Le bouddhisme en France est, selon les enquêtes, la quatrième ou la cinquième religion en nombre de fidèles, la quatrième en nombre de pratiquants et la sixième en nombre de lieux de culte. Le bouddhisme apparaît significativement en France à partir des années 1970, après qu'une partie de la population asiatique dut immigrer dans le pays à la suite de conflits politiques en Asie du Sud-Est.
Histoire Contexte historique
thumb|left|upright=1.4|Pays d'origine de l'immigration en France. Les pays du Maghreb, la Turquie occupent une place prépondérante dans l'immigration française ainsi qu'une partie de l'Asie du Sud-Est. thumb|left|upright=1.4|Le bouddhisme dans le monde.
Le bouddhisme est une religion polythéiste présente en France à partir des années 1950, à la suite de la venue de maîtres de diverses traditions qui ont fondé de nombreux centres comme Ryotan Tokuda ou Taisen Deshimaru pour le Zen et Kalou Rinpoché et Guendune Rinpoché pour le bouddhisme tibétainLe bouddhisme en France sur L'Express.fr (consulté le ).. Cette religion asiatique, qui avait à l'origine une image sectaire et marginale, a peu à peu conquis des Français en quête de spiritualité et de philosophieLe bouddhisme en France sur Bouddhisminfo.fr (consulté le ).. Cette croyance spirituelle s'est également développée, cette fois de manière beaucoup plus significative, grâce à l'immigration asiatique du milieu des années 1970L'immigration asiatique à Besançon sur Migrations.Besançon.fr (consulté le ).. Ces populations, le plus souvent originaires des anciennes colonies françaises de l'Asie du Sud-Est, ont fui leurs pays comme le Viêt Nam, le Cambodge ou le Laos, et plus récemment la Chine, pour des raisons politiques ou économiquesHistoire du bouddhisme à Besançon sur Migrations.Besançon.fr (consulté le ).. Ces nouvelles communautés ont fait apparaître des courants du bouddhisme tels que la doctrine mahāyāna ou d'autres dogmes plus minoritaires liés à de petites ethnies qui ont elles aussi immigré sur le territoire français.
La première congrégation bouddhique de France fut créée en 1969. Il s'agit de l'Institut international bouddhique qui avait pour but de construire en France un premier centre bouddhique, capable d'accueillir en son sein toutes les obédiences de la religionArchives personnelles Jean Sainteny, Fonds national Sciences Po, 1SA31.. La première pagode française, la pagode de Vincennes, fut inaugurée le Archives personnelles Jean Sainteny, FNSP, 1SA32. par Jacques Chirac, alors maire de Paris. En 1986, est fondée l'Union bouddhiste de FranceHistoire de l'Union bouddhiste de France sur le site officiel de la fédération (consulté le ).. Rapidement, de nombreuses pagodes et organisations bouddhistes apparaissent dans toutes les régions de France, faisant de ce courant religieux un mouvement spirituel à l'égal des autres religions. Dans les années 1980, on estime le nombre de bouddhistes français à entre et personnes. D'après l'Union bouddhiste de France, il y aurait de nos jours environ bouddhistes en France dont les 3/4 seraient d'origine asiatique. En 1999, le sociologue Frédéric Lenoir a estimé à cinq millions « les sympathisants » bouddhistesLenoir, Frédéric. Le Bouddhisme en France. Paris : Fayard, sondage 1997 d'opinion de 1999..
De l'appel à la guerre à l'immigration asiatique
thumb|Carte du Sud-Est asiatique.
Les premiers asiatiques à débarquer en France, dont la plupart étaient de confession bouddhiste, étaient les soldats enrôlés à la veille de la Première Guerre mondiale, lorsqu'une partie de l'Asie, notamment la Cochinchine, était sous domination française. Cette guerre, opposant à l'origine la France à l'Allemagne, allait devenir l'un des plus grands conflits mondiaux de l'Histoire. La République française, qui était alors en infériorité numérique face à l'Allemagne, devait par tous les moyens se constituer une armée imposante, de façon à rivaliser avec son ennemi d'outre-Rhin. C'est alors que des soldats originaires du Maghreb, d'Afrique subsaharienne et aussi, mais de façon moins massive, d'Asie du Sud-Est et de Chine furent mobilisés pour combattre aux côtés de l'armée françaiseJacques Frémeaux, Les colonies dans la Grande Guerre, 14-18 Éditions, 2006 - page 63.. Une partie de cette population repart par la suite dans son pays d'origine ou reste en France, jusqu'au déclenchement de la Seconde Guerre mondiale où les coloniaux très majoritairement africains combattent à nouveau pour la FranceL'histoire des soldats coloniaux sur Migrations.Besançon.fr (consulté le ).. À Besançon, quelques traces subsistent du passage de coloniaux durant les deux grandes guerres : une plaque commémorative située près du casino municipal, rendant hommage aux soldats de la française qui se sont battus dans le DoubsInauguration de la plaque commémorative des Chaprais sur le BVV (consulté le ). ainsi qu'un carré musulman au cimetière de Saint-ClaudeLe cimetière musulman de Besançon sur le BVV de novembre 2006 (consulté le ). pour les soldats fidèles à l'islam tombés pour la France. Cependant, aucune preuve formelle nous renseigne sur l'éventuelle présence de soldats asiatiques à Besançon et dans la région Franche-Comté, bien qu'il soit certain que la plupart de ses coloniaux aient combattu dans l'hexagone.
