Les Crocodiles, Crocodylinae, sont une sous-famille de crocodiliens de la famille des Crocodilidés.
Étymologie Le mot vient du latin , lui-même issu du grec ancien , qui, selon Hérodote serait initialement le nom donné par les Ioniens aux lézards épineux des murailles et par analogie aurait été étendu aux crocodiles vivant dans le Nil. La forme actuelle, « crocodile », a longtemps coexisté avec le crocodelle et cocodrille avant d'être seule conservée au .
Description
Les crocodiles vivent dans les régions chaudes. Toutes les espèces fréquentent les eaux douces (même le crocodile marin, en particulier durant les saisons tropicales humides). Ils vivent immergés dans des cours d'eau stagnante où ils passent leurs journées à guetter leurs proies. Ils peuvent rester 50 minutes sous l'eau, soit assez de temps pour préparer des embuscades. Ils sont très agiles dans l'eau, plutôt maladroits sur la terre ferme, bien qu'ils puissent courir assez rapidement. Les crocodiles sont parfaitement adaptés à la vie aquatique. Leurs poumons peuvent se déplacer vers l'avant ou l'arrière de leur corps. Cette capacité leur permet de garder leur tête au-dessous de l'eau et leur corps immergé, complètement cachés dans les marécages boueux. Leurs yeux, leurs oreilles et leurs narines sont placés très haut sur le crâne, ce qui leur permet de voir, de respirer et d'entendre ce qui se passe aux alentours tout en passant inaperçus de leurs proies. Certains crocodiles sont parmi les plus grands reptiles. Le crocodile marin et le crocodile du Nil atteignent ou dépassent de long. Ils se nourrissent d'animaux qui viennent boire à la rivière, les capturent grâce à leurs puissantes mâchoires et les entraînent au fond de l'eau afin de les noyer. Leur mâchoire peut développer une force de plus de . Ils ont plusieurs paires de muscles qui leur permettent d'engendrer ce mécanisme mortel. Une paire de muscles située à l'arrière de la tête leur permet de produire la force nécessaire pour surgir de l'eau et surprendre leur proie à l'aide d'une morsure fatale et deux paires de muscles situées aux extrémités de leurs mâchoires pour empêcher leur crâne de se fracasser. Ces deux paires de muscles absorbent une partie de la force produite. Puis le crocodile déchiquette et lacère sa proie avec de brusques mouvements de tête et en tournant sur lui-même. À force de rentrer et de sortir hors de l'eau, la proie se noie malgré ses efforts. Le crocodile, lui, possède une valve qui s'ouvre et se ferme au fond de sa gueule. Celle-ci lui permet d'éviter de se noyer avec sa proieUn crocodile peut rester sous l'eau sans respirer pendant ..
Les crocodiles du Nil ne s'alimentent plus si la température est inférieure à et ils ne sont plus capables de nager si la température est inférieure à .. L'espérance de vie d'un crocodile peut atteindre 100 ans..
Taille Les différentes espèces de crocodiles présentent un dimorphisme sexuel, les mâles sont plus imposants que les femelles. La taille des crocodiles diffère aussi selon les espèces. La plus petite est le Crocodile nain, mesurant à l'âge adulte entre , alors que le Crocodile marin peut dépasser .
Le plus grand crocodile au monde est Lolong, un crocodile marin de et pesant 1075 kg , capturé en 2011 près de Bunawan aux Philippines, et mort en . Dès lors, le plus grand crocodile vivant connu est Cassius, long de et pesant résidant en captivité à l'île Verte (Queensland, Australie). Il est mort en .
Système cardiovasculaire Le crocodile est un animal qui pratique régulièrement la plongée pour chasser et reste également en immersion pour sa digestion. Le système cardiovasculaire du crocodile est constitué de deux ventricules, deux oreillettes et deux aortes qui permettent de transporter le sang oxygéné et le sang désoxygéné. Le crocodile possède une structure particulière de son système cardiovasculaire, une petite ouverture qui permet la communication entre les deux aortes, le foramen de Panizza. Cette structure permet de rediriger le sang riche en dioxyde de carbone (CO2) provenant du ventricule droit vers la circulation systémique qui alimente les organes..
