Le prieuré ou abbaye Saint-Martin-des-Champs est une ancienne abbaye catholique devenue prieuré, situé dans le de Paris.
Collégiale fondée en 1059 pour remplacer une basilique de la fin du détruite par les Normands, l'établissement est confié en 1079 aux Clunisiens et devient rapidement la principale dépendance de la puissante maison mère bourguignonne. L'abbaye comportait un enclos privilégié avec foire annuelle.
Grâce à la protection des rois et aux nombreux dons que le prieuré reçoit, celui ci peut fonder une trentaine de filiales réparties sur dix diocèses, et ses possessions s'étendent jusqu'en Angleterre. Le chœur de l'église priorale est édifié entre 1135 et 1155 environ. D'un style encore essentiellement roman, son déambulatoire, ses arcades en tiers-point, ses voûtes d'ogives et ses murs boutants annoncent déjà l'architecture gothique. Le plan est trop complexe pour qu'il connaisse une descendance directe, mais le chevet de Saint-Martin-des-Champs constitue néanmoins un prototype du déambulatoire à chapelles rayonnantes. Un nouveau réfectoire est construit entre 1225 et 1235, généralement considéré comme un chef-d'œuvre de l'art gothique rayonnant, et préservé jusqu'à ce jour. La nef actuelle n'est pas antérieure au milieu du , et comparée aux parties orientales et au réfectoire, son intérêt architectural est limité.
Le prieuré connaît encore d'importantes transformations au , quand la plupart des bâtiments médiévaux sont remplacés. La Révolution française met un terme à l'existence du prieuré en 1790. Ses bâtiments sont néanmoins préservés grâce à l'installation du Conservatoire national des arts et métiers (le CNAM) en 1798.
L'église est en grande partie restaurée, voire reconstruite, sous l'architecte Léon Vaudoyer, à partir de 1845. Vaudoyer crée aussi des bâtiments supplémentaires, qu'il convient de ne pas confondre avec ceux de l'ancien prieuré. Les plus importants, dont l'église, sont classés monument historique par liste de 1862.. La partie sud-est du déambulatoire et le clocher sont restaurés par Henri Deneux entre 1913 et 1916, et l'église accueille depuis lors une partie des collections du musée des Arts et Métiers. Une nouvelle campagne de restauration est entreprise à partir de 1993, et à cette occasion, les bâtiments du prieuré non encore protégés sont à leur tour classés aux monuments historiques par arrêté du .
Situation et accès Il est situé aux rue Saint-Martin.
Le quadrilatère compris entre les rues Saint-Martin, du Vertbois, Montgolfier et Bailly marque les limites de l'enceinte du prieuré Saint-Martin-des-Champs.
Historique Les origines 150px|thumb|gauche|Panneau Histoire de Paris « Regard de la Lanterne ». La Vita Martini de Sulpice-Sévère mentionne un passage de saint Martin à Paris en 385-386 au cours d'un de ses voyages entre Tours et Trèves pendant lequel, au moment où il franchit la porte de la ville, il embrasse et bénit un lépreux qui s'en trouve aussitôt guériSulpice Sévère, Vie de saint Martin, imprimerie Mame, Tours, 1861, (lire en ligne). Grégoire de Tours dans Histoire des Francs livre VIII mentionne un oratoire dédié à saint Martin construit à une porte de Paris à l'endroit où le saint avait guéri un lépreux miraculeusement protégé d'un incendie en 585Grégoire de Tours, Histoire des Francs, tome 1, (lire en ligne). Cet oratoire étant construit à une porte de Paris ne semble pas correspondre à l'église Saint-Martin-des-Champs.
