Le fort de Douaumont, appelé brièvement fort Gérard, est un ouvrage fortifié situé dans la commune de Douaumont-Vaux (département de la Meuse), dans la commune déléguée de Douaumont. Il s'agit d'un des forts de la place forte de Verdun, faisant partie du système Séré de Rivières.
Construit entre 1884 et 1886 et modernisé entre 1901 et 1913, le fort fut un des lieux emblématiques de la bataille de Verdun en 1916 : pris par les troupes allemandes en février, il est repris par les Français en octobre de la même année. Depuis la fin de la Première Guerre mondiale, ses ruines attirent les touristes ; il est depuis 1970 classé monument historique.
Depuis le , le fort de Douaumont fait partie des sites funéraires et mémoriels de la Première Guerre mondiale inscrits au patrimoine mondial de l'Unesco..
Un fort en maçonnerie vignette|Dispositif de défense au nord-nord-est de Verdun montrant la position du fort de Vaux et du fort de Douaumont. Après la guerre franco-allemande de 1870 qui a vu la perte par la France de l'Alsace-Lorraine, un plan de défense de la nouvelle frontière est établi par le général Raymond Adolphe Séré de Rivières, comprenant notamment de vastes extensions de quatre places fortes dans l'Est de la France : les camps retranchés de Verdun, de Toul, d'Épinal et de Belfort. Pour constituer la place de Verdun, une double ceinture composée de , sept ouvrages (de petits forts), d'artillerie, d'infanterie et ouvrages d'infanterie (en terre et rondins, formant une ), sont érigés délimitant un périmètre de et couronnant les côtes de Meuse. Parmi eux, le fort de Douaumont est le fort le plus au nord du camp retranché sur la rive droite de la Meuse, en pointe, mais épaulé par ses voisins, l'ouvrage de Thiaumont au sud-ouest et le fort de Vaux au sud-est.
Le fort est situé sur le sommet, à d'altitude, au sud-est du village de Douaumont (aujourd'hui rasé). Cette position permet à l'artillerie de tirer tous azimuts, le long de la crête menant à Froideterre à l'ouest jusqu'à Vaux à l'est, en passant par la côte du Poivre, les Chambrettes (dans l'axe de l'actuel champ de tir de Wavrille) et le bois d'Hardaumont. Si le premier projet d'un fort date de 1873, un second projet est établi en 1884.. Le fort de Douaumont est construit tardivement, de 1884 à 1886. Il s'agissait au début d'un fort du type Séré de Rivières, le plus vaste de la place forte avec ses clos. Les larges fossés secs ( de large pour six de profondeur) dessinent un hexagone irrégulier avec deux côtés en pointe vers le nord, deux flancs presque parallèles et une gorge (le côté vulnérable, tourné vers le milieu de la place forte) composée de deux côtés légèrement rentrants. La défense des fossés était confiée à trois caponnières, deux simples aux saillants nord-ouest et nord-est (couvrant chacun un fossé de flanc) et un coffre double au saillant nord (couvrant les deux fossés de pointe). L'entrée du fort se trouvait au milieu de la gorge, dans le fossé, défendue par un fossé diamant, un pont-levis métallique et un redent avec corps de garde.
Au centre du fort se trouve le casernement composé de casemates voûtées ouvrant vers le sud à l'air libre, donnant côté nord dans une galerie enterrée. Les pièces étaient aménagées en cuisines, chambrées, boulangerie, infirmerie, forge et stocks de munitions, assez pour accueillir une garnison de . S'y rajoutent des magasins à poudre noire et des citernes d'eau en sous-sol. Autour de ce massif central sont disposées en arc de cercle les plateformes de tir de l'artillerie, séparées entre-elles par sept traverses-abris (pour protéger le personnel et les munitions en cas de bombardement). L'armement d'origine était de six canons de , six autres de et quatre de , auxquels se rajoutent les six canons révolver de défense des fossés (installés dans les caponnières). Le projet de 1884 comprenait l'installation de deux tourelles Mougin modèle 1876 armées chacune de deux canons de , mais elles ne furent finalement pas rajoutées. Tous les bâtiments et murs sont construits en maçonnerie de moellons (la pierre calcaire est tirée des carrières d'Haudromont), le tout recouvert d'une épaisse couche de terre.