À partir des années 1970, le peuple asiatique est confronté à des bouleversements géopolitiques de grande ampleur, aboutissant à des massacres et à l'immigration massive d'une partie de la population de l'Asie du Sud-EstLa communauté asiatique de Besançon sur le journal en ligne du CLA (consulté le ).. En effet, nombre de peuples sont persécutés par plusieurs régimes politiques non démocratiques, notamment celui des Khmers rouges au Cambodge Ben Kiernan, The Pol Pot Regime: Race, Power, and Genocide in Cambodia under the Khmer Rouge, 1975-79, New Haven: Yale University Press, 1996, pp. 456-460., le parti Pathet Lao au Laos ou encore le Front national de libération du Sud Viêt Nam après la prise de Saigon. Avant 1979, les réfugiés originaires de ces régions immigraient au compte-goutte, mais à partir des années 1980 le nombre d'arrivées de la population asiatique en Europe et en France explose. Depuis les années 1970, et plus particulièrement durant les années 1980 et 1990, une nouvelle immigration venue de Chine est apparue en France.
Diffusion
Après avoir été l'objet d'études et d'ouvrages à partir du , le bouddhisme s'est développé en France dans la seconde moitié du grâce à la venue de grands maîtres de diverses traditions, qui ont fondé plusieurs centres. Citons parmi bien d'autres : Taisen Deshimaru pour le Zen, Kalou Rinpoché, Guendune Rinpoché, Dagpo Rimpotché pour le bouddhisme tibétain.
Thích Nhất Hạnh, moine vietnamien dans la tradition thiền, réfugié politique en France, est à l'initiative de l', a écrit plus d'une centaine d'ouvrages, et sa notoriété est à présent mondiale
Des cinéastes comme Arnaud Desjardins ont également contribué à faire connaître les grands maîtres du bouddhisme en France et dans les pays francophones, et à susciter des vocations. Par exemple, Matthieu Ricard explique qu'il a eu l'envie de partir rencontrer des lamas tibétains après avoir vu des documentaires de Desjardins.
Frédéric Lenoir écrit en 1999 :
Selon le théologien Dennis Gira en 2011,
Organisations bouddhistes
right|thumb|300px|Image en 3D du Temple pour la Paix, un projet de construction
En France, les principaux cultes sont représentés par un organe représentatif qui est l'interlocuteur officiel des pouvoirs publics sur les questions relatives à l'organisation du culte. Dans ce cadre, c'est l'Union bouddhiste de France qui représente les bouddhistesLes religions en France, ministère des affaires étrangères, 2008, . Toutefois, certaines écoles en sont exclues comme la Soka Gakkai car jugée .
En accord avec leur vocation, une grande partie des associations bouddhistes adopte la forme d'associations cultuelles.
Plusieurs organisations bouddhistes sont par ailleurs reconnues comme congrégations religieuses par le Bureau Central des Cultes qui dépend du Ministère de l'Intérieur, selon la loi du relative à la séparation des Églises et de l'État. Une dizaine du bouddhisme tibétain, ainsi que deux congrégations bouddhistes zen : La falaise verte et le Village des pruniers.
En France, la plupart des lieux de culte bouddhique ne peuvent être subventionnés par l'État et leur financement est assuré par les contributions des fidèles et sympathisants, voir résumé.
Démographie
D'après l'Union bouddhiste de France, il y avait en 1986 environ bouddhistes en France, ce qui représentait environ 1 % de la population française 2010 Report on International Religious Freedom: France, en faisant la religion de FranceJean-Philippe Catonné, Bouddhisme, religiosité et sagesse, Raison présente, 1999, 129 pp. 81-100 (p. 84). En 1999, le sociologue Frédéric Lenoir a estimé à 5 millions « les sympathisants » bouddhistesLenoir, Frédéric. Le Bouddhisme en France. Paris : Fayard, sondage 1997 d'opinion de 1999, en faisant la spiritualité préférée en France. En 2019, une enquête de l'institut Vivavoice pour l'Observatoire de la laïcité estime que 2% des Français, soit plus de 1,3 million de personnes, .
Environ les trois quarts des bouddhistes de France sont originaires de pays asiatiques, notamment d'Asie du Sud Est (Vietnam, Thaïlande, Cambodge, etc.) et pratiquent majoritairement le Bouddhisme Theravada. L'ethnologue Cécile Campergue indique en 2013 : Un peu plus d'un quart d'entre eux, en progression croissante, est originaire de France et pratique majoritairement le Bouddhisme Zen (Mahayana), ou le Bouddhisme Tibétain (Vajrayana). Il s'agit essentiellement de convertis récents.
Bouddhisme tibétain en France Premiers érudits et voyageurs Le , Agvan Dorjiev en visite en France, assisté de , conduit une cérémonie bouddhique tibétaine au musée GuimetHervé Beaumont, Les aventures d'Émile Guimet (1836-1918). Un industriel voyageur, p. 204, la première en France selon Roland BarrauxRoland Barraux, Histoire des dalaï-lamas: Quatorze reflets sur le Lac des Visions, p. 190, en présence de Georges Clemenceau et d'Alexandra David-NéelFred Campoy, Une vie avec Alexandra David Néel - Tome 2, p. 91. Dorjiev donne également un long exposé sur le bouddhisme en mongol traduit simultanément en russe par Rabdanov, puis du russe en Français par Joseph Deniker. Alexandra David-Néel qui se convertira plus tard au bouddhisme pose timidement quelques questions.
Alexandra David-Néel provoquera l'hilarité du dalaï-lama qui l'a reçu en audience le à Kalimpong quand elle affirma être la seule bouddhiste de Paris, et son étonnement en lui apprenant que le Gyatcher Rolpa, un livre tibétain sacré, a été traduit par Philippe-Édouard Foucaux, un professeur au Collège de France. Elle demande nombre d'explications complémentaires que le dalaï-lama s'efforce de lui fournir, lui promettant de répondre à toutes ses questions par écritJean Chalon, Le Lumineux Destin d'Alexandra David-Néel, Librairie académique Perrin, 1985 , ..
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