Le Ganden Phodrang ( ; ), . , également appelé période du Ganden Phodrang, gouvernement du Ganden Phodrang ou régime du Ganden Phodrang (, ), est le type de gouvernement mis en place en 1642 par Lobsang Gyatso, le dalaï-lama, devenu chef spirituel de tout le Tibet grâce au khan mongol qoshot, Güshi Khan qui reçoit en échange la reconnaissance en tant que roi du Tibet. C'est la fin de la Période Phagmodrupa, contrôlée par les tibétains ; les religieux des écoles traditionnelles tibétaines kagyupa et du chamanisme bön, opposés à l'école guéloug, sont chassés du pouvoir par les Mongols, (2013 pour la version livre de poche). :, 1938. Voir le chapitre « Le khanat khochot du Tsaïdam et du Koukou-nor, protecteur de l’Église tibétaine (pages 644 à 647) »., « Le khanat khochot du Tsaïdam et du Koukou-nor, protecteur de l’Église tibétaine », pages 644 à 647. Page 645 : Ruth, « Geschichte des Buddhismus in der Mongolei », II, 248 et 265 (d’après le Jigs-med-nam-mka). Tong houa lou dans Courant, Asie Centrale, 23-25. Schulemann, Gesch. d. Dalai-lamas, 133. Rockhill, The dalai-lamas of Lhasa, T’oung pao, 1910, 7..

Ce regime se perpétua sous différentes formes de gouvernance, jusqu'en 1959 sous Tenzin Gyatso, le dalaï-lama. Il est qualifié de « théocratique » par Samten G. Karmay : et par Stéphane GuillaumeStéphane Guillaume, La question du Tibet en droit international, L'Harmattan, coll. « Recherches asiatiques », 2009, 308 p., : , tandis que les tibétologues Ishihama Yumiko et Alex McKay parlent de « gouvernement bouddhiste, union des fonctions spirituelle et temporelle » Ishihama Yumiko, "The Conceptual Framework of the dGa'-ldan's War Based on the beye dailame wargi amargi babe necihiyeme toktobuha bodogon i bithe, 'Buddhist Government' in the Tibet-Mongol and Manchu Relationship", in Tibet and Her Neighbours : A History. Edited by Alex McKay, 157–165. Londres, Édition Hansjorg Mayer. : Alex McKay, Introduction, Tibet and Her Neighbours : A History, . .

Après sa fuite en exil en Inde, le proclama le la création du gouvernement tibétain en exil. Le , il célébra le de son système gouvernemental connu sous le nom de Gaden Phodrang Chokley Namgyal. Ce gouvernement n'a été reconnu par aucun État ni gouvernement.

Le dalaï-lama démocratisa progressivement le gouvernement tibétain en exil jusqu'à sa retraite politique en mars 2011, laissant place au premier ministre tibétain Lobsang Sangay et se concentrant sur sa fonction spirituelle, conservant cependant une influence politique selon la journaliste du Monde Audrey GarricAudrey Garric, Le dalaï-lama renonce à son rôle politique mais pas à son influence, Le Monde, 10 mars 2011..

Structure du gouvernement Le dalaï-lama, en tant que « souverain du Thibet » suivant les termes d'Alexandra David-NéelAlexandra David-Néel, A. d'Arsonval, Mystiques et Magiciens du Thibet, 1929, : , dirigeait tant les affaires religieuses que les affaires civiles, à l'aide de deux organes principaux du gouvernement : le Conseil religieux (Yik-tsang), composé de quatre membres de la communauté monastique, et le Conseil des ministres, Kashag, composé de quatre membres (shapé), dont trois civils et un religieux.

Le premier ministre religieux (chikyap chempo), et le premier ministre civil (lönchen), faisaient la liaison entre les Conseils et le dalaï-lama. L’ensemble des ministres du Conseil civil contrôlait les affaires politiques, judiciaires, et fiscales. Un ministre des Affaires étrangères, sous la direction du chigye lönchen (premier ministre d’État), fut créé dans la première moitié du . Son rôle était consultatif. La politique extérieure a toujours été dirigée par le dalaï-lama ou le régent.

