vignette|Claude Simon venait régulièrement passer l'été dans sa maison de Salses-le-Château reçue en héritage en 1963.

Claude Simon, né le à Tananarive (Madagascar) et mort le à Paris (5 arrondissement.), est un écrivain français qui a reçu le prix Nobel de littérature en 1985.

Édité par les Éditions de minuit à partir de 1957, il est très vite classé parmi les auteurs de l'école du Nouveau Roman, aux côtés notamment d'Alain Robbe-Grillet et de Samuel Beckett (lauréat du Prix Nobel de littérature en 1969). Ses livres les plus connus sont La Route des Flandres (1960), Histoire (Prix Médicis 1967) et Les Géorgiques (1981). Le prix Nobel vient en 1985 récompenser un auteur « qui, dans ses romans, combine la créativité du poète et du peintre avec une conscience profonde du temps dans la représentation de la condition humaine ». Par la suite, il publie encore L'Acacia (1989) et Le Jardin des Plantes (1997).

Il s'est également intéressé à la peinture et à la photographie.

Biographie vignette|Claude Simon passa son enfance dans l'hôtel familial 12 rue de la Cloche-d'Or à Perpignan.

Origines familiales et formation Claude Simon naît le , à Tananarive (Madagascar), d'un père militaire dans les troupes coloniales. Celui-ci meurt le , près de Verdun, au début de la Première Guerre mondiale (commencée le en ce qui concerne la France).

Sa mère, issue d'une famille du Tarn, descend du général Jean-Pierre Lacombe-Saint-Michel, député à la Convention (1792-1795).

À partir de 1914, sa mère et lui vivent à Perpignan (Pyrénées-Orientales). Il commence ses études secondaires en 1924 au lycée François Arago de Perpignan (une promotion y est d'ailleurs nommée en son honneur).

Après la mort de sa mère en 1925, des suites d'un cancer, l'éducation de Claude est prise en charge par sa grand-mère maternelle et par un de ses oncles, sous la tutelle de Paul Codet, un cousin germain de sa mère. Il devient alors élève du collège Stanislas à Paris (1925-1930), puis du lycée Saint-LouisMireille Calle-Gruber, Claude Simon. Une vie à écrire, Paris, Seuil, 2011, , 71..

Bachelier en 1931, il se consacre ensuite à la peinture et à la photographie, suivant notamment des cours à l'académie de peinture André Lhote.

Débuts (1934-1939) De 1934 à 1935, il fait son service militaire au de dragons, caserné à Lunéville.

L'année suivante, il commence à écrire. Au début de la guerre civile en Espagne (), il se rend à Barcelone, bastion républicain face aux rebelles franquistes (il décrit cette expérience dans son roman Le Palace).

En 1937, il effectue un voyage qui le conduit en Allemagne, en Pologne et en URSS. Il se lance dans l'écriture d'un premier roman, Le Tricheur (publié en 1945).

Période de la Seconde Guerre mondiale (1939-1945) En septembre 1939, lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate, il est mobilisé au de dragons. Fait prisonnier par les Allemands après le désastre subi par l'armée française en mai-, il est transféré dans un camp de prisonniers de guerre situé en Saxe. Il s'en évade et réussit à revenir à Perpignan, alors en zone libre. Craignant d'être arrêté après l'occupation de cette zone (le , à la suite du débarquement allié en Afrique du Nord), il se rend à Paris en février 1944 dans un appartement du boulevard Montparnasse où il habite jusqu'à la Libération (), participant à la Résistance.

Débuts en littérature Après la guerre, il devient viticulteur en Roussillon sur sa propre exploitation et commence la rédaction de plusieurs romans, édités au Sagittaire, puis chez Calmann-Lévy, qu'il considèrera par la suite comme appartenant à une période probatoire et peu convaincante : La Corde raide (1947), Gulliver (1952) et Le Sacre du printemps (1954). Cette période s'achève avec la publication du Vent (1957).

En 1957, il passe aux Éditions de Minuit, qui rééditent alors son premier roman, Le Tricheur (1945). Les livres suivants le classent, pour beaucoup de critiques, dans la mouvance du Nouveau Roman (selon le terme de Roger-Michel Allemand). Il est présent sur la « photographie du Nouveau Roman »Anne Simonin, « La photo du Nouveau Roman. Tentative d'interprétation d'un instantané », Politix, 1990, ., qui réunit à la fin de 1959, plusieurs auteurs de ce courant.

Son roman La Route des Flandres, qui évoque la période de la défaite de 1940, obtient le prix de l'Express en 1960, année où il signe le Manifeste des 121 sur le droit à l'insoumission dans la guerre d'Algérie. En 1967, il obtient le prix Médicis pour l'un de ses romans les plus connus, Histoire.

Après l'avoir rencontrée en 1962 chez Jérôme Lindon, directeur des Éditions de Minuit, Claude Simon se marie en secondes noces avec Réa Karavas.

En 1981, Les Géorgiques, paru au bout de six années d'écriture, sans autre publication durant cette période, est un de ses romans majeurs.

Prix Nobel (1985) En 1985, le prix Nobel de littérature vient récompenser l'un des plus grands représentants français de la modernité littéraire dont l'œuvre, novatrice et exigeante, fut occultée, contestée voire rejetée par une partie de la presse et du public pour « hermétisme », « confusionnisme » et « artificialité »Termes employés dans l'article de Jean-Pierre Damour consacré à Claude Simon dans le Dictionnaire des écrivains de langue française, M-Z, Paris, Larousse, 2001, page 1790. Bien que l'auteur soit lu et apprécié à l'étranger, son nom est en effet méconnu de la plupart des médias français lors de l'attribution de la récompense.

