Lîle Seguin est une île sur la Seine, dans l'ouest de la région parisienne, dans le département des Hauts-de-Seine. D'une surface de , elle est située face à Meudon, juste en aval de l'île Saint-Germain, entre Boulogne-Billancourt, dont elle dépend administrativement, sur sa rive droite, et Sèvres et Meudon sur sa rive gauche.

Elle abrite de 1929 à 1992 une usine de construction automobile Renault qui couvrait la quasi-totalité de l'île. Les bâtiments industriels sont rasés en 2004-2005 et le site est réaménagé.

Le projet dévoilé en vise à construire un pôle artistique et culturel ainsi que de jardin public. Le projet de l'île Seguin s'organise autour de deux pointes consacrées à l'art contemporain et à la musique alors que le centre de l'île abritera un campus sportif et un pôle multimédia. Le début des travaux a lieu en 2014. Le complexe baptisé « La Seine musicale » est livré en .

Histoire Avant Renault Avant le , l'île est la propriété de l'abbaye de Saint-Victor et ses terres sont louées à des fermiers qui y pratiquent des cultures.

L'île se trouve subitement valorisée avec la création du château de Versailles. En effet, elle se situe sur la nouvelle route qui relie Versailles à Paris et devient alors un lieu fréquenté par l'aristocratie. En 1747, le roi Louis XV fait l'acquisition de l'île – alors dénommée « île de Sèvres » – pour ses filleschronologie de l'île Seguin, sur lemonde.fr.. Devenue l'« île Madame », elle est ensuite revendue avant la Révolution française à une blanchisserie, la société Riffé, appelée « Buanderie de Sèvres ».

En 1790, avec la nationalisation de la blanchisserie, l'île revient dans le giron de l'ÉtatÎle Seguin, histoire (inachevée) d'une longue gestation, de Vincent Renard, CNRS-Polytechnique, décembre 2001.. Brève propriété d'un banquier en 1793, Jean-Baptiste Vandenyver, qui meurt guillotiné quelques mois plus tard, elle est disputée par les municipalités de Sèvres, Issy-les-Moulineaux et Auteuil lors des nouvelles délimitations de Paris. Elle est finalement rattachée à la commune d'Auteuil. Elle est acquise en 1794 par un chimiste, Armand Seguin — qui lui laissera son nom — pour y appliquer une nouvelle méthode pour tanner le cuir. Elle comporte alors essentiellement des tanneries et des blanchisseries. En 1859, la commune d'Auteuil est supprimée. La partie située à l'intérieur de l'enceinte de Thiers est rattachée à Paris (quartier d'Auteuil), tandis que la partie située à l'extérieur, dont le lotissement de Billancourt et l'île Seguin, est rattachée à la commune de Boulogne (Boulogne-Billancourt depuis 1925).

Durant la Belle Époque, tout en conservant sa fonction industrielle, l'île Seguin redevient également un lieu prisé pour les loisirs : canotage, tir aux pigeons, pêche à la ligne.

La période de l'usine Renault

En 1919, Louis Renault patron de la « Société des Automobiles Renault », dont les usines occupaient jusqu’ici des terrains sur la rive droite de la Seine, à Boulogne-Billancourt (« le Trapèze »), ainsi que sur la rive gauche, à Meudon (Bas-Meudon), acquiert l'île Seguin.

L'industriel y construit sa première usine entre 1929 et 1934. L'histoire de l'île va désormais coïncider avec celle de l'usine Renault. Complètement autonome, celle-ci possédait sa propre centrale électrique et plusieurs sites d'essais, dont une piste souterraine., ainsi qu'un pont d'embarquement pour transporter les véhicules par voie fluviale. C'est alors la plus grande usine de France, avec plus de .

Durant la Seconde Guerre mondiale, l’usine, qui produit alors des camions pour l’occupant allemand, subit plusieurs bombardements alliés notamment le 3 mars 1942 et en 1943, faisant des dizaines de victimes dans les villes avoisinantes« La France sous les bombes alliées »..