thumb|Histoire du prieuré Saint-Martin-des-Champs – le roi Philippe et la consécration de l'église par les moines de Cluny.Manuscrit latin (1225-1275). Une basilique funéraire mérovingienne sans doute construite au ou est mentionnée pour une première fois dans une charte de 709/710 dans laquelle le roi Childebert III (ou IV) adjuge à l'abbaye de Saint-Denis les revenus d'une foire qui se tenait à Saint-Denis et avait été transférée dans la cité de Paris, entre les basiliques Saint-Martin et Saint-LaurentCartulaires d'Île-de-France : Saint-Martin-des-Champs. Cette église est de nouveau évoquée dans le dernier tiers du dans un polyptyque de Saint-Pierre-des-Fossés, avant le siège de Paris par les Normands qui a dû entraîner sa ruine. Son existence est confirmée lors des fouilles archéologiques menées en 1993 et 1994 à l'occasion de la rénovation du musée des arts et métiers, qui mettent au jour de nombreux sarcophagesPhilippe Plagnieux, « D’une chapelle de la Vierge l’autre : l’exemple du prieuré clunisien de Saint-Martin-des-Champs à Paris ». Le plan de la basilique est également révélé : elle se composait d'une nef moitié moins large et moins longue que la nef actuelle ; d'un transept débordant ; et d'un chœur composé d'une travée carrée et d'une abside en hémicycle. Le transept et le chœur s'inscrivaient presque entièrement dans l'abside actuelle, et il est intéressant de constater que l'axe était déjà le même. La limite entre transept et nef se situait à l'extrême fin de la nef actuelle, et son désaxement est hérité de la nef mérovingienne. Une abbaye fut fondée à côté de la basilique à une époque indéterminée. À la fin du , l'ensemble basilique et abbaye fut dévasté par les Normands. La reconstruction s'effectua beaucoup plus tard, et la basilique ne renaquit apparemment plus. L'église a été implantée sur une petite butte à côté des marais qui se trouvaient dans un ancien bras de la Seine inondé pendant les périodes de crue du fleuve.
En 1059 et 1060, le roi Henri y fonda une collégiale, à la fin de sa vie, ce qui donna sans doute la véritable impulsion pour la reconstruction de l'église. Le chantier fut poursuivi par son fils Philippe , et la dédicace a été célébrée le , en l'honneur de saint Martin de Tours. Le plan de cette collégiale est également connu grâce aux fouilles. Son abside avait une largeur et une profondeur de et occupait exactement l'espace de l'abside actuelle. En l'absence de transept, elle se raccordait directement à la nef, large de et longue de , sans compter le clocher-porche occidental, qui s'est effondré en 1453 et a été remplacé par un simple mur-pignon en 1455-1456Sous la direction de Jean-Marie Pérouse de Montclos, Le guide du patrimoine Paris, Hachette, Paris, 1994, , . À la mort du premier doyen du chapitre de chanoines en 1079, Philippe donna l'église et le temporel du chapitre à l'abbaye de Cluny, qui était déjà présente dans la région avec son prieuré de Longpont. Les treize chanoines durent partir. Saint Hugues, abbé de Cluny, envoie des moines et désigne Ourson comme premier prieur de Saint-Martin-des-Champs. Deux clochers flanquant l'abside sont élevés quelques années après l'arrivée des moines. Des absidioles y font suite vers l'est. Le clocher du sud et des vestiges de son absidiole sont actuellement les seuls vestiges qui restent des débuts du prieuré...
La construction du chœur actuel Rapidement, le prieuré Saint-Martin-des-Champs devient l'un des plus importants et des plus riches de l'Ordre de Cluny, notamment grâce à la protection des Louis VI et Henri d'Angleterre, et de nombreux membres de la haute noblesse. Ils font de nombreux dons à l'abbaye, tant de leur vivant que par leurs testaments. Les terres et revenus fonciers qui font souvent l'objet de ces dons permettent de fonder de nombreuses filiales, et au début du , trente prieurés répartis sur une dizaine de diocèses dépendent déjà de Saint-Martin-des-Champs. Ses possessions se situent en partie en Angleterre. Selon le prieur Pierre le Vénérable, futur abbé de Cluny, le nombre de moines, frères lais compris, atteint les trois cents.
