Pokemouche (API : ) est un ancien district de services locaux canadien du comté de Gloucester, au nord-est du Nouveau-Brunswick, dans la péninsule acadienne. Dans le cadre de la réforme de la gouvernance locale du , le DSL a été annexé à la ville de Caraquet..

Malgré sa population de seulement 518 habitants, le village occupe une position importante dans le transport, l'économie et la culture de la région et fait l'objet de plusieurs projets majeurs.

Le site de Pokemouche est visité depuis au moins quatre millénaires par les Paléoaméricains et depuis ans par les Micmacs, maintenant établis à Burnt Church.

Le village actuel date de 1812. Il a d'abord été centré sur l'industrie forestière, mais la transformation de la tourbe est maintenant la base de l'économie.

Toponyme

Le nom « Pokemouche » dérive de « Pokomújpetúák », un mot de la langue micmaque prononcé , écrit ainsi dans l'orthographe Francis-Smith (Pogomu’jpetu’a’g dans l'orthographe de Listuguj, Pokomu:jpetu:a:k dans l'orthographe du Lexique, Pogomotjpetoag dans l'orthographe Pacifique et Pokŭmooch'-petooāāk dans l'orthographe Rand .). Ce mot signifierait entrée d'eau salée Alan Rayburn, Geographical Names of New Brunswick, Énergie, Mines et Ressources Canada, Ottawa, 1975, p.220., beaucoup de poissons École La rivière - Historique ou encore terre d'abondance selon les sources. Le nom fut mentionné pour la première fois en 1685 sur une carte géographique du missionnaire récollet Emanuel Jumeau, alors basé à Miramichi, avec l'orthographe Pakmouch William F. Ganong, The history of Caraquet and Pokemouche, Saint-Jean (Nouveau-Brunswick): Musée du Nouveau-Brunswick, 1948, p. 50.. Il y eut ensuite successivement Poquemouche (Bellin, 1744 et Mitchell, 1755), Pokemushi (Jefferys, 1755, Smethurst, 1755), Bamush (DesBarres, 1778), Pockmouche (Coney, 1832 et Saunders, 1852) et Pokamouche (Gesner, 1847). L'orthographe actuelle apparut en 1852 (Perley). Le nom usuel du village était autrefois l'en-haut de Pokemouche tandis que le village d'Inkerman s'appelait l'en-bas de Pokemouche, en référence à la position de ces villages sur la rivière Pokemouche.

Le nom Pokemouche peut s'appliquer à toute la basse vallée de la rivière. Par exemple, il y a l'aéroport de Pokemouche à Village-Blanchard et le club de golf de Pokemouche à Landry.

Géographie

Géographie physique Situation thumb|left|Carte topographique de Pokemouche.

Pokemouche est situé à 55 kilomètres à vol d'oiseau à l'est de Bathurst, dans la péninsule acadienne. Le DSL a une superficie de .

Pokemouche est situé à 15 kilomètres de route au sud de Caraquet, à 35 kilomètres au sud-ouest de Shippagan et à 18 kilomètres au nord de Tracadie-Sheila. Sa position par rapport aux trois principales villes de la Péninsule vaut à Pokemouche d'être considéré comme le centre géographique de la région.

Le village est situé au bord de la rivière Pokemouche, à 7 kilomètres à l'ouest du golfe du Saint-Laurent.

Pokemouche possède un territoire allongé ayant grossièrement la forme d'un rectangle orienté nord-sud, limitrophe de Six Roads au sud, de Landry à l'ouest, d'Évangéline au nord-est et d'Inkerman à l'est. Au nord, Village-Blanchard touche Pokemouche sur un point à l'intersection de la rue Basile et de la route 11.

Le village est généralement considéré comme faisant partie de l'Acadie..

Hydrographie

La rivière Pokemouche traverse le village en formant un « S », y entrant à l'ouest et y sortant au nord-est. Les rives de la rivière sont abruptes à Haut-Pokemouche alors que le reste du territoire est plutôt plat. La rivière mesure entre 200 et 1000 mètres de large au niveau du village. L'effet de la marée se ressent jusqu'à Maltempèque, à l'ouest. L'île Walshs se trouve dans la rivière Pokemouche alors que l'île Polly et l'île Buckley se trouvent dans le Bras sud de la rivière. Les deux dernières sont en fait reliées au continent par des marais et toutes ces îles sont inhabitées.