Voici un extrait de son discours de remerciement lors de la cérémonie de remise des prix Nobel à Stockholm, le : Je suis maintenant un vieil homme, et, comme beaucoup d'habitants de notre vieille Europe, la première partie de ma vie a été assez mouvementée : j'ai été témoin d'une révolution, j'ai fait la guerre dans des conditions particulièrement meurtrières (j'appartenais à l'un de ces régiments que les états-majors sacrifient froidement à l'avance et dont, en huit jours, il n'est pratiquement rien resté), j'ai été fait prisonnier, j'ai connu la faim, le travail physique jusqu'à l'épuisement, je me suis évadé, j'ai été gravement malade, plusieurs fois au bord de la mort, violente ou naturelle, j'ai côtoyé les gens les plus divers, aussi bien des prêtres que des incendiaires d'églises, de paisibles bourgeois que des anarchistes, des philosophes que des illettrés, j'ai partagé mon pain avec des truands, enfin j'ai voyagé un peu partout dans le monde... et cependant, je n'ai jamais encore, à soixante-douze ans, découvert aucun sens à tout cela, si ce n'est comme l'a dit, je crois, Barthes après Shakespeare, que « si le monde signifie quelque chose, c'est qu'il ne signifie rien » — sauf qu'il est.

Vie personnelle Il réside entre sa maison de Salses-le-Château et son appartement au place Monge qu'il habite depuis 1965, dans le Quartier latin à Paris. Dostoievski et Marcel Proust sont ses auteurs de chevet.

Intéressé par la peinture, il fréquente Pierre Soulages et correspond avec Jean Dubuffet. Il apprécie l'œuvre de Nicolas Poussin, de Pierre Alechinsky et d'Antoni Tàpies. Bien avant sa mort, il demande à sa seconde épouse de détruire tous ses tableaux, qu'il juge quelconques.

Claude Simon était également photographe..

Mort et funérailles Claude Simon meurt le , à l'âge de 91 ans.

Il est inhumé à Paris, au cimetière de Montmartre..

En 2006, ses grands romans sont édités à la Bibliothèque de la Pléiade.

En 2013, à l'initiative de Dominique Viart et d'Alain Fleischer, la Bibliothèque publique d'information, associée au Centre Georges-Pompidou, lui consacre une exposition : "Claude Simon. l'inépuisable chaos du monde".

Sous le même titre, Alain Fleischer réalise en 2014 un documentaire intégrant un long entretien avec Réa Simon, veuve de l'écrivain.

Son œuvre

Nouveau Roman Assimilée au Nouveau Roman, son œuvre littéraire cherche à retranscrire les mécanismes de la pensée et donne le sentiment d'une profonde unité thématique et stylistique. Elle rejette l'illusion référentielle ainsi que l'héritage du réalisme et du naturalisme (lien de cause à effet, effet de réel, représentation fidèle et vraisemblable d'une réalité objective, identification aux personnages). Néanmoins, elle n'abandonne pas la dimension narrative du roman qu'elle renouvelle tout en délaissant un aspect purement fictionnel : l'inspiration autobiographique, primordiale, est le point de départ d'une reconstruction imaginaire du monde par le langage. Ses ouvrages comprennent certains épisodes vécus (la guerre d'Espagne, l'engagement sur le front de 1940) qui nourrissent plusieurs romans. Ces derniers présentent au lecteur des figures récurrentes comme la mère, perdue à 11 ans, la grand-mère et l'oncle, qui ont élevé l'écrivain, et les deux tantes, qui s'étaient sacrifiées pour permettre au père de faire ses études. À cela s'ajoutent les archives personnelles du romancier : les photographies familiales, les papiers d'un aïeul général et les cartes postales que le père, en poste dans les colonies, écrivit à la mère durant leurs fiançailles.

Esthétique du collage Les romans de l'auteur sont traversés par les thèmes de l'érotisme, de la guerre, de l'histoire perçue comme un éternel recommencement et du temps conçu comme un piétinement immobile. Ils évoquent également l'embourbement et l'enlisement, tant physique que psychique. La thématique de l'enlisement est rendue, dans le texte, par des procédés d'écriture particuliers tels que l'étirement de la phrase, la répétition, la digression, la disparition de la ponctuation ou encore l'emboîtement vertigineux de parenthèses. Un flot d'images, de citations, de jeux de mots et de métaphores vient perturber la logique narrative, sans toutefois s'éloigner d'une certaine cohérence. L'auteur cherche également à exalter la sensation, donnant une dimension éminemment tactile à ses évocations. Inspirée d'abord par Marcel Proust et William Faulkner auquel elle emprunte la forme « -ing », retranscrite en français par l'emploi répété des participes présents pour tenter de figer le temps, l'écriture de Claude Simon se caractérise par un travail formel d'importance. On y retrouve l'approche du peintre cubiste qui brouille la figuration, déforme les corps et tord la perspective. Sa composition littéraire, qui malmène la chronologie et unit ou sépare des scènes et des images disparates, est aussi comparée au collage en peinture. Son style, très découpé et visuel, est par ailleurs rapproché du cinéma ; Simon étant un grand cinéphile doublé d'un passionné des formes et de la virtuosité technique des filmsBérénice Bonhomme, Claude Simon : une écriture en cinéma, p.71, consulté le 17 mai 2014.. La perception organique de l'histoire vécue s'illustre par la présentation de détails apparemment insignifiants et par le mouvement chaotique de l'imagination qui guide le récit. À cela se mêlent des considérations esthétiques et des réflexions fournies sur le langage littéraire.

Présent de l'écriture