alt=Carte du site des tumulus, Les Chirons Bougon sur geoportail.gouv.fr|vignette|Carte du site des tumulus, Les Chirons Bougon sur geoportail.gouv.fr Les tumulus de Bougon sont un groupe de cinq tumulus constituant une nécropole néolithique située sur la commune de Bougon dans le département des Deux-Sèvres. Les premiers monuments ont été construits au début du mais le site fut utilisé jusqu'au milieu du Un musée de la Préhistoire, abritant de riches collections archéologiques issues des fouilles de la région, a été construit par le Conseil départemental des Deux-Sèvres à l'intérieur du parc archéologique englobant le site.
Historique d'une découverte
Les tumulusQuoique d'origine latine, le mot « tumulus », pluriel latin « tumuli », peut être employé sans pluriel distinct du singulier., qui n'ont pas encore été reconnus comme tels, figurent sur le plan cadastral de 1819 au lieu-dit « les Chirons »Dans la région Poitou-Charentes, on appelle chiron un affleurement granitique ou pierreux, un chaos granitique (ex : jardin des Chirons), ou un monticule résultant de l'épierrement des champs.. Le tertre, ultérieurement dénommé tumulus C, est alors partagé entre les parcelles voisines pour servir de pacage aux chèvres et le site est cultivé dans ses parties basses. En 1840, Charles Arnault, accompagné de M. Baugier et de Ch. Sauzé, entreprend une fouille par le haut du tertre le plus occidental (ultérieurement dénommé tumulus A) pour le compte de la Société de Statistique, Sciences, Lettres et Arts du département des Deux-Sèvres. Des comptes rendus de cette fouille sont publiés par Sauzé (en 1840 et 1845) et par Arnauld (illustrations par Baugier) en 1843.
Le retentissement de cette fouille est tel que la parcelle contenant tous les édifices sera dès lors rebaptisée « Le Tumulus » sur le plan cadastral. Dès 1840, Chambardel et de Lambardiouze, membres de la Société des antiquaires de l'Ouest entreprennent de fouiller sommairement un tertre voisin (ultérieurement dénommé tumulus C). La fouille du site fait alors l'objet d'une rivalité entre les deux sociétés savantes. Des fouilles sont aussi pratiquées à l'extrémité sud du tumulus E et à l'angle nord-est du tumulus F. En 1841, le propriétaire du tumulus F, croyant y trouver un trésor, creuse les remblais et contribue à l'affaissement de la table de couverture du dolmen F2. En mai-juin 1845, Sauzé reprend la fouille du tumulus C et y découvre le mur de parement et le petit dolmen. Entre 1845 et 1875, des cantonniers entament le tumulus C pour y récupérer des matériaux destinés à l’empierrement de la voirie.
La fonction funéraire du site étant dès lors admise, le Conseil général des Deux-Sèvres met en place une « commission des tumuli de Bougon », qui publiera ses conclusions en 1875Dans la revue de la Société de Statistique, Sciences, Lettres et Arts du département des Deux-Sèvres., et achète toutes les parcelles de terrain correspondantes entre 1874 et 1879. Le site est clôturé et un gardien en assure désormais l'entretien et la surveillance. En 1892, B. Ruptes publie un « guide d'une visite au Tumulus de Bougon » où les tertres sont désignés sous les lettres A à F, dénomination qu'ils ont conservé depuis.
Le renom des tumuli de Bougon génère un intérêt pour l'exploration de plusieurs autres tumuli régionaux, à Salles et à Pamproux notamment. Dans le catalogue illustré des collections du Musée des Antiquités nationales de 1921, Salomon Reinach cite par deux fois les objets découverts à Bougon. À la suite d'une visite au musée du Pilori de Niort, Jean Arnal, impressionné par la richesse du mobilier funéraire découvert à Bougon, publie en 1955 un article dans la revue archéologique qui contribue à attirer à nouveau l'attention sur l'importance du site, importance reconnue y compris à l'étrangerL'archéologue anglais Glyn Daniel souligne l’importance du site dans son ouvrage consacré aux dolmens français..
