Le dialecte pontique ou grec pontique (en grec : , ou ) est un dialecte du grec moderne parlé à l’origine sur les rives du Pont-Euxin, notamment sur les côtes sud de la mer Noire, et actuellement surtout en Grèce. Ses locuteurs sont les Grecs pontiques. Il est aussi quelquefois appelé « romaïque » (), dénomination qui provient de Ρωμαίοι : « Romées », en turc Rum, désignant les anciens ressortissants de l’Empire byzantin, dont le nom officiel était « Romania » (« Empire byzantin » est un néologisme créé par Hieronymus Wolf au ).
Le pontique descend du grec ionien via la koinè et le grec byzantin ; il a subi les influences du turc et du persan, ainsi que des langues balkaniques dans le groupe Niotique, et de l’arménien et des langues caucasiennes dans le groupe Trébizondiaque-Chaldiote.
Dialectes Le linguiste grec Manólis Triantaphyllídis a divisé le pontique en deux groupes : groupe ouest (niotique) nommé d'après la ville d’Oinoé/Ünye, entre Sinope et Trébizonde, allait d’Oinoé à Odessa en passant par les bouches du Danube ; groupe est allait de la région de Kerason/Giresun jusqu’en Crimée en passant par la Géorgie, et présentait deux variantes : le sous-groupe côtier (trébizondiaque) autour de Trébizonde/Trabzon, en Lazique, en Crimée et en Géorgie, le sous-groupe intérieur (chaldiote) dans et au sud des Alpes pontiques, de Chaldia ou Kanin/Kelkit (près d’Argyroupolis/Gümüşhane), ainsi qu’autour de Baibourt/Bayburt, de Kotyora/Ordu, etc.
Au les locuteurs du pontique chaldiote étaient les plus nombreux. En phonologie, quelques variétés de pontique appliquent l’harmonie vocalique, une caractéristique bien connue du turc (Mirambel 1965).
Localisation Dans l’Antiquité, le grec ionien, lingua franca sur tout le pourtour de la Mer Noire à partir du , évolua vers une forme paléopontique (Παλαιοποντιϰή) de la koinè, parlée par les classes populaires, tandis que l’élite intellectuelle des villes s’exprimait en koinè classique. Avec les Invasions barbares, à partir du , cette élite disparaît, ainsi que de nombreux villages. Le peuplement pontique se replie alors sur les côtes sud de la mer Noire, dans l’Empire byzantin, où les Pontiques se maintiennent ensuite sous la domination turque, malgré la conversion à l’islam des plus modestes, las de subir le haraç (capitation sur les non-musulmans) et la pédomazoma (enlèvement des garçons pour le corps des janissaires)Voir : Grecs pontiques : Diaspora, identité, territoires (présentation d'un ouvrage collectif sur le sujet) (recension et présentation)..
Tous les Pontiques ne se convertissent pourtant pas, et, avec l’avancée des États chrétiens vers le sud (Russie, Roumanie, Bulgarie) et le développement économique de ces régions, un nombre substantiel de locuteurs migra aux et vers les côtes de l’ouest, du nord et de l’est de la mer Noire, réinvestissant les ports fondés par leurs ancêtres Ioniens. Les massacres des années 1910 en Turquie augmentèrent encore leur nombre, puis les locuteurs chrétiens survivants restés en Asie Mineure furent soumis à l’échange de population du Traité de Lausanne de 1923, et furent réinstallés en Grèce, surtout au nord du pays ; ceux qui ne voulurent pas partir passèrent à l’islam et, en public, à la langue turqueP. Mackridge, Greek-Speaking Moslems of North-East Turkey: Prolegomena to Study of the Ophitic Sub-Dialect of Pontic, Byzantine and Modern Greek Studies 11: 115–137, 1987 ; Vahit Tursun, Romeyika : chat, forum et musique en pontique, grec, turc, allemand et anglais permettant aux pontiques du monde entier de dialoguer dans leur langue natale : - site en pontique en lettres latines..
Le pontique bénéficia d’un usage littéraire durant les années 1930, ainsi que d’une grammaire scolaire (Topkhará 1898 rééditée en 1932). À partir du milieu du , la plupart des Pontiques de l’ouest (Bulgarie et Roumanie), du nord (URSS) et de l’est (Caucase soviétique) fuirent la dictature qui sévissait alors dans ces pays en profitant de la « Loi du retour » grecque, qui leur accorda l’avantageux statut de réfugiés en Grèce en tant qu’homogeneis (ομογενείς – « Grecs de souche »).
