Marie-Félicité-Denise Moke, plus connue sous le nom de Marie Pleyel, est une pianiste belge née le Certaines sources indiquent une naissance le . à Paris et morte le à Saint-Josse-ten-Noode (Bruxelles).
Elle est une des plus célèbres virtuoses du .
Marie Pleyel est un esprit libre aussi bien dans sa carrière que dans sa vie privée mais elle est très respectée sur la scène musicale européenne.
Biographie Marie-Félicité-Denise Moke est née à Paris le . Son père, Jean Jacques Moke, est un professeur de langues belge, originaire de Torhout, en Flandres. Sa mère, Maria Magdalena Segnitz est allemande et tient un magasin de lingerie à Paris. Elle a deux frères, dont l'historien et écrivain Henri Moke, professeur de l'Université de Gand et membre de l'Académie royale de Belgique.. Sa mère qui est aussi pianiste amatrice l'initie à la musique
Fiancée avec Hector Berlioz en 1830, elle rompt, probablement sur l'instigation de sa mère, pendant l'absence de Berlioz, parti pour Rome, et épouse le Camille Pleyel, compositeur et facteur de piano, fils d'Ignace Joseph Pleyel.
Au printemps 1830, Hector Berlioz s'éprend de Marie Moke. Prix de Rome en poche, il doit partir pour l'Italie, mais il se croit assuré d'épouser Marie. À la Villa Médicis, il ne reçoit pourtant ni nouvelles ni lettres de Marie. Il décide de rentrer à Paris. Sur le chemin du retour, à Florence, une lettre de Mme Moke mère lui apprend le prochain mariage de Marie avec le facteur de pianos Camille Pleyel. Berlioz ourdit aussitôt le projet d'un triple assassinat contre Marie, sa mère et Camille Pleyel, en n'oubliant pas son propre suicide.
Il entreprend de quitter l'Italie, malgré le Prix de Rome dont il perdrait le bénéfice s'il quittait l'Italie, et de se rendre à Paris pour tuer les deux femmes et son rival. Heureusement les circonstances et la raison reprennent le dessus et le funeste projet ne se réalise pas. Cependant Berlioz lui garde une rancune féroce. qu'il transpose dans une nouvelle des Soirées de l'orchestre, Euphonia ou la ville musicale, où elle apparaît sous le nom anacyclique d'Ellimac (Camille) puis sous celui, plus mystérieux, de Nadira.
Camille et Marie Pleyel ont un fils, Ignace Henry Pleyel (1832-1853) et une fille, Camille Louise Pleyel (1833-1856). Pendant son mariage, Marie Pleyel continue à enseigner le piano et à donner des concerts dans les salons parisiens et dans la salle Pleyel de la société de Camille Pleyel, rue de Rochechouart.
Marie Pleyel mène une vie libre et mouvementée. Elle a d'innombrables admirateurs et beaucoup d'amis intimes : les compositeurs Félix Mendelssohn Bartholdy, Frédéric Chopin, Robert Schumann, Ferdinand Hiller; les écrivains et poètes Félix Arvers, Alfred de Musset, Heinrich Heine, Alexandre Dumas (père et fils), Jules Janin, Emmanuel Gonzalès, Victor Hugo ; les peintres Eugène Delacroix, Adolphe Yvon etc.
Les époux se séparent après quatre ans de mariage et Camille Pleyel obtient le divorce pour infidélité le . Marie Pleyel vit alors quelque temps à Hambourg où elle se produit à plusieurs reprises en concert.
Carrière musicale
Débuts Enfant prodige au piano, Marie Pleyel donne son premier concert à l'âge de huit ans.
Son premier professeur de piano est Jacques Herz (1794–1880), frère de Henri Herz. Plus tard, elle étudie avec Ignaz Moscheles, alors de passage à Paris, puis Friedrich Kalkbrenner qui lui enseigne l'égalité d'aptitude des deux mains et la clarté.
À l’âge de quinze ans, elle est déjà connue en Belgique, Autriche, Allemagne et Russie comme une virtuose accomplie. Elle impressionne le public par l’aisance et la poésie de son interprétation de Beethoven et de l’école romantique..
Succès Elle fait des tournées en Angleterre, en Autriche et en Russie. C’est en Russie qu’elle entend le pianiste autrichien Sigismund Thalberg, qui exerce désormais sur elle une grande influence artistique.
En 1842, elle se rend à Bruxelles où vit désormais sa mère. Pendant cinq ans, elle se consacre à améliorer la puissance sonore de son jeu, développer de nouvelles nuances de couleurs tonales et de nouveaux accents toniques de son diapason dynamique. En 1845, elle reprend les concerts et se produit à Paris, d'abord dans les salons du facteur de piano Jean-Henri Pape, puis lors de deux concerts au Théâtre italien. Elle remporte un grand succès mais doit rentrer à Bruxelles auprès de sa mère, très malade.
