vignette|Vue du village sidérurgique des forges des Salles depuis le haut du jardin en Thabor. Les Forges des Salles, situées sur les communes de Sainte-Brigitte (Morbihan) et Perret (Côtes-d'Armor) en Centre-Bretagne, sont un ancien village sidérurgique, fondé en 1623 et dont les principaux bâtiments datent des derniers aménagements qui sont apportés au .
Propriété de la famille du Pontavice, ce site abrite une des forges à bois les plus anciennes de Bretagne, vestige rare d'une activité prospère et industrielle pendant près de trois siècles jusqu'à l'extinction du haut fourneau en 1877. Son excellente conservation témoigne du patrimoine industriel breton qui ne fut pas qu'agricole à cette époque.
Histoire Une activité très ancienne Il est probable que le minerai de fer ait été ici exploité dès l'époque gallo-romaine, même si on n'en a pas de preuves certaines. Au voisinage de château des Salles de Rohan, on trouve des amas de scories qui semblent être les résidus de bas fourneaux et de petites forges à bras., mis à feu par des paysans dans l'anarchie la plus complète. C'est pour mettre fin à cette exploitation anarchique, que Henri II de Rohan, crée les forges des Salles (du nom de sa forteresse, le château des Salles et de l'étang du même nom à quelques centaines de mètres du site). Cette création rentre peut-être aussi dans un projet économique et même politique plus vaste : Henri II de Rohan, en tant que chef des calvinistes en Bretagne, a pu avoir le désir d'entreprendre et de conforter, à travers une initiative industrielle et moderne, la minorité menacée des protestants.. thumb|400px|center|Coupe géologique de la région de Gouarec montrant notamment le minerai de fer (F. Kerforne, 1920).
Construction des hauts-fourneaux
Les premiers hauts-fourneaux à soufflerie hydraulique apparaissent en Bretagne en 1505. Auparavant, on fabriquait du fer dans des fourneaux à bras.
De 1621 à 1623 sont construites les forges des Salles, au cœur de la forêt de Quénécan, sur le domaine et à la demande de Henri II qui ouvre la métallurgie bretonne sur l'extérieur, en faisant appel à un protestant, Geoffroy de Finement, sieur d'Augicourt. Cet ancien maître de forges qui est recruté dans la principauté de Liège où est mise au point à la fin du une innovation, la fenderie (établissement hydraulique permettant de fendre les plaques de fer entre deux cylindres à taillants, procédé particulièrement adapté à la fabrication de fers à clous, la spécialité des forges bretonnes), signe un bail de avec le duc. Le choix du site est judicieux : on trouve du minerai de fer dans un rayon d'une vingtaine de kilomètres autour, les forêts avoisinantes peuvent fournir le charbon de bois et la rivière qui passe dans la vallée permet de faire tourner une roue à aubes, laquelle actionne les soufflets de la forge..
Après la mort de Geoffroy de Finement, des baux sont signés avec d'autres maîtres de forges et des nobles bretons qui développent l'activité, grâce notamment aux commandes militaires des arsenaux de Brest et de Lorient, mais surtout aux besoins en outillage du monde agricole..
Révolution française Le découpage départemental décidé lors de la Révolution française fait passer la limite entre le Morbihan et les Côtes-du-Nord par le « Pont Lann » qui se jette dans le Blavet qui traverse le site et est enjambé par la passerelle. En conséquence, le village des Salles possédait deux bureaux de poste et vaut .
Pendant la Révolution française, De Boishardy, avec , attaque en les forges des Salles. Ayant rasé tous les patriotes et pillé les maisons, les chouans emportent les armes : , deux canons et un baril de poudreJean Gallet, Les paysans en guerre, éditions Ouest-France, 1988, .