Au centre du village, la branche sud de la rivière Pokemouche conflue en rive droite de la branche principale. Au nord-est, la rivière Waugh conflue avec la rivière Pokemouche pour former le lac Inkerman. Les autres cours d'eau sont, d'amont en aval, le ruisseau Cowans, le ruisseau Dukes, le ruisseau McConnell, le ruisseau Walshs, le ruisseau Whalens et le ruisseau Whittys.

Géologie Le sous-sol de Pokemouche est composé principalement de roches sédimentaires, surtout du grès gris, datant du Pennsylvanien (entre 300 et 311 millions d'années) Carte géologique du Nouveau-Brunswick. Le sol de Pokemouche est meilleur qu'à beaucoup d'autres endroits de la côte est de la province et supporte donc mieux l'agricultureWilliam F. Ganong, op. cit., p. 46..

Climat

Flore et faune

Pokemouche est situé dans l'écorégion des basses terres de l'est, plus précisément dans l'écodistrict de Caraquet. La longue histoire de colonisation et de perturbation de la forêt a entraîné la prédominance de l'érable rouge, le peuplier faux-tremble et le bouleau gris. Le creux des vallées et les secteurs de sols grossiers sont recouverts d'épinettes noires et de pins gris, témoins d'une fréquence élevée d'incendies. Il y a également de la pruche, du thuya occidental et du mélèze laricin poussant par endroits .

Une quinzaine de carrières ont été exploitées, principalement à Haut-Pokemouche. La pêche est pratiquée sur la rivière mais n'a jamais donné lieu à une activité commercialeWilliam F. Ganong, op. cit., p.46.. Le Comité de gestion environnementale de la rivière Pokemouche effectue depuis des années des travaux de protection des berges ainsi que de la sensibilisation. De plus, l'organisme projette d'introduire des truites et autres espèces de poissons dans la rivière Mélanie Sivret, « Projet d’ensemencement pour la rivière Pokemouche », dans L'Acadie Nouvelle, 19 mai 2008 ..

Géographie humaine Transport

thumb|L'intersection principale de Pokemouche. À mi-chemin entre les principales municipalités de la Péninsule, le village est situé au croisement des routes 11, 113 et 350. La route 345 passe à l'extrémité nord du village.

Flexi Mobilité rurale dispose d'une flotte d'autobus, offrant depuis 2015 un service gratuit du lundi au vendredi. Dès le , il comptera trois trajets, reliant Caraquet, Shippagan et Tracadie via Pokemouche, à l'arrêt Uni Coopération financière.. Des services de taxi desservent aussi la ville. Flexi Déplacement Péninsule offre un service sur demande à tarvers la province.. Il y a de plus un service de taxi longue distance, le Taxi Cormier, qui relie la région à Montréal.

La rivière Pokemouche est navigable par de petits bateaux jusqu'à Maltempèque mais il n'y a pas de quais publics.

Quartiers

thumb|La galerie d'art Donald Mcgraw et le pont de la route 130. Le hameau au nord se nomme Haut-Pokemouche. C'est un secteur mixte, comprenant des industries et des commerces. Il s'étend principalement sur la route 11 mais avec des développements récents sur la route 350 vers Paquetville, sur la route 130 vers Inkerman et d'autres petites rues. Le hameau au sud de la rivière se nomme Pokemouche. Il est situé le long de la route 11, à la pointe Rivers, et comprend une douzaine de bâtiments dont l'église et l'école en plus du cimetière. South River s'étend le long de la route, au sud du village. Il est essentiellement rural et constitué de quatre secteurs distincts, entre le chemin Herberts et la limite sud du village. Il y a aussi deux hameaux à l'ouest de Pokemouche, soit à la pointe Hébert et à la pointe Comeau.

Histoire

vignette|Cartes historiques de Pokemouche. vignette|upright|John Sewell (1800-1904), l'un des pionniers de Pokemouche en 1825. vignette|Pokemouche vers 1890. vignette|L'ancien presbytère.

Préhistoire (-10 000 à 1689) L'est du Canada est habité depuis plus de ans par les Paléoaméricains. On ne connait pas vraiment leur présence à Pokemouche mais des traces de campements ont été découvertes le long de la rivière Maurice Basque, Entre Baie et Péninsule, Néguac, 1991..