Sous l'impulsion du prieur Thibaud II (1132-1142), l'enceinte de l'abbaye est fortifiée, et la construction du chœur de l'église est entreprise vers 1134 ou 1135. Aucun document n'atteste la date de début de chantier, et l'on connaît encore moins le nom du maître-d'œuvre. Ainsi, jusqu'à la publication d'une première étude archéologique par Eugène Lefèvre-Pontalis, la plupart des auteurs, y compris Eugène Viollet-le-Duc, avaient pensé que le chœur remonterait au dernier quart du . La comparaison avec d'autres monuments fait pourtant paraître évidente une datation plus tardive. Avant et surtout, l'église de Saint-Martin-des-Champs est considérée comme édifice pionnier pour le développement de l'architecture gothique, bien que faisant lui-même encore partie de l'architecture romane. Le grand diamètre des piles, la faible hauteur des voûtes d'ogives, la forte section de leurs nervures et la lourdeur de tous les profils permet à Lefèvre-Pontalis un rapprochement avec le style du massif occidental de la basilique Saint-Denis, commencé en 1140. En même temps, le chœur de Saint-Martin-des-Champs est moins avancé que toutes les autres églises qui jouent un rôle dans la naissance de l'art gothique, ce qui motive une datation du début du chantier quelques années plus tôt. La sculpture des chapiteaux renvoie peut-être à une période plus tardive, mais c'est plutôt dû au fait que les Bénédictins faisaient toujours appels aux meilleurs artisans. Les chapiteaux des arcatures plaquées de la chapelle tréflée est en même temps encore résolument roman. Sur un plan général, Saint-Martin-des-Champs joue un rôle important pour la diffusion du plan à déambulatoire et chapelles rayonnantes, mais la complexité de son plan et ses irrégularités résultant de diverses contraintes et de l'inexpérience du maître-d'œuvre ne sont pas propices à une imitation directe. Seul le double déambulatoire de Saint-Denis semble inspiré par Saint-Martin-des-Champs, et apporte une régularisation de son concept. — La dédicace du nouveau chœur est célébrée un , mais l'on ignore malheureusement l'année. Thibaud II est nommé évêque de Paris vers 1143 : l'on imagine qu'il a accordé des faveurs au prieuré, permettant un achèvement rapide du chantier.......
Les travaux du thumb|upright|left|Saint-Martin-des-Champs et son enclos sur le plan de Truschet et Hoyau (vers 1550) avec l'échelle placée Cour Saint-Martin, rue Aumaire, derrière l'église Saint-Nicolas-des-Champs, où sont attachés des condamnésLouis Tanon, Registre criminel de la justice de Saint-Martin-des-Champs, . thumb|Plan de Paris vers 1300-1330 avec l'enclos de Saint-Martin-des-Champs. Les Archives nationales conservent une grande partie des archives du prieuré, mais d'importantes lacunes existent sur le plan des sources liturgiques médiévales, disparues lors d'un incendie au ., et des différents travaux menés au Moyen Âge. Sous le priorat de Baudoin, au cours du premier tiers du , et plus probablement entre 1225 et 1235, le cloître gothique est élevé au nord de l'église. Aucun document témoignant de sa construction ne subsiste, et puisqu'il a été jeté bas au début du , seuls des vestiges lapidaires en restent. Ils ont permis à Danielle Valin-Johnson et Philippe Plagnieux de proposer une datation. Ce même auteur pense que la nef, elle aussi, date des années 1130, ce que montreraient les contreforts et le remplage des fenêtres, qui est proche du dessin des baies hautes du chevet de la basilique Saint-Denis. Les parties basses du mur méridional proviendraient toutefois de la nef du , et il en va sans doute de même du mur septentrional, dont l'appareil n'est pas visible.
Le nouveau réfectoire, chef-d'œuvre du gothique rayonnant, est apparemment édifié plus ou moins simultanément. Ses dimensions sont impressionnantes : il mesure de long pour de large. Il est souvent attribué à l'architecte Pierre de Montreuil, mais les similitudes avec les rares œuvres pouvant être attribuées à ce maître sont minces, et comme la Sainte-Chapelle, il est plus prudent de soustraire le réfectoire de Saint-Martin-des-Champs de la liste de ses œuvres. Restauré au milieu du par Léon Vaudoyer, il sert de bibliothèque au Conservatoire national des arts et métiers en 1852, mais n'est pas ouvert à la visite. Seule son élévation septentrionale est bien dégagée ; elle est visible depuis la cour d'honneur.