thumb|Hommage aux patriotes. L'affaire Louis MaillouxD'autres noms sont utilisés pour décrire les événements, tels qu'émeutes de Caraquet, révolte de Caraquet, etc. L'usage veut que l'on utilise le nom complet de Louis Mailloux en parlant des événements. est une série d'événements violents assimilés à une jacquerie ayant secoué la ville de Caraquet, au Nouveau-Brunswick (Canada), en .

La loi 87, votée en 1871, réforme le système d'éducation public de la province et améliore son financement. Cette loi est à l'origine de la Question des écoles du Nouveau-Brunswick qui, durant quatre ans, occasionne de nombreux problèmes politiques dans la province et dans le reste du Canada..

Caraquet est l'une des villes où l'opposition est la plus forte. La situation précaire d'une partie de la population, exacerbée par le contrôle d'une minorité de marchands anglophones, dégénère en . Plusieurs émeutes et manifestations, liées ou non entre elles et à la question scolaire, ont lieu. La police intervient à l'aide d'une milice et est plus tard rejointe par l'armée. Le , une fusillade a lieu dans la maison d'André Albert. Deux personnes, John Gifford et Louis Mailloux, y trouvent la mort.

Après une enquête expéditive, plusieurs procès judiciaires sont organisés pour juger les émeutes et la mort de John Gifford, mais en ignorant celle de Louis Mailloux. Finalement, toutes les accusations sont rejetées dans l'affaire et les accusés sont libérés ; cependant les événements auront déchiré la province.

Plus d'un siècle plus tard, les opinions sur ces événements sont toujours partagées et provoquent des controverses. L'affaire Louis Mailloux est présente dans la culture acadienne et a donné lieu à plusieurs œuvres musicales et théâtrales.

Contexte Contexte politique

État de l'éducation au Nouveau-Brunswick

L'éducation publique au Nouveau-Brunswick a suivi une lente évolution depuis son implantation en 1819.. Le réseau faisait face à un problème de financement, d'accès et de qualité, en plus d'un manque d'intérêt de la population.. La Loi des écoles de paroisse de 1858 tente de rendre l'éducation plus accessible et d'en augmenter la qualité, en plus d'instaurer l'élection de trois syndics (commissaires) scolaires au niveau des paroisses civiles.. Des imprécisions dans la loi causent une prolifération des écoles confessionnelles dans la province. Par ailleurs, le financement des écoles reste la responsabilité des parents des élèves inscrits, signifiant que les populations plus pauvres ont tendance à avoir une mauvaise éducation.. Pendant plusieurs années, la Confédération canadienne, le Chemin de fer Intercolonial, la fin du Traité de réciprocité canado-américain et les Raids féniens monopolisent la politique du Nouveau-Brunswick, au détriment de l'éducation.

Loi des écoles communes thumb|Édifice de l'Assemblée législative du Nouveau-Brunswick, à Fredericton. En 1869, le premier ministre George Edwin King prépare un projet de loi destiné à réformer le système d'éducation de la province. Face à l'opposition des principaux journaux catholiques, soit Le Moniteur acadien et The Morning Freeman, et aussi pour éviter de perdre le pouvoir, King retire son projet juste avant l'élection de 1870 et est réélu.. Le projet de loi est réintroduit à l'Assemblée législative du Nouveau-Brunswick en 1871. La Loi 87, ou Loi des écoles communes, (officiellement Common School Act en anglais), instaure les commissions scolaires et une taxe scolaire, rend les écoles non confessionnelles et interdit les symboles religieux. Malgré l'opposition de certains députés et une bataille médiatique, le projet de loi est adopté le ..

