thumb|right|Les Vosges et les provinces et territoires qui occupaient son territoire en 1756 :

L'histoire du département des Vosges, en tant qu'entité administrative, commence le par un décret de l'Assemblée constituante, qui entre en vigueur quelques mois plus tard, le . Il était partagé sous l'Ancien Régime entre le duché de Lorraine, le duché de Bar (bailliage de Bourmont et bailliage de Lamarche), les Trois-Évêchés (quelques communes du nord-ouest du département, Vicherey, Pleuvezain...), la principauté de Salm, la Champagne et la Franche-Comté (quelques communes du sud-ouest)Jean-Paul Rothiot, « La Révolution et l'Empire, le tournant décisif pour Epinal », Annales de l'Est - Société d'émulation des Vosges, 2000, .. Ces territoires y sont inclus parce qu'ils étaient peuplés de Lorrains. Mais l'histoire du territoire du département des Vosges est bien plus ancienne.

Protohistoire Âge du Bronze L'âge du Bronze dans les Vosges a été peu étudié. Toutefois un premier inventaire des sites lorrains des âges des métaux a été réalisé en 1965 par J.-P. Millotte. À sa suite une synthèse de 1972 sur l'âge du Bronze vosgien a été rédigéeA. Deyber, L'âge du Bronze dans le département des Vosges, mémoire de maîtrise, sous la dir. de Y. Burnand, L. Deroche, J. Tixier, Université de Nancy, 1972. et en 1999, le Bronze moyen lorrain a fait l'objet d'une maîtrise révélant le peu de fouilles et de résultats récents concernant cette périodeA. Muller, L'âge du Bronze moyen en Lorraine, mémoire de maîtrise, sous la dir. de A.-M. Adam, Université Marc Bloch de Strasbourg, 1999..

Il existe, selon ce faible nombre de données disponibles, une trentaine de gisements. La moitié d'entre eux présente un contexte connu et pour un quart le matériel associé n'a pas été retrouvéMatthieu Michler, Carte archéologique de la Gaule. Les Vosges, Paris, 2004, 46.. Ces gisements sont principalement datés du Bronze final et sont souvent composés de découvertes isolées ou de découvertes funéraires ; on trouve plus rarement des dépôts et des traces d'habitat (comme dans la plupart des régions françaises). Un quart date du Bronze moyen alors que seuls deux sites du Bronze ancien ont été identifiés. Pour ce dernier, aucun groupe régional ne peut être défini, en dépit d'un bilan pour la région lorraine effectué dans une synthèse de 1992V. Blouet, M.-P. Koenig, J. Vanmoerkerke, « L'Âge du Bronze Ancien en Lorraine », in C. Mordant, O. Gaiffe (dir.), Cultures et Sociétés du Bronze Ancien en Europe. Actes du colloque « Fondements culturels, techniques, économiques et sociaux des débuts de l'Âge du Bronze », Congrès National des Sociétés Savantes, 27-29 octobre 1992, Clermont-Ferrand, Paris, 1996, 403-457.. Il n'est donc pas réellement possible de dater clairement les découvertes du Bronze ancien ou du Campaniforme dans les Vosges.

Le mobilier en os est connu par l'ensemble funéraire de Certilleux qui correspond aux inhumations de trois individus accompagnés de 11 boutons de forme sphérique ou conique à perforation en VJ.-L. Massy, « Informations archéologiques. Circonscription Lorraine : Certilleux », in Gallia Préhistoire, 1985, 28, 2, 1985, 325.. Ce type d'objets se retrouve dans des tombes du Campaniforme et de la première phase du Bronze ancien : Bronze A1 (comme dans la tombe de Bourroches à Dijon, et dans des tombes du Sud-Ouest de l'Allemagne, Singen par exemple). Une hache de bronze de type inconnu a été découverte à Gérardmer (Kichompré), datant probablement de cette période. En revanche, aucun site d'habitat n'a encore été mis au jour dans le département. Cette situation résulte peut-être des aléas de la recherche ou de l'érosion qui aurait oblitéré les structures les moins profondes. Une dispersion des installations peut également expliquer cet état de faitMatthieu Michler, Carte archéologique de la Gaule. Les Vosges, Paris, 2004, 47..