Louis Renault accusé de collaboration avec l’ennemi meurt en prison en 1944, peu avant son procès. L'entreprise est alors nationalisée le sous le nom de « Régie nationale des usines Renault ».

Dans les années 1950, l'usine symbolise la croissance et la modernité de l'industrie française, notamment au moment où la Régie Renault lance la fabrication en grande série de la populaire 4CV. L'usine devient en même temps un bastion du syndicalisme, notamment pendant les événements de Mai 1968.

Alors qu'elle possède désormais de nombreux sites de production, en France comme à l'étranger, la régie annonce la fermeture de l'usine en 1989, celle-ci ne correspondant plus aux exigences des nouveaux processus de production. La dernière voiture, une Supercinq, sort des chaînes le . Le nettoyage des bâtiments a commencé presque immédiatement après, mais ce qui posa le plus de problème fut l'énorme chantier de désamiantage et de dépollution du sol. La démolition des bâtiments de l'usine Renault se trouvant sur l'île a démarré le et s'est achevée le .

L'usine a inspiré celle du dessin animé Code Lyoko..

vignette|Le cirque éphémère de l'île Seguin. En 2011, la directrice de cirque Madona Bouglione installe trois chapiteaux blancs sur l'île Seguin. et invite le Cirque du Soleil. avec le spectacle Corteo, Kooza et le Cirque Plume avec le spectacle « L'atelier du peintre ». Sous ses chapiteaux, elle présente un spectacle pour la fondation Pernod Ricard lors de la soirée annuelle du monde de l'art contemporain « Le Bal jaune »« Le Bal jaune ». au moment de la FIAC. La chanteuse Björk s'y produit en concert devant le public parisien. Une émission de télévision, The Best, y est tournée.

Ponts thumb|Le pont Daydé et le pont Seibert de part et d'autre de l'île.

Du temps de l'usine, l'île était accessible par deux passerelles métalliques (un pont suspendu fabriqué par Daydé en 1928 la reliait avec la rive droite et un pont en poutre-treillis fabriqué par en 1931 avec la rive gauche). Ces deux ponts comportaient une voie ferrée, reliée au réseau SNCF en rive gauche.

Un nouveau pont, le pont Renault, conçu par l'architecte Marc Barani est inauguré en 2009.

Projets pour l'île Depuis la fin des années 1990, plusieurs idées d'aménagement furent évoquées et des projets architecturaux ont été proposés.

L'île Seguin a été achetée d'euros à la régie Renault par la société anonyme d'économie mixte (SAEM) Val de Seine Aménagement dans laquelle la ville de Boulogne est largement majoritaire (64 %) à côté du département des Hauts-de-Seine (10 %) et de la Caisse des dépôts et consignations (15 %).

L'ancien projet de François Pinault L'île a fait l'objet d'un concours d'urbanisme et sur une partie de l'île, un musée d'art contemporain devait être réalisé par le milliardaire François Pinault avec un bâtiment de l'architecte Tadao Andō, proposé dès 1999. François Pinault a officiellement renoncé à son projet le dans une déclaration faite au journal Le MondeÎle Seguin : je renonce, par François Pinault dans Le Monde du 10 mai 2005.., et justifiant son choix par la longueur des délais administratifs et des tensions locales pour la réalisation de celui-ci. Pinault a donc décidé de réaliser son musée au Palazzo Grassi de Venise, dont le projet s'est rapidement mis en place, avec l'aide de la municipalité vénitienne, et l'extension possible dans le bâtiment de la douane de Venise.

Projet Façade-enveloppe Après de nombreux projets avortés, un nouveau plan est mis en place par la société G, filiale de la Caisse des dépôts et consignations dirigée par Jean-Louis Subileau. Le projet consiste à entourer l'île d'une « façade-enveloppe » qui aurait pour but de « rappeler la mémoire ouvrière » du site en échos à la façade construite par l'architecte Laprade. Ce packaging urbain vise à habiller les prévus sur l'île. L'objectif est d'associer, autour d'un jardin de , une cité des arts, un pôle d'innovation scientifique consacré à la santé et une cité internationale dotée d'une résidence de chercheurs et d'artistes et d'un centre de rencontres.

