Christine est un film franco-italien réalisé par Pierre Gaspard-Huit, sorti en 1958. Il s'agit d'une reprise de Liebelei, film que Max Ophuls a tiré en 1933 d'une pièce d'Arthur Schnitzler.
Si le film n’occupe pas une place majeure dans la carrière de ses interprètes, c’est sur son tournage que Romy Schneider et Alain Delon se sont rencontrés et ont formé l’un des couples les plus emblématiques du cinéma européen.
Synopsis Vienne, 1906.
La baronne Lena Eggersdorf entretient depuis un an une liaison avec le jeune et séduisant Franz Lobheimer. Celui-ci voudrait rompre mais ne sait comment s'y prendre. Un soir, son meilleur ami et confident, le lieutenant Théo Kaiser, l'entraîne à Grinzing et lui présente deux charmantes jeunes filles : l'une brune et malicieuse, prénommée MizzieEn Autriche, Mizzi était à cette époque et jusqu'au milieu du vingtième siècle le diminutif de Marie (voir, par exemple, :de:Mizzi Caspar). et l'autre blonde et secrète, Christine.
Un flirt s'ébauche entre Mizzie et Théo tandis que Christine et Franz, intimidés, restent face à face sans oser se regarder.
En raccompagnant Christine chez elle, Franz apprend qu'elle est la fille d'un musicien de l'Opéra, M. Weiring, et qu'elle est presque fiancée à un compositeur fade et ridicule.
Fiche technique Titre : Christine Titre italien : L'amante pura Réalisation : Pierre Gaspard-Huit Scénario : Pierre Gaspard-Huit et Hans Wilhelm, d'après Liebelei, pièce de théâtre d'Arthur Schnitzler Dialogues : Georges Neveux Assistant réalisateur : Pierre Lary, Philippe Baraduc Images : Christian Matras Opérateur : Gilbert Chain Décors : Jean d'Eaubonne, assisté de Jacques Gut Montage : Louisette Hautecoeur Musique : Georges Auric. La chanson Les Amants de quatre sous : paroles de Jacques Larue Orchestre dirigé par Jacques Métehen (éditions Continental et Paris Etoile) Costumes : Rosine Delamare et Georgette Fillion (chef costumière) Les coiffures sont des créations d'Alexandre Son : Antoine Petitjean Chef de production : Michel Safra Directeur de production : Henri Baum Assistant de production : U. Picard Administrateur de production : Robert Demollière Ensemblier : Charles Mérangel Script-girl : Simone Chavaudra Photographe de plateau : Serge Beauvarlet Maquillage : Anatole Paris et Madeleine Paris Régisseur général : André Retbi Enregistrement Western Electric par la société Optiphone Tirage : Laboratoire Franay L.T.C Saint-Cloud Effets spéciaux : LAX Tournage dans les studios de Boulogne du au Sociétés de production : Speva-Films - Play-Art (Paris). Rizzoli Film (Rome) Distribué par : Cinédis Pays de production : , Année : 1958 Genre : Film dramatique Durée : 100 minutes Format : Pellicule 35mm, couleur par Eastmancolor Date de sortie : France : 24 décembre 1958 Visa d'exploitation : 10.695 Affiche : René Péron (France)
Distribution Romy Schneider : Christine Weiring (VF : Gilberte Aubry) (pour le chant : Mathé Altéry) Alain Delon : Franz Lobheimer, sous-lieutenant des dragons Micheline Presle : la baronne Lena Eggersdorf Sophie Grimaldi : Mizzie, l'amie de Christine employée d'un chapelier Jean-Claude Brialy : le lieutenant Theo Kaiser, l'ami de Franz Fernand Ledoux : M.Weiring, violoncelliste et père de Christine Jacques Duby : Joseph Binder, compositeur et amoureux évincé de Christine François Chaumette : Wimmer, un ami du baron Jean Galland : le baron Eggersdorf Jacques Toja : Schaffer, sous-officier des dragons Bernard Dhéran : le capitaine Lansky Jean Lagache : Linz, sous-officier des dragons Jean Davy : le colonel des dragons Allain Dhurtal : un témoin du baron Eggersdorf Joseph Egger : le concierge de l'appartement de Theo Marius Gaidon : un des maquais du baron Yvonne Clech : cliente du chapelier où travaille Mizzie André Retbi Claudine Auger : une danseuse Carl Lange Colette Proust Dominique Zardi : l'empereur autrichien François-Joseph Pierre Durou Jean-Pierre Zola Virginie Ramu Elena Cardy
Genèse du projet Le film Christine naît de la volonté de Pierre Gaspard-Huit de proposer une nouvelle version de Liebelei, drame romantique réalisé par Max Ophüls en 1933, qui avait révélé Magda Schneider dans le rôle-titreDelon-Romy: Ils se sont tant aimés, p. 21. Le projet s’inscrit dans une tendance alors très répandue en Allemagne et en Autriche : le remake de films à succès du cinéma d’avant-guerreAlain Delon, un destin français ; p. 62. Rebaptisé Christine, le récit conserve son ancrage dans la Vienne impériale et demeure un mélodrame amoureux.