Louis Henri de JanzéLouis Henri de Janzé, comte de Janzé, né le à Rennes, décédé le à Ivry-sur-Seine., alors locataire des forges, les rachète en 1802. Il acquiert également des forges de Lanouée. Les forêts françaises sont à la limite de la surexploitation pour fabriquer la grande quantité de charbon de bois nécessaire à la sidérurgie et à l'industrie textile. L'année suivante sont prises les premières mesures de protection de la forêt de Quénécan. La famille de Janzé entreprend des plantations d'arbres et d'autres mesures de restauration de la forêt.
La « forge neuve » est construite en 1815 sur le dernier étang et en 1833 ouvre l'école. Riant et Langlois, industriels nantais, sont les bailleurs en 1841. La fabrication de fer aux forges des Salles prend fin car la forge et la fonderie s'arrêtent. Les bailleurs continuent à faire fabriquer de la fonte dans le haut-fourneau, et vendent des écorces aux tanneries de Pontivy.
En 1844, la petite halle à charbon est construite et est mise à feu le nouveau haut fourneau (l'actuel). La forge neuve est transformée en 1847 en moulin à tan. Ce moulin est affermé aux frères Simon de Martigné-Ferchaud.
Garnier, homme d'affaires nantais est le bailleur en 1853. La naissance de nouveaux procédés industriels change également les lieux de production. On passe d'une production domestique à une production plus intensive. Mais aux forges des Salles, on ne change ni le procédé ni la production. En 1842, les Salles produisent de fonte à partir de de minerai, de charbon de bois et de castine (fondant issu du calcaire de Cartravers).. Au cœur des années 1850, au moment de l'âge d'or des Salles, d'acier y sont produites tous les ans.. L'usine comprend alors trois hauts fourneaux, une affinerie (atelier de transformation de la fonte en fer), une fenderie et trois étangs artificiels, mais pas de logements pour les ouvriers. Un canal est creusé pour alimenter le lavoir à mines.
Les derniers aménagements apportés à l'ensemble, en 1858-1859, comportent notamment le complexe de fusion avec l'enveloppe du haut fourneau (construit sur l'emplacement du fourneau Riant), les infrastructures hydrauliques en partie souterraines, les installations de maréchalerie, les écuries, la halle à charbon avec la rampe d'accès au fourneau, etc. L'étang du village est comblé pour raisons sanitaires. Carré-Kérisouët, maîtres des Forges du Vaublanc, est bailleur en 1865 et en 1870 les sœurs du Saint-Esprit s'installent aux forges. Elles gèrent l'école et une petite pharmacie.
Comme la plupart des autres forges bretonnes, les Salles sont condamnées par les modes opératoires désuets (notamment le procédé de la fonte au bois, choix dicté par les ressources naturelles) qui y sont maintenus, les rendant moins compétitives que les forges à coke, notamment les anglaises favorisées par le traité de commerce franco-britannique de 1860 qui abaisse notablement le prix de la fonte. Le minerai local pauvre en fer (30 % en moyenne), l'absence de renouvellement commercial, la concurrence de la grande métallurgie britannique et lorraine favorisée par la construction des chemins de fer, sont les autres facteurs qui précipitent son déclin malgré une conjoncture provisoirement favorable dans la seconde moitié du .. Le haut-fourneau s'arrête définitivement le . La famille de Janzé cherche à reclasser les ouvriers en développant d'autres activités sur le site (construction d'un moulin à tan pour fabriquer de la poudre d’écorce utilisé pour le séchage des peaux, reconversion dans les exploitations forestières de Quénécan), ce qui n'enraye pas le déclin. D'où la "fossilisation" du site, étonnamment bien conservé. Le village sidérurgique des Salles prend une valeur de symbole de la désindustrialisation de la Bretagne au .
: le déclin
En 1940, les forces armées allemandes occupent la forêt de Quénécan. Leur camp de munition est saboté par elles-mêmes à leur repli vers la poche de Lorient et explose le .
