Le est issu de la tradition antique japonaise. Il se trouve aussi bien dans les demeures privées que dans les parcs des villes comme dans les lieux historiques : temples bouddhistes, tombeaux shintoïstes, châteaux.
Au Japon, l'aménagement de jardins est un art important et respecté, partageant des codes esthétiques avec la calligraphie et le lavis. Le jardin japonais cherche à interpréter et idéaliser la nature en limitant les artifices. Certains des jardins les plus connus en Occident comme au Japon sont des jardins secs ou « jardins zen », composés de rochers, mousses et graviers.
vignette|Jardin de mousse du Saihō-ji, près de Kyoto (Patrimoine mondial de l'UNESCO). vignette|Keitakuen (arrondissement Tennoji, à Osaka). vignette|Étang du à Yawata, préfecture de Kyoto. vignette|Jardin japonais de Kew (Grand Londres).
Principes et techniques La composition d’un jardin japonais suit trois grands principes : la reproduction de la nature en miniature, le symbolisme et la capture de paysages. La miniaturisation a pour but la représentation de scènes différentes (montagnes, lacs, rivières, mer) dans un espace restreint ; en plus d’une réduction de taille, elle opère sur une réduction de la complexité — la simplicité est une caractéristique importante dans la plupart des styles japonais. Le symbolisme est issu de la fonction religieuse des premiers proto-jardins ; il sert également au travail de simplification. Enfin, la capture de paysages utilise des éléments distants extérieurs au jardin (bâtiments, collines, mer) dans sa composition scénique ; elle agit de concert avec les limites imposées du jardin pour l’insérer dans un contexte plus large.
Le symbolisme Dans un jardin japonais, parmi les représentations symboliques les plus fréquentes, un gros rocher isolé figure le mont Shumisen (Sumeru) du bouddhisme ou le mont Hōrai du taoïsme, la montagne des immortels. Deux îles ou deux pierres côte à côte, une basse et aplatie, l'autre élevée, représentent une tortue et une grue, qui elles-mêmes symbolisent la longévité et le bonheur. Des groupes de rochers peuvent représenter le Bouddha et ses disciples : un trio figure alors Shakyamuni entouré de Monja et FukenChristopher McIntosh, Gardens of the GodsMyth, Magic and Meaning, Tauris, 2005, . ; Josiah Conder, un architecte britannique installé à Tokyo en 1877, détaille même un groupement de dans le jardin d'un temple. Ce symbolisme se raffine avec le temps : les premières îles « grue et tortue » ont des formes évidentes, qui sont de plus en plus suggérées au fil des générations. L'influence du bouddhisme zen ajoute le symbolisme de la partie pour le tout, et mène à un niveau extrême d'abstraction.
La perspective La perspective d'un jardin japonais est liée au principe de miniaturisation : en jouant sur la taille des éléments proches et lointains (par exemple, en plaçant de grands arbres au premier plan et des arbres plus petits à distance), il est possible de donner l'illusion d'espace à certaines zones du jardin.
Au contraire de la perspective occidentale, reposant sur un plan horizontal et un point de fuite, la perspective du jardin japonais repose sur le « principe des trois profondeurs » de la peinture chinoise, avec un premier plan, un plan intermédiaire, et un plan lointain. Les vides entre plans sont occupés par des plans d'eau, de mousse, ou de sable.
La dissimulation Les jardins japonais ne se révèlent jamais complètement à la vue, pour des raisons esthétiques : cacher certains éléments selon le point de vue rend le jardin plus intéressant et le fait paraître plus grand qu'il ne l'est réellement. Le miegakureLe . utilise la végétation, les bâtiments et des éléments de décor comme des lanternes pour cacher ou montrer différentes parties du jardin selon la perspective de l'observateur.