Question des écoles du Nouveau-Brunswick

thumb|left|upright=.75|Le premier ministre du Canada John A. MacDonald en 1868, archives nationales du Canada. Un mouvement se forme pour protéger les écoles catholiques, avec comme chefs de file les évêques Sweeney et Rogers.. L'affaire se déplace à la Chambre des communes du Canada. Le premier ministre John A. Macdonald refuse de défendre les catholiques, prétextant le partage des pouvoirs qui garantit le contrôle de l'éducation aux provinces. Les députés sont divisés à ce sujet., un amendement de la Constitution est proposé et le gouvernement du Nouveau-Brunswick sous-entend quitter la Confédération si le débat continue. Une motion de défiance est lancée contre Macdonald, mais n'a pas d'effet et les députés conservateurs du Québec, le parti du premier ministre, se rangent derrière leur chef.. À l'élection de 1872, les conservateurs perdent 7 députés au Québec, dont George-Étienne Cartier, mais Macdonald est tout de même reporté au pouvoir.. Cette élection favorise le nationalisme québécois, avec entre autres la victoire d'Honoré Mercier.. Ce dernier livre le un discours patriotique pour la cause des catholiques du Nouveau-Brunswick, qui rallie la plupart des députés Canadiens français.. Une motion proposée par John Costigan demande d'envoyer l'affaire devant le Comité judiciaire du Conseil privé, à Londres. La motion est votée le , qui, avec le Scandale du Pacifique, force Macdonald à donner le pouvoir au Parti libéral d'Alexander Mackenzie.. Lors de l'élection de 1874, Honoré Mercier n'est pas autorisé à être candidat libéral, malgré sa défense des catholiques.. Le gouvernement de Mackenzie sort vainqueur de l'élection et écarte aussitôt Anglin du débat, en le nommant Président de la Chambre des communes ; aucun catholique du Nouveau-Brunswick n'est à présent membre du cabinet. De plus, le Discours du Trône ne fait aucunement mention de la Question des écoles.. Le , les membres du Comité judiciaire du Conseil privé déterminent qu'ils n'ont rien à voir avec l'application de la Loi 87.

Entretemps, l'opposition catholique au Nouveau-Brunswick est réprimée..

Contexte socioéconomique

Société caraquetoise thumb|Caraquet, vers 1900.

La ville de Caraquet a été fondée par deux principaux groupes de pionniers : les premiers, des Acadiens rescapés du Grand Dérangement, s'établirent à l'ouest de la ville à partir de 1757. Ils pratiquent surtout l'agriculture, une activité encouragée par le clergé.. Le second groupe, établi à l'est de la ville, est composé de rescapés de la bataille de la Ristigouche, de gens originaires de Gaspésie et du Bas-Saint-Laurent, pour la plupart d'origine normande, ainsi que de quelques Micmacs. Ceux-ci pratiquent surtout la pêche et contribuent à la plus grande partie de l'approvisionnement en nourriture de la ville..

Pendant environ cinquante ans, les deux groupes se détestent et aucun mariage n'est célébré entre les deux groupes de familles fondatrices. Au début du , la présence des pêcheurs attira un troisième groupe d'habitants, anglophones et protestants cette fois, provenant du Royaume-Uni et de Jersey. Le nombre augmente à l'arrivée de la Charles Robin Company en 1837.. Les marchands s'installent dans le centre de la ville et construisent magasins, hangars et grandes maisons, des quais et autres infrastructures portuaires. En 1871, lors de l'éclatement de la question des écoles, Caraquet compte habitants, dont 79 anglophones.

Malgré leur faible nombre, les marchands anglo-protestants profitent de leurs liens avec la majorité anglophone de la province pour occuper différents postes gouvernementaux. Les marchands installent aussi un système de double monopole auprès des pêcheurs, qui sont payés avec des jetons pouvant uniquement être échangés dans les magasins de la compagnie. Lorsque le pêcheur n'a plus de jetons durant l'hiver, il achète à crédit. Les pêcheurs étant obligés de choisir entre les Robin, Rive, Young et Fruing qui utilisent tous la même méthode, ce qui crée une dépendance des habitants de l'est de la ville. C'est pour cette raison que le clergé encourage la population à pratiquer l'agriculture.

Élite caraquetoise thumb|left|upright=0.75|Robert Young, marchand et homme politique influent. thumb|upright=0.75|Joseph Pelletier, curé.

