation. Un tel processus impliquait une réorganisation des espaces politiques et sociaux, ainsi qu'une réaffirmation de l'autorité monarchique, nécessaire à la réconciliation des grandes familles de la noblesse et à la pacification des régions fragilisées.

Mémoire des remparts : des fortifications médiévales aux réformes monastiques

Le choix du site pour l’installation du monastère Notre-Dame de Bourbon s'inscrit dans un contexte où le nom Bourbon revêt une forte connotation royale, et non seulement féodale. La famille de Bourbon, devenue dynastie royale avec l'accession au trône de Henri IV en 1589, symbolise désormais le pouvoir monarchique central. Les guerres de Religion ont eu un impact sur la structure des fondations monastiques. À partir de la fin du Moyen Âge, plusieurs réformes religieuses ont conduit à la fondation de nouveaux monastères. La transformation de certains châteaux en lieux de prière permettait de répondre à ces besoins tout en préservant la stabilité des institutions religieuses. Les fondateurs de monastères cherchaient parfois à utiliser les fondations religieuses pour maintenir l'ordre et la stabilité dans des régions perturbées par les conflits religieux pour répondre aux exigences de la Contre-Réforme, avec des règles plus strictes de discipline monastique.

Brioude vit au XVIIe siècle la floraison d'une multitude de communautés de religieuses et de charité. Il est intéressant de constater que ce fut l'ancien palais comtal que l’administration royale choisit pour l'installation des religieuses de Fontevraud. Également, de 1650 à 1670 plusieurs communautés s’installent à Arlanc, à Sauxillanges, ainsi que dans l’hôpital de Saint-Bonnet-le-Chastel.

Le bâtiment actuel, toujours entouré de ses imposantes murailles, domine la ville et l'accès anciennement barré par des fossés conserve les vestiges d’un ancien système défensif d’envergure. Le quartier voisin, appelé le Valat, tire son nom de ce dispositif. En effet, le terme « Vallat », d’origine latine, fait référence aux fossés ou remparts qui marquaient la limite de l’ancienne du quartier fortifié. Ce toponyme, probablement issu des premières phases de l’urbanisation médiévale, témoigne du rôle stratégique de cette zone. Il illustre à la fois le système défensif du château et l’organisation de l’espace de cette zone de la citadelle. Cela offre aux historiens un aperçu de l’évolution des fortifications, de l’origine du site et de ses liens avec le domaine seigneurial.

Le Rôle des Femmes Nobles dans la Renaissance des la Communautés Monastique

Il est souvent avancé que, dans les des nombreuses installation religieuses de ce siècle, l'inspiration et l'engagement de femmes de issue de la noblesse et d'abbesses réformatrices jouent un rôle clé, marquant ainsi une contribution significative à l'évolution des pratiques et des structures religieuses. Ainsi, dès 1637 à Saint-Martin-Valmeroux, étant comme Auzon siège d'un bailliage, dans lequel la famille Saint-Martial de Drugeac possédait l'un des châteaux (Chastel Del Peuch), une ancienne institution monacale était supprimée et Louise de Polignac fille de Louis Armant et Françoise de Montmorin, veuve de François de Saint-Martial, s'employa à remplacer cette communauté par un couvent de Bernardines. Pour mener à bien cette première fondation, Louise de Polignac avait reçu l'aide des religieuses du couvent de Notre-Dame-du-Rhône, un établissement qui fut détruit en 1567 par les protestants et fraichement relevé des ruines d'un ancien couvent de bénédictines situé hors des murailles du castrum, de Chateauvieux à Viviers.

Parallèlement à Auzon, après avoir reçu du vicomte de Polignac sa maison et chasteau Bourbon(?)mémoire d'une possession royale., Louise de Polignac fonda le en ce lieu "un nouvel établissement". En , le consentement de l'évêque de Saint-Flour lui fut accordé et elle plaça la communauté sous l'autorité de Marguerite de Quibly (nièce et coadjutrice de l'Abbesse Guyonne de Chaponay, entrée enfant à Notre-Dame de la Déserte de Lyon). Cette abbesse réformatrice fut instituée avec cinq religieuses et mise en possession du couvent en 1643Arch. nat. , 0 621; Répertoire topo-bibliographique des abbayes et prieurés. et se consacra à la mise en place de la règle bénédictine à Auzon. Il en fut de même à l'abbaye Saint-André-le-Haut de Vienne. Ces services furent fortement demandés pour les réformes de communautésAbbaye des Dames de l'abbaye Saint-Andoche d'Autun, le prieuré de bénédictine de Blie, l'abbaye Saint-Césaire d'Arles, où l'Abbesse appliqua la règle de la Desertecomme à l’abbaye des dames de Saint-Andoche, en Bourgogne à la demande du roi. Elle envoya à sa place ses religieuses à Arles, à Millau et à Saint-Jean-du-Buis dans les faubourgs d'Aurillac.

La constitution que Marguerite de Quibly établit pour ces religieuses s'inspira de celles de l'abbaye du Val-de-Grâce et de l'abbaye de Montmartre. Cette proximité s'explique notamment par les alliances familiales : les parents de Louise de Polignac avaient contracté des mariages avec les Clermont-Chaste, une famille qui venait précisément de donner une abbesse à ce monastère de bénédictines. Citons aussi l'exemple de restauration religieuse observée à Lyon dans le monastère de bénédictines de Saint-Pierre par Marguerite de Vény d'Arbouze qui eut Catherine de Clermont-Chaste comme abbesse et inspira certainement Marguerite de Quibly.

Règle du monastère

Le prieuré mitigé d’Auzon, situé dans le diocèse de Saint-Flour, fut fondé pour répondre aux aspirations de renouveau spirituel dans la région. À l’image de nombreux établissements bénédictins réformés, il cherchait à restaurer une stricte observance des idéaux monastiques tout en répondant aux attentes des bienfaiteurs et des autorités ecclésiastiques locales. La règle établie en 1643, s’inspire des principes de saint Benoît, tout en s’adaptant aux particularités locales. Le soutien des autorités diocésaines et des mécènes a été essentiel à son établissement et à sa pérennitéInterprétation de la charte de prise de possession par les religieuses de Notre-Dame de la Déserte de Lyon, Château d’Auzon, 27 mai 1643, Preuves de la maison de Polignac, tome III, . Organisation et gouvernance Rôle de l’abbesse et des supérieures La supérieure est nommée par l'abbesse de l'abbaye mère de la Déserte de Lyon et confirmée par le vicaire général pour une période de trois ans. Elle exerce une autorité à la fois spirituelle et administrative sur la communauté. Elle est assistée par un groupe de conseillères appelées "discrètes", qui participent aux décisions importantes concernant la gestion interne.

Supervision épiscopale L’évêque de Saint-Flour joue un rôle clé dans la supervision spirituelle et disciplinaire. Il approuve les nominations des confesseurs, veille au respect de la règle et agit comme autorité extérieure de contrôle.