Le cinéma américain est le cinéma produit aux États-Unis. Il est considéré comme étant celui qui a le plus profondément façonné le cinéma au cours de son premier siècle d'existence, tant sur le plan des contenus et des techniques que sur les plans économique et culturel. Son cœur se situe à Hollywood, un quartier de Los Angeles, où est produite la majeure partie des programmes audiovisuels américains, télévisuels compris. Par métonymie, le mot peut désigner l'ensemble de l'industrie audiovisuelle américaine, ou du moins les studios importants.
La critique américaine Pauline Kael résume en le style des films hollywoodiens : . La formule lapidaire traduit l'importance des relations romantiques et de l'action qui caractérisent cette production, laissant dans l'ombre l'importance des aspects techniques, la qualité des techniciens, la maîtrise technologique, qui ont fait et font ce cinéma : le scénario, la mise en scène, les s, le montage, la musique, le son et les effets spéciaux.
Mais le cinéma américain est également une industrie puissante et très structurée, dans laquelle le financement et le marketing sont aux premiers rangs des critères de décision. Il s'inscrit également au sein du secteur du divertissement audiovisuel devenu le premier poste des revenus de l'économie des États-Unis à l'étranger. Les films produits aux États-Unis sont par exemple en Europe ceux qui réalisent la majorité des entrées en salle (62,5 % des entrées en 2001). Le cinéma hollywoodien est le premier vecteur de diffusion de la culture américaine à l'étranger, conjointement avec les séries télévisées.
Histoire vignette|Une salle de cinéma à New York (1917).
De l'invention du cinéma aux premiers films parlants (1891-1930) vignette|upright|L'affiche du film Naissance d'une nation (1915). thumb|upright|Jackie Coogan au côté de Charlie Chaplin dans Le Kid (1921). En 1891, l’industriel et inventeur Thomas Edison. et son bras droit, le Franco-Britannique William Kennedy Laurie Dickson, terminent la mise au point de la première caméra de cinéma, le Kinétographe, et inventent le format 35 mm à partir du ruban souple, transparent et lisse (sans perforations) en nitrate de cellulose, commercialisé par George Eastman et encore utilisé aujourd’hui. L'expérience montre à l'équipe d'Edison que l'entraînement de la pellicule, pour être régulier et créer des photogrammes de mêmes dimensions, nécessite la confection de perforations, d'abord sur un seul côté du film, puis, afin d'obtenir une meilleure stabilité au visionnement, de deux rangées de perforations encadrant les images. L’équipe d’Edison veut aller plus loin et cherche comment enregistrer en même temps le son d’une scène, mais elle échoue dans cette recherche particulière. De 1893 à 1895, Dickson, le premier réalisateur du cinéma, tourne environ soixante-dix. films. C’est Edison qui a l’idée de désigner les bobineaux de pellicule enregistrés par le mot anglais film. Ces enregistrements ont pour seul souci de conserver les prestations de gens du spectacle (acrobates, athlètes, tireurs d’élite, danseurs) et sont accessibles au public populaire à l’aide de kinétoscopes, des machines à visionnement individuel, regroupées bientôt dans des , boutiques très achalandées où l’on vient en payant un droit d’entrée écouter de la musique diffusée par des phonographes, inventés plus tôt par Edison, et voir des films en se penchant sur les œilletons d’une batterie de kinétoscopes. Les projections sur grand écran, venues d’Europe avec le Théâtre optique d’Émile Reynaud (1892) et le Cinématographe des frères Lumière (1895), aussi bien que des États-Unis avec celles de Woodville Latham et l’Eidoloscope (développé en 1895 par Eugene Lauste sous la direction de Dickson), provoquent l’arrêt de l’exploitation des kinétoscopes, mais les films prévus pour ces machines seront alors projetés sans difficultés.
Au début du , tandis que l'industrie cinématographique n'en est pas encore une, la plupart de ceux qui se lancent dans le cinéma aux États-Unis sont des immigrants pauvres, et plus particulièrement des immigrants juifs, venus de Russie, d'Allemagne ou d'Autriche-Hongrie. Ils débarquent à New York avec une volonté qui les distingue de leurs contemporains européens : pour eux, le cinéma est plus qu'un simple divertissement. Pour beaucoup, c'est la forme d'art principale qu'ils connaissent. .. Naissent ainsi des sociétés qui vont chacune s’illustrer dans la production de chefs-d’œuvre du cinéma. William Fox fonde en 1915 la Fox Film Corporation, qui deviendra la 20th Century Fox, Samuel Goldfish change son nom en Samuel Goldwyn et fonde en 1916 la Goldwyn Picture Corporation, qui deviendra la MGM, les frères Warner fondent en 1923 les Warner Bros Studios. Ces immigrés ne sont pas des lettrés, écrire une histoire n'est pas donné à tout un chacun. Dès leurs débuts, pour écrire les scénarios de leurs films, ils entrent en contact avec des écrivains renommés ou achètent les droits des pièces de théâtre de Broadway. Ils se disent avec raison qu'un film adapté d'un livre ayant déjà eu du succès a plus de chances de faire de bonnes recettes qu'un film au récit bricolé. Avec fierté, ces producteurs veulent se différencier des sociétés déjà fondées et se surnomment « indépendants ».