À l’origine pourtant, Pierre Gaspard-Huit envisage un tout autre film : une œuvre contemporaine réunissant Alain Delon et Jean-Claude Brialy, dans un esprit proche des Tricheurs de Marcel Carné. Le refus des producteurs met fin à cette première ambition, et ceux-ci imposent le remake de Liebelei, jugé plus sûr commercialement.
Attribution des rôles vignette|Romy Schneider en 1955 Le producteur français Michel Safra propose à Romy Schneider de reprendre le rôle qui a fait la gloire de sa mère vingt-cinq ans plus tôt. Elle hésite longuement car elle craint de se voir enfermée une nouvelle fois dans un personnage de jeune fille douce et sentimentale, « une histoire parfumée à l’eau de rose ». Magda Schneider, pour sa part, réagit violemment et s’oppose au projet, qu’elle perçoit comme un affront direct à sa propre interprétation. Dans ses propres mots, Romy Schneider explique le malaise que suscite ce rôle : Le contrat est signé avec une production française, alors que Romy tourne à Munich Mon premier amour avec Hans AlbersMoi, Romy : le journal d'une vie ; p. 156. Le choix de Romy Schneider pour incarner Christine Weyrin garantit d’emblée la visibilité du filmLa Véritable Romy Schneider ; p. 68.
La recherche du partenaire masculin Reste à trouver l’interprète masculin principal. Plusieurs comédiens sont envisagés successivement. Gérard Blain refuse le rôle, peu enthousiaste à l’idée de porter un uniforme de lieutenantAlain Delon, un destin extraordinaire ; p. 62. Jacques Charrier, encore peu connu, décline également la proposition. Louis Jourdan est un temps pressenti, mais son âge joue en sa défaveur. gauche|vignette|Alain Delon en 1961 C’est alors que Georges Beaume et Olga Horstig défendent la candidature d’Alain Delon. Michel Safra se montre d’abord très réservé, mais accepte finalement de lui faire passer des essais et Delon est filmé dans les costumes des Grandes ManœuvresAlain Delon, un destin extraordinaire ; p. 63. Parmi les autres postulants figurent Jean Piat, Paul Guers et Jacques Toja. Les essais sont envoyés en Allemagne, où Romy Schneider doit trancher : elle choisit Alain Delon.
Déjà immense vedette européenne grâce à la trilogie Sissi, Romy Schneider dispose alors d’un poids déterminant dans les choix artistiques, notamment celui de ses partenairesDelon-Romy: Ils se sont tant aimés ; p. 28. Elle décide de se rendre à Paris afin de rencontrer Delon, encore peu connu, pour qui Christine constitue seulement le troisième film. Il accepte avec amusement de porter l’uniforme de la garde impériale autrichienne et ignore presque tout de sa future partenaire. Pierre Gaspard-Huit explique son attrait pour ce choix inattendu : Il précise encore : Alain Delon insiste personnellement pour que Ralph Baum engage Jean-Claude Brialy, qu’il présente comme « un acteur exceptionnel, une révélation à ne pas manquer »Delon-Romy: Ils se sont tant aimés ; p. 32. Delon et Brialy sont proches, fréquentent ensemble les lieux cannois, puis parisiens, avant que Delon ne s’installe à Saint-Germain-des-Prés, carrefour stratégique de rencontres professionnelles. Contrairement à certaines affirmations ultérieures, aucune antipathie n’existe entre Brialy et Romy SchneiderLa Véritable Romy Schneider ; p. 69. En revanche, une hostilité immédiate et réciproque s’installe entre Romy Schneider et Delon.