En 1846, elle se rend à Londres où le succès est le même. Elle donne un grand nombre de concerts en France, se déplaçant avec ses deux grands pianos de concert.
En 1850, elle s'installe dans un hôtel de maître, l’actuel Hôtel Cohn-Donnay, au n°316 de la rue Royale, à Saint-Josse-Ten-Noode, dans la région bruxelloise où un pavillon de musique est construit pour qu'elle puisse y donner des concerts.
Elle organise aussi des soirées musicales dans les salons de sa maison bruxelloise, pendant lesquelles elle joue elle-même et présente ses meilleurs élèves ainsi que des artistes invités.
En , elle joue avec un orchestre dirigé par Hector Berlioz qui lui voue encore une rancune tenace et n'hésite pas à l'attaquer dans ses pamphlets. La mort de la fille de Marie Pleyel, Camille Louise Pleyel, à l'âge de 20 ans en 1856 met un terme à ses démonstrations de malveillance.
Reconnaissance par ses contemporains Marie Pleyel est en contact avec les personnes les plus connues et les plus influentes de son époque ; elle est un membre important et actif de l’élite artistique du milieu du . Bientôt elle est considérée comme l’un des meilleurs pianistes de son temps et est louée par les plus grands artistes de l'époque.
Les critiques louent sa technique brillante et son jeu à la fois clair et poétique.
Le critique François-Joseph Fétis écrit : .
Le professeur émérite de piano du Conservatoire de Paris Antoine-François Marmontel écrit (1816 Clermont Ferrand-1898 Paris) dit dans son ouvrage Les pianistes célèbres que les interprétations de Marie-Félicité Moke-Pleyel avaient la clarté de Kalkbrenner, la sensibilité de Chopin, l'élégance spirituelle de Herz et la brillance de Liszt.
Frédéric Chopin lui dédie son opus 9 « Nocturnes » composé entre 1830 et 1832 et, publié en 1833 (4)..
Franz Liszt la considère comme . Ils se produisent ensemble à Vienne en 1839. La technique de Marie est d'ailleurs comparée à celle de Franz Liszt.
François-Joseph Fétis déclare : « ...mais je déclare qu'aucun d'eux ne m'a donné, comme Madame Pleyel, le sentiment de perfection. ».
Heinrich Heine la considère parmi les plus grands pianistes « Thalberg est un roi, Liszt un prophète, Chopin un poète, Herz un militant, Kalkbrenner un troubadour, une sibylle, et Döhler un pianiste. »
Elle inspire à Gérard de Nerval la nouvelle Pandora et, pour partie, Aurélia. Alexandre Dumas père lui consacra un épisode de son récit intitulé "Une aventure d'amour"..
Peter Bloom écrit que Marie Pleyel « pourrait être la clé pour comprendre le fonctionnement du milieu musical du Paris musical autour de 1830 ».
La pianiste Clara Schumann voit en Marie Pleyel une potentielle rivale qui se distingue par ses qualités similaires aux siennes : une virtuosité technique alliée à une interprétation poétique. . Les deux femmes se rencontrent en personne en 1851.
Professeure au Conservatoire En 1848, Marie Pleyel est nommée professeure de piano au Conservatoire royal de Bruxelles où elle crée l'école de piano avec l’appui de François-Joseph Fétis. Elle y enseigne de 1848 à 1872.
Franz Liszt célèbre ses talents pédagogiques : « Il n'y a qu'une seule école appropriée à l'art (du piano) ; c'est celle de Madame Pleyel »..
Fin de vie Marie Pleyel meurt subitement le en 1875, à l’âge de , à Saint-Josse-ten-Noode. Elle est inhumée au cimetière de Laeken sous un monument funéraire d’inspiration antique conçu en 1876 par Hendrik Pickery et représentant une femme appuyée contre un sarcophage qui repose sur un socle sculpté du portrait de la pianiste.
Bien que célèbre et célébrée à son époque, l’histoire de la musique n'accorde pas une place très importante à Marie Pleyel. Sa liberté et son indépendance ont été souvent moquées ou méprisées. Ce mépris s’explique au moins en partie du fait qu’elle est une femme. De nombreuses femmes pianistes ont eu du succès au et peu d’entre elles sont encore mentionnées au début du .
Bibliographie
. Roman basé sur la vie à Bruxelles de Marie Pleyel. 530 p.
Notes et références
Liens externes
Biographie sur Musica et Memoria Biographie et document d'archive sur: https://sites.google.com/view/lenseignementdupianoaucrb/professeurs/1830-1900/marie-f%C3%A9licit%C3%A9-moke-pleyel
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