Les établissements Carel Fouché & sont une ancienne entreprise française de construction de matériel roulant ferroviaire, créée en 1904, spécialiste de l'acier inoxydable à partir de 1935. Les usines se trouvaient notamment au Mans, à Aubevoye et à Petite-Synthe.
L'entreprise devient Carel Fouché Languepin en 1968 puis est scindée en 1983 entre Carel Fouché Industries et Constructions ferroviaires du Mans. Carel Fouché Industries est rachetée par le groupe Alsthom en 1987, puis radiée en 1990 lors du transfert de ses activités à Belfort.
Histoire
Origines et constitution
Au Mans : du bois au chemin de fer En 1864, Jules Carel succède à son père, Pierre, dans l'entreprise qui associe également MM. Diot et Louis Fouché pour le commerce du bois au Mans. La société Diot, Carel & Fouché débute dans l'industrie ferroviaire en fournissant des traverses et des coins en bois (cales permettant la fixation des rails aux traverses). En 1880, année de création de la société Carel frères & , le magasin de vente et la scierie situés rue Saint-André sont transférés à l'emplacement destiné à devenir le site historique de Carel Fouché au Mans, dans le quartier du Miroir. En 1881, le neveu de Jules Carel, Ernest Fouché, ingénieur diplômé de l'Ecole centrale des arts et manufactures, rejoint l'entreprise. Grâce aux relations commerciales nouées avec la filière ferroviaire (commandes de traverses et de bois spéciaux pour les chemins de fer), l'entreprise s'oriente vers la fabrication de matériel roulant, grande consommatrice de bois. La première commande est réalisée en 1881 par la Compagnie du chemin de fer de Paris à Orléans pour trois wagons.
En 1892, Jules Carel et Ernest Fouché s'associent pour former la société en nom collectif Carel aîné, Fouché & . D'abord , ils obtiennent en 1901 la fabrication de voitures à voie normale pour la Compagnie du chemin de fer de Paris à Orléans.
En , après la mort de Jules Carel en , est constituée une nouvelle société, la société anonyme des établissements Carel aîné, Fouché & . À cet effet, les sociétés en nom collectif Carel aîné, Fouché & et Théophile Carel & fils font apport des terrains, ateliers, scieries, chantiers et du fonds de commerce exploité au Mans. L'objet social demeure l'industrie et le commerce du bois (traverses et poteaux) ainsi que la construction et la rénovation de matériel roulant.
La dénomination sociale est simplifiée à la fin des années 1910 et devient « établissements Carel Fouché & ». En 1912, le siège social situé au Mans (61 rue de Chanzy, non loin des ateliers de construction et de la scierie) est transféré dans le arrondissement de Paris (55 rue d'Amsterdam, à proximité de la gare Saint-Lazare). Le siège demeure à cette nouvelle adresse jusqu'en 1980 et le transfert à Aubevoye.
Matériel roulant pour les chemins de fer secondaires vignette|Autorail De Dion-Bouton type JM, carrossé par Carel Fouché & pour les Tramways de la Sarthe, livré en 1924 ou 1925 En 1883, Jules Carel est nommé président du conseil d'administration de la Compagnie des tramways de la Sarthe : le département de la Sarthe confie à celle-ci l'exploitation de plusieurs voies ferrées d'intérêt local de 1883 à 1947. Entre 1880 et 1930, Carel frères & puis Carel Fouché & construisent des wagons et des voitures notamment pour les réseaux secondaires suivants : les Tramways de la Sarthe 2 voitures à 2 essieux et plateformes d'extrémité, construites en 1896 pour les Tramways de la Sarthe, sont classées au titre des monuments historiques et préservées au Musée des tramways à vapeur et des chemins de fer secondaires français (https://musee-mtvs.com/voiture-sarthe/). Notices Palissy, Ministère de la Culture, PM95000815 et PM95000817 consultées le 19/04/2020. 