Pour le Bronze moyen, il y a un peu plus de sites et on trouve les premières traces d'habitats, avec notamment les fouilles de la RN 57 en 1994 à Florémont (Bois de Barangéa)P. Buzzi et alii, « La déviation de la RN 57 en Lorraine : Bilan des recherches archéologiques », in Revue archéologique de l'Est et du Centre-Est, 45, fasc. 1, 1994, 16-90.. On y a découvert trois bâtiments (le plus long à plan en abside), trois greniers, deux silos et des fosses rectangulaires ; des éléments du Bronze final se trouvant à proximitéMatthieu Michler, Carte archéologique de la Gaule. Les Vosges, Paris, 2004, 48.. Le terrain sur lequel se trouvaient ces constructions anciennes était propice à l'agriculture par la présence d'argiles grumeleuses légères et saines. D'autres traces d'habitations se situent à Nomexy et à Rebeuville (Grotte de l'Enfer), où des fouilles (1950 et 1970) ont mis au jour du matériel du Bronze moyen au Bronze final (céramique, inhumation, incinération...). Le seul objet en bronze provenant d'un tumulus de cette période a été découvert à Chaumousey (Bois de Truzey) et il s'agit d'une épingle à renflements cannelés et tête « en goutte »Une épingle du même type a été découverte dans le tumulus 10 de la nécropole de Koenigsbruck (Forêt de Haguenau) ; son lieu d'origine serait l'ouest de la Suisse et au Jura Souabe. Même si la plupart des objets de cette période sont comparables à ceux de la « culture de Tumulus », aucun véritable groupe « vosgien » ne semble pouvoir être mis en évidence.

Le début du Bronze final se caractérise dans deux découvertes, à savoir une épingle à tête en trompette (They-sous-Montfort) et une hache à talon et aileron médians (Le Tholy), éléments de transition. Tandis que l'épée de type Monza découverte près de la Moselle, à Dommartin-les-Remiremont est déjà plus récente. Sans avoir découvert de sépulture de cette phase initiale, les dépôts apparaissent (Ramecourt et Nonzeville). On y trouve des poignées de couteau à Épinal et Nonzeville, une spirale en bronze et bracelet (Nonzeville et Senonges), ce qui est comparable au mobilier funéraire des départements voisins (par exemple le Haut-Rhin et sa tombe à incinération de Bennwihr). Dans le dépôt de Ramecourt, on a découvert une hache à rebord de type Estavayer, spécifique de la production métallique du Rhône et une épingle à collerette plus répandue à l'est (Suisse, Allemagne).

Peu de traces du milieu du Bronze Final (céramiques de Bouzemont et Beaufremont) alors qu'au Bronze final III se multiplient les découvertes comme des armes et des outils (pointes de lance à Thaon-les-Vosges et Senones, hache à ailerons terminaux de Charmes, à douille de Jésonville). Les incinérations du BFIIIb sont toujours sous tumulus et présentent des ressemblances avec celles qui ont été fouillées à Gémonville (Meurthe-et-Moselle). Enfin, l'habitat est seulement représenté par une maison sur douze poteaux découverte en fouille préventive à Houécourt.

Âge du Fer

Le premier âge du Fer (période de Hallstatt : 745-475 av. J.-C.) La surabondance des sites funéraires par rapport à ceux d'habitation biaise le regard des archéologues qui étaient plus fortement intéressés par les nécropoles. En effet, pas moins d'une vingtaine de nécropoles tumulaires occupent principalement la partie ouest du département des Vosges à la période hallstattienne (entre Meuse, Moselle, Saône, vallée du Madon). Contenant parfois des tertres encore ou déjà occupés à l'extrême fin du Bronze final par des incinérations découvertes anciennement et difficiles à étudierMatthieu Michler, Carte archéologique de la Gaule. Les Vosges, Paris, 2004, 49.. Plusieurs de ces nécropoles présentent une continuité avec la phase ancienne du Hallstatt au cours de laquelle la pratique de l'inhumation sous tumulus refait son apparition comme dans d'autres régions françaises (Bourgogne ou Jura par exemple). Toutefois la réoccupation d'anciens tertres de l'âge de Bronze n'est pas systématique et on peut trouver de nouvelles nécropoles dans la même zone géographique. Il est pourtant intéressant de constater que certaines sont utilisées de la fin du Bronze Final jusqu'à des phases très récentes et même durant La Tène ancienne.

