thumb|Thangka de médecine : Les racines de la santé et de la maladie
La médecine traditionnelle tibétaine ou Sowa-Rigpa est une médecine traditionnelle dont certains aspects empruntés à la médecine indienne, chinoise et grecque via la perse remonteraient à près de et qui fut codifiée plus tardivement au travers des « Quatre Tantras Médicaux » de Yutok Yonten Gonpo au .
Histoire Origines La médecine au Tibet avant le alors principalement marqué par la culture de la tradition bön, était basée sur un texte dénommé en Tamdin Sither Bradley, Principles of Tibetan Medicine: What it is, how it works, and what it can do for you, Revised Edition Discovering Holistic Health, Singing Dragon, 2013, , .
Origine indienne et influence bouddhiste vignette|Bouddha de médecine. Au , la médecine est développée en Inde du Nord, notamment à Taxila, l'école du médecin , appelé rGyun-shes-kyi-bu en tibétainMassin, , .
C'est au que deux sages médecins, un homme, Vidjaya (Vijay) et une femme, Vimala (Belha), originaires d'Inde se rendirent au Tibet. Ils y restèrent plus d'une décennie, s'employant à soigner et transmettre leur savoir Terry Clifford, Lokesh Chandra, La Médecine tibétaine bouddhique et sa psychiatrie : La Thérapie de diamant, Dervy, 1998, , . Le roi du Tibet de l'époque, Lha Thothori Nyantsen, fut très touché par leur bonté et offrit une de ses filles en mariage à Vidjaya. Ils eurent un enfant, Dounggui Tor-tcho (Dungi Thorchog), qui devint un médecin célèbre. Il fonda la première lignée médicale dont le plus éminent représentant est Yutok Yonten Gonpo le jeune au .
Chandranandana, disciple de Vagbhata, écrivit en sanskrit dans la continuité de l'ayurveda classique, enrichi par les siddhas indiens bouddhistes le texte du rGyud-bZhi qu'il donna au traducteur tibétain VairotsanaTerry Clifford, , . Il fut traduit en tibétain au et est resté le fondement de la pratique médicale et de commentaires au cours des siècles. Au , Sangyé Gyatso, régent du Tibet à l'époque du dalaï-lama, en écrivit un commentaire exhaustif surpassant ses prédécesseurs par sa clarté, le Béryl BleuLokesh Chandra, , .
Une des premières personnalités dans le développement de cette médecine fut Yutok Yonten Gonpo l'ancien (708-833), médecin renommé qui reçut de Vairotsana les « Quatre Tantras Médicaux », ouvrage connu sous le nom tibétain de rGyud-bZhi et à la base de la médecine tibétaineTerry Clifford, , , intégrant différents éléments des médecines d'Asie, en particulier celles de Perse, de l'Inde et de la Chine. Cet ouvrage comprend un total de 156 chapitres sous la forme de 80 peintures ou thangkas. Il fut modifié et complété par les générations suivantes.
Rinchen Zangpo (958-1055) est le plus prolifique traducteur de textes médicaux indien. Avec l'aide de l'Indien Jalandhara, il traduisit le traité de médecine ayurvédique de Vagbhata et son commentaire par Chandranandana, ainsi que le traité de médecine vétérinaire en hippiatrie les principes de la médecine des chevauxLokesh Chandra, , .
Zhalu Lotsawa Chokyong Zangpo (1441-1528) traduisit le Trésor des racines de Nagarjuna qui concerne les traitements de maladies neurologiques, dermatologiques, oculaires et psychosomatiques.
En 1126, naît le de Yutok Yonten Gonpo, Yuthok Sarma Yonten Gonpo. Considéré comme l'un des plus grands médecins après son ancêtre, il étudia longuement la médecine, notamment en Inde et au Népal, et modifia et compléta le rGyud-bZhi. Il fit un tableau décrivant la réparation d'une fracture osseuse et compila une série d'images anatomiques d'organes internes.
Institutions d'enseignement Le dalaï-lama fonde au monastère de Drépung la première école de médecine à Ganden PhodrangMassin, , p. 47.