En octobre 2004, c'est le projet de l'équipe Arm Poitevin-Reynaud, Stéphane Maupin et Jérôme Sans qui a été choisi pour la « façade-enveloppe ». L'installation de l'Institut national du cancer, d'un hôtel quatre étoiles par Cogédim-Intercontinental, et de logements pour des chercheurs devait s'achever avant 2009. L'université américaine de Paris souhaitait aussi s'y installer.

Projet culturel

Le départ inattendu du projet de la Collection Pinault pour Venise est l'occasion de voir émerger de nouvelles propositions. Parmi elles, la Cité des Savoirs du pour l'Île SeguinCité des Savoirs du pour l'île Seguin., projet culturel et éducatif en plusieurs espacesLa Cité des Savoirs du - Un lieu de vie pour l'île Seguin.. de production, d'exposition et d'animation au cœur d'un "jardin aux cultures"La Cité des Savoirs du : l'art de "cultiver"., émerge par l'implication de la société civile boulonnaise réunie par Sylvain CanetSylvain Canet. avec le soutien de personnalités telles Axel Kahn, Albert Jacquard, Philippe Meirieu, Régis Debray ou Jacques Séguéla.

Ce projet est plus ou moins repris par l'ensemble de la classe politique. Il irrigue les programmes des candidats aux municipales 2008 et débouche même sur l'engagement et la candidature du président de l'association, Sylvain Canet, qui mène une liste et poursuit encore ce combat culturel pour l'île.

Très critique sur l'orientation prise par la municipalité précédente, autant en termes de densification excessive qu'en termes de programmation (pas de chercheurs mais uniquement des administrations), le député-maire de la ville, Pierre-Christophe Baguet, propose à l'occasion des élections municipales de 2008 un nouveau projet intitulé l'« île des Deux Cultures »Île Seguin : le grand ménage dans Le Parisien du 26 avril 2008.Sur l'île Seguin toujours déserte, un nouveau projet repart à zéro dans Le Monde du 5 mai 2008. et soutenu par le président du département Hauts-de-Seine, Patrick Devedjian et son prédécesseur Nicolas Sarkozy. Ce nouveau projet abandonne l'idée de départ de mêler institutions culturelles (création d'une scène de musiques actuelles de ) et scientifiques (installation du siège du CNRS, de l'INSERM et de l'Institut national du cancer). Le projet du campus de l'université américaine de Paris sur est également en question, notamment en raison du désengagement d'un des partenaires, l'université de New York.

Le nouveau projet soutenu par Pierre-Christophe Baguet propose en revanche une île Seguin « ouverte aux Boulonnais » et se développant autour d'un jardin de sculptures de et d'activités et de service. L'arrivée de sociétés de l'industrie culturelle et de restaurants est souhaitée, notamment pour générer des revenus de la taxe professionnelle, à l'inverse des institutions précédemment envisagées. Le , Jean-Louis Subileau, directeur de la SAEM qui promouvait le précédent projet, est démis de ses fonctions par le maire Pierre-Christophe Baguet, président de la SAEM. De nombreuses réactions paraîtront alors dans la presse pour défendre ce projet alternatif ou attaquer l'actuel, l'île Seguin ayant été un enjeu majeur lors des élections municipales de 2008 et potentiellement de 2014.

Patrick Devedjian, président du conseil général des Hauts-de-Seine annonce le le lancement des études concernant les trois premiers projets de la future « Vallée de la Culture »« Île Seguin : 3 projets pour la "Vallée de la culture" » sur lavieimmo.com, 20 janvier 2009.. Le , Jean Nouvel est désigné pour réaménager l'île Seguin en « île de tous les arts »Le projet de Jean Nouvel choisi pour l'aménagement de l'île Seguin dans Le Monde du 9 juillet 2009..