Par le décret du , le ministre de la Guerre Georges Boulanger renomme tous les forts, batteries et casernes avec les noms d'anciens chefs militairesNote le du ministre de la Guerre Boulanger aux généraux commandant les régions militaires ; décret présidentiel du pour les nouvelles dénominations des forts, batteries et casernes sur proposition du ministre de la guerre, M. le général Boulanger.. Pour le fort de Douaumont, son « nom Boulanger » est en référence au général puis maréchal Étienne Maurice Gérard, natif de la Meuse (1773-1852) : le nouveau nom devait être gravé au fronton de l'entrée. Dès le , le successeur de Boulanger au ministère, Théophile Ferron, abroge le décretLettre bis le de M. le ministre de la Guerre, M. le général Ferron, abrogeant le décret présidentiel du 21 janvier.. Le fort reprend officiellement son nom précédent.
Un fort modernisé vignette|upright=1.2|Plan du fort de Douaumont après sa modernisation : la casemate de Bourges est à gauche, la tourelle de 75 en haut au milieu et la tourelle de 155 à droite du casernement. Dès sa construction, le fort en maçonnerie est presque immédiatement périmé : les progrès en chimie appliquée permettent de développer de nouvelles charges propulsives et de nouveaux explosifs. Les nouveaux obus sont désormais capables de perforer les terrassements et de détruire les structures maçonnées. Face à cette « crise de l'obus-torpille », la première solution appliquée est de retirer les canons des grands forts et de les disperser, dans de plus petites batteries, si possible défilées. La seconde solution est de renforcer la protection des fortifications existantes : le fort de Douaumont est un des premiers à bénéficier d'une couche de béton épaisse de , placée en 1887-1888 au-dessus des maçonneries de la caserne, du couloir d'entrée et des traverses-abris, avec interposition d'une couche de sable d'un mètre, le tout encore recouvert de terre.
En 1889, les fossés sont modifiés : si pour l'escarpe de gorge et la contrescarpe des autres côtés sont conservés les murs en maçonnerie de six mètres et demi de haut (six pour l'escarpe), l'autre côté du fossé est réduit à un talus incliné (donnant moins de prise aux bombardements) avec une grille. Les caponnières sont remplacées par des coffres de contrescarpe reliés au fort par des gaines souterraines bétonnées passant sous les fossés. Pour la gorge sont aménagées deux casemates de flanquement de part et d'autre de l'entrée.
vignette|Un observatoire cuirassé du fort avec en arrière-plan une tourelle de mitrailleuses en batterie. Les deux cuirassements ont été remis en état pendant l'entre-deux-guerres. Une deuxième phase de modernisation a lieu de 1901 à 1903, avec la construction en béton armé d'une casemate de Bourges armée de deux canons de tirant en flanquement vers l'ouvrage de Thiaumont (où une autre casemate assure le flanquement vers Douaumont, couvrant ainsi l'intervalle par un tir croisé) et de deux tourelles de mitrailleuses pour la défense rapprochée des glacis et des dessus du fort. Cet armement est complété en 1906-1909 par l'installation d'une grosse tourelle Galopin (armée d'un canon de pour le tir lointain), puis en 1911-1913 d'une autre tourelle d'artillerie, un peu plus petite (armée de deux canons de ) pour la défense rapprochée. Pour permettre l'observation, cinq observatoires cuirassés sont implantés sur les dessus du fort.. Enfin, en 1906, le fort est entouré sur son glacis par un réseau de barbelés de de large. L'artillerie est désormais uniquement sous béton (casemate de Bourges) ou sous cuirassements (tourelles)..