Les Micmacs sont arrivés dans la région il y a environ ans, en provenance de l'ouest du Canada. Leur principal village était situé au site actuel de l'église d'Inkerman mais ils possédaient aussi des campements à l'Évangéline, à la pointe Rivers dans le centre de Pokemouche, à l'île Walshs, sur la rive gauche de la rivière en face de cette île ainsi que probablement d'autresWilliam F. Ganong, op. cit., p. 47.. Pokemouche était en fait un lieu de passage important, un portage reliant le village à la baie Saint-Simon au nord et à la baie de Tracadie au sud.

Régime français (1689 à 1763) Il n'y a aucune preuve de l'établissement d'européens à Pokemouche durant l'ère des grandes explorations mais leur présence est vraisemblableWilliam F. Ganong, ibidem, p. 50.. En 1689, le Français Michel Degrez reçut une seigneurie occupant une lieue du littoral et s'allongeant sur une lieue dans la vallée de la rivière« Philippe Hesnault », dans Revue d'histoire de la Société historique Nicholas Denys, Vol. XXXIV, no. 3, sept.-déc. 2006, p. 95-105.. Il vivait possiblement avec les Micmacs et après quelques années sur les lieux, le seigneur Degrez s'en alla à Boston. Il devait 200 livres à Philippe Énault, seigneur de Nipisiguit. Sans doute pour ces raisons, le Conseil souverain donna, le , le fief de Degrez à Énault, lui ajoutant trois lieues de profondeur dans la vallée. Énault ne s'établit pas sur les lieux et d'autres marchands en profitent pour chasser sur ses terres. Il porte plainte au Conseil et obtient gain de cause le contre le directeur général de la Compagnie de Mont-Louis, Jean de Clarmont. On ne sait pas avec précision ce qui est arrivé au fief de Pokemouche après la mort d'Énault.

En 1755, le fort Beauséjour capitula devant les Britanniques. Ceux-ci commencèrent alors la déportation des Acadiens. Il est probable que des Acadiens se soient réfugiés à PokemoucheWilliam F. Ganong, op. cit., p. 52. mais l'on sait que quelques centaines d'entre eux s'établirent un peu plus au nord, au bord de la baie des Chaleurs, dans des établissements comme Petite-Rochelle, Nipisiguit et Caraquet, ainsi qu'au sud, à Néguac. Le refuge le plus important est toutefois le Camp d'Espérance, à Miramichi.. L'hiver de 1756-1757 est désastreux et plusieurs voyages de pêches doivent être organisés à Pokemouche pour nourrir la population affamée ; les réfugiés sont tellement mal en point que 83 d'entre eux meurent lors du premier voyage vers Pokemouche. Vers 1760, Pokemouche signa un traité avec les Britanniques, que ces derniers n'ont apparemment pas respecté William F. Ganong, Historical-geographical documents relating to New Brunswick, Saint-Jean: New Brunswick Historical Society, Volume 2, 1905.. En 1761, le chef de Pokemouche, Étienne Echbock, guida le raid de Roderick MacKenzie contre les communautés acadiennes de la baie des Chaleurs. Le marchand britannique Gamaliel Smethurst, abandonné par son capitaine lors du raid à Nipisiguit, passa par Pokemouche pour rejoindre le fort Beauséjour. Echbock le retint prisonnier, l'accusant d'avoir organisé le raid, mais le libéra le lendemain. Le village comptait alors cinq ou six maisons, pouvant accueillir jusqu'à 20 personnes chacune selon Smethurst.

Du régime britannique à la Confédération (1763 à 1867) Durant la guerre d'indépendance américaine, plusieurs Micmacs s'attaquèrent à des navires britanniques. En juillet 1779, à la suite d'une bataille dans la rivière Miramichi, le Viper en captura une douzaine qui furent emprisonnés à Québec. Le chef John Julien de Miramichi signa un traité de paix le avec Michael Francklin au nom des Micmacs de Miramichi, de Pokemouche et de la Ristigouche L.F.S. Upton, « JULIEN (Julian), JOHN », dans le Dictionnaire biographique du Canada en ligne, 2000 ..