Dans les années 1900, les premiers producteurs indépendants de la côte Est tournent des petites bandes de 7 à dans la campagne du New Jersey autour de New York et l'hiver en Floride autour de Jacksonville qui devient la première ville du cinéma à la fin des années 1900 (Sidney Olcott inaugure cet héliotropisme en 1908).. Ils ont recours à l'autofinancement pour leurs films.. Ce dont on peut s'apercevoir dès les débuts du cinéma aux États-Unis, c'est que les producteurs ont un rôle qui va au-delà de l'aspect purement financier : ils participent à la création des films au même titre que les réalisateurs et les scénaristes.
Au cours des années 1910, Hollywood devient le principal centre de production de la nouvelle industrie cinématographique : une légende veut que les producteurs aient quitté la côte Est pour Hollywood afin d'échapper aux représentants du Trust Edison mais les détectives privés payés par Edison peuvent tout aussi bien débarquer sur les tournages des studios de Hollywood pour vérifier que les équipes utilisent des pellicules Eastman, monopole de la Motion Picture Patents Company, groupement de puissants intérêts dont ceux d'Edison. En réalité, une partie des producteurs est attirée par la Californie, sa luminosité et son climat ensoleillé (350 jours de soleil par an, comme l'alléguait l'office de tourisme de Los Angeles), la diversité de ses décors naturels (montagne, mer, forêt, désert), ses terrains à bas prix, l'absence de syndicats (qui apparaîtront dans les années 1930), une main d'œuvre cosmopolite (indiens, asiatiques, hispaniques pour des rôles de figurants). Les lieux de tournage ressemblent plus à des campements qu'à de véritables studios. W. Griffith installe sa compagnie La Biograph dès 1910 dans le quartier de Hollywood à Los Angeles. Il y réalise Naissance d'une nation en 1915, film qui rapporte de dollars. En 1912, Mack Sennett y fonde sur un terrain vague le studio Keystone qui devient le principal foyer du cinéma burlesque. Progressivement se forme une ville champignon. C'est au milieu des années 1910 que naissent les premières grandes stars du cinéma américain : Douglas Fairbanks, Florence Lawrence, Florence Turner, Mary Pickford et Charlie Chaplin, les acteurs étant jusque-là anonymes (la légende du cinéma raconte souvent qu'Hollywood a inventé les stars mais la firme Pathé en crée une dès 1910 avec Max Linder). Ces stars - Fairbanks, Pickford et Chaplin - s'associent en 1919 avec David Griffith pour former la United Artists, compagnie destinée à l'exploitation de leurs films respectifs. Dès 1917, avec le développement des budgets (décors, figurants, costumes) et des stars pour fidéliser le public, les studios ont recours au financement extérieur des particuliers et des banques dont le prêt est gagé sur les actifs que sont devenus les stars, les scénarios et les réalisateurs. Ils achètent des salles de cinéma, des salles de première exploitation comme des nickel odéons, dans les grandes villes du pays. L'industrie du cinéma s'organise et se transforme avec la création de deux associations - AMPAS ET WAMPAS - qui vont assurer la publicité et la promotion non seulement des cinéastes et des studios mais aussi celle des stars masculines et féminines américaines dans le monde entier.
Les années 1920 sont marquées par les productions de Cecil B. DeMille et avec elles des super-productions (Le Voleur de Bagdad, Ben Hur), les majors acceptant de faire de temps en temps un film de prestige pour participer à l'éducation des masses. Mais c'est surtout le succès international des premiers grands Westerns épiques (La Caravane vers l'Ouest, 1923, Le Cheval de fer de John Ford, 1924) qui édifie le mythique originel de l'Amérique et de ses pionniers. Dès les années 1920, les grands studios invitent parfois à prix d'or des acteurs (Erich von Stroheim, Greta Garbo, Conrad Veidt, Marlene Dietrich, Pola Negri, Rudolph Valentino, etc.) et cinéastes européens (Fritz Lang, Ernst Lubitsch, Billy Wilder, Maurice Tourneur, Alfred Hitchcock, Douglas Sirk, Victor Sjöström, etc.), l'émigration des cinéastes viennois et allemands étant accélérée dans les années 1930 par la montée du nazisme pour améliorer la qualité esthétique du cinéma hollywoodien (apport de Lubitsch dans la comédie sophistiquée et sa science du maniement des foules, de Wilder, Fritz Lang ou Otto Preminger dans le film noir, de Friedrich Murnau et son directeur de la photo Karl Freund dans l'art de l'éclairage), cela leur permet parallèlement d'éliminer des concurrents dangereux comme les studios de Babelsberg.. Les transferts culturels entre le cinéma européen et hollywoodien sont dès lors faits d'hybridation, de naturalisation et de changements d'identités..
En 1927, les grandes compagnies fondent l'Académie des arts et des sciences du cinéma. Bien qu'au départ, il s'agissait de contrer le projet d'unification des studios, le rôle le plus connu de cette académie est de décerner les Oscars, une récompense annuelle prestigieuse dont le retentissement est autant artistique que commercial. 1927 est également l'année de l'avènement du cinéma parlant (Le Chanteur de jazz). Si cette innovation a une répercussion mondiale qui donne au cinéma une nouvelle dimension, aux États-Unis, elle marque également la fin de l'âge d'or des comédies burlesques et de leurs gags purement visuels (Chaplin, Buster Keaton, Harold Lloyd, Stan Laurel et Oliver Hardy, Harry Langdon, Roscoe « Fatty » Arbuckle…). vignette|upright=0.8|Myrna Loy, la Reine de Hollywood.
De l'âge d'or hollywoodien des années 1930 aux difficultés de l'après-guerre thumb|upright|Rita Hayworth, une des grandes actrices du cinéma américain des années 1940. thumb|Ingrid Bergman et Gary Cooper dans Pour qui sonne le glas.