Cet armement fait de Douaumont un des ouvrages les plus puissants du camp retranché de Verdun, au même titre (l'armement y est identique) que le fort de Moulainville et le fort du Rozelier ; mais il est inférieur au fort de Vacherauville, ce dernier étant plus moderne (construit de 1910 à 1914, entièrement en béton armé) et mieux armé (deux tourelles de 155, une de 75 et deux casemates de Bourges). Mais de nouveaux renforcements étaient prévus : depuis 1913 deux annexes sont en chantier sur le glacis du fort, d'une part à l'est (à l'emplacement de l'ancienne batterie 3-4) une seconde tourelle pour deux canons de , d'autre part au sud une batterie cuirassée pour deux tourelles armées chacune d'un canon de court (à tir courbe). Les travaux sont interrompus en : seule la maçonnerie de la première est terminée, la seconde n'est qu'une fouille, désignée en 1916 comme la « carrière 2808 ».
La tourelle Galopin
Le fort renferme une des tourelles du modèle Galopin. Ces tourelles furent construites de 1907 à 1909. C'est un canon de 155 R, ce qui veut dire de raccourci, qui se trouvait en haut sous la coupole, et était orientable à 360°.
Il s'agit d'une tourelle à éclipse qui monte pour tirer et peut être redescendue en cas de tir de contre-batterie. La manœuvre pour monter la tourelle était effectuée par quatre artilleurs à l'aide d'un système de cabestans et des démultiplications. En tournant, ils faisaient armer un contrepoids de lancement. Au moment de mettre la tourelle en batterie (position haute permettant le tir), le contrepoids déverrouillait à son tour les deux gros balanciers et leurs contrepoids. Ceux-ci, descendaient et faisaient monter la tourelle (le principe d'un tire-bouchon à bras). La coupole montait et dépassait le point de tir de quelques millimètres, faisait sortir un coin et redescendait se caler sur celui-ci : elle est prête au tir.
vignette|Vue extérieure de la tourelle de 155, à moitié éclipsée. Pour la descendre, il suffit d'effacer le coin et la tourelle redescendait plus bas qu'en position d'éclipse, faisant ressortir un autre coin, remontait de quelques millimètres et se calait dessus. Le système est simple, c'est l'équilibre des deux contrepoids avec le poids de la tourelle. Ainsi on a de contrepoids et de tourelle. Les obus utilisés étaient montés depuis l'arrière un par un à l'aide d'une noria (monte-charge fonctionnant sur le principe d'une roue à aubes) puis arrivés à l'étage intermédiaire, passaient dans une seconde noria jusqu'à la chambre de tir. Un obus de 155 (modèle « lourd » exclusivement utilisé dans les tourelles) pesait et le canon lui donnait une portée de . Le tir de ces tourelles était relativement rapide. Il n'y avait aucun inconvénient au moment du tir, les effluves de la combustion de la poudre dus aux tirs étaient chassés à l'extérieur (encore plus quand la culasse était ouverte) et un système de ventilation assurait une bonne ventilation du reste du local.
Le bruit à l'intérieur de la tourelle était tout à fait acceptable, la volée du tube étant à l'extérieur et enchâssée dans une rotule, 80 % du bruit était chassé à l'extérieur. Les tourelles de 155 de ce type étaient même moins bruyantes, pour les servants, que certaines pièces d'artillerie de même calibre à canon court.
Première Guerre mondiale Le fort est connu pour son rôle pendant la Première Guerre mondiale, essentiellement pendant la bataille de Verdun de février à .
Début du conflit La mobilisation modifie la composition de la garnison du fort :le , différentes compagnies du d'infanterie, de la du d'artillerie à pied et d'un détachement du génie, déployées à Thiaumont et à Froideterre, ainsi que dans le village de Bras), occupent le fortJournal des marches et opérations du d'infanterie, SHD, . . Dès le , les ouvrages de Froideterre et de Thiaumont, ainsi que les villages sont tenus par le d'infanterie territoriale, seul le fort de Douaumont gardant une pleine compagnie d'active du jusqu'au (remplacée à ce moment-là par la du ) : le village de Douaumont et ses abords sont mis en état de défense (tranchées, barricade, puis barbelés)Journal des marches et opérations du d'infanterie territoriale, SHD, ..