Vers la fin du , le Caraquetois le plus influent est Robert Young (1834-1904), établi en ville depuis 1851 pour diriger la succursale de l'entreprise de son père, James Young, de Tracadie. Young épouse Sarah Hubbard le . Il est élu à l'Assemblée législative du Nouveau-Brunswick en 1861 puis réélu en 1865 et 1866. Il ne se présente pas à l'élection de 1870, où Théotime Blanchard et Napier l'emportent. Young est nommé au Conseil législatif en 1867 et reste président jusqu'en 1883. Young est un fervent opposant à la Confédération canadienne et a appuyé sans succès John Meahan contre Timothy Anglin dans Gloucester, ce dernier étant venu à l'invitation du curé Joseph Pelletier..

James G.C. Blackhall (1827-1910) est né à Caraquet, de parents écossais. À la mort de son père John, survenue en 1857, il hérite de toutes ses fonctions civiles et devient alors juge de paix, maître des postes, officier des douanes, coroner, etc..

Philippe Rive est né à Saint-Pierre, à Jersey, en 1838. Il a émigré à Caraquet pour ouvrir un commerce de pêche et devient de plus consul de Norvège. Il épouse l'institutrice Catherine Dwyer, de Rexton, le ..

Joseph Pelletier est né en 1828 à Kamouraska, au Québec. Ordonné prêtre en 1853, il arrive à Caraquet en 1869. Il ouvre un couvent en 1874, dont il offre la direction à la Congrégation Notre-Dame de Montréal. Il est l'un des principaux opposants à la Loi 87 et fait la promotion d'un système d'écoles séparées pour la minorité catholique, comme ce qui se fait déjà au Québec pour la minorité protestante..

Théotime Blanchard est un instituteur né à Caraquet en 1844. Il est élu à l'Assemblée législative en 1870 et appuie le curé Pelletier. Il incite les citoyens de sa ville à ne pas payer la taxe scolaire..

Émeutes de Caraquet Formation du conseil scolaire En , une réunion est organisée par Théotime Blanchard pour nommer les officiers aux différentes charges publiques de la paroisse de Caraquet, dont les trois postes de commissaires scolaires en vertu de l'article 31 de la Loi des écoles communes. Ces nominations doivent être sanctionnées par le Conseil exécutif de la province, présidé par le Caraquetois Robert Young. L'ouverture des travaux est prévue pour le . Une réunion est convoquée à Caraquet par Young, le , à laquelle assistent uniquement des membres de la minorité anglophone de la ville. Les dix-neuf personnes présentes signent une pétition informant le Conseil exécutif de la non-validité de la réunion de novembre et que les commissaires nommés sont invalidés tel que le stipule l'article 31 de la Loi des écoles communes, faute d'avoir payé leurs taxes scolaires. Lors de la même réunion, un nouveau conseil scolaire est créé, formé de John Sewell, Philip Rive et James G.C. Blackhall. Catherine Dwyer, qui épousera Philip Rive un an plus tard, est nommée institutrice et on loue une école.. On informe l'institutrice qu'elle ne doit pas accepter les enfants des personnes s'opposant à cette réunion.. Robert Young présente lui-même la pétition au Conseil exécutif.

thumb|center|700px|Carte de situation.

Début des hostilités thumb|left|James G.C. Blackhall, marchand et commissaire scolaire.

Une seconde réunion est convoquée par Robert Young le , où l'on doit fixer les taux de taxation et les méthodes de préception. À la réunion, une motion propose Philip DuvalPhilip Duval (1840-1921), originaire de Jersey et de religion méthodiste, établi à Caraquet où il épouse Suzanne Cormier le 18 octobre 1866. comme président de l’assemblée. La plupart des gens votent contre, mais leur choix est ignoré parce qu’ils n’ont plus de droit de vote, n'ayant pas payé la taxe scolaire. Ceux-ci ont apparemment expulsé immédiatement le président et Blackhall. La réunion se termine sans que rien soit décidé..