La distribution est complétée par Claudine Auger, Bernard Dhéran, Sophie Grimaldi, Fernand Ledoux, Micheline Presle et Jacques Toja.
Première rencontre La rencontre officielle entre Romy Schneider et Alain Delon est organisée le 10 avril 1958 à l’aéroport d’Orly, en présence de Pierre Gaspard-Huit, Michel Safra, Ralph Baum et de nombreux journalistes. Cette mise en scène déplaît profondément aux deux acteurs. Delon, chargé d’attendre Schneider avec un bouquet de fleurs, confiera plus tard : Romy Schneider relate la scène dans ses mémoires : La réciproque est tout aussi sévère, comme elle le résume elle-même : Les deux acteurs ne parlent ni la langue de l’autre, ni véritablement l’anglais, ce qui rend la communication laborieuse.
Promotion et premiers rapprochements Le 22 mai, à l’occasion du bal d’inauguration du Festival du Film de Bruxelles, la production envoie le « couple vedette » assurer la promotion du filmAlain Delon, un destin extraordinaire ; p. 64. Romy Schneider voyage en avion avec sa mère, tandis que Delon prend le train. La réception, organisée dans le cadre de l’Exposition universelle, est somptueuse.
Après quelques danses, Delon invite Schneider à sa tableAlain Delon, un destin extraordinaire ; p. 65. Ils rentrent ensemble en train et, durant le trajet, l’atmosphère s’apaise sensiblement. Début juin, après un bref séjour en Allemagne, Romy Schneider revient à Paris pour les essayages de costumes, de perruques et de maquillage, et participe à des répétitions de valse dans un studio de Pigalle.
Production Pierre Gaspard-Huit rencontre des problèmes avec ses producteursRomy Schneider : princesse de l'écran ; p. 56. Ces derniers, malgré la publicité et le tapage faits autour de Delon, ne croient pas plus en lui qu'en Jean-Claude Brialy. Seule Romy Schneider leur inspire confiance. Les pressions se font de plus en plus sentir pour que le réalisateur de Christine réduise les apparitions des deux jeunes premiers au maximum. On parle même de les faire remplacer. Devant le refus de Pierre Gaspard-Huit, le budget de Christine se trouve soudain réduit et toute l'équipe doit rentrer en France avant d’avoir pu terminer les extérieurs à Vienne. C'est donc Versailles qui remplace le Château de Schönbrunn.
Sur le plan contractuel, l’écart financier est considérable. Romy Schneider perçoit un cachet de 75 millions, somme exceptionnelle pour l’époque, tandis que Delon et Brialy reçoivent chacun 400 000 francs.
Essais, répétitions et naissance d'un couple mythique Les essais ont lieu aux studios de Boulogne, dans le décor de la scène du bal. Jean-Claude Brialy raconte : Les jours suivants sont consacrés aux essayages, puis à l'apprentissage de l'équitation à Neuilly. Le Bal du Cinéma à Bruxelles permet d'alléger les tensions. Romy Schneider témoigne :
Tournage Le tournage débute à Paris et à Versailles. Romy Schneider découvre un Delon très éloigné de l’image policée qu’elle s’était initialement forgée. Quelques jours après le début du tournage, un incident éclate : Delon, roulant trop vite, coince sa voiture entre deux rames de tramway, paralysant la circulationAlain Delon, un destin extraordinaire ; p. 66. Les acteurs arrivent en retard, et la production envisage de les remplacer, mais Pierre Gaspard-Huit s’y oppose fermement.
Fin juillet, l’équipe se rend à Vienne pour les extérieurs, dans une atmosphère plus détendue.
À Vienne, Magda Schneider séjourne à l’hôtel Sacher avec sa filleAlain Delon, un destin extraordinaire ; p. 67. Elle découvre l’idylle naissante et espère qu’elle s’achèvera avec le filmRomy Schneider : princesse de l'écran ; p. 55. La situation se complique lorsque la presse s’en empare et qu’un scandale éclate après qu’elle surprend Romy dans les bras de Delon. Le tournage se poursuit néanmoins jusqu’à son terme.