Les tumulus sont classés au titre des monuments historiques par décret du 8 février 1960.
Les fouilles du site ne reprennent qu'en 1968, elles sont d'abord conduites par Claude Burnez, puis à partir de 1972 et jusqu'en 1986 par Jean-Pierre Mohen.
La nécropole
vignette|droite|Plan des tumulus de BougonSur le plan, les dolmens B1 et B2 ont été inversés..
La nécropole a été érigée, dans une boucle de la rivière Bougon, sur un plateau calcaire. Répartis sur moins de deux hectares, elle comporte cinq tumulus renfermant huit chambres sépulcrales et une sixième structure, le tumulus « D », atypique et énigmatique qui sépare la nécropole en deux parties.
Cette bipartition de la nécropole se traduit aussi dans l'architecture : dans la partie orientale, les couloirs des dolmens E et F sont orientés à l'est ou au nord alors que dans la partie occidentale, les couloirs des dolmens A, B et C sont orientés au sud ou à l'est. Elle pourrait correspondre à deux communautés différentes qui se défièrent au cours du temps par la réalisation de tumulus monumentaux.
Le tumulus A
Il mesure de diamètre. Le tumulus est ceinturé par trois murets de parementLe terme « parement » désigne ici des pierres calcaires relativement plates (h = 10 à 20 cm), souvent larges et profondes (L et P. : 30 à 50 cm), extraites dans la carrière attenante.concentriques en pierres sèches. La chambre funéraire mesure de long sur de large et de hauteur. Elle est recouverte d'une unique table de couverture, d'une épaisseur d'environ et dont le poids est estimé à , reposant sur des piliers disposés obliquement (15°), en position de contrefort, permettant une meilleure répartition de la charge.
Tous les piliers à l'exception de deux, ont conservé sur leur sommet des petites pierres destinées au calage de la dalle de couverture. Deux piliers ont été dressés au centre de la chambre, la divisant en deux compartiments. Les piliers périphériques ont été régularisés par bouchardage. L'angle du pilier sud-est de la première sous-chambre comporte une échancrure identifiée comme « une fenêtre » par C. Burnez qui a été soigneusement bouchardée.. Selon Roger Joussaume, il s'agit d'un dolmen de type angoumoisin comportant des caractéristiques propres aux dolmens de type angevin.
Le pilier central comporte une gravure fine, interprétée comme étant une représentation d'oiseau, reconnue dès 1840 mais dont le style ne semble pas être d'époque néolithique ; son matériau calcaire possède des fossiles d'ammonites visibles en son centre.
La chambre ouvre sur l'extérieur par un long couloir de de longueur orienté selon un axe légèrement nord-ouest/sud-est. Les murs du couloir comportent, près de l'entrée de la chambre, sur de longueur deux orthostates de chaque côté ; le reste des parois est constitué de murets en pierres sèches. Le couloir, dont la plus grande partie était demeurée ignorée des fouilleurs du XIXe, fut découvert en 1979 soigneusement comblé de pierres plates jusqu'au mur de parement extérieur, cet aménagement d'origine étant vraisemblablement destiné à masquer l'accès à la chambre.
D'après Sauzé, la chambre comportait trois couches archéologiques, les couches étant séparées par un dallage de pierres. La première couche renfermait des squelettes humains et un mobilier funéraire. Elle était composée d'humus et de débris osseux. La troisième couche était en contact direct avec le sol rocheux. Sauzé estime que les vestiges osseux correspondent à 200 squelettes. L'un des crânes comportait les traces d'une double trépanation qui avait cicatrisé. Un squelette de chien accompagnait celui d'un enfant. La céramique se composait de « vases supports »Un vase support est une poterie cylindrique peu profonde, qui semble avoir servi dans certains cas de « brûle-parfum ». assez complets et bien conservés, à fond plat ou rond, décorés et de divers tessons décorés correspondant à des poteries datées du Chasséen. Le reste du matériel archéologique retrouvé comportait deux haches en silex partiellement polies, un pic en roche dure, des outils en silex (scie, lame, éclats), divers instruments en os (poinçons, ciseaux) et des éléments de parure (coquilles perforées, perles en nacre et calcaire, os perforé, canine de loup perforée, un oursin fossile). La fouille de 1978 a permis de recueillir une partie de la troisième couche archéologique demeurée en place, la plus ancienne, qui conservait des restes de mobilier confirmant une utilisation de la chambre au Chasséen ou au Néolithique moyen.
