Un canevas est une large toile claire servant de support aux ouvrages de tapisserie à l'aiguille.

Description Le canevas est une technique de broderie sur une toile semi-rigide à trame large. Il consiste à remplir des motifs imprimés ou peints avec des points réguliers en diagonale ou en croix. Le matériel de base comprend une aiguille à tapisserie à gros chas, des ciseaux et des fils, le plus souvent de laine ou de coton..

Histoire L'utilisation de la toile de canevas (ou tapisserie à l'aiguille) remonte au début du en Europe, bien que ses racines techniques soient bien plus anciennes. L'évolution historique de ce support de broderie s'est faite en plusieurs grandes étapes :

Des origines anciennes Antiquité égyptienne Dès en Égypte, des techniques de fils comptés sur grosse toile servent à créer des tissus utilitaires ou décoratifs. L'un des plus anciens ensembles de broderies parvenus jusqu'à nous provient de la tombe du pharaon Toutânkhamon (mort vers ). Les pièces de son trousseau funéraire (notamment sa tunique) présentent des panneaux entiers décorés de broderies exécutées au point de croix, point de chaînette et point lancé sur une base de fils comptés. Ces études montrent l'utilisation de fils de lin épais, voire de cordelettes, sur des armures de lin rigides s'apparentant au canevas moderneLe tissage aux cartons dans l’Égypte antique .

Les matériaux changèrent au fil des siècles. Au Nouvel Empire (v. ), les Égyptiens utilisaient principalement le lin (parfois agrémenté de fils d'or ou de cuir). Plus tard, à, l'époque Copte ( - ) l'Égypte perfectionne le point de croix compté sur lin avec des fils de laine colorés, dont on a retrouvé les plus célèbres fragments préservés dans les sépultures de Haute-Égypte.

Ailleurs dans l'antiquité D'autres pièces anciennes proviennent de fouilles en Chine. Le plus ancien canevas chinois qui nous soit parvenu, réalisé avec des fils de soie sur un fond de soie, ayant été découvert dans une tombe à Mashan, dans la province du Hubei et date de la période Zhanguo (-). Des textiles brodés en soie ont également été trouvés dans les mines de sel de Hallstatt, en Autriche, qui remontent à 500 avant JC. La soie provenait de textiles chinois défaits qui avaient trouvé leur chemin vers l’Europe. Des broderies en laine ont également été découvertes sur le site de Hohmichelle à Hallstatt, datant elles aussi d'environ

Moyen Âge Beaucoup plus tard à l'époque médiévale, au , l'Europe germanique utilise des points géométriques comptés sur de la toile de lin grossière pour créer du mobilier religieuxErica Wilson, Erica Wilson's Embroidery Book, 1973, éditions Charles Scribner's Sons, chapitre Needlepoint sur la la broderie religieuse allemande à fils comptés du ..

Apparition du canevas moderne

Au cours des années 1600, le canevas en tant que grille tissée rigide et indépendante se développe en Angleterre et en Europe pour la tapisserie à l'aiguille. Beaucoup plus simple d’exécution, il remplace progressivement le tissage traditionnel sur métier à tisser (trop lourd et complexe) pour décorer plus facilement les rideaux, les coffrets et les fauteuils de la noblesse.

En France en particulier, la broderie sur canevas servait aussi d'abord à initier les jeunes filles à l'art de l'aiguille. Madame de Maintenon, pour qui la broderie était une grande passionses contemporains la décrivaient travaillant son canevas jusque dans son carrosse : « À peine installée dans son carrosse, avant que le véhicule ne se mette en mouvement, on lui apporta son ouvrage, qui était un morceau de tapisserie ; elle prit en même temps ses lunettes, et après avoir levé les glaces du carrosse, elle se mit à travailler. » - extrait de Madame de Maintenon, d’après les souvenirs inédits d’une de ses secrétaires rédigés par Mademoiselle d'Aumale (Marie-Jeanne d'Aumale) et publié par D’Haussonville, Revue des Deux Mondes, 5e période, tome 6, 1901 (p. 721-763). voir en ligne, joua un rôle important dans la diffusion de ce savoir lorsqu'elle demanda à , son époux, de financer une école pour les jeunes filles nobles mais pauvres ou orphelines, la Maison royale de Saint-Louis, où l'art du Petit Point sur canevas faisait partie des enseignements de base.. Ce travail manuel devait enseigner la patience et la modestie aux « Demoiselles de Saint-Cyr », tout en leur apprenant un savoir-faire utile pour tenir une maison ou meubler leur futur domaine. C'est aussi Madame de Maintenon qui baptisera la technique du « Petit Point » de ce nom..