Au , l'école médicale tibétaine de Chakpori est fondée par le dalaï-lama et son régent Sangyé Gyatso Histoire de la médecine tibétaine. Construite sur la colline de Chakpori près de Lhassa, elle vit l'installation de quelques canons par les Tibétains lors du soulèvement tibétain de 1959 et fut détruite par l'artillerie de l’armée populaire de libération Travelin Tibet, Going in circles : Keith Dowman, The Power-Places of Central Tibet: The Pilgrim's Guide, Routledge & Kegan Paul Ltd., London, 1988, . , Tibetan Bulletin Online, The Official Journal of the Central Tibetan Administration of H. H. the dalai Lama, October-December, 2002, vol. 6, issue 4..
Le Men-Tsee-Khang fut fondé en 1916 par le dalaï-lama , Men-Tsee-Khang, Official Website of the Tibetan Medical & Astrology Institute of H. H. The Dalai Lama, 2008.. Cette même année, ce dernier nomma Khyenrab Norbu directeur du collège médical de Chakpori, et du Men-Tsee-Khang , Men-Tsee-Khang, Official Website of the Tibetan Medical & Astrology Institute of H. H. The Dalai Lama, 2008.. Celui-ci serait issu de la transformation du monastère de Tengyeling par le dalaï-lama. Le gouvernement tibétain finança les cours aux étudiants et fournit une médecine gratuite aux personnes pauvres Sanderson Beck, Tibet, Nepal, and Ceylon 1800-1950..
Les médecins tibétains furent persécutés à partir de 1959. La pratique de la médecine tibétaine fut interdite, et des médecins renommés comme Tenzin Choedrak furent emprisonnés Tenzin Choedrak, Gilles Van Grasdorff, Le palais des arcs-en-ciel : les mémoires du médecin du dalaï-lama, Albin Michel, 2000, , 2001, .. Détenu à partir de 1959 et pendant près de 22 ans, ce dernier s'enfuit à Dharamsala en 1980, où il rejoignit le dalaï-lama , TIBETcenter..
Le Men-Tsee-Khang a survécu à cette période, permettant à la médecine tibétaine d'être de nouveau enseignée et pratiquée aujourd'hui. Le Gouvernement de la région autonome du Tibet l'a fusionné avec le collège Chagpori pour former l'hôpital de médecine tibétaine de la région autonome du Tibet.
Durant la révolution culturelle Selon l'anthropologue médical Craig R. Janes, durant la révolution culturelle, de nombreux médecins tibétains étaient qualifiés d’ennemis de classe, ils subirent des traitements particulièrement sévères, envoyés dans des camps de travail, il leur était interdit de pratiquer la médecine. En 1973, selon cet auteur, la médecine tibétaine avait presque totalement disparu Tibet: Human Rights and the Rule of Law, Commission internationale de juristes, Genève, décembre 1997, , citant Craig R. Janes, The Transformations of Tibetan Medicine, Medical Anthropology Quarterly, New Series, Vol. 9, 1 (Mar., 1995), ..
Le Dr. Lobsang Wangyal fut emprisonné après le soulèvement tibétain de 1959. Il utilisa ses connaissances médicales pour soigner les malades et les blessés en prison, et put ainsi survivre à la révolution culturelle.
Description de la médecine traditionnelle tibétaine Principes vignette|droite
La médecine tibétaine est un système médical traditionnel qui repose sur une méthode complexe de diagnostic, incorporant des techniques telles que l'examen du pouls et de l'urinePrincipes fondamentaux de la médecine tibétaine, site Médecine traditionnelle tibétaine.. Le médecin tibétain (amchi) donne des conseils de modification de comportement et d'alimentation. Des médicaments confectionnés à partir de plantes médicinales et de minéraux ; des thérapies physiques comme l'acupuncture tibétaine ou la moxibustion sont utilisées pour traiter le malade.
Le système médical tibétain est basé sur une synthèse des savoirs indien (ayurveda), persan, grec, indigène tibétain, et les systèmes médicaux chinois. Il continue à être pratiqué au Tibet, en Inde, au Népal, au Sikkim, au Bhoutan, au Ladakh, en Sibérie, en Chine, en Mongolie et en Bouriatie, de même que plus récemment dans des parties de l'Europe et d'Amérique du Nord. Il est lié à la tradition bouddhiste selon laquelle toute maladie résulte en définitive de «trois poisons» de l'esprit : le désir excessif, la haine et l'ignorance.