Le tumulus B
C'est une longue () levée de terre, large de et haute de , orientée est-ouest, dont la nature ne fut reconnue que lors des fouilles de 1978. Elle comporte au sud une facade rectiligne constituée d'un mur de parement formé de deux ou trois assises de pierres alors que le côté nord du tumulus n'est qu'un simple empilement de pierrailles. A l'est, le sommet de la levée renferme deux structures distantes d'environ deux mètres, assimilées à des coffres mais aucune découverte de mobilier, hormis deux silex taillés, n'a permis de définir leur fonction précise. Dans sa partie ouest, à environ du coffre le plus occidental, le tumulus renferme deux dolmens dénommés B1 et B2 de type angoumoisin.
Le dolmen B1 est une chambre rectangulaire de de long sur entièrement délimitée par des orthostates. La chambre est accessible par un couloir de de long, orienté nord-sud, décentré vers l'ouest, l'ensemble dessinant un « P ». La dalle ouest a été entièrement bouchardée et elle comporte un décor sculpté en forme de crochet. La fouille du dolmen B1 a livré un matériel archéologique abondant constitué de perles en variscite, d'épingles en os, de haches votives en fibrolithe, de fragments de vases carénés datés du Néolithique moyen, de tessons de céramique à cannelures datés du Peu-Richardien et une pointe de flèche en silex à ailerons et pédoncules caractéristique du Néolithique final.
Le dolmen B2 a été découvert arasé. C'est une chambre de forme trapézoïdale dont les parois étaient constituées de murets en pierres sèches complétés par des orthostates dont les rainures de calage ont été retrouvées au sol. Elle est précédée d'un couloir, l'ensemble dessinant un « Q ». L'entrée de la chambre est marqué par une belle dalle de seuil. L'intérieur de la chambre comportait deux couches archéologiques distinctes. La couche supérieure renfermait trois inhumations séparées les unes des autres et la couche inférieure, au contact du sol rocheux, une série d'ossements (huit calottes crâniennes, deux à trois os longs, deux mandibules, vertèbres et côtes) dont la disposition suggère une inhumation secondaire. Le mobilier funéraire d'accompagnement était constitué de trois haches polies en fibrolithe, de pointes de flèches tranchantes, et d'une quinzaine de perles en calcaire et d'épingles en os.
Le tumulus C
vignette|Tumulus C façade ouest.
Il avait été très rapidement été exploré par Chambardel et de Lambardiouze dès 1840 puis par Sauzé en 1845. Plus tard, il fut endommagé dans sa partie est par l'exploitation d'une carrière pour l'empierrement de la voirie. C'est l'un des plus grands tumulus de la nécropole, il fut d'ailleurs baptisé « le grand tumulus » par Sauzé. Il mesure un peu plus de d'est en ouest et un peu plus de du nord au sud, pour une hauteur de . Le volume des matériaux utilisés est ainsi évalué à .
Les fouilles des années 1980 ont permis de comprendre que le monument visible actuellement résulte d'une construction en trois phases. Dans une première phase, un premier cairn, baptisé « tumulus C1 », de forme circulaire ( de diamètre sur de hauteur) fut construit. Il est ceinturé d'un mur de parement d'environ de hauteur. Il renferme une petite chambre rectangulaire ( de long sur de large et de hauteur), décentrée vers l'ouest, délimitée par six dalles soigneusement jointes : 4 pour les côtés mesurant un peu plus d'un mètre de hauteur, 1 dalle recouvrant le sol et 1 dalle formant la couverture.