Le café-épicerie ferme en 1954 et l'école mixte, tenue par les Filles du Saint-Esprit, en 1968. Les descendants des quelques ouvriers restés dans le village en tant qu'agriculteurs, habitent jusque dans les années 1980.. Depuis ces années, l'ensemble de l'ancien complexe sidérurgique des Salles (village et de la forêt de Quénécan) appartient à et Jacques du Pontavice, descendants du lignage de Janzé, par l'alliance de la famille du Luart.. Ils y poursuivent la tradition de la chasse à courre en faisant du manoir un relais de chasse..
Les façades et toitures de l'ensemble des bâtiments des Forges des Salles font l'objet d'une inscription au titre des monuments historiques depuis le .
La forge neuve, le jardin en terrasses et les maisons des contremaîtres des Forges des Salles font l'objet d'une inscription au titre des monuments historiques depuis le .
En 1990, Jacques du Pontavice charge son épouse Éliane et leur belle-fille Florence de créer l'« Association des Amis des forges des Salles ».. L'association fait ouvrir le lieu au public en 1992 et mène depuis les travaux de restauration des bâtiments selon les méthodes traditionnelles.
: restauration, tourisme et patrimoine vignette|Visite guidée des forges des Salles. vignette|Vidéo de présentation.
L'association des Amis des forges des Salles poursuit les travaux de restauration, fait rénover le musée et modernise l'exposition permanente en 2015. Les bénéfices des visites (entre et par an) et à des subventions départementales continuent à être destinés à la préservation du site, à la restauration des bâtiments, en particulier des toitures. Les Pontavice misent aussi sur l'hébergement insolite (gîtes retapés dans les maisons d'ouvriers et de contremaîtres, cabanes dans les arbres ou sur pilotis, orangerie).
Les Forges font partie du « pays des Rohan » qui a obtenu le le label Pays d'art et d'histoire récompensant les efforts de conservation et de valorisation du patrimoine du .
Architecture
Construit sur deux niveaux, le village de sur un domaine forestier , rassemble toutes les caractéristiques propres aux premières cités ouvrières formant une communauté de 150 à (ouvriers et leurs familles) en autarcie. Disposition des habitations, type d'ateliers, inclinaison des chemins, tout a été minutieusement réfléchi pour faciliter le travail… Sous les fenêtres du maître de forges.
Le village est réparti sur deux niveaux : l'un destiné au labeur, l'autre à l'habitat. Les espaces de vie et de travail sont répartis de part et d'autre des canaux d'irrigation, et sont raccordés par un plan incliné en pente douce, ceci afin de faciliter les communications et le transport de marchandises. Cette contiguïté des espaces de vie et de travail est typique de tous les sites sidérurgiques de l'Ancien Régime.
Les Salles .
La rangée - les logis des forgerons Les ouvriers permanents, appelés « internes », sont hébergés sur place avec leurs familles dans ces bâtiments spécialement conçus pour eux. Construite à la fin du , la Rangée des forgerons est particulièrement cohérente : c'est un alignement de douze logements identiques en schiste gris local et de pierres de taille de granit gris pour les encadrements, orientés au nord. Ils sont liés par un même toit en ardoises surmonté de lignolets. Ces logis communiquent deux par deux et comportent une pièce unique au rez-de-chaussée, au sol originellement en terre battue, puis dallé de schiste. Cette pièce de à peu-près, comporte une cheminée à gauche de l'entrée (avec son chaudron et sa galettoire), de nombreux lits (trois générations se regroupent sous son toit) et d'une trappe pour accéder au grenier à foin. Elle est accostée au sud d'une ou deux remises qui faisaient usage de crèche pour les animaux ou de cellier, d'un petit jardin et d'une chanvrière. Chaque famille de forgeron possède généralement une poule et souvent une vache, avec le droit de la faire paître sur les terres du domaine. Près du petit muret du ruisseau de la forge, deux cabinets d'aisance étaient mis à disposition de la population. En 1841, habitent la Rangée et les deux maisons voisines..