Les paysages empruntés vignette|upright=1.4|Exemple de shakkei : Isuien à Nara. Le shakkeiLe . est une technique japonaise utilisée par les paysagistes pour donner l'impression d'un jardin aux dimensions infinies, les jardins japonais étant généralement plus petits que les jardins chinois. Des arbres ou buissons dissimulent les limites réelles du jardin, et des éléments distants (naturels comme des montagnes, ou construits comme des temples ou des pagodes) sont « capturés » dans la composition du jardinShigemi Inagalien, « La réinterprétation de la perspective linéaire au Japon (1740-1830) et son retour en France (1860-1910) », Actes de la Recherche en Sciences Sociales, 1983, , pp. 34-35.. Les Japonais utilisaient autrefois le terme ikedori (« capture vivante ») pour cette technique.
Le shakkei recourt à quatre plans de composition distincts : l'avant-plan joue un rôle relativement mineur ; le second plan utilise des éléments soigneusement positionnés pour lier le jardin aux paysages distants, et entraîner le regard vers ceux-ci ; le troisième plan est constitué par les limites du jardin (arbres, haies, murs) qui dissimulent les structures environnantes non désirées et créent le cadre qui permet de voir ces paysages lointains ; ces limites doivent être irrégulières et discrètes pour renforcer le lien (et ne pas causer de rupture voyante) entre le jardin et le paysage ; le paysage emprunté lui-même constitue le quatrième plan ; Ainsi, les montagnes situées au-delà du jardin semblent lui appartenir, et on pense pouvoir s'y rendre par les multiples chemins qui se perdent derrière les rochers.
Les premières descriptions de cette technique sont mentionnées dans un ancien manuel de jardinage chinois : le YuanyeLe Yuanye ().. Il indique quatre types de shakkei : emprunt lointain., emprunt proche., emprunt en hauteur. et emprunt en contrebas..
Parmi les jardins japonais les plus célèbres utilisant la technique du shakkei, on trouve : à Kyoto : les jardins du temple Tenryu, qui utilise le mont Arashiyama et constitue vraisemblablement l'utilisation la plus ancienne au Japon, et des temples et ShōdenLe ., avec le mont Hiei, à Nara : l'Isuien, qui incorpore la grande porte sud du temple Tōdai et les collines de Nara, dont le mont Wakakusa, à Takamatsu : le Ritsurin-kōen, avec le mont Shiun.
L'asymétrie Le principe d'asymétrie évite qu'un objet ou aspect déséquilibre la composition en paraissant trop dominant par rapport aux autres, et rend celle-ci plus dynamique. Il associe le spectateur à la composition, en incitant à parcourir du regard d'un point intéressant au suivant.
Les techniques employées consistent à le mettre hors du milieu du champ de vision, ou à l'accompagner d'autres éléments. Par exemple, les pierres et les arbres sont souvent disposés en triangles, symboles de la trinité bouddhiste ; les triplets de pierres dans cette configuration sont appelés sanzon seki ou sanzon-ishi-gumi.. De même, les pièces d'un bâtiment attenant au jardin peuvent être « encastrées » l'une après l'autre, en diagonale, selon un arrangement surnommé « vol d'oies », faisant partie du style shinden.
Enseignement des techniques L'art du jardinage est historiquement religieux et ésotérique ; il est transmis oralement par un maître à ses élèves. Les manuels sont conservés secrètement et très peu diffusés. L'introduction du Senzui narabi ni yagyō no zu (1466) précise : et se conclut par . Durant l'époque de Muromachi (1336-1573), des jardiniers, issus des castes bassesUne ., côtoient les prêtres zen. Pendant l'époque d'Edo (1603-1868), jardinier devient une profession à part entière, avec sa propre guilde. Plus récemment, l'apprentissage se fait dans des écoles techniques..