Les seront l'âge d'or de l'utilisation du canevas et verront apparaître l'emploi de l'imprimerie, facilitant son utilisation à grande échelle. Ainsi, en 1770, le brodeur du roi , Charles-Germain de Saint-Aubin, codifie ces techniques en France dans son ouvrage L'Art du BrodeurCharles-Germain de Saint-Aubin, L'Art du brodeur, 1770, collection des Descriptions des arts et métiers. Le canevas reste alors un produit de grand luxe et broder exigeait de savoir dessiner soi-même les contours sur la toile.

Tout change au cours de la première moitié du (1800-1850) grâce au style ou laine de Berlin, une technique tirant son nom d'une laine de mérinos particulièrement douce, fine et élastique, filée en Saxe puis teinte à Berlin, d'où la technique est originaire Needlework pattern, sur Musée de Nouvelle-Zélande Te Papa Tongarewa.. Cette technique se démarque par l'invention de canevas où le motif est directement imprimé en couleur sur papier quadrillé, ce qui évite de compter les fils ou d'avoir besoin de savoir dessiner. La création de ce papier se faisait en trois étapes Berlin Woolwork Pattern description d'une pièce des collections (ID Number: 1998.0360.220), National Museum of American History :

Un artiste créait un modèle. Une plaque de cuivre gravée était préparée d'après ce modèle. Composée d'une grille de milliers de petits points ou carrés (une matrice quadrillée), elle permettait d'imprimer à l'encre noire sur une feuille de papier. On obtenait ainsi un diagramme (terme le plus noble et historique) en noir et blanc composé d'une multitude de petits carreaux, appelé plus couramment aujourd'hui grille de broderie ou grille de point compté. Les points devaient recouvrir l'intégralité du tissu de fond. Des coloristes peignaient chaque minuscule carré à la main avec un pinceau carré.

Le terme technique exact qu'utilisaient les artisans francophones au pour traduire l'idée d'un dessin d'artiste traduit sous forme de grille codée était la mise en carte (et le papier lui-même est appelé papier de mise en carte). Ce terme provient du monde du tissage (notamment pour les métiers Jacquard à Lyon), mais les créateurs de modèles de broderie l'utilisaient aussi car le principe était identique : transposer un dessin fluide en une série de cases géométriques pour qu'une machine ou une main humaine puisse exécuter le textile point par pointSoiries impériales pour Versailles, , brochure pour l'exposition du 19 mars au 23 juin au Grand TrianonVocabulaire multilingue sur le site de la CIETA, p.53.

Ce système, semblable à de la « peinture par numéros » avant l'heure, rend la broderie accessible à toutes les brodeuses amatrices, un carré sur le papier correspondant exactement à une intersection sur le canevas. La bourgeoisie européenne et américaine s'empare alors de la broderie sur canevas comme loisir de masse.

Du à nos jours Le modèle sur papier compté (style Berlin) recule au profit du canevas pré-peint ou imprimé. Des manufactures iconiques comme Seg de Paris ou Royal Paris inondent le marché de kits prêts à broder. La méthode se simplifie : on abandonne le petit point historique pour le demi-point au gros fil de laine, beaucoup plus rapide à exécuter. Dans les années 1970, le canevas imprimé connaît un immense succès populaire dans les foyers (paysages ruraux, reproductions d'art). Parallèlement à cette pratique amateur, de grands artistes du (comme Picasso, Matisse, Miró ou Calder) redécouvrent le potentiel textile. Ils collaborent avec des ateliers d'art pour transposer leurs œuvres abstraites ou cubistes sous forme de cartons de tapisserie, redonnant ses lettres de noblesse à la discipline[https://www.youtube.com/watch?v=OVlFdcV5IjY Tendances - Au fil du siècle, 1918-2018, chefs d’œuvre de la tapisserie, 6 juin 2018, Télé Matin - France Télévisions.

Après un net déclin à la fin des années 1990, le canevas fait un retour à la mode au via le « néo-canevas » avec des designs abstraits, pop et minimalistesLe retour à la mode du canevas , YouTube, France 3 Pays de la Loire, . À l'ère des écrans et de l'immédiateté, le canevas (souvent désigné sous son terme anglophone à la mode, le needlepoint) se présente également comme une activité de déconnexion. Sa nature répétitive et mécanique est reconnue pour ses vertus méditatives et relaxantes (lutte contre l'anxiété), s'inscrivant également dans la tendance du fait-main (DIY).

Technique - Les principaux points de canevas Le demi-point (point de tapisserie) : Le point le plus simple et le plus courant. Il forme une petite diagonale sur la toile et s'avère très économique en fil. Le point de croix : Il forme un « X » en croisant deux diagonales. Il s'utilise souvent pour un rendu plus carré ou avec des fils plus fins. Le point de gobelin : Un point oblique plus long qui couvre plusieurs fils de la trame. Il apporte du relief et de la texture à l'ouvrage. Le point écossais : Idéal pour les arrière-plans, il crée de petits carrés géométriques élégants.

Notes et références Notes

Références

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