Il existait une Assemblée nationale (tsongdu), constituée d’une cinquantaine de personnalités de Lhassa, dont les abbés des grands monastères, et qui se réunissait dans des circonstances graves. Son rôle était consultatif.

Des gouverneurs civil et militaire () sont nouvellement nommés à Chamdo en 1913, à Dergué en 1914, au Hor en 1916, et à Dromo et au Lhoka en 1917Fabienne Jagou, Le 9e Panchen Lama (1883-1937): enjeu des relations sino-tibétaines, École française d'Extrême-Orient, 2004, : . Dans les provinces, le gouvernement était représenté au milieu du par cinq chikyap pour l’U-Tsang (Lhassa et Shigatse), Gartok (Tibet occidental), Kham (Chamdo, Tibet oriental), Chang (Nagchuka, Tibet du nord) et Lhoka (Lho-dzong, Tibet du sud). Des chikyap dépendaient les dzong-pön, commandants de forteresses, responsables du maintien de l’ordre et de l’impôt. Ils avaient une grande indépendanceFosco Maraini, Tibet secret (Segreto Tibet), préface de Bernard Berenson, traduction de Juliette Bertrand (ouvrage orné de 68 héliogravures d’après les photographies de l’auteur), Arthaud, Grenoble, 1954. (ouvrage paru en 1951)..

Histoire Le dalaï-lama chef temporel vignette|gauche|Palais du Ganden Phodrang à Drépung Lobsang Gyatso, dalaï-lama demande de l'aide à Güshi Khan lorsque le desi du Tsang (alors Karma Tenkyong Wangpo, règne 1620 – 1642), qui est opposé aux guélougpa, prend Lhassa (alors d'ans l'Ü) entre 1630 et 1636. Il demande à sa majorité d'aider les Gélougpa à prendre le pouvoir sur le Tibet et de détruire leur rivaux.

En 1642, le khan mongol Güshi Khan du Qinghai (kokonor), à l'instigation de l'école guéloug (selon Samten G. Karmay), ou de Sonam Chöphel (selon Melvyn Goldstein), renverse le gouvernement du Tsang, tue le roi, Karma Tenkyong Wangpo et ses deux ministres, et installe le dalaï-lama, Ngawang Lobsang Gyatso (1617-1682), comme chef d'État du Tibet. Celui-ci, qui jusque-là n'était que l'abbé du monastère de Drépung selon Karmay, est désormais le premier des dalaï-lamas à exercer un pouvoir temporel citant Dalaï-Lama, Mon pays et mon peuple. Mémoires, 1999, Olizane, , . : . Rebecca Redwood French, The golden yoke: the legal cosmology of Buddhist Tibet, Cornell University Press, 1995, 404 p., : Wings of the White Crane : Poems of Tshangs dbyangs rgya mtsho (1683-1706), Translated by G. W. Houston et Gary Wayne, Motilal Banarsidais Publisher, 1982, 53 p. : .

Le système gouvernemental du Ganden Phodrang, dont le siège initial est une résidence éponyme du monastère de Drépung, s'est perpétué jusqu’en 1959, sous le dalaï-lama, Tenzin Gyatso. Dans cette structure, le rôle du régent est confirmé pendant la minorité du dalaï-lama. Le Ganden Phodrang en vient à symboliser le pouvoir suprême exercé en théorie comme en pratique par un gouvernement théocratique (selon Karmay) : . La tibétologue Yumiko Ishihama a cependant démontré qu'au les Tibétains, les Mongols et les Sino-Mandchous partageaient une même conception du terme « gouvernement bouddhiste », qui impliquait pour eux une relation symbiotique de la Religion et de l'État Alex McKay, Introduction, Tibet and Her Neighbours : A History, .