À la surface, les deux aortes sont remplies de sang oxygéné grâce au foramen qui permet leur communication. L’apport en oxygène est donc maximal. Lorsque le crocodile est immergé, une valve bloque l’alimentation en oxygène des poumons ce qui provoque le passage du sang désoxygéné dans les aortes par le biais du foramen. Cette particularité permet de favoriser la digestion. La digestion nécessite la production d'acide chlorhydrique (HCl). L’augmentation du dans le sang lors de la plongée permet de produire davantage de protons H+, nécessaire à la production d’HCl. La digestion est accélérée..
Cette particularité est une adaptation du système cardiovasculaire des crocodiles pour un régime alimentaire constitué de proies imposantes et longues à digérer.
Reproduction
vignette|Bébés crocodiles sortant de l'œuf (Ferme aux crocodiles, chutes Victoria, Zimbabwe). À l'époque de la reproduction, les femelles choisissent l'endroit où creuser leur nid pour y pondre leurs œufs (dans le sable, de la boue, de la terre, près de l'eau, parfois dans des monticules de végétations). Elles les recouvrent ensuite et montent la garde jusqu'à l'éclosion qui a lieu une centaine de jours plus tard. Les œufs et les bébés crocodiles sont une des proies préférés des serpents. La température du nid décide si tous les bébés seront des mâles ou des femelles. En sortant de l’œuf, les petits crocodiles poussent des cris aigus. Ils percent leur coquille à l'aide d'une petite dent spécifique, qui tombera peu de temps après leur éclosion. À ce signal, la mère vient les délivrer du sable. Elle les dépose ensuite dans une poche située au fond de sa gueule et, les mâchoires à demi fermées, les descend un à un vers la rivière.
Chez plusieurs espèces de crocodiles, un des parents s'occupe des petits pendant plusieurs mois après l'éclosion.
Perturbations endocriniennes Des problèmes d'intersexuation ont plusieurs fois été signalés chez des crocodiles ou caïmans et expliqués par des perturbateurs endocriniens (pesticides ayant contaminé leur milieu par exemple).
Le premier exemple date des années 1990, quand une étude a montré que les alligators masculins du lac Apopka (en Floride) étaient contaminés par des produits chimiques féminisants qui perturbaient le système reproducteur des mâles (pénis anormalement petits, et baisse du taux de testostérone)Mitch Leslie (2017) Something is changing the sex of Costa Rican crocodiles | BiologyPlants & Animals |doi:10.1126/science.aap7822.
Le dernier cas en date vient d'être décrit en 2017 dans le au Costa Rica : les mâles de l'espèce Crocodylus acutus y sont quatre fois plus nombreux que les femelles alors que le réchauffement de cette partie du Costa Rica devrait au contraire faire pencher la balance en faveur des femelles. Les chercheurs ont montré que les animaux sont contaminés par une hormone synthétique masculinisante ( ou MT, parfois utilisée en médecine pour des hommes carencés en testostérone et pour des femmes âgées atteintes de cancer du sein), et parfois dangereusement utilisée dans le culturisme comme produit dopant [de la musculature]). Dans le cas présent, ce produit pourrait peut-être provenir des égouts de villes périphériques et/ou de piscicultures situées en périphérie de l'aire protégée du parc ; là les pisciculteurs utilisent des aliments enrichis en cette hormone MT pour transformer les tilapia femelles en mâles qui grandissent plus vite en augmentant les profits du pisciculteur.