Les tumulus les plus nombreux sont datés du Hallstatt ancien et moyen dans des nécropoles d'une vingtaine de tertres en généralB. Triboulot, Organisation spatiale, chronologie et hiérarchie des nécropoles de tumulus dans le Nord-Est de la France et en Sarre au Premier âge du Fer, Diplôme de l'École Pratique des Hautes Études, Section des Sciences historiques et philologiques, sous la dir. de M. Reddé, E.P.H.E., 2002. La majorité des nécropoles se trouvent dans la Plaine, alors que pour le Premier âge du Fer, on ne trouve aucune sépulture dans le massif vosgienAbsence due vraisemblablement à l'absence de recherches en ce sens dans ce secteur particulier du département, mais aussi à un nombre restreint d'habitats.

Au contraire, on trouve dans le massif vosgien la plupart des sites d'habitat. En plaine, seul le site de Marainville-sur-Madon associe à la fois des tombes et des habitations. Une synthèse récente sur l'habitat à l'âge du Fer en Lorraine intègre les sites fouillés jusqu'en 1996J.-C. Brénon et alii, « Nouvelles données sur l'habitat de l'âge du Fer en Lorraine », in S. Plouin, P. Jud (dir.), Habitats, mobiliers et groupes régionaux à l'âge du Fer. Actes du colloque de l'A.F.E.A.F., Colmar-Mittelwihr, 16-19 mai 1996 ( de la Revue archéologique de l'Est et du Centre-Est), Dijon, 2003, 241-273..

Le second âge du Fer (période de la Tène de 450 environ à la romanisation)

Les sépultures du second âge du Fer connaissent un phénomène de continuité avec les périodes précédentes<ref>M. Leroy, Caractères du Hallstatt final et de la Tène ancienne en Lorraine, in F. Boura, J. Metzler, A. Miron (dir.), Interactions culturelles et économiques aux Âges du Fer en Lorraine, Sarre et Luxembourg. Actes du colloque de l'A.F.E.A.F., Sarreguemines, 1987, (Archaeologia Mosellana, 2), 1993, 255-268.</ref> Il semblerait que seulement 25 % des sites lorrains de cette phase soit réellement nouveaux à La Tène ancienne. Au vu du nombre de nécropoles, il semble que la vallée du Madon soit densément peupléeMatthieu Michler, Carte archéologique de la Gaule. Les Vosges, Paris, 2004, 54..

Pour l'habitat, c'est réellement La Tène moyenne et finale qui voit le nombre de sites augmenter par rapport à La Tène ancienne. Alors que les sites de la Vôge sont assez mal connus et datés, c'est dans la Plaine qu'apparaissent des plans de bâtiments issus de fouilles préventives récentes. Par exemple à Nomexy, dans une zone fortement occupée jusqu'au , on a trouvé un bâtiment sur six poteaux et à porche, contenant vraisemblablement un foyer à clayonnage. Et pour le moment, seul le site de Marainville-sur-Madon a révélé la présence d'un réseau de fossés et d'enclos quadrangulaires datés de La Tène finale. Pour ce type de site, on peut penser à des fermes ou des domaines plutôt qu'à de gros hameaux ; aucun parcellaire protohistorique n'a été mis en évidence pour le momentMatthieu Michler, Carte archéologique de la Gaule. Les Vosges, Paris, 2004, 55..

Pour le massif vosgien, les deux sites les plus connus restent la Pierre d'Appel à Étival-Clairefontaine et celui du Camp celtique de la Bure à Saint-Dié-des-Vosges. Le premier site a livré davantage d'éléments que le second (maisons, structures de stockage, fours). On peut alors parler de village établi sur ce promontoire rocheux. Le camp celtique de la Bure possède toutefois un . La spécificité des sites du bassin de Saint-Dié est qu'ils se situent sur une hauteur dominant la vallée, lieu de passage incontournable ; un certain contrôle du cours supérieur de la Meurthe et des voies d'accès à la vallée du Rhin était donc assuré.