Création du palais du Potala (1645) vignette|gauche|Le « Grand Lama ou Père éternel » (Lobsang Gyatso, dalaï-lama), et à son côté, une statue à l'effigie de Güshi Khan, Khan mongol qui le plaça au pouvoir. Gravure de China illustrata d'Athanasius Kircher (Amsterdam, 1667), d'après un dessin de Johann Grueber. En 1645, le dalaï-lama décide d’installer son gouvernement à Lhassa dans le palais du Potala qu’il fait construire sur une colline où se trouvait un pavillon fondé par l'empereur du Tibet Songtsen Gampo au . Il édifie la partie blanche centrale du Potala (la partie rouge sera ajoutée par le régent Sangyé Gyatso 45 ans plus tard, en 1690). Le Potala devient le centre gouvernemental du Tibet et, selon Claude B. Levenson, « un des plus imposants symboles de la théocratie tibétaine »Claude B. Levenson, The Dalai Lama : a Biography, Unwim Hyman, 1988, 291 p., : . Tous les départements ministériels ainsi que le collège de Namgyal, fondé à Drépung en 1574 par Sonam Gyatso, le dalaï-lama, pour la formation monastique, sont transférés au Potala en 1649. Selon Roland Barraux, le gouvernement créé par le dalaï-lama s'est laïcisé et structuré en passant de Drépung au Potala : .

Le dalaï-lama fait recenser les monastères du Tibet et réglemente leurs revenus et contributions aux dépenses de l’État. Il crée le Chakpori Zhopanling, institut de médecine au sommet du mont Chakpori, qui se perpétue jusqu’à sa destruction, lors du soulèvement tibétain de 1959. Des insurgés tibétains s'étaient retranchés dans le bâtiment avec des canons Lobsang Gyatso, Memoirs of a Tibetan Lama, Snow Lion Publications, 1998 , p. 262., les forces communistes chinoises détruisirent alors le bâtiment. Les services de l'hôpital furent alors déménagés au Mentsikhang. L'hôpital est toujours en fonctionnement de nos jours sous le nom d'institut de médecine tibétaine de la région autonome du Tibet. Il organise la hiérarchie religieuse ainsi que les relations extérieures du Tibet.

Selon The rough Guide to Tibet, avant la mort en 1682 de Lobsang Gyatso, dalaï-lama, le Tibet est devenu un pays unifié sur un plan politique et religieuxDavid Leffman, Simon Lewis, Martin Zatko, The Rough Guide to China.

Gouvernement des princes (1721-1751) En 1720, l'empire Qing installe Kelsang Gyatso en tant que dalaï-lama : .. L'année suivante, l'empire supprime la fonction de régent et la remplace par un cabinet de quatre ministres ou kalöns, dont Khangchenné qui en est le président. Le jeune dalaï-lama est privé de tout rôle dans la conduite du gouvernement.

En 1728, après l'assassinat de Khangchenné, le gouvernemet tibétain est réorganisé. Polhané Sönam Topgyé en devient le chef avec le titre de prince, le dalaï-lama restant tenu à l'écart des affaires politiques. Le fils de Polhané, Gyourme Yeshe Tsetsen, succède à son père en 1750.

Ordonnance en treize points (1751) En 1751, une ordonnance en 13 points, édictée par l'empereur Qianlong, apporte des changements à la structure politique et administrative du Tibet. . Le dalaï-lama devient le chef du gouvernement et se fait assister d'un conseil, ou kashag, dont il désigne les ministres (les kalön). Une assemblée consultative ou gyadzom est créée, formée de religieux, de fonctionnaires civils, de nobles, de commerçants et d'artisans, et ayant le pouvoir de destituer le régent pendant la minorité du dalaï-lama. L’amban voit son rôle accru dans la gestion des affaires tibétaines. Parallèlement, les Qing font en sorte de contrebalancer le pouvoir de l'aristocratie en mettant des responsables issus du clergé bouddhiste à des postes clésJean Dif, Chronologie de l'histoire du Tibet et de ses relations avec le reste du monde (Suite 1)..

Instauration du système de la régence En 1756, le dalaï-lama se retire du monde. Il meurt l'année suivante et un tulkou, Demo Ngawang Jambai Deleg Gyamtso, est nommé régent par l'empereur Qianlong en attendant la majorité du prochain dalaï-lama. Ce sera le début d'un système bien établi où chaque régent sera obligatoirement un tulkou.

Décret royal en 29 articles pour mieux gouverner le Tibet (1792) vignette|Carte de la Chine (entourée d'un filet jaune, en 1798, par l'allemand Johann Christian Hüttner