Composants du jardin japonais vignette|Le bassin sud du Ritsurin-kōen, un jardin historique dans la ville de Takamatsu, au Japon. Il est possible de dresser un catalogue succinct d'éléments « typiques » des jardins japonais, sans chercher plus loin les règles esthétiques qui gouvernent leur agencement. Le jardin est souvent organisé autour d'un bâtiment (comme une résidence ou un temple) depuis lequel il est destiné à être vu. Au-delà de l'architecture propre au bâtiment, on retrouve la plupart des éléments suivants dans de nombreux jardins : des rochers, choisis pour leur forme, leur taille, leur couleur et leur texture ; de l'eau : mares, rivières, chutes ; dans le cas d'un lac central on y trouve souvent une île, et un pont ou des pierres de gué. menant à l'île ; les étendues d'eau contiennent fréquemment des carpes koï ; contrairement aux jardins occidentaux, on ne trouve presque jamais de fontaines ; du sable ou du gravier, sur lequel sont dessinés des motifs ; des éléments décoratifs : lanternes (traditionnellement de pierre), pagodes, statues, bassins d'eau, shishi-odoshi (mécanismes faisant du bruit pour écarter les chevreuils ou les sangliers) ; un salon de thé ou un pavillon ; une bordure comme une haie, une palissade ou un mur de facture traditionnelle ; des chemins de terre, de gravier, ou de pierres.
Ces éléments peuvent être réels ou symboliques : dans un jardin sec, l'eau est représentée par des graviers.
Enceintes Les jardins japonais sont systématiquement clos. La notion de grands espaces ouverts, comme les pelouses du château de Versailles, est étrangère à l'esthétique japonaise, habituée aux vallées et aux côtes. Les limites du jardin ont le plus souvent un aspect naturel : haies, grands arbres, remblais, murs de facture traditionnelle, palissades ou clôtures en bambou.
Les limites ne sont pas infranchissables : le jardin est le plus souvent lié à son contexte, par exemple via l'usage du shakkei.
Rochers Dans un jardin japonais, les rochers tiennent une place essentielle, issue de leur rôle d'abri des esprits divins, les kami, dans le passé animiste de la spiritualité japonaise. Ainsi, le Sakuteiki, un guide traditionnel pour la conception des jardins, s'ouvre sur le titre : L'art de disposer les pierres.. Les rochers apportent une forte note « organique » au dessein d'ensemble. Ils sont regroupés, à la manière de sculptures, à des fins d'illustration et de transition (entre une maison et son jardin, par exemple). Les compositions comportent souvent deux, trois, cinq ou sept éléments.
Les roches sédimentaires sont lisses et arrondies ; elles sont placées au bord des plans d'eau, ou servent de pierres de gué. Les roches magmatiques sont d'aspect plus brut ; elles servent elles aussi de pierres de gué, mais surtout d'accents forts. Elles symbolisent souvent des montagnes. Les roches métamorphiques sont les plus dures et les plus résistantes ; on les trouve près des chutes d'eau et des torrents.
Pendant des siècles, les rochers étaient sélectionnés en fonction de leur forme et de leur texture, et transportés dans leur état d'origine (leur position naturelle était même conservée dans le jardin). Plus récemment, des pierres sont taillées , puis utilisées comme tabliers de pont, comme bassins d'eau, ou comme lanternes. Il s'agit le plus souvent de roches sédimentaires, les plus faciles à tailler.
Sable et gravier vignette|Jardin du Zuiho-in, dans le Daitoku-ji, à Kyōto. L'utilisation de sable et de gravier, pour marquer des lieux sacrés, remonte à l'Antiquité. Dans les jardins japonais, l’eau occupe une place centrale dans la composition paysagère. Lorsqu’elle n’est pas présente physiquement, celle-ci est représentée symboliquement par le sable ratissés ou les graviers , tandis que les rochers évoquent des îles. Des motifs sont dessinés dans le sable à l'aide de râteaux ; initialement le kaolin était ratissé en lignes droites en partant du levant au couchant, elles représentaient des vagues et des courants, puis circulaires autour des rochers ou des îlots ; plus récemment, des formes abstraites sont aussi dessinées. Les motifs ondulants tracés sur le sable donnent une impression de mouvement, et offrent un contraste net avec les rochers, statiques.
Chemins vignette|Pierres de gué.