Dans la première décennie du , le pontique était encore parlé par quelques centaines de personnes en Dobrogée (Bulgarie et Roumanie), en Crimée et en Géorgie (Poti et Batoumi), mais ils ont soit émigré, soit changé de langue, et depuis, la quasi-totalité des locuteurs vit en Grèce. En Grèce, le pontique est maintenant utilisé davantage comme un emblème identitaire que comme moyen de communication ; il reste une production littéraire en pontique, bien que limitée, comprenant des traductions de la Bande dessinée Astérix.
Les habitants de la vallée d’Of, qui s’étaient convertis à l’islam dès le , restèrent en Turquie en tant que Turcs : ils parlaient le pontique jusqu’à une date récenteP. Mackridge, Op. cit. 1987 mais, après les polémiques suscitées par les articles d’Ömer Asan et par le film En attendant les nuages de Yeşim Ustaoğlu (2005) sur leur vie et sur leur statut de survivants d’un génocide, la plupart sont passés au turc en raison de l’extrême nationalisme régissant la culture politique et la société turqueVoir : Nikos Doukas, The Pontian muslims at the target of Turkey..
Au début du , la répartition était la suivante :
En Grèce : en 2001, surtout en Macédoine (Thessalonique, Kilkís, Dráma, Ptolemaïda). En Roumanie : 450 locuteurs à Constanța en 2002, mais plus aucun en 2011. En Turquie (région du Pont, vallée d’Of…), jusqu’en 1996, le pontique était encore parlé en privé, même si ses locuteurs se cachaient, car son usage était interdit. La parution à Istanbul en 1996 de l’ouvrage « La culture du Pont » (Pontos Kültürü) de l’historien turc Ömer Asan dévoila l’existence de nombreux locuteurs du pontique, peut-être , notamment dans une soixantaine de villages aux alentours de Trébizonde. Compte tenu du nationalisme exacerbé devenu partie intégrante de l’identité turque, Ömer Asan fut accusé de « trahison », d’« insulte à la mémoire d’Atatürk », de vouloir le « démembrement de la Turquie » ou d’y « réintroduire le christianisme et l’hellénisme ». Il fut déféré devant les tribunaux et finalement acquitté, mais depuis cette affaire, les pontiques, déjà islamisés, évitent d’employer leur langue et passent progressivement au turc ; peut-être reste-t-il encore environ autour de : Θωανία/Thoanée/Tonya : (17 villages) Χυσσός/Hyssos/Sürmene : (6 villages) Κάτο-Χοριό/Kato-Chorio/Çaykara : (17 villages) Κοντός/Kondos/Dernekpazarı : (13 villages) Σαραχοριό/Sarachorio/Uzungöl, Θολό-Πηγή/Tholo-Pigi/Şeraksu : (6 villages) Ματσούκα/Matsoúka/Maçka : pas d’information Σπυροδρόμο/Spyrodromo/Torul, Γρανιότα/Graniota/Yağlıdere, Σάντα/Santa/Dumanlı, Χρώμνα/Cromna/Kromni : pas d’information.
Archaïsmes Grammaire Préservation de l’ancienne prononciation de comme ( = , = , = , = , = , = , = etc). Préservation de l’ancienne prononciation de comme alors que dans la koinè elle a évolué en ( = , , etc). Préservation de l’ancien suffixe nominatif neutre des noms dénominatifs en (, ). Préservation de la suite consonantique ionienne au lieu de la suite de la koinè (, , ). Préservation de la terminaison des adjectifs composés féminins en (, , ). La déclinaison des noms masculins à nominatif singulier en donne au génitif ( → , → , → , → etc). La forme d’impératif aoriste en (, , , , , ). La terminaison verbale à la voix moyenne en (, , ). La terminaison d’aoriste passif en (ancien ) : , , etc. La forme de l’impératif passif aoriste en (ancien ) : , , . L’utilisation sporadique des infinitifs (, , , , , , ). L’ancienne accentuation des noms au vocatif : , , . L’utilisation sporadique de à la place de : .