En 2017 les scientifiques tentent de vérifier si la MT pourrait aussi modifier le comportement des animaux (et si cela a des effets dans d'autres lieux où les crocodiles et les piscicultures coexistent, ou sur d'autres espèces aquatiques, tortues et oiseaux notamment)Mitch Leslie (2017) The case of the macho crocs |Science |1er septembre 2017: Vol. 357, Issue 6354, pp. 859-861|DOI: 10.1126/science.357.6354.859.. Cette masculinisation de la population de ces crocodiles pose des problèmes préoccupants de santé reproductive car ce parc est le bastion de cette espèce considérée comme vulnérable, mais aussi car ce type d'hormone pourrait rendre ces mâles plus agressifs. Le sexage de 474 individus sur 7 sites du parc a conclu en 2017 que 80 % des individus étaient mâles et 60 % des adultes en âge de se reproduire, taux qui était plus déséquilibré que celui de l'étude précédente (3,5 mâles par femelle). Contrairement à ce qu'on pensait, cette hormone synthétique ne se biodégrade pas assez vite dans certaines conditions de terrain, note Jeffrey McCrary, écologue à l'Université nationale autonome du Nicaragua à Managua. Les études préalables à la mise sur le marché de cette hormone pour la nourriture animale avait conclu à l'absence de danger pour le consommateur, omettant de vérifier si l'urine, le mucus ou les excréments des poissons ou des cadavres de poissons d'élevage la diffusaient dans l'environnement à des doses actives ou si des poissons échappés d'élevage pourraient éventuellement contaminer la faune sauvage.
Les perturbateurs masculinisants (pseudo-androgènes) sont plus rares que les féminisants. L'acétate de trenbolone qui est un stéroïde synthétique utilisé pour doper la croissance du bétail avait déjà été pointé et jugé préoccupant : il réduit la fertilité de petits poissons cyprinidés (et en laboratoire transforme le poisson zèbre féminin en mâle, tout en induisant d'autres effets masculinisants). Mais le MT n'avait pas encore été repéré comme perturbateur endocrinien environnemental selon l'endocrinologue et toxicologue Christopher Martyniuk (de l'université de Floride).
Taxinomie Espèces actuelles Genre Crocodylus Laurenti, 1768 : Crocodylus acutus Cuvier, 1807 — Crocodile américain. Murray, Russo, Zorrilla & McMahan, 2019. Crocodylus intermedius Graves, 1819 — Crocodile de l'Orénoque. Crocodylus johnstoni Krefft, 1873 — Crocodile de Johnston. Crocodylus mindorensis Schmidt, 1935 — Crocodile des Philippines. Crocodylus moreletii Duméril and Bibron, 1851 — Crocodile de Morelet ou Crocodile d'Amérique centrale. Crocodylus niloticus Laurenti, 1768 — Crocodile du Nil. Crocodylus novaeguineae Schmidt, 1928 — Crocodile de Nouvelle-Guinée. Crocodylus palustris Lesson, 1831 — Crocodile des marais. Crocodylus porosus Schneider, 1801 — Crocodile marin. Crocodylus rhombifer Cuvier, 1807 — Crocodile de Cuba. Crocodylus siamensis Schneider, 1801 — Crocodile du Siam. Crocodylus suchus Geoffroy, 1807 — Crocodile d'Afrique de l'ouest ou Crocodile du désert. Genre Mecistops Gray, 1844 : Mecistops cataphractus Cuvier, 1825 — Faux-gavial d'Afrique ou Crocodile à nuque cuirassée. Mecistops leptorhynchus Bennett, 1835. Genre Osteolaemus Cope, 1861 : Osteolaemus tetraspis Cope, 1861 — Crocodile nain ou Crocodile à front large.
Genres fossiles thumb|Crocodylus anthropophagus (espèce éteinte). D'après †Aigialosuchus Persson, 1960 †Australosuchus Willis and Molnar, 1991 †Euthecodon Fourtau, 1920 †Tadzhikosuchus Efimov, 1982 †Rimasuchus Storrs, 2003 †Voay Brochu, 2007
Répartition thumb|droite|upright=2.5|Distribution des crocodiles par espèces. Les crocodiles se rencontrent dans les régions tropicales humides.
Phylogénie Cladogramme d'après Brochu et Storrs (2012). :
Phylogénie moléculaire des espèces actuelles. :
Les crocodiles et l'homme
En 2022, les statistiques mondiales écologiques estiment que les crocodiles causent environ 400 attaques mortelles par an sur l'homme.
Beaucoup d'espèces sont menacées. Entre 1970 et 2012, les populations de crocodiles vivant dans les lacs et les rivières ont chuté de 72 %.
Économie
Ferme