3 voitures à bogies et plateformes d'extrémité, construites en 1909 pour les Tramways de la Sarthe, sont classées au titre des monuments historiques et préservées par le Train du Bas-Berry à Écueillé. Notices Palissy, Ministère de la Culture, PM07000413, PM07000414 et PM07000415 consultées le 30/10/2022. ; les Tramways de Loir-et-Cher ; les Tramways d'Ille-et-Vilaine 3 voitures à 2 essieux et plateformes d'extrémité, construites en 1897 pour les Tramways d'Ille-et-Vilaine, sont classées au titre des monuments historiques et préservées au Musée des tramways à vapeur et des chemins de fer secondaires français (https://musee-mtvs.com/voitures-tiv/). Notices Palissy, Ministère de la Culture, PM95000818, PM95001095 et PM95000814 consultées le 19/04/2020. ; le Réseau breton ; le Chemin de fer sur route de Challans à Fromentine et les Tramways de la Vendée Une voiture à 2 essieux et plateformes d'extrémité et une caisse de voiture, construites en 1896 à destination de la Vendée, sont classées au titre des monuments historiques et préservées par l'Association pour la préservation et l'entretien du matériel à voie étroite (APEMVE) à Saint-Germain-d'Arcé. Notices Palissy, Ministère de la Culture, PM72001324 et PM72001399 consultées le 30/10/2022. Le tramway des « Petites Bazinières », Roche Mag (Revue municipale de La Roche-sur-Yon, n°197, septembre 2005, p. 15 en ligne sur www.ville-larochesuryon.fr/mag/197/pdf_mag/Page_15.pdf ; les Chemins de fer économiques du Sud-Est (Tramways de l'Ain) Une voiture construite en 1897 pour les Chemins de fer économiques du Sud-Est est inscrite à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques (Musée des tramways à vapeur et des chemins de fer secondaires français). ; les Chemins de fer des Côtes-du-Nord Un fourgon à bagages, avec compartiment postal, construit en 1927 pour les Chemins de fer des Côtes-du-Nord, est classé au titre des monuments historiques et préservé au Musée des tramways à vapeur et des chemins de fer secondaires français. Notice Palissy, Ministère de la Culture, PM95001034 consultée le 19/04/2020. ; les Tramways du Quercy.
1929 : absorption de la société Paris-Aubevoye vignette|L'usine Carel & Fouché d'Aubevoye vers 1930 En 1929, Carel Fouché & absorbe la société anonyme Paris-Aubevoye, dont l'usine est située depuis 1917 à Aubevoye entre la Seine et la ligne ferroviaire Paris-Rouen-Le Havre. L'usine est située dans l'Eure, à moins de de Paris, et emploie environ en 1923. Fondée par Gabriel et Germaine Perney, elle est spécialisée dans la construction et la réparation du matériel roulant ferroviaire et dans les remorques et carrosseries pour camions automobiles et hippomobiles. Elle fabrique également des citernes et des cuves en acier et en aluminium, notamment pour les brasseries, puis se lance dans le machinisme agricole (tracteurs, distributeurs d'engrais, botteleuses à foin). Pour les chemins de fer, elle construit notamment :
des wagons-foudres destinés au transport du vin et de la bière ; des wagons isothermes pour le transport de denrées périssables ; des voitures voyageurs pour le réseau de l'État et la Compagnie des chemins de fer de l'Est ; des voitures de première classe pour le Métro de Paris.
À la suite de la fusion entre Carel Fouché & et Paris-Aubevoye, l'usine d'Aubevoye se recentre sur la construction de matériel roulant ferroviaire et les installations sont agrandies et modernisées sur une trentaine d'hectares.
Les activités au lendemain de la Première Guerre mondiale Durant la guerre de 1914-1918, le matériel roulant ferroviaire affecté aux transports de troupes et de matériel de guerre est maintenu en service tant que la sécurité de circulation n'est pas compromise. En , une grande partie des de l'Administration des chemins de fer de l'État doit faire l'objet d'importantes remises en état : en 1919, la réparation de et de est confiée à des entreprises privées. Parmi celles-ci, les établissements Carel Fouché & sont chargés de réparer (à raison de 50 à 75 par mois) et (à raison de huit par mois). Auparavant, en 1918, .
D'autre part, l'entreprise engage au cours du dernier trimestre 1919 la remise en marche de ses activités liées au bois :
des chantiers de créosotage, pour la production de traverses et de bois spéciaux pour chemins de fer, notamment à Buchy (Seine-Inférieure), Entressen (Bouches-du-Rhône) et Thourotte (Oise) ; des chantiers d'imprégnation de bois (préparation au sulfate de cuivre, notamment) pour la fabrication de poteaux télégraphiques ; des exploitations forestières, dont l'une se situe à Popovača en Croatie. Cette dernière sera nationalisée par l'Etat yougoslave après la fin de la Seconde Guerre mondiale.