Comparaison avec le grec ancien Exemple 1 : pontique en (« est »), grec ancien estí (), forme idiomatique de la koinè énesti (), forme biblique éni (), grec moderne íne () Exemple 2 : pontique temeteron (« notre »), grec ancien tò(n) heméteron (), grec moderne to(n) … mas () Exemple 3 : diminutif pontique pedhin (« enfant »), grec ancien paidíon (), grec moderne pedhí () Exemple 4 (issu de 2 et 3) : pontique temeteron to pedin (« notre enfant »), grec ancien et koinè tò heméteron paidíon (), grec moderne to pedí mas ()
1. Dans le grec de Trabzon, ajout du son /e/ à l’ancien suffixe aoriste : Pontique Grec ancien ipíne pathíne apothaníne piíne iδíne fiíne evríne kamíne faíne mathíne erthéane meníne
2. Infinitif en identique Pontique Grec ancien anevίne katevine embine evjine epiδeavine kimethine xtipethine evrethine vrasine raine
3. Aoriste 1 en changé en aoriste 2 en : Pontique Grec ancien κράξαι μεθύσαι
4. Infinitif aoriste /e/
, , , , , ,
5. Suffixe aoriste en –ka identique (-ka était aussi le suffixe normal du parfait) : Pontique Grec ancien eδoka enδoka epika efika ethika
6. Infinitif en –ine se change en -eane
Pontique Grec ancien ertheane
Notes et références
Voir aussi
Bibliographie Faruk Bilici, « Rumluk après rumluk : la survivance de la langue et de la culture grecques sur les côtes de la mer Noire turque », Anatoli, vol. 1, 2010, éditions du CNRS, pp. 235-251. Faruk Bilici, « Que reste-t-il de la langue et de la culture grecques sur les côtes turques de la mer Noire ? », Cahiers balkaniques, 38-39, 2011, 325-342. Georges Drettas, Aspects pontiques, ARP, 1997, . « … marque le début d’une nouvelle ère dans la dialectologie grecque. C’est non seulement la première grammaire compréhensive du pontique qui n’est pas écrite en grec, mais c’est aussi la première grammaire complète sur un dialecte grec écrite, selon les mots de Bloomfield, “en termes de sa propre structure“. » Özhan Öztürk, Karadeniz: Ansiklopedik Sözlük, 2 Cilt, Heyamola Yayıncılık, İstanbul, 2005 . . Gheorghe Sarafidi, Dictionar român-pontic, Ed. D.S.Garofil, Constanța, 1999. Τομπαΐδης, Δ.Ε., 1988, Η Ποντιακή Διάλεκτος, Αθήνα, Αρχείον Πόντου, (Tompaḯdis, D.E., 1988, Le Dialecte pontique, Athènes, Archeíon Póntou.) Τομπαΐδης, Δ.Ε. ϗ Συμεωνίδης, Χ.Π., 2002, Συμπλήρωμα στο Ιστορικόν Λεξικόν της Ποντικής Διαλέκτου του Α.Α. Παπαδόπουλου. Αθήνα, Αρχείον Πόντου. (Tompaḯdis, D.E. and Simeonídis, C.P., 2002, Suppléments au Dictionnaire historique du dialecte pontique d’A.A. Papadópoulos, Athènes, Archeíon Póntou.) Παπαδόπουλος, Α.Α., 1955, Ιστορική Γραμματική της Ποντικής Διαλέκτου, Αθήνα, Επιτροπή Ποντιακών Μελετών. (Papadópoulos, A.A., 1955, Grammaire historique du dialecte pontique, Athènes, Comité des études pontiques.) Παπαδόπουλος, Α.Α., 1958–61, Ιστορικόν Λεξικόν της Ποντικής Διαλέκτου, 2 τόμ., Αθήνα, Μυρτίδης. (Papadópoulos, A.A., 1958–61, Dictionnaire historique du dialecte pontique, 2 volumes, Athènes, Mirtídis.) Οικονομίδης, Δ.Η., 1958, Γραμματική της Ελληνικής Διαλέκτου του Πόντου, Αθήνα, Ακαδημία Αθηνών. (Oikonomídis, D.I., 1958, Grammaire du dialecte grec du Pont, Athènes, Académie d’Athènes.) Τοπχαρά, Κ. 1998 , Η Γραμματική της Ποντιακής: Ι Γραματικι τι Ρομεικυ τι Ποντεικυ τι Γλοςας, Θεσσαλονίκη, Αφοί Κυριακίδη. (Topchará, K. 1998 , La Grammaire du pontique, Thessalonique, Éditions Kiriakídi Frères.)
Articles connexes Linguistique Liste de langues Langues par famille Langues indo-européennes Langues helléniques Grec moderne Romeyka Pontiques (peuple)
Liens externes Mark Janse, Aspects of Pontic grammar, article de Drettas (1997) qui résume les points essentiels du livre.
Le grec de Trébizonde : une langue sans langue Informations sur les Pontiques Forum et informations pontiques
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