La médecine tibétaine met en avant une définition spécifique de la santé dans ses textes théoriques. Pour être en bonne santé il est nécessaire de maintenir un équilibre entre trois éléments ou « humeurs » : rLüng (pron. loong, le vent), mKhris pa (pron. tri-pa, la bile), et bad-kan (pron. paie-gen, le phlègme) rLüng est la source permettant à notre corps de faire circuler des substances physiques (par ex. le sang), l'énergie (par ex. les impulsions du système nerveux), et ce qui n'est pas physique (par ex. les pensées). Il y a cinq catégories distinctes de rLung, chacune avec un emplacement et une fonction spécifique : srog-'dzin rLung, gyen-rGyu rLung, khyab-byed rLung, me-mNyam rLung, thur-sel rLung.
mKhris-pa est relié au feu et à la chaleur, c'est la source de fonctions telles que la thermorégulation, le métabolisme, la fonction du foie et l'intelligence discriminative. Il y a cinq catégories distinctes de mKhris-pa, chacune avec des emplacements et les fonctions spécifiques : 'ju-byed mKhris-pa, sGrub-byed mKhris-pa, mDangs-sGyur mKhris-pa, mThong-byed mKhris-pa, mDog-sel mKhris-pa.
Bad-kan est relié à la fois à l'eau et à la terre. Il est de nature froide, et est la source de fonctions telles que la digestion, l'entretien de notre structure physique, la santé de nos articulations et notre stabilité mentale. Il y a cinq catégories distinctes de Bad-kan, chacune avec son emplacement et sa fonction spécifique : rTen-byed bad-kan, myag-byed bad-kan, myong-byed bad-kan, tsim-byed bad-kan, 'byor-byed bad-kan.
Traitements La médecine tibétaine comporte quatre types principaux de traitements : des conseils alimentaires des conseils comportementaux des pilules à base de plantesLa médecine tibétaine par le Dr. Tenzin Kyipa, site tibet-info.net, 23 septembre 2006.. des thérapies externes ponctuelles
Cette médecine traditionnelle utilise jusqu'à deux mille types de plantes et cinquante minéraux Les plantes et minéraux dans la médecine tibétaine traditionnelle.
Efficacité Il n'y a pas encore de consensus des spécialistes sur l'efficacité de la médecine tibétaine. Certains y voient de nouvelles thérapies, d'autres sont sceptiques. La plupart louent cependant la qualité de la relation des médecins tibétains avec leurs patients, supérieure à la relation impersonnelle qui marque trop souvent la médecine contemporaine. De plus, comme pour d'autres systèmes médicaux, certains des patients traités par la médecine tibétaine recouvrent effectivement la santé, ce qui augmente la confiance en l'efficacité du système médical tibétain dans son ensembleMatthew Kapstein, Les Tibétains, traduit de l'anglais par Thierry Lamouroux, Paris, Les Belles Lettres, 2015, p. 393-394 : .
Selon Marianne Winder, spécialiste de l'histoire de la médecine tibétaine mais sans formation dans le domaine médical, pour nombre de maladies psychosomatiques et chroniques, la médecine tibétaine s'est révélée plus efficace que les méthodes occidentales. Étant une méthode holistique, elle est plus adaptée au diagnostic des causes psychosomatiques des maladies. Ses remèdes à base de plantes ont moins d'effets secondaires que les médicaments de synthèse modernesMarianne Winder, Tibetan Medicine, its Humours and Elements, Bulletin of Tibetology, N 1, 1994 p. 11-25 : ..
L'efficacité de la médecine traditionnelle tibétaine a été passée en revue en 2013 ; la méta-analyse qui en est ressortie pointe l'insuffisance des données pour conclure de façon certaine. La pharmacopée utilisée suscite cependant un intérêt, les plantes utilisées en phytothérapie pouvant s'avérer efficace lors des essais cliniques. Elles peuvent être étudiées seules ou en combinaison, comme le padma 28, une association d'une vingtaine de plantes.
La médecine traditionnelle tibétaine dans le monde En Chine
Créé en 1977, l'Institut de médecine tibétaine de Lhassa a un service de consultation externe et un service d'hospitalisation, un centre d'enseignement d'astrologie médicale, un atelier de préparations médicales, un musée abritant des tankas médicales Michael Buckley, Tibet, édition 2, Bradt Travel Guides, 2012, 336 p., ..
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