En 1918, un incendie détruit complètement l’usine de production de fluorure de sodium (pour le traitement chimique du bois), en voie d’achèvement à Sarliève/Cournon (Puy-de-Dôme), laquelle est reconstruite et demeure en activité jusqu'en 1975.
En 1918, la construction des ateliers des Deux-Synthe, à Petite-Synthe, près de Dunkerque, se poursuit en vue de fabriquer des wagons et des charpentes métalliques. Dans ce cadre, en 1925, Carel Fouché & s'associe à la société Venot Peslin & , établie à Onnaing, pour fonder la Société des Ateliers des Deux-Synthe commençant son activité en 1926. En 1929, ces ateliers constituent . Ils produisent également du matériel pour les mines, notamment, dans les années 1920, des chevalements métalliques pour des puits de la Compagnie des mines de Lens dont les installations ont été ravagées durant la guerre.
Coopération avec Michelin (1932-1953) À partir de 1929, Michelin développe le pneurail, un pneumatique permettant le roulement sur un rail, tandis qu'un boudin métallique solidaire de la jante maintient les roues sur la voie ferrée. Il équipe des autorails légers, appelés Micheline, dans le but d'optimiser le confort de roulement pour les voyageurs, la vitesse et l'adhérence sur le rail, en permettant de meilleures performances d'accélération et de freinage. À partir de 1932, la sous-traitance de plusieurs dizaines d’exemplaires de Micheline est confiée à Carel Fouché & . Il s’agit de la fabrication des caisses en alliage d'aluminium et de l’assemblage, Michelin se réservant la fourniture des roues et des pneurails. +Autorails Micheline en sous-traitance partielle de Carel Fouché & ModèleCapacitéPneurailsMoteur essence (E) ou diesel (D)LivraisonsProductionNombre d'exemplaires produits par Michelin dans son usine de Cataroux à Clermont-Ferrand, ou par ses sous-traitants, principalement Carel Fouché & à Aubevoye.CommandesType 1636 places12200 ch. Hispano-Suiza (E)1934-193526État, Nord, PLMType 2156 places16250 ch. Hispano-Suiza (E)1936-193730 État, Nord, PO-Midi, PLMType 2256 places16250 ch. Hispano-Suiza (E)1936-1937, 194916État, EstUne Micheline de type 22 construite par Carel Fouché & en 1936 est présentée à la Cité du train à Mulhouse avec une livrée « Est ». Type 2396 places24420 ch. Panhard (E)1937-194326État, PO-Midi, PLMType 5118 places12105 ch. Panhard (E)1932-19389 Madagascar, Mozambique, AEF, Indochine» » » 90 ch. Panhard (D)1952-19533 MadagascarLa Micheline ZM-514 construite par Carel Fouché & en 1952 est exposée au musée L'Aventure Michelin à Clermont-Ferrand. Madarail possède les exemplaires ZM-515, ZM-516 et ZM-517 à Madagascar (www.patrimoine-ferroviaire.fr/?s=micheline+zm consulté le 23 octobre 2022).Type 5242 places16140 ch. Hispano-Suiza (E)1936-19377 Mozambique, AOF, Indochine Commandée par d'anciens réseaux avant 1938, mais n'ayant pu être terminée par Michelin en raison de la Seconde Guerre mondiale, la dernière Micheline destinée à la SNCF, de type 22, sort des ateliers d'Aubevoye en 1949. La SNCF qui succède en 1938 au réseau de l'État et aux différentes compagnies exploite des Micheline jusqu'en 1952.
D'autre part, Carel Fouché & associe le pneurail et l'inox en livrant à la SNCF en 1948 une rame sur pneus composée de 6 voitures dont l'ossature est en acier inoxydable. Cette rame expérimentale est exploitée en service commercial jusqu'en .
Depuis les années 1930, l'acier inoxydable comme spécialité alt=|vignette|Automotrice Z 